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Hélène Frappat (Traducteur)
EAN : 9782844852984
47 pages
Éditeur : Allia (22/01/2009)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 13 notes)
Résumé :

Pourquoi se fatiguer à relater une vie sans éclat ? N'est-ce pas se rabaisser au pathétique des héros et adresser des louanges imméritées à l'existence ?

Voilà pourquoi Papini le provocateur se propose d'écrire, en 1912, une Vie de Personne, dédiée à Personne et qui se fout bien des règles du monde. Esthète bavard, agitateur volubile, il nous raconte un morceau de notre vie qui nous échappe ; ce moment qui dépasse la mémoire et commence p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
  18 septembre 2011


Dans ce court récit de 47 pages, Giovanni Papini relève le pari audacieux d'écrire la biographie de personne. Parce qu'aucune vie ne mérite que l'on n'en parle et parce que la réalisation de la biographie de quelqu'un s'avère déjà être une tâche épuisante, Giovanni Papini décide d'écrire la biographie de personne. Mépris de l'humanité et mégalomanie, qui participent à l'élaboration d'une telle oeuvre, s'inscrivent déjà dans la préface sous la forme d'une anti-dédicace adressée à Vannicola, l'ami de Papini :

« Excuse-moi et pardonne-moi avec ton coeur généreux de bénédictin alcoolique […] »

Le tout se poursuit avec la biographie de personne en question.
Mais qui est donc personne, cet être qui ne devrait logiquement plus exister sitôt qu'on l'a nommé ? Avec Giovanni Papini, ce qui semblait tout d'abord être un mystère sera vite résolu et prendra les formes les plus étonnantes dont il a le secret.
Personne est l'être qui se situe entre notre première et notre deuxième naissance, selon une théorie élaborée par Papini et que nous retrouvons sous ces mots :

« Il existe donc, pour chaque homme, trois naissances qu'il faut tenir séparées : la naissance pour la mère ; la naissance pour le monde et la naissance pour nous-mêmes. Les deux naissances qui comptent vraiment sont la première et la dernière et c'est peut-être pour cette raison que les hommes tiennent compte seulement de la deuxième. »

Personne, c'est donc l'être qui évolue de l'embryon au foetus dans le ventre de sa mère. Parce que nous ne gardons aucune mémoire de cette étape de notre vie, Giovanni Papini se propose de la réinventer, avec la violence et la cruauté que l'on n'apposerait jamais à cette condition.
Dès les premiers instants de son existence, l'embryon est un être de haine et de mépris. Haine pour sa mère avec qui il se bat dans l'appropriation des ressources vitales, et mépris pour son père, ce personnage libidineux qui s'allonge régulièrement sur sa mère pour satisfaire ses pulsions sexuelles, sans même se préoccuper de son enfant qui attend dans l'utérus.

« Je commençai la guerre éternelle entre le fils et la mère. Je voulais entreprendre sans délai la vengeance méthodique de moi-même. Elle, s'offrant sans résistance ni retenue, était la principale responsable de ma vie future et elle seule, pour le moment, devait en sentir le poids, devait payer pour elle. Elle cherchait à se renfermer en elle-même, dans sa vie personnelle –elle tentait de ne pas se donner, de ne pas se gâcher. La troublait la pensée du corps déformé, du gonflement humiliant, du déchirement atroce, des veilles et des soins nécessaires pour mériter le nom de mère. »

Déjà, en guerre contre tous avant même d'être sur Terre, l'élan destructeur de Papini se retrouve dans les pensées qu'il attribue à Personne : la possibilité d'un accomplissement personnel ne peut se faire qu'au détriment d'autrui. Exister n'est pas permis sans le nécessaire phagocytage de l'autre. Toujours aussi cynique et misanthrope, Giovanni Papini trouve le talent d'étendre sa haine des autres au monde embryonnaire.

« Terrible est cette guerre quotidienne entre la mère et le fils, entre la créatrice et la créature, entre ce qui ne veut pas être et ce qui veut être. La mère ne t'aime pas encore et toi tu ne peux pas aimer la mère ; ce qui est bon pour toi est nuisible pour elle ; ce qui te renforce l'affaiblit ; ton commencement peut être sa fin. Tu es comme un parasite qui la suce ; comme un cancer qui la ronge, comme un poids qui l'épuise. Elle a peur de toi et tu ne peux avoir pitié d'elle. Et quand elle se libérera tu l'entendras hurler d'épouvante et toi, à ce moment-là, tu devras peut-être la tuer pour avoir voulu venir au monde trop vite. La paix n'est plus possible : nous sommes deux. »

Les mots utilisés par Giovanni Papini pour décrire la croissance du futur homme dans le monde intra-utérin prolongent ce dégoût. Tout n'est que sangs, grosseurs, malformations, douleur… jusqu'à la deuxième naissance, celle qui met l'enfant au monde. Ici cesse le récit de Giovanni Papini, estimant que la suite des évènements ne relève plus de la vie de Personne, mais au contraire de la vie de Tout-le-Monde, de la vie telle qu'on la subit tout en croyant l'avoir choisie. Par mépris pour cette existence commune et sans aucune originalité, Giovanni Papini baisse les armes et cesse de raconter. La vie de Tout-le-monde ne nécessite pas d'être écrite : nous la connaissons, c'est la nôtre et celle des autres. Dans un dégoût sans fin pour ce que certains considèrent comme étant les principaux accomplissements humains, Giovanni Papini rappelle à son lecteur que ce qui fait sa fierté ne trouve aucune répercussion dans le monde absurde dans lequel nous vivons. Nous volons de prisons en prisons, avant de trouver la mort libératrice.

« Chacun de nos efforts, chacune de nos peines réussit à passer d'une cellule à une autre, et c'est dans ces passages que nous respirons assez de ciel pour supporter les hivers infinis de la solitude sans porte de sortie. »
Conclusion déprimante, sauf pour le coeur endurci de Giovanni Papini, qui se réjouit au contraire de la cruauté sans limite qui fait la caractéristique de ses oeuvres.
Et pour moi, un plaisir toujours aussi grand à retrouver la verve cynique et glaciale de ce grand écrivain…

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Culturopoing
  10 novembre 2011
Dans ce court récit de 47 pages, Giovanni Papini relève le pari audacieux d'écrire la
biographie de personne. Parce qu'aucune vie ne mérite que l'on n'en parle et parce que la
réalisation de la biographie de quelqu'un s'avère déjà être une tâche épuisante, Giovanni
Papini décide d'écrire la biographie de personne. Mépris de l'humanité et mégalomanie, qui
participent à l'élaboration d'une telle oeuvre, s'inscrivent déjà dans la préface sous la forme
d'une anti-dédicace adressée à Vannicola, l'ami de Papini :
« Excuse-moi et pardonne-moi avec ton coeur généreux de bénédictin alcoolique […] »
Le tout se poursuit avec la biographie de personne en question.
Mais qui est donc personne, cet être qui ne devrait logiquement plus exister sitôt qu'on l'a
nommé ? Avec Giovanni Papini, ce qui semblait tout d'abord être un mystère sera vite résolu
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   18 septembre 2011
Nous parlons toujours : avec la bouche ou sans elle. Nous parlons avec nous-mêmes, avec nos pensées, avec les animaux qui nous suivent, avec les choses qui nous entourent ; nous parlons avec des gestes, avec des signes, avec la pensée. Le parler au moyen de paroles avec les autres hommes n’est qu’un cas particulier –même s’il est fréquent- de notre bavardage infini. La parole interne y est plus familière que la parole externe et quand notre langue est immobile et que notre bouche est fermée, sous le masque taciturne se déchaînent les oraisons et les discours de la plus insidieuse des éloquences, celle qui nous persuade le plus, parce qu’elle a seulement nous-mêmes pour auditeurs.
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colimassoncolimasson   18 septembre 2011
Elle avait espéré que la dernière étreinte serait aussi inféconde que les précédentes et elle attendait dans une anxiété inquiète le signe périodique du sang libératoire. Mais cette fois l’éternelle blessure d’Eve ne se rouvrit pas : le sang attendu était déjà un grumot de chair autour de moi, il était devenu le premier nœud indestructible de mon corps. Et pas seulement ce sang mais les vagues plus rouges de ses veines, le meilleur de sa nourriture, attirés vers moi, comme dans un tourbillon perpétuel et vorace. Tout ce que je lui dérobais devenait une partie de moi ; tout ce que je parvenais à lui soustraire augmentait ma propre force.
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colimassoncolimasson   18 septembre 2011
Notre vraie naissance, par conséquent, la naissance de notre moi, c’est-à-dire cette conscience d’être quelqu’un d’unique et de permanent que seule la mémoire peut donner, commence à cinq ou six ans. Pour nous la vie commence à ce moment et pas avant. Avant existe le souvenir des autres et non le nôtre. Et les autres nous disent que nous naissons à la lumière du soleil cinq ou six années auparavant et la physiologie nous apprend que nous commençons à exister neuf mois avant la naissance sociale et officielle. Il existe donc, pour chaque homme, trois naissances qu’il faut tenir séparées : la naissance pour la mère ; la naissance pour le monde et la naissance pour nous-mêmes. Les deux naissances qui comptent vraiment sont la première et la dernière et c’est peut-être pour cette raison que les hommes tiennent compte seulement de la deuxième.
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colimassoncolimasson   18 septembre 2011
Un germe anonyme, qui vivait et s’agitait en compagnie d’autres milliers, commence à avoir une vie autonome. Dans l’obscurité des humides canaux maternels il connaît sa route, reconnaît sa moitié et rejoint sans erreur possible l’œuf qui l’attend au milieu du sang préparé et recueilli. Et alors se produit la seconde pénétration –la vraie fécondation, dont l’acte précédent n’était que le symbole et l’antécédent. Et depuis ce moment, à partir de ce moment les deux collaborateurs ne sont plus seuls face à Dieu. De la complicité nécessaire de leur plaisir est né quelqu’un qui paiera dans les larmes et l’ennui le frisson qui les agita et les épuisa. Ainsi commence la vie de tous et la vie de personne.
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enkidu_enkidu_   24 février 2018
La vie est, toujours et partout, fuite et libération ; sortie de prison, remise en liberté, explosion et éclosion. Toutes les vies, tous les moments de toutes les vies. C’est la liberté que part chercher le papillon qui se détache du cocon ; la liberté, l’oiseau qui brise la paroi fragile de l’œuf ; la liberté, la graine qui tombe du fruit pour donner vie à un arbre nouveau. De même que l’élève de Michel-Ange libère de ‘’l’excès’’ du marbre la statue enfermée et couverte par la lourde forme du bloc, de même tout être vivant doit être le sculpteur de soi-même et mériter sa propre vie en déchirant ce qui le recouvre et l’enveloppe. Le fœtus doit fuir l’immonde sac du placenta s’il veut devenir l’homme ; l’âme doit se libérer du vêtement de chair qui l’ensère si elle veut retourner au divin. La liberté ne se mérite qu’après une longue entrave de captivité, et la vie n’a de saveur qu’après avoir souffert ce qui ressemble à la mort.

L’homme naît prisonnier dans le ventre maternel ; et il en sort en pleurant, et à peine l’enfance heureuse touche-t-elle à sa fin qu’il redevient prisonnier des lois et des jugements de ses compagnons de servitude ; seul le génie reconquiert au prix du sang et des larmes une douloureuse arrhe de liberté – et à la fin la Mort, qui emprisonne de nouveau le corps entre quatre places, nous promet l’évasion définitive dans le néant. Chacun de nos efforts, chacune de nos peines réussit à passer d’une cellule à une autre, et c’est dans ces passages que nous respirons assez de ciel pour supporter les hivers infinis de la solitude sans porte de sortie. (pp. 41-42)
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