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Gojko Lukic (Traducteur)
EAN : 9782923682082
191 pages
Les Allusifs (02/09/2010)
3.38/5   39 notes
Résumé :
Au sortir de la Grande Guerre, au Royaume de Yougoslavie qui vient de naître, dans une petite ville serbe, un homme ingénieux et entreprenant fait bâtir l’hôtel Yougoslavie, merveille de luxe et de modernité jamais vue dans les parages. L’hôtel possède, entre autres choses, une grande salle de bal avec un plafond en stuc représentant le ciel étoilé. Après la faillite de l’hôtel, la salle devient un cinéma, appelé Uranie, comme la muse. L’histoire poursuit ses folies... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Un bien agréable petit « ciné-roman » par le fort talentueux auteur serbe Goran Petrović, dont le premier roman à être traduit en français, « Soixante-neuf Tiroirs », a connu un joli petit succès de librairie ( édité au Serpent à Plumes / Rocher puis chez Zulma ), et dont vous retrouverez plusieurs critiques enthousiastes de babéliotes chevronnés.

Ici on l'apprécie pour sa seule parution chez l'éditeur québécois « Les Allusifs », à qui l'on doit également d'excellentes sorties de compatriotes tels Matijevic et Basara.
La quatrième de couverture sonne quelque peu curieusement, car bien que situant correctement l'action dans la Yougoslavie de 1980, elle anticipe en nous parlant d'une « métaphore de la société serbe », alors qu'il s'agît bien de cette population multi-nationale dont il est question, portrait d'un pays au bord de l'effondrement alors que son redoutable cimentier, maréchal d'obédience croate, Josip Broz Tito, vient de s'éteindre.
Je ne reviendrais pas ici, tentation à chaque nouvelle critique d'un livre issu de cet ex-état, sur la trouble et hyper-compliquée histoire de cette dislocation, évidente balkanisation annoncée, des tonnes de papiers existant à ce sujet, dont beaucoup nous viennent des éditions L'Age d'Homme avant la mort accidentelle de son fondateur. Une documentation qui permet de relativiser, tout en embrouillant à l'extrême, la vison que l'on peut avoir d'un grand morceau conflictuel de l'histoire européenne, beaucoup trop facilement résumé à un duel de gentils et de méchants… comme d'habitude, vous dîtes ? Mais je m'égare encore…

Donc l'ami Petrović ( que c'est mignon, cet accent sur le c ) nous figure sa nation déchue par un vieux cinéma rempli d'une galerie de personnages, que l'on va suivre alternativement, avec un certain systématisme, donnant parfois l'impression d'un manque de liant.
Certains personnages, comme ce mélancolique ouvreur, mériteraient un roman à eux tout seuls, accentuant le côté légèrement décevant de passer au rang suivant, suivant cette organisation selon le placement de chacun dans la salle. Ce dispositif pourrait tenir, mais pâlit franchement à son deuxième passage, l'auteur obligé de rafraichir la mémoire du lecteur comme avec de petits cartons brandis depuis le trou du souffleur, confirmant le caractère possiblement caricatural de certains.
Un mince fil rouge, permettant de parcourir l'histoire hors de la salle, est incarné par une perruche nommée « Démocratie ». L'auteur en use comme d'un évident paradigme, mascotte d'un livre qui augure d'un joli talent de conteur, sans toutefois convaincre par sa forme structurellement trop dénudée.
J'y reviendrai bientôt, disposant de toute son oeuvre ; la littérature balkanique, et plus largement slave, comme profonde source de plaisirs.
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Goran Petrovic est un auteur serbe né en 1961. Il nous conte ici l'histoire de la Yougoslavie à travers le destin d'un cinéma.
Tout commence par une sombre et croquignolette affaire de godillots. 1926, Kieslovo, petite ville de Serbie en Yougoslavie. Laza Iovanovitch, besogneux et roublard petit cordonnier a l'idée d'acheter aux enchères des godillots usagés que l'armée vient de mettre au rebut. En deux fois. Les godillots ont été sciemment dépareillés. Il est le seul à vouloir acheter le wagon de godillots gauches. Puis trois mois plus tard le wagon de godillots droits. Patiemment, durant des années, le petit cordonnier va réparer, ressemeler et réunir ses godillots, enfin quand il peut les réunir car la Grande Guerre a laissé pas mal de mutilés, heu, d'unijambistes. A ceux-là il leur demande un peu plus que la moitié du prix, ce qui fait de lui un bienfaiteur des mutilés tout en augmentant son profit. Désormais à force de se pencher sur ses godillots le petit cordonnier a certes un oeil qui dit merde à l'autre mais il devient très très riche, il effile ses moustaches, aligne ses billets, achète l'auberge la Charrue et son grand terrain. Puis, il va chez Monsieur Petit alias l'Etat, amateur de siestes et de bières qui siège au tribunal. Enfin, le contrat est signé. Il sort du tribunal et donne l'ordre de démolir la Charrue et à la place fait ériger l'hôtel Yougoslavie. Un palace au luxe clinquant. Soyez les bienvenus ! L'hôtel fera faillite mais dans l'ancienne salle de bal au plafond céleste sera construit en 1932 le cinéma Uranie.

1980 le plafond céleste s'écaille depuis longtemps. Il est constellé de chewing-gum et de graffiti. le vieil ouvreur gardien du paradis n'y peut rien. Sa petite perruche n'ose toujours pas dire son nom. Dans la salle de cinéma sont réunis une trentaine de spectateurs bigarrés installés dans un ordre immuable depuis l'arrivée au pouvoir du Maréchal Tito. Rangée par rangée, le narrateur nous les présente de manière très vivante, pittoresque, loufoque avec des digressions, interruptions, interventions des uns et des autres comme autrefois dans les cinémas. Et puis trou noir, le plafond leur tombe sur la tête en même temps que la nouvelle.

Dans la dernière partie, le narrateur raconte ce que sont devenus tous les personnages, éparpillés aux quatre vents quand ils ne sont pas morts. C'est long, très long et triste comme un enterrement. Seule consolation, la petite perruche du vieil ouvreur se souvient enfin de son nom : Démocratie.
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En ce dimanche après-midi du 4 mai 1980, dans un cinéma délabré de Kraljevo petite ville yougoslave, plusieurs habitués des lieux visionnent l'un des films autorisés par le parti communiste au pouvoir.
Goran Petrovic nous les présente tous les uns après les autres.
Ces spectateurs rentrés au cinéma, certains pour y voir un film, d'autres pour passer le temps, d'autres encore pour profiter de l'obscurité avec leurs petites amies.
Une fois encore, le film s'interrompt.
Une fois encore le projectionniste n'a pas mis la nouvelle bobine à la fin de la précédente.
Sauf que cette fois, l'interruption dure, dure…
Et les spectateurs commencent à s'impatienter et manifestent leur mécontentement de manière de plus en plus vive.
Jusqu'à ce que la « Dame pipi » de l'hôtel voisin arrive et annonce une terrible nouvelle.
Nouvelle qui va ébranler non seulement toutes les personnes présentes dans la salle, mais aussi la ville toute entière de Kraliévo, tout comme la République fédérative socialiste de Yougoslavie dans son ensemble.
Et l'auteur va nous raconter la suite, la trajectoire de ces personnages une fois que l'impensable est arrivé, tout comme la trajectoire de la République fédérative socialiste de Yougoslavie qui elle ne s'en remettra pas et éclatera.
Un portrait de personnages de diverses couches de la société ballotés au gré de l'Histoire, histoire que chacun subit à sa façon et qui, même si pour beaucoup d'entre eux est tragique nous est racontée avec beaucoup d'humour par l'auteur.
Portait dressés en parallèle de celui de cette petite ville de province qui au cours du XXème dépendra de l'Empire austro-hongrois, puis après la Première Guerre Mondiale deviendra yougoslave, verra ensuite les troupes nazies y perpétuer un massacre, puis subira le joug du grand frère communiste après la Seconde Guerre Mondiale sous la main de fer de Tito, et deviendra serbe après l'éclatement de la Yougoslavie.
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** Critiqué dans le cadre du programme Masse Critique **
« Comme je l'ai déjà dit, je ne peux pas me rappeler le titre du film que l'on passait. Quoique, réflexion faite, cela ne me paraît pas d'un grand secours, car je ne parviens même pas à démêler ce qui de tout ceci faisait partie du film, ou de l'événement historique, ou encore de la tentative d'en faire de la littérature ».
Goran Petrović nous convie à un voyage au coeur de la vie des habitants d'une petite ville serbe en 1980. Un cinéma, l'Uranie, un projectionniste, Bonimenteur, un ouvreur, Simonovitch. Un film dont le nom a été oublié, l'intrigue évacuée. Mais avec une précision ethnologique, nous découvrons les destins croisés des spectateurs de la salle, du 1er rang à l'arrière fond de la salle. Un par un, nous apprenons les occupations, préoccupations, aspirations.
La construction du livre s'avère à mon sens simpliste (malgré une découpe en petits chapitres titrés de façon amusante) : la création de bâtiment qui abritera l'Uranie, par un étrange personnage ayant fait fortune grâce à l'appariement de godillots gauches, puis de godillots droits, achetés dans deux ventes aux enchères séparées. Puis la description uniforme des spectateurs. Puis l'Histoire qui (la mort du maréchal Tito), contrairement à la grande hache de Pérec, ne bouleverse pas tant de chose que ça. Puisque la dernière partie du roman s'évertue à décrire la trajectoire finale des spectateurs. Une réflexion inaboutie sur la place de la grande histoire dans la vie quotidienne.
Mais des bonnes idées bien sûr, en particulier l'apparition ponctuée d'un étrange animal, un perroquet nommé « Démocratie », dont on a juré qu'il parlerait un jour. Les problèmes de son premier propriétaire, ayant tenu des propos sur « démocratie » gênant le régime en place. Et puis l'oiseau qui sauve finalement son second propriétaire, par quelques mots répétés dans un cirque.
Et puis ce plafond de l'Uranie, dont le stuc s'effrite, laissant s'évanouir étoiles, comètes, planètes, en poussière sur les spectateurs.
Je concéderai somme toute être peu friande de romans loufoques et drôlatiques. « Sous un ciel qui s'écaille » est l'un de cela, puisque la mosaïque kaléidoscopique des personnages, du voyeur à la prostituée n'acceptant pour client que des militaires (et les faisant bien sur payer en fonction de leur grade), de l'opportuniste politique au pâtissier cachant le tatouage de sa femme, sont des éclats de vie impromptus.
Un roman cinématographique bien fade en somme, soutenu heureusement par de solides métaphores.
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Mai 1980, dans un cinéma d'une petite ville serbe. Une trentaine de spectateurs assiste à la projection d'un film. Soudain, « le pinceau de lumière a cassé net ». La projection s'interrompt brutalement. Puis, à la faveur d'« une lueur apparue sur le côté », une terrible nouvelle est annoncée au public. Quelle nouvelle vie chacun va-t-il pouvoir se redessiner ?

J'ai eu bien du mal à rédiger un résumé de ce livre, tant l'intrigue est mince. Je me suis aidée pour ce faire du résumé proposé en quatrième de couverture. J'ai été très déçue par ce roman de l'auteur serbe Goran Petrovic, né en 1961 à Kraliévo, en Serbie. C'est d'ailleurs dans cette ville que se déroule le roman. La présentation de l'auteur nous informe que celui-ci est « lauréat des plus grands prix littéraires dans son pays ». Dans ce cinéroman, ce n'est pas vraiment une histoire qu'il raconte ; il brosse plutôt une galerie de portraits, dans une perspective à la fois sociale et psychologique. Ces personnages nous sont décrits dans le cinéma de Kraliévo, en fonction du rang qu'ils occupent habituellement. Cette petite chronique ethnologique est assez intéressante. Mais on entre vite dans le registre de la digression qui, à la longue, devient ennuyeuse. Il y a tant de personnages que le lecteur s'y perd (en tout dans le cinéma, figure une vingtaine de rangs : le nombre de spectateurs s'en voit multiplié…). le résumé que j'ai essayé de rédiger laisse à penser que l'auteur a bâti une intrigue solide : il n'en est rien. Il faut se laisser porter par les portraits variés et associations d'idées de l'auteur : je n'y suis pas parvenue.

Un mot sur les (nombreux) titres qui ponctuent le roman : si l'idée semble intéressante (cela met le lecteur en appétit pour la suite), les titres en eux-mêmes paraissent énigmatiques et déroutants : ils peuvent même rebuter par leur aspect trop long : « Extrait des actualités du fonds de la cinémathèque yougoslave » ou « Même au paradis, les gens colleraient partout leurs chewing-gums » ou encore « de la première à la neuvième rangée ». On a même droit à des extraits d'inscriptions sur les sièges du cinéma.

Un mot sur le titre du roman : « Sous un ciel qui s'écaille ». Ce ciel correspond en fait au plafond du cinéma l'Uranie de Kraliévo qui a tendance à s'effriter :
« Pendant que du vieux plafond du cinéma Uranie, de sa stucature exécutée de main de maître, de sa représentation symbolique de l'Univers, du Soleil, de la Lune, des planètes, des constellations et des comètes, tout doucement, sans bruit, se détachaient d'impalpables particules de chaux, quasi invisibles » (p. 191).

Un roman qui ne m'a pas captivée mais qui comporte une idée originale : la présentation de personnages en fonction de leur positionnement habituel dans le cinéma, ce qui peut faire penser à un récit ethnographique.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Il s'est fait un grand, un total silence. Celui qu'on appelle un silence de mort. De tous les sons il est seulement resté le murmure des écaillures qui se détachaient du ciel de la salle... Un peu plus tôt, sous un certain angle, on pouvait voir dans le faisceau lumineux du projecteur tomber d'en haut, du Soleil et de la Lune stylisés, des planètes et des constellations, une impalpable poussière laiteuse, plus blanches et plus légère que la plus fine poudre de riz... Cette bruine devait certainement continuer de tomber, persistante, fantomatique, même une fois la projection interrompue... Comme si elle cherchait à tout couvrir, à dissimuler toute trace, à adoucir les rides autour des yeux et des lèvres, à gommer nos visages.
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Pendant que du vieux plafond du cinéma Uranie, de sa stucature exécutée de main de maître, de sa représentation symbolique de l’Univers, du Soleil, de la Lune, des planètes, des constellations et des comètes, tout doucement, sans bruit, se détachaient d’impalpables particules de chaux, quasi invisibles.
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Tout était si différent, seul le rire des gens était pareil partout où son petit-fils Rudy déroulait la toile de l'écran et tournait la manivelle du projecteur.
Parmi les centaines d'auberges où les Tchèques montraient leurs images animées. [...] Il y avait celles où les clients venaient pour se pendre hors de chez eux, celles où ils se soûlaient parce que nulle part ailleurs il n'y avait de liberté, et celles où ils s'enivraient de ne savoir que faire de leur liberté...
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Comment la démocratie pourrait-elle être chère? Pour les autres oiseaux on peut marchander, mais pour celle-ci, je ne baisse pas le prix... Laissez-moi vous expliquer : la tyrannie n'arrête pas de se pavaner, de faire la roue, mais elle reste muette. La démocratie est un oiseau menu, qui ne paie pas de mine, mais le jour où elle se met à parler...
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Ibrahim n'a rien dit. Il s'est dominé. Le lendemain, il est parti avec Yasmina et sa femme. Sur la vitrine réfrigérante il avait laissé une note avec des indications détaillées : "Les millefeuilles sont frais, il vaut mieux manger d'abord les baklavas..."
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