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ISBN : 2755601124
Éditeur : Hugo et Compagnie (25/09/2006)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Le 16 octobre 1984 à 21h15, le corps ligoté d'un enfant de quatre ans, Grégory Villemin, est retrouvé dans les eaux de la Vologne : une affaire de corbeau tueur, de haine ancestrale et de crime revendiqué. Bâti à partir d'une série de reportages et de chroniques parus de 1984 à 2000, principalement dans le quotidien Libération, d'un long article écrit pour Rolling Stone (" Les Mémoires d'un rat ") et de comptes rendus d'audience publiés lors du procès de Jean-Marie ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
Woland
  24 avril 2009
Au Coeur de l'Affaire Villemin - Mémoires d'un Rat
Denis Robert
Avec l'ouvrage de Denis Robert, qui, en 1984, faisait ses débuts de journaliste à "Libération" comme dans le métier, se clôt, peut-on dire, la liste des livres à lire sur l'Affaire Grégory.
Mieux vaut en effet laisser de côté les divagations d'un Philippe Besson resservant la sauce éventée de la culpabilité de Christine Villemin - alors même que celle-ci avait été innocentée - dans l'un de ces prétendus "romans" dont doit se contenter aujourd'hui trop souvent la littérature française, ainsi que le "docu-fiction" que l'on doit au commissaire Corazzi, lui aussi persuadé de la culpabilité de la malheureuse mère alors même qu'il n'avait pas encore en mains les pièces du dossier. Tout au plus, par curiosité - car le personnage est si outrancier et si lunaire à la fois qu'on le croirait presque une nouvelle invention des médias - pourrait-on ajouter au trio Sesmat-Lacour-Robert l'autobiographie du juge Lambert : "Le Petit Juge."
Quant à l'ouvrage rédigé par les parents de l'enfant disparu, avec l'aide d'un journaliste qui leur posait des questions, et intitulé "Le 16 octobre", il convient bien entendu de le mettre à part : approche différente, implication absolue dans la noirceur du drame de la Vologne, douleur intense et parfois difficile à supporter tant elle contient de vécu.
Pour en revenir à ces "Mémoires d'un Rat", il faut savoir qu'ils se composent d'une sorte de prologue (assez court) restituant l'époque, les personnages du drame et, de façon générale, tous ses principaux acteurs, suivi des articles publiés par "Libération" et signés par Denis Robert. Précisions tout de suite que les délires durassiens n'y figurent pas et que le journaliste égratigne fortement au passage Serge July, seul responsable semble-t-il de cette entreprise loufoque : "brancher" la pseudo-voyante Marguerite Duras sur l'affaire Grégory.
Denis Robert le dit lui-même : cette affaire lui a appris le journalisme - et le lui a aussi désappris. Toutes proportions gardées, son livre est un peu le pendant de celui de Laurence Lacour à ceci près qu'il se limite à son seul ressenti et que ce ressenti est masculin. le livre de Lacour est un "pavé" minutieux, la tentative réussie de rassembler un maximum d'informations non seulement sur l'enquête, ses succès, ses dérives mais aussi sur le contexte tout entier de l'affaire : la vue d'ensemble est large. A l'inverse, Denis Robert n'évoque que ce qu'il a vu, éprouvé et retransmis, lui et lui seul. Avec ses doutes, ses mépris, ses dégoûts, ses étonnements aussi. Tels quels, les deux livres se complètent harmonieusement.
Toujours respectueux envers la mémoire de l'enfant assassiné - Grégory est probablement le seul à ne pas être envisagé avec une ironie qui, on le sent bien, a servi et sert encore de carapace au journaliste - Denis Robert brosse des portraits pris sur le vif : ceux des membres de la famille endeuillée, de la tribu Laroche-Bolle, des villageois mais aussi de ses confrères "journaleux" (Jean Ker en prend pour son grade, Gilbert Ouaki, le couple Bezzina, Michel Serres, Catherine Lévitan, etc ...) et, bien sûr, des enquêteurs.
Cependant, au fur et à mesure qu'on avance dans les articles et bien que Robert se défende d'avoir jamais pris position pendant l'Affaire, on se rend bien compte que, inconsciemment ou pas, le journaliste traite certains avec une sorte de tendresse qui adoucit le trait alors que le mépris et la colère montent contre d'autres. Parmi ces derniers, on citera le juge Jean-Michel Lambert (un cas, tout le monde est d'accord là-dessus) et Muriel Bolle, témoin-clef désormais cloîtrée dans la morne répétition de ce que tout le monde pense, sans hélas ! pouvoir le prouver, n'être qu'une accumulation de mensonges.
Intègre ou s'efforçant de l'être au maximum, Denis Robert rappelle son indignation - partagée par tant de Français - quand il apprit les sommes versées pour les photographies du petit Julien Villemin. Mais il note ensuite la manière dont les avocats - de toutes les parties - se payèrent sur l'argent versé par les médas aux différents protagonistes. Et son article final - ou presque - nous rappelle que, à ce petit jeu-là, la famille Bolle-Laroche a, elle aussi, énormément gagné sur le dos des parents de l'enfant assassiné.
Un moment très fort de ces "Mémoires ..." est celui où Robert raconte le rire du fameux Corbeau, enregistré sur une cassette qu'il avait obtenue par la bande et dont une copie fut, plus tard, entendue à l'audience, lors du procès de Jean-Marie Villemin. Bien que l'on se trouve dans un amas d'encre et de papier d'imprimerie, ce Corbeau, on croit l'entendre et le coeur se serre quand on songe que, effectivement, L Histoire lui a donné raison : aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas de qui il s'agissait.
Et le livre s'achève sur l'évocation de la Vologne qui, elle, connaît certainement et le Corbeau, et l'assassin du petit Grégory.
A lire, sans aucun doute. Et à relire. ;o)
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Citations & extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   24 avril 2009
[...] ... L'idée de ce livre est née en mars 2006, quand Philippe Besson, à la demande de la maison Grasset, a publié un faux roman dans lequel il prenait la voix de Christine Villemin pour donner sa vision de l'affaire de la Vologne. Il pleurait à sa place au cimetière. Il racontait son histoire d'amour, à sa place, avec Jean-Marie Villemin. Il chouchoutait à sa place le petit Grégory. Il ressentait à sa place la douleur de la perte de son enfant. Il noyait à sa place l'enfant dans une baignoire. Le plus tragique est que l'écrivain était sincère dans son obsession à vouloir dire "je." Il ne voyait aucun mal là-dedans. Il se sentait autorisé à reconstruire le drame avec des mots léchés, des phrases en suspens, des trucs d'écrivain. Le livre ne s'est pas vraiment vendu. Mais le mal était fait. Je me suis exprimé plutôt violemment dans la presse pour dire ce que je pensais de l'initiative. Je me suis fendu d'une lettre à l'auteur où j'expliquais que la seule excuse que je lui trouvais était "la naïveté, mais elle est légère quand on connaît le contexte très chargé de cette histoire." J'ajoutais : "J'imagine que tu as lu des articles ou quelques procès-verbaux pour te donner un peu d'inspiration. Je vois bien le plan ... Imiter Marguerite Duras ... Redonner la parole à la mère ... Il se trouve que j'étais à "Libération" à l'époque et j'ai dû écrire des centaines d'articles sur le sujet. Je me la suis cognée, Duras. Elle avait l'excuse de l'âge. On était en pleine folie médiatique et judiciaire ... Toi, pas ..."

Qui étais-je pour faire de la morale ? Comment expliquer cette colère, somme toute primaire de ma part ? Compliqué ... Ce livre ["Au Coeur de l'Affaire Villemin : Mémoires d'un Rat"] est né là. ...[...]
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WolandWoland   24 avril 2009
[...] ... Une voix. Une putain de voix a hanté la salle d'audience de la cour d'assises de Dijon hier matin. La voix du Corbeau. La voix de l'assassin. C'est une première dans les annales judiciaires et criminelles. Celui que par facilité nous avons appelé "le corbeau de la Vologne" mais que ses victimes nommaient "l'autre", harcelait la famille Villemin depuis 1980. (...)

Dans un lourd silence, le président a décacheté le scellé 19, et sorti de l'enveloppe kraft une cassette enregistrée par Jean-Marie Villemin le 21 mars 1983 dans la matinée. Le corbeau ne le rappellera plus après cette date. Un technicien s'est emparé de l'objet. On a entendu un souffle, un craquement, puis une voix grave. Elle n'était pas rauque et difficilement intelligible à la première écoute. Des mots soufflés avec lenteur arrivaient jusqu'à nos oreilles, portés par des râles : "Mère ... Vérité ... Bâtard ..." Les Villemin, tous, étaient comme des statues de pierre. Les jurés tendaient le cou, visiblement impressionnés. Le président a lu la retranscription écrite de la conversation. Puis la bande est repassée dans la salle insonorisée pour l'occasion. L'assassin, après nous avoir longtemps nargués avec ses lettres anonymes, nous parlait pour la première fois. La voix du corbeau de la Vologne a quelque chose de léger, de fluet, de flou, de malsain, d'effrayant. Elle fait penser à la voix que peuvent prendre certains conteurs quand ils veulent faire peur aux enfants en imitant une méchante sorcière. Sauf qu'ici, les enfants sont un peu vieux, l'angoisse va crescendo, l'histoire dure longtemps et finit très mal ... [...]
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