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Isabelle Maillet (Traducteur)
ISBN : 2743619368
Éditeur : Payot et Rivages (14/01/2009)

Note moyenne : 4.24/5 (sur 513 notes)
Résumé :
L'Amérique se remet difficilement des soubresauts de la Première Guerre mondiale.
De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois, souvent occupés par des Noirs en leur absence. L'économie est ébranlée, le pays s'est endetté et l'inflation fait des ravages. La vie devient de plus en plus difficile pour les classes pauvres, en particulier dans les villes. C'est sur ce terreau que fleurissent les luttes syndicales, que prospèrent les groupes a... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (82) Voir plus Ajouter une critique
Laurence64
19 avril 2013
Avant j'aimais Lehane. Mais ça c'était avant.
A présent, j'admire davantage. Je place l'écrivain dans le cénacle de ceux, rares, qui racontent l'Amérique entre histoires et Histoire, tissant un récit aussi dense et somptueux qu'une toile de Jouy.
Un pays à l'aube, c'est l'Amérique entre 1917 et la prohibition de 1919. Ce sont sept cent cinquante pages qui annoncent dans leurs spasmes sauvages la modernité naissante d'un XX° siècle américain qui s'étourdira de jazz, dressera ses buildings toujours plus haut, connaitra quelques années prospères, tombera dans le capitalisme pour ne plus s'en relever.
John Edgar Hoover pointe déjà son nez.
Les mouvements politiques balaient les rues de Boston. Il y a des rêves anarchistes dans l'air, des bombes qui s'égarent parfois, des tracts bolchéviques qui viennent titiller ces entreprises mangeuses d'hommes. Il y a les noirs que l'on congédie pour faire place aux soldats rentrés d'Europe dans la grande épidémie de grippe. Il y a ce racisme qui ulcère l'âme, gangrène l'espoir d'une impossible égalité. A ce titre, la partie de base ball inaugurale du roman est un sommet en plus d'un hommage à Outremonde de Don DeLillo.
Il y a ces espoirs syndicaux qui s'embourbent déjà.
Avant, j'aimais Lehane. Mais ça, c'était avant. Maintenant je l'élève toujours plus haut dans mon palmarès personnel. Lui qui redonne vie et parole à ces anonymes engloutis par L Histoire. Lui qui dénonce par des faits (rien que des faits) ce rêve américain qui, malgré ses désenchantements, ne cessera de renaître comme si le seuil de pauvreté jamais ne touchait une part importante de la population.
Jamais d'envolées lyriques. Juste quelques vols de briques. Jamais de considérations oiseuses sur le bien et le mal. Des histoires qui s'enchevêtrent et racontent des hommes. Aucun aphorisme d'écrivain qui se regarde écrire mais le détail qui succède au détail.
Avant j'aimais Lehane. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, je ne le réduis pas à un auteur de. Avez-vous remarqué combien est réducteur tout complément du nom écrivain? Être écrivain de romans policiers pose moins qu'être écrivain. Pourtant, sans vouloir être mauvaise langue, je connais moult écrivains-tout-court qui ne valent guère l'usure des yeux même minime que la lecture de leur prose reliée engendre. Mais ceci est une autre littérature.
Avant j'aimais Lehane. Mais ça, c'était avant. Maintenant j'aime Lehane.
Il y a juste qu'après un pays à l'aube je possède la preuve que cet écrivain-là est un grand écrivain. Il a su dresser un portrait politique, social, moral d'une Amérique charnelle, pleine de suie, de mélasse, de fureur, d'espoir et de haine. Et il lui a suffi d'incarner quelques destins pour ce faire.
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Marple
12 mai 2013
Ayant une expérience limitée de Dennis Lehane (le 1er Kenzie-Gennaro et c'est tout), je m'attendais à un polar du même type, avec le même style impayable, mais situé dans la Boston des années 1918-1920 et prenant comme héros les grands-parents des détectives de la tour d'église. Un pays à l'aube, ce n'est pas ça du tout... et c'est probablement tant mieux pour nous !
Pour commencer, ce n'est pas un thriller à proprement parler, plutôt un roman historique sombre autour de 2 thèmes importants : le syndicalisme et le racisme (j'oubliais, ça parle aussi d'un 3ème thème important de temps en temps : le baseball). le livre apporte certes son lot de morts violentes, d'agressions et d'injustices, mais sans qu'il y ait enquête ou qu'on s'interroge sur les auteurs et les mobiles. Non, ce sont simplement des événements de la vie courante pour ceux qui ne se trouvent pas du bon côté de la barrière en cette période troublée (et ils sont nombreux, que la barrière vienne du statut social, de la couleur de peau ou simplement d'une histoire personnelle malheureuse).
Ensuite, les personnages sont plus nombreux, plus complexes, et on fait connaissance avec eux plus en profondeur (alors que dans un polar ''classique'', l'intrigue policière occupe presque toute la place). Évidemment, on s'attache à Danny, flic qui suit au départ les traces de son père le capitaine, jusqu'à ce que sa conscience s'éveille au fil de ses missions d'infiltration, de l'aggravation des terribles conditions de travail de ses collègues et des injustices faites aux Noirs. À Luther aussi, qui personnalise les impasses auxquelles un Noir se trouvait confronté à cette époque-là, aussi doué, idéaliste et malin soit-il. À Nora enfin, dans une certaine mesure la femme fatale de l'histoire, embourbée dans ses souhaits paradoxaux de liberté et de respectabilité. J'aurais aimé les connaitre, tous les trois, partager un verre de vin avec eux sur le toit, plaisanter et refaire le monde. Les portraits des personnages secondaires sont très réussis aussi : de Babe Ruth qui aimerait être un grand homme mais ne parvient qu'à être un grand joueur de baseball (assez sympathique, malgré tout) au lieutenant Eddie, le gentil parrain de Danny qui bascule parfois dans les préjugés et la haine (nettement moins sympathique, pour le coup). Puis toute la famille Coughlin, Lila, les Gidreaux, les communistes, les anarchistes, les policiers, les syndicalistes...
Parce que c'est ça, la dernière particularité de ce roman : il est basé sur un fait réel méconnu, la grève de la police de Boston en 1919, et nous apprend énormément de choses sur la période, les mentalités et les événements. Cela se traduit dans le style, plus sérieux et moins percutant, mais toujours fin et agréable. On se sent (un peu) plus intelligent après la lecture, je me suis même surprise à reconsidérer ma position sur les syndicats (ou à tout le moins à me dire que je devrais me documenter plus sur la question).
Bref, une lecture tout à fait passionnante (mais je me réjouis quand même de retrouver le Lehanne de Kenzie-Gennaro dont j'avais vraiment adoré l'humour, par ex 'Gina-du-bain-moussant' qui est devenu culte pour moi).
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carre
29 mai 2012
Boston 1919, l'Amérique retrouve ces soldats après la première guerre mondiale. Ces héros ont bien l'intention de récupérer leur travail, occupés par la communauté noire pendant leur absence. Mais voilà, le chômage, les mouvements sociaux et raciaux, l'inflation sont au coeur du pays, de plus la grippe espagnole fait son apparition causant une mortalité affolante. Dans ce contexte, nous suivons cette fresque à travers Danny Couglin, fils ainé d'une famille irlandaise dont le père est une figure emblématique de la police et Luther Laurence, un jeune noir idéaliste. Ce qui frappe le lecteur c'est l'incroyable complexité de l'époque, à ce titre le travail de documentation est remarquable, et le nombre impressionnant de personnages qui jalonne le récit.
Cette fresque est tout simplement extraordinaire, Lehane nous attire dès les premières pages avec une puissance narrative incroyable. Chaque personnage se bat avec ces idéaux et ces fantômes et Lehane entrecroise ces destins de façon magnifique. Une fresque puissante, passionnante, formidable photographie d'une Amérique en pleine construction. Un pays à l'aube, un auteur à son apogée.
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bilodoh
03 août 2016
Un moment de l'histoire d'une ville américaine, à travers trois personnages qui représentent trois visages de l'Amérique du vingtième siècle.

Il y a Babe Ruth, le joueur de baseball qui sera un des plus célèbres de l'histoire (et l'idole de mon grand-père, mais je ne peux pas m'empêcher de me demander comment les exploits des sportifs étaient connus à travers le monde à l'époque où il n'y avait ni télé, ni internet…)

Il y a le jeune policier Danny Coughlin, un Irlandais catholique, dont le père est capitaine de police. C'est aussi un idéaliste qui veut bien faire son métier et gravir les échelons. Il n'est pas attitré par la religion ou la politique, mais il veut défendre les siens et sera impliqué presque malgré lui dans ce qui deviendra un syndicat de policiers.

Il y a aussi Luther Lawrence, un noir qui est peut-être aussi doué au baseball que Babe Ruth, mais qui, bien sûr, ne peut pas participer, car on est alors en 1918 et le premier Noir ne sera admis dans les ligues majeures qu'à partir de 1947. Luther ressent avec acuité le malaise de ces gens qui sont exploités et méprisés à cause de la couleur de leur peau, tout en étant tiraillé entre son besoin de liberté et l'amour de sa famille.
Le protagoniste principal toutefois, c'est peut-être la société américaine elle-même. On la découvre à travers les évènements de l'histoire, la fin de la guerre, la grippe espagnole, mais aussi la violence sociale, comme à East-Saint-Louis où des Américains blancs ont incendié un quartier noir. Mais il n'y a pas que des tensions raciales, c'est aussi le début des luttes de travailleurs, avec une répression souvent sauvage de la part d'une escouade policière spéciale. Ces affrontements peuvent dégénérer en émeutes où de paisibles citoyens se transforment en vandales et en pillards qui frappent allègrement leurs semblables.

Un excellent thriller qui ouvre une page d'histoire et rappelle la fragilité de la liberté et de la paix sociale.
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mariecesttout
04 avril 2014
Une seule chose à dire, moi aussi, je suis Lehane-fan!
Dans la série Kenzie-Gennaro, sans doute un faible pour Ténèbres , prenez moi par la main, et Gone, baby gone dont j'ai d'ailleurs aimé aussi l'adaptation par Ben Affleck;
Mystic River, et Shutter Island ( un monument dans la manipulation du lecteur, celui-là.. ), excellents.
Un pays à l'aube est grand roman américain. Racontant cette nation et ses habitants à un moment donné. Avec les injustices , les jeux truqués d'avance, mais aussi la foi en un pays .
Un pays à l'aube de la modernité, dans un cadre de temps court et bien situé, l'effervescence régnant à Boston à la fin de la Première guerre mondiale. Epoque assez symétrique à la nôtre, crise économiques, désarrois idéologiques et terrorisme mené par des groupes radicaux d'origine européenne. C'est foisonnant, de personnages, de croisements de destins , la construction , ponctuée par les retours du personnage de Babe Ruth, héros du baseball de l'époque , le sport américain par excellence, ne laisse pas une minute de répit au lecteur, c'est bien sûr « cinématographique » , mais aussi, et encore une fois, très actuel et passionnant.
Pas encore lu "Ils vivent la nuit", ça ne saurait tarder!

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Citations & extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
caro64caro6403 septembre 2010
Danny, Nora et Luthar jouaient aux cartes sur un vieux drap étalé entre deux cheminées sur le toit de l’immeuble de Salem Street. Il était tard, ils étaient tous les trois recrus de fatigue – Luther avait apporté avec lui l’odeur des parcs à bestiaux, Nora celle de l’usine – et pourtant ils avaient choisi de s’installer là-haut avec deux bouteilles de vin et un jeu de cartes car il n’y avait pas beaucoup d’endroits où un Noir et un Blanc pouvaient se montrer ensemble, et où une femme pouvait se joindre à eux pour boire trop de vin. Lorsqu’ils étaient tous les trois réunis ainsi, Danny avait l’impression de remporter une victoire sur le monde.
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AllantversAllantvers27 octobre 2015
Quand il se rapprocha, Babe trouva qu'il sentait bon, comme seuls sentaient bon les gens nés riches, ceux qui savaient des choses que lui-même n'appréhenderait jamais. Les hommes tels que Fraze dirigeaient le monde parce qu'ils comprenaient quelque chose qui lui échappait : l'argent. Ils planifiaient ses mouvements, étaient capables de prévoir à quel moment il changerait de mains... Oh, et ils connaissaient aussi tout un tas de trucs que Babe ignorait, à propos des livres, de l'art et de l'histoire de la terre. Mais avant tout, ils maîtrisaient l'argent.
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AllantversAllantvers29 octobre 2015
Pendant la guerre, ils étaient morts par millions pour un enjeu qui se réduisait à une lutte de territoire. Et aujourd'hui, dans toutes les rues du monde, la même bataille se poursuivait. Aujourd'hui, c'était Boston. Demain, ce serait ailleurs. Les pauvres contre les pauvres. Comme ils l'avaient toujours fait. Comme on les encourageait à le faire. Rien ne changerait jamais.
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bilodohbilodoh01 août 2016
Vous comprenez, les mots constituent le langage du cerveau et le cerveau est une machine. Mais la musique… […] La musique est le langage de l’âme qui ne peut se contenter des mots.

(Rivages, p.185)
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OliphantOliphant22 avril 2013
Puis ces grands yeux avaient rencontrés ceux de Danny et, avant d’aller se poser sur un autre visage ils avaient brillé d’une petite lueur qui lui avait semblé étrangement familière. En cet instant - celui qu’il repasserait dans sa tête des dizaines et des dizaines de fois au cours des années suivantes -, il avait eu l’impression de voir son être le plus secret le contempler à travers le regard d’une inconnue affamée.
[...]
Il ne tarderait pas à découvrir combien l’expression de ces yeux-là pouvait changer vite, comment cette lueur qui lui était apparue comme un miroir de ses propres pensées pouvaient devenir terne, distante ou faussement gaie en une seconde. Pour autant, la sachant toujours là, n’attendant que le moment de reparaître, Danny se raccrochait à l’hypothèse, hautement improbable de pouvoir la ranimer à volonté.
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Videos de Dennis Lehane (71) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Dennis Lehane
Chronique animée par Fabien Delorme, consacrée aux grands noms de la littérature policière, dans le cadre de l'émission La Vie des Livres (Radio Plus - Douvrin). Pour sa première chronique, le 2 mars 2016, Fabien aborde l??uvre de Dennis Lehane.
Fabien Delorme est aussi conteur. N'hésitez pas à vous rendre sur son site : http://www.fabiendelorme.fr/ Ou sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/fabiendelormeconteur
La page Facebook de l'émission La Vie des Livres : https://www.facebook.com/laviedeslivres62
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