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ISBN : 2266178180
Éditeur : Pocket (02/10/2008)

Note moyenne : 3.21/5 (sur 12 notes)
Résumé :
4° de couverture

Le 16 octobre 1984, le capitaine de gendarmerie Étienne Sesmat se trouve sur les bords de la Vologne, dans les Vosges, alors qu'on retire des eaux le corps du petit Grégory Villemin. Il ne se doute pas en cet instant que ce drame va devenir l'une des plus grandes dérives judiciaires des vingt années à venir…

Très vite, « l'affaire Grégory » défraie la chronique et divise l'opinion. Pour le capitaine Sesmat, qui sera le... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
Woland
  26 février 2009
Les plus âgés ici s'en souviennent certainement, les plus jeunes en ont sans doute entendu parler : l'Affaire Gregory a remué et même divisé la France entière pendant près d'une décennie. C'est aussi, après l'affaire de Bruay-en-Artois, dans les années soixante-dix, l'une des toutes premières affaires modernes où se distingue un juge d'instruction qui va prêter à polémique tant son parti-pris sera grand. C'est enfin une affaire où les médias ont joué un rôle tel qu'on peut leur reprocher en partie non seulement le meurtre de Bernard Laroche mais aussi et surtout le lynchage orchestré de Christine Villemin, la mère de la petite victime.
Le principal mérite de l'ouvrage, en tous points remarquable, que le colonel (en retraite) de gendarmerie Etienne Sesmat consacre à cette affaire où il fut l'un des tous premiers intervenants, est de remettre les faits, qu'il s'agisse du crime ou des enquêtes (car il y en eut deux), dans leur contexte. Ce qui est primordial pour un lecteur qui, sur l'affaire Grégory, a souvent entendu et lu tout - et n'importe quoi.
Au départ, le corps d'un petit garçon de quatre ans et deux mois, Grégory Villemin, retrouvé mort dans la Vologne, la rivière qui passe dans le village de Lépanges où vivent ses parents, Christine et Jean-Marie. Quand les sauveteurs le récupère, il semble avéré que la mort remonte à trois heures, que l'enfant n'a subi aucune violence même s'il est pieds et poings liés avec l'arrière de la cordelette enserrant son cou et que la responsable du décès est la noyade. Par l'un de ces hasards qui font L Histoire, grande ou petite, un photographe professionnel se trouve présent et prend la photographie qui fera dès le lendemain la une des journaux locaux, puis nationaux, celle de la petite silhouette ramenée dans les bras d'un sauveteur visiblement très ému.
Très vite, tout le monde comprend la complexité de l'affaire : un ou plutôt deux corbeaux (un homme et une femme) qui sévissaient déjà autour de la famille Villemin tout entière mais en visant tout particulièrement Jean-Marie, dont la réussite sociale, pourtant bien modeste, semblait déchaîner les jalousies ; des voisins qui affirment n'avoir rien vu ; des experts qui désignent un cousin des Villemin, Bernard Laroche, comme l'auteur plus que vraisemblable de certaines lettres parmi lesquelles celle qui revendique l'assassinat ; puis la déposition de la belle-soeur de Laroche, alors âgée de 15 ans, qui déclarera, tant aux gendarmes qu'au juge Lambert, être montée dans la voiture de son beau-frère ce jour-là et y avoir vu le petit Grégory ; enfin, au bout de plusieurs jours, la rétractation éclatante de la même belle-soeur, Murielle Bolle, que le juge Lambert n'a pas pris la peine de placer à l'écart de ses parents, proches et moins proches, ceci afin d'éviter les pressions.
Des pressions, justement, les avocats de Bernard Laroche vont en exercer sur le juge Lambert, que la presse appellera bientôt "le petit juge." Il faut dire que Lambert fait montre d'un caractère pour le moins curieux chez un juge appelé, par sa profession, à agir dans l'impartialité absolue. Il se définit lui-même comme un "anarchiste libertaire", écoute Léo Ferré quand il doit prendre une décision, omet de remplir toutes les paperasseries dont la Justice raffole et rompt le secret de l'instruction au bénéfice des journalistes. Certains diront en outre qu'il était toujours de l'avis du dernier qui avait parlé.
Contre l'avis du procureur, Lambert va dessaisir la gendarmerie pour ne plus travailler qu'avec la SRPJ de Nancy. Et dès le départ, le nom de l'assassin est donné : c'est "la Mère." Pourquoi ? Comment ? Peu importe, c'est elle, ça ne peut être qu'elle et Bernard Laroche est innocent. Qui, le premier, a eu cette certitude ? On peut penser à Jean-Michel Bezzina, qui a été dépêché à Lépanges par RTL (la station d'ailleurs, à un certain moment, sera prise de tels doutes quant à son collaborateur, qu'elle enverra un autre journaliste pour se faire une idée personnelle de l'affaire).
Outre le fait que Bezzina et l'inspecteur auquel l'enquête a été confiée, Jacques Corazzi, s'entendent comme larrons en foire, le journaliste dispose d'un véritable réseau médiatique qu'il va utiliser pour procéder au lynchage en règle de Christine Villemin : sous divers pseudos, il écrit en effet dans "Le Journal du Dimanche", "France-Soir", "Le Figaro." Sa femme, Marie-France, qui prendra elle aussi fait et cause contre Mme Villemin, travaille au "Parisien", au "Quotidien de Paris", à l'Associated Press et à l'Agence centrale de Presse. Qui dit mieux ? ...
Malgré tout, Christine Villemin ne "craquera" pas et, lorsque l'enquête sera enfin délocalisée et confiée à la cour de Dijon, le travail, extraordinaire d'impartialité et de sérieux, qu'effectuera le Président Simon avant de succomber à un infarctus, permettra à la Cour d'Appel de Dijon, le 3 février 1993, de "dire et juger qu'en l'état, il n'y a pas de charges contre Christine Blaise, épouse Villemin, d'avoir assassiné son fils, Grégory Gilbert Villemin."
L'arrêt fera jurisprudence : la cour d'Appel ne se contente pas en effet de renvoyer l'accusée faute de charges suffisantes, elle précise que, des charges, il n'y en a pas contre elle - ce qui revient à dire qu'elle a été amenée là sans aucune preuve valable.
Au-delà l'horreur de ce crime, de nos jours encore non-résolu, le lecteur garde l'image d'une presse et d'une télévision toutes puissantes et capables de raconter n'importe quoi en dépit du bon sens, pourvu que ce n'importe quoi soit porteur. Qu'on réfléchisse en effet un instant : un meurtre commis par un cousin jaloux, même sur un petit enfant, c'est tout de même moins "porteur" que le même, commis par la propre mère de la victime, qu'on s'acharne à dépeindre sous des traits littéralement diaboliques. Menteuse, hypocrite, calculatrice, préméditant le meurtre trois ans à l'avance, ne reculant devant rien, noyant elle-même son petit, tout cela par haine de son mari !
Quoi qu'il en soit, le livre du colonel Sesmat est, avec "Le Bûchers des Innocents", de Laurence Lacour, l'un des livres qu'il faut lire si l'on s'intéresse à l'affaire Grégory. A déconseiller, le "docu-fiction" rédigé par Corazzi en 2003 et qui ne tient aucun compte du jugement de la Cour d'Appel de Dijon. A déconseiller aussi, tous les délires de Marguerite Duras sur la question. ;o)
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LiseronDHiver
  08 janvier 2017
C'est une lecture si loin de ma zone de confort habituelle que je sais à peine par où commencer. En fait, j'ai lu ce livre un peu par hasard, mais ce fut l'occasion d'en apprendre plus sur une affaire que je n'ai pas connue dans le détail.
L'auteur résume plutôt bien els évènements et j'ai trouvé que son point de vue était très intéressant. En effet, le colonel Sesmat était au coeur de l'enquête et livre ici un témoignage très instructif. C'est l'occasion de voir et de comprendre le déroulement d'une enquête, d'observer le fonctionnement - et le dysfonctionnement ! - du système judiciaire. C'est un éclairage nouveau pour moi, qui a l'avantage de se concentrer sur des faits et des documents présentés en annexe. On sent que le témoignage de l'auteur est sérieux et étayé.
Bien sûr, on sent également que le colonel Sesmat est très impliqué dans son récit, que ce texte est aussi une sorte de règlement de compte avec les médias et certains journalistes en particulier. Cependant, son attachement aux faits et la rigueur avec laquelle il s'exprime permet à son propos de rester toujours relativement objectif. Il apporte également une vision très intéressante du le rôle des journalistes dans une enquête de cette envergure, en particulier sur le mal qu'ils peuvent faire. En gardant à l'esprit que les choses ont changé depuis cette époque, cela permet de comprendre à quel point la vision des enquêteurs et celle des journalistes ( et donc du public ) peuvent être différentes. On se rend compte à quel point l'ego d'un juge avide d'interviews peut entraver l'enquête ! le point du vue du colonel Sesmat est un témoignage extrêmement intéressant sur la façon dont les choses ont dégénéré.
Ce que je retiens de cette lecture, c'est surtout d'en avoir beaucoup appris : sur cette affaire que je connaissais très peu, sur le fonctionnement du système judiciaire et sur le rôle et l'influence des acteurs dans ce type d'enquête. Cette lecture a été plus qu'un témoignage car elle m'a apporté de nouveaux éléments pour réfléchir et prendre du recul sur ce qui est montré au public. Il est important de toujours garder son sens critique, de recouper les sources, chercher les faits et de ne pas céder à l'émotion facile. C'était vrai dans les années 80 et c'est toujours vrai maintenant, que l'on parle d'affaires criminelles ou d'autres sujets.
Lien : http://liserondhiver.blogspo..
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Citations & extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   26 février 2009
Contrairement à la légende, nous n'avons pas tiré le nom de Bernard Laroche par hasard d'un képi pour l'affubler du profil de "suspect idéal", voire du "coupable", dont nous avions besoin. Ce n'est pas davantage parce que son épouse, Marie-Ange Laroche, serait venue apporter son témoignage de façon étonnante que nous nous sommes intéressés à lui ! Pour autant, Marie-Ange est effectivement l'un des rares témoins à s'être spontanément adressé à nous pour être entendu, et dans des conditions un peu bizarres. En effet, le 19 octobre au matin, bien qu'elle dispose d'un téléphone à son domicile, Marie-Ange Laroche décide de se rendre dans un café pour appeler la brigade de Bruyères. Elle prétend n'avoir pas voulu réveiller son mari qui dort encore car il travaille de nuit. Elle annonce qu'elle a quelque chose d'important à dire sur l'affaire de Lépanges. Invitée à se rendre à la gendarmerie, elle nous rapporte des propos que lui aurait tenus Bernard Laroche et qui orienteraient les soupçons vers Jacky et Liliane [demi-frère et belle-soeur de Jean-Marie Villemin], avant de nous confier ses doutes au sujet des Hollard, des cousins éloignés.
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WolandWoland   26 février 2009
Cette année 1981, si favorable à Jean-Marie, correspond à l'apparition du corbeau. Ou plutôt "des" corbeaux car ils sont nombreux à passer des coups de téléphone anonymes dès avril, provoquant un climat général très confus.

Jean-Marie et Christine Villemin emménagent dans leur pavillon en juin 1981. La ligne téléphonique est posée en juillet, et les premiers appels anonymes débutent chez eux le mois suivant. Ils ont lieu la nuit. D'abord muets, ils sont bientôt accompagnés de musiques et d'une voix qui fredonne en arrière-fond. Les époux Villemin entendront la chanson "Chef, un p'tit coup, on a soif ..." Très vite, les appels se concentrent sur les membres de la famille résidant à Aumontzey, en particulier les parents, Albert et Monique Villemin. Cette première cacophonie malveillante n'épargnera pratiquement personne dans la famille, mais ce sont bien eux qui seront les plus touchés. Après le crime, l'instruction permettra de dénombrer plus de mille appels, dont huit-cents adressés à Monique et Albert. Ces derniers en viendront même à tenir un cahier pour essayer de les recenser ! Le "registre des corbeaux" ...

Pendant près de deux ans, de l'été 81 au printemps 83, la vallée de la Vologne va bruire ainsi de centaines d'appels et de tous les commentaires, rumeurs et suspicions qu'ils font naître. Beaucoup de personnes se sont prêtées occasionnellement à ce jeu, soit par malveillance, soit pour riposter contre celui ou celle qu'elles imaginaient être leur corbeau, soit pour se défouler ou régler quelques comptes dans une ambiance des plus malsaines. Quelques uns reconnaîtront plus tard avoir cédé à la tentation, dont Jean-Marie et Christine Villemin. D'autres, et probablement ceux qui ont le plus de choses à se reprocher, ne l'avoueront jamais. Les personnes appelées relateront avoir entendu de multiples et divers bruits de fond attestant de la multiplicité des corbeaux : cliquetis d'un métier à tisser, coups de marteau clouant une caisse, sifflements de machin
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PROCES VILLEMIN
PROCES DE JEAN-MARIE VILLEMIN à la cour d'assises de Dijon. Jean marie VILLEMIN comparait pour le meurtre de son cousin, Bernard LAROCHE qu'il soupçonnait d'avoir tué son fils, Grégory (le petit Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé assassiné dans la Vologne le 16 octobre 1984).C'était aujourd'hui au tour du capitaine de Gendarmerie Etienne SESMAT de comparaître devant la Justice. ...
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