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Roger Lescot (Traducteur)
ISBN : 2070285987
Éditeur : Gallimard (08/05/1979)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 243 notes)
Résumé :
Pedro Paramo - histoire d'un tyranneau de la province mexicaine, reconstituée bribe par bribe à travers les dires de tout un village de fantômes qui furent les victimes de sa domination - réussit le rare miracle d'être un témoignage d'une vérité saisissante sur le Mexique profond, et de rejoindre, par-delà le Pacifique, les plus anciennes histoires de l'Orient, peuplées de revenants.
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  03 janvier 2018
Juan Rulfo est un trait d'union entre deux auteurs et deux univers qu'on n'aurait pas forcément tendance à juxtaposer, et pourtant… En effet, Rulfo, auteur d'un seul roman (celui-ci) et préalablement d'un unique recueil de nouvelles (Le Llano en flammes), a repris à son compte et digéré la technique narrative de William Faulkner. À mon sens, il l'a même améliorée.
Là où Faulkner nous engluait dans la mélasse avec Le Bruit et la Fureur, Juan Rulfo parvient lui à ne pas trop nous embrouiller, au prix d'une maîtrise stylistique impressionnante et réellement exceptionnelle. Il combine une kyrielle d'époques et de narrateurs différents de manière à construire un gigantesque patchwork parfaitement intelligible tout en conservant juste ce qu'il faut de nébuleux pour nous intriguer, sans nous déboussoler.
(Exercice où Faukner nous emberlificotait complètement en donnant vingt fois le même nom à des personnages différents ou trente-six appellations différentes à un même personnage sans jamais trop qu'on sache ni qui parlait, ni à quelle époque. le résultat était d'une très grande confusion et nécessitait souvent une ou plusieurs relecture(s) pour être parfaitement assimilé. Ici ce n'est pas le cas avec Pedro Páramo.)
L'autre univers auquel nous fait adhérer Juan Rulfo, c'est celui, ô combien différent de Gabriel Garcia Márquez et de son inénarrable Cent Ans de Solitude. La filiation est évidente et l'on comprend que Garcia Márquez ait pu être impressionné par la construction, le fantastique carrousel de Rulfo, mélangeant, intriquant, nouant fil à fil à la manière d'un oiseau tisserin réalisme et impressions, naturel et surnaturel.
On ne sait jamais trop si les personnages sont morts ou vivants, s'ils décrivent la " réalité " physique concrète ou seulement leurs visions, leurs rêves ou leurs fantasmes. Mais tous, tous, nous focalisent sur un même point : Pedro Páramo et son village, sa propriété terrienne de la Media Luna.
La Media Luna, une vallée fertile qu'on imagine entourée de hautes collines qui la séparent du monde extérieur, un microcosme, capable d'endurer… cent ans de solitude ! comme la Colombie de Garcia Márquez. Aussi, les règles à la Media Luna sont elles propres à la Media Luna, et les règles, c'est Pedro Páramo qui les édicte.
Pedro Páramo, c'est un gros propriétaire terrien d'avant la Révolution mexicaine. À lui tout appartient : sols et bêtes, femmes et hommes. Pourtant, tout n'a pas été facile pour lui, il est né avec pour seul héritage les dettes contractées par son père. Mais il est malin et roué comme pas un, le Pedro, et il saura y faire, notamment avec les femmes, pour racheter les dettes et agrandir toujours sa propriété.
Une femme, à ses yeux, vaut pour ses formes et sa dot, tout le reste ne l'intéresse pas. Il a couché avec à peu près toutes les villageoises et semé des gosses un peu partout sans les reconnaître, pour la plupart. C'est d'ailleurs le cas de notre narrateur, Juan, fruit des ébats de Páramo avec Dolores Preciado, avec laquelle il avait jugé bon de se marier car elle était la fille du créancier de son père. Une fois les dettes épongées et la propriété agrandie, il n'avait plus jamais jugé utile de s'occuper de Dolores et de son enfant. Il était reparti à la chasse, dans le but de contracter un nouveau mariage digne d'intérêt.
Évidemment, bâtir un tel empire local, cela n'a pas toujours roulé tout seul ; certains hommes n'étaient pas trop d'accord : il a parfois fallu jouer du muscle, ou du couteau, ou du pétard. Et pour cela, Pedro Páramo a su justement s'adjoindre les services de quelqu'un de persuasif, don Fulgor.
Bon, il ne serait pas souhaitable que je vous en dévoile bien davantage, vous dire par exemple que les sentiments de Páramo ne sont pas les mêmes pour toutes les femmes et qu'une, une seulement, mais une tout de même a su lui inspirer de l'amour, et quel amour…
Disons simplement que tous ces personnages nous dressent un portrait de Pedro Páramo, archétype du gros propriétaire terrien d'avant révolution et, si j'en crois certains articles du Monde diplomatique, mentalité pas totalement disparue chez les grands capitalistes de l'actuel Mexique.
Quant à la Media Luna, c'est l'archétype des latifundia mexicaines. Juan Rulfo nous y portraiture la psychologie, la sociologie villageoise du début XXème, toujours emmaillotée d'une épaisse gangue de religion catholique et de croyances, pour le coup, carrément païennes. La mort, la mort, la mort. Omniprésente, omnipotente, à telle enseigne que le squelette fait partie du folklore local ; on vit avec.
La limite entre le monde des morts et celui des vivants n'y est pas aussi étanche que chez nous : chacun peut y faire de fréquentes incursions dans le territoire de l'autre, soit en rêve, soit en transe et cela ne choque personne. C'est peut-être cela le réalisme magique, une vision de la vie où les esprits sont aussi présents et crédibles que les vivants, leurs injonctions, encore plus prises au sérieux, un peu comme pour les Grecs et les Romains antiques, très cartésiens sur certains points, absolument mystiques sur d'autres.
Ici, donc, la technique narrative à la Faulkner est tout à fait légitime car elle engendre nécessairement et presque mécaniquement un flou, mais ce flou est précisément l'impression que cherche à produire l'auteur, cette espèce d'insécurité du lecteur, qui ne doit jamais trop savoir si c'est du lard ou du cochon, si l'on nous décrit quelque chose de tangible ou si l'on est dans les arcanes d'une imagination quelconque. En ce sens, la technique narrative n'a ici rien de gratuit et elle se justifie totalement.
Pour d'autres auteurs, avec d'autres thèmes, cette technique me semble creuse, n'apparaît se fonder sur rien, si ce n'est le désir de faire un truc " bizarre ". J'ai le sentiment que le style, la technique, les artifices doivent toujours servir le propos, pas être plaqués a priori, juste être là parce qu'à ce moment précis l'auteur a eu envie de les employer. Chose qui, malheureusement, arrive souvent, même chez les plus grands.
En somme, de la bien belle littérature, héritière de Faulkner et annonciatrice de Garcia Márquez. Je ne suis pas absolument fan mais je reconnais sans peine que dans ce style, c'est remarquable. Gardez toutefois à l'esprit que ceci n'est qu'un avis, c'est-à-dire, bien peu de chose. le meilleur avis sera toujours celui qu'on se forge par soi-même, avec tout l'éventail de sa propre sensibilité.
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Gwen21
  05 septembre 2016
Qui est Pedro Páramo ?
Pour le narrateur, Juan Preciado, il semblerait bien qu'il s'agisse de son géniteur. Du moins, c'est la révélation que lui fait sa mère avant d'expirer, accompagnant cette confidence d'un appel à la vengeance qui donne le ton du récit.
Village de Comala, Mexique, années 20.
Dans un décor de western, où les montagnes laborieusement cultivées sous un soleil de plomb recèlent peut-être quelques mines d'or, et un contexte de révolution mexicaine, vivent quelques autochtones, sous la domination de Pedro Páramo, maître de la Demi-Lune, alliage convaincant du parrain de Palerme et du caïd de Santa-Fe.
Mais ces villageois vivent-ils réellement ou sont-ils seulement des revenants ? Une étrange malédiction semble peser sur les lieux. Le mystère est omniprésent. Un mystère que le lecteur cherche à percer en même temps que Juan Preciado, au gré d'une narration d'abord déroutante puis de plus en plus fascinante. Le temps semble aboli, figé dans cet espace désertique où naissent et meurent les générations successives.
Le récit s'articule à la façon d'un puzzle autour de séquences courtes mais efficaces. Comme dans un film de Quentin Tarentino, certaines scènes nous entraînent même vers un fantastique teinté à la fois d'humour et de drame, comme ces deux morts enterrés dans le même cercueil et qui tendent l'oreille pour saisir les plaintes des tombeaux voisins.
La mort.
Elle est l'axe majeur du roman. Ce thème cher au coeur des Mexicains - partie intégrante de leur culture - s'épanouit ici entre pragmatisme, superstition et surnaturel pour un voyage hors du commun qui m'a séduite.
Un dernier conseil : à lire d'une traite pour en saisir toute la saveur.

Challenge PETITS PLAISIRS 2016
Challenge MULTI-DEFIS 2016
Challenge Petit Bac 2016 - 2017
Challenge AUTOUR DU MONDE
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DanD
  16 août 2016
Je suis au Mexique (La region de Jalisco? le debut du 20e siecle?). Vous venez?
Sur son lit de mort une mere enjoint son fils d'aller au village de sa naissance, Comala, reclamer a son pere, Pedro Paramo, ce qui lui est du. Envoute par la description idyllique que fait sa mere du village, il entreprend le voyage. Mais il trouve en fait un endroit abandonne, desole, ou le sifflement du vent s'emmele de murmures, de chuchotements dont il ne comprend pas la provenance. Quand il realise que ce sont des ames mortes qui rodent, et que ce n'est qu'avec elles qu'il a eu des contacts, il en meurt lui meme d'effroi.
Une fois mort on continue a lui souffler des bribes de l'histoire recente de Comala, de sa decadence, sa chute vers l'inanite. Et de l'homme en qui convergent tous les souvenirs (et donc toutes les responsabilites): Pedro Paramo. Un "cacique", un despote qui s'est attribue – par la force et des torrents de sang – pratiquement toutes les terres du village. Tout depend de son mauvais vouloir; il s'octroie le droit de vie et de mort sur tous ceux qui l'entourent, et le droit de cuissage sur toutes, ce qui fait qu'a la fin de sa vie le village est plein de ses fils non reconnus. Beaucoup meurent mais beaucoup d'autres fuient, le village se vide peu a peu, et la revolte de Pancho Villa dans la region sera l'occasion de l'assassinat du "cacique" mais aussi de la fin du village, de son total abandon. Il ne sera plus peuple que par les ames des morts attendant le purgatoire.
"Pedro Paramo" n'est pas un livre facile. Il a d'ailleurs eu des debuts difficiles et il a fallu du temps pour que la critique l'encense et le public suive (Il est sorti en 1955 et pendant les premiers quatre ans on en a vendu un millier d'exemplaires). Les differents narrateurs, les differentes formes de narration, l'absence d'une chronologie claire ou l'embrouillement de toute chronologie, le mélange de realite et d'hallucinations, tout est fait pour derouter a premier abord le lecteur. Mais s'il s'accroche il est recompense. A partir du fantastique, Rulfo arrive a brosser le plus realiste portrait des relations patrons/asservis de la campagne mexicaine du debut du 20e siècle. le plus juste. le plus criant de verite. C'est en fait une des caracteristiques du "realisme magique" latino-americain, dont ce livre est un des premiers jets. Un des livres emblematiques de ce courant litteraire.
Surpassant le regionalisme, "Pedro Paramo" devient une critique absolue et universelle de l'abus de pouvoir. Plus que cela: les mythes indigenes rejoignent ici les mythes classiques. Un autre auteur mexicain, Carlos Fuentes, l'a bien note, et je me permets de le citer: "… ce jeune homme qui entreprend une odissee a la recherche d'un pere perdu; cet anier qui l'amene a l'autre rive, la morte, d'un fleuve de poussiere; cette voix de la mere et amante, Jocaste-Eurydice, qui conduit le fils et amant, Eudipe-Orphee, par les chemins de l'enfer; ce couple de frères edeniques et adaniques qui dorment ensemble dans la bouse pour amorcer une nouvelle fois le genre humain dans le desert de Comala; ces vieilles virgiliennes – les Eduviges, Damiana, la Cuarraca - phantomes de phantomes; cette Susana SanJuan, Electre a l'envers; Pedro Paramo lui-meme, tout de pierre et de boue; tout cet arriere-plan mythique permet a Juan Rulfo de cerner l'ambiguite humaine d'un despote, ses femmes, ses hommes de main et ses victimes, et, a travers eux, d'incorporer la thematique de la campagne et de la revolution mexicaines dans un contexte universel." [ma traduction.DanD]
Mais je ne voudrais surtout pas faire peur et dissuader de potentiels lecteurs. Bien au contraire. C'est vrai que c'est un livre qui se merite - si l'on peut dire - mais il n'est pas grand, et une fois franchie une premiere etape, on a de fortes chances d'etre pris. Et recompense par une grande emotion. Un livre puissant, qui ne peut laisser son lecteur indifferent. A mon humble et louangeur avis (pour paraphraser d'illustres babeliotes).
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Crazynath
  22 septembre 2016
Un roman court, un roman surprenant, un roman déroutant, un roman fort...
Encore merci à Gwen, sans qui je n'aurai surement jamais lu cette oeuvre singulière qui me semble inclassable.
Après avoir promis à sa mère sur son lit de mort d'aller à la rencontre de son père, le narrateur, Juan Preciado arrive à Comala, un bien mystérieux village. Il va côtoyer des fantômes, pas toujours identifiables qui, à travers leurs récits, leurs murmures, vont dresser une ambiance très particulière. grâce à ce choeur des morts, on va découvrir petit à petit le portrait de Pedro Paramo, tyranneau de ce village ( ou cacique si vous préférez ).
J'avoue que j'ai été surprise par la lecture de ce livre et que arrivée autour de la page cinquante, en réalisant certains liens, je suis retournée en arrière et j'ai recommencé ma lecture. Je pense qu'effectivement, pour pouvoir apprécier pleinement cette histoire et cette atmosphère, il faut lire ce livre d'une seule traite. de plus, on peut être dérouté par le style de la narration, car on n'arrive pas toujours à cerner les tenants et les aboutissants des informations qui sont distillées par les différents protagonistes. Mais j'avoue avoir été happée par ce livre et son ambiance si particulière que je qualifierai d'unique...
Une lecture qui se mérite et qui vaut le détour...
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dedanso
  25 mai 2018
Juan Rulfo m'était absolument inconnu jusqu'à ce que je lise les billets de NastasiaB et de Gwen21 sur Pedro Paramo. Il faut dire que cet auteur mexicain n'a écrit qu'un seul roman (Pedro Paramo donc) et quelques nouvelles. Mais un roman devenu un classique.
Juan Preciado est envoyé par sa mère, maintenant décédée, à Comala, le village dans lequel elle a vécu. Elle souhaite qu'il retrouve son père et réclame le dû de la famille. Comme Juan Preciado, le lecteur n'en sait guère plus.
C'est pourquoi la forme adoptée par Juan Rulfo est extrêmement déstabilisante au départ : il change de narrateur, il voyage d'un temps révolu depuis longtemps à un présent qui ne sera bientôt plus et, surtout, il entremêle dans une même temporalité des personnages bien vivants et d'autres qui sont morts depuis belle lurette.
Mais ne vous y trompez pas ! Juan Rulfo est un génie et loin de faire fuir son lecteur, ce choix narratif permet juste de lui faire perdre pied (et raison) afin d'entretenir la flamme d'un bout à l'autre du récit.
De quoi est-il réellement question dans cet ouvrage si ce n'est de la fascination des Mexicains pour la mort ? La Mort est partout, elle est tout le monde. Le village de Comala est d'ailleurs un village-fantôme. J'ai immédiatement eu en tête le village d'Oradour-sur-Glane, pour ceux d'entre vous qui le connaissent. Un village où tout est mort depuis longtemps et dans lequel, pourtant, des murmures s'élèvent pour vous raconter un monde de douleur et de désillusion. C'est à la fois très beau (il y a une forme de poésie là-dessous) et très dur.
Les Morts dansent pour nous, lecteurs, une sarabande funèbre pour brosser le portrait de Pedro Paramo, à moins que ce ne soit finalement le portrait du Mexique que Juan Ruflo ait voulu nous montrer.
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   04 mars 2018
T'en souviens-tu, Justina ? Tu avais rangé les chaises le long du couloir pour que les gens qui viendraient la voir puissent s'asseoir en attendant leur tour. Elles sont restées inoccupées. Ma mère est restée seule au milieu des cierges, avec son visage blême, ses dents blanches qui se montraient à peine entre ses lèvres violacées, durcies par la mort livide, ses cils désormais tranquilles et tranquille aussi son cœur. Et toi et moi, qui n'arrêtions pas de prier, sans qu'elle pût rien entendre, sans que nous pussions rien entendre, car tout se perdait dans la nuit avec le tumulte du vent. Tu as repassé sa robe noire, en empesant le col et les poignets pour que ses mains aient bel air une fois croisées sur sa poitrine morte ; sa vieille poitrine tendre sur laquelle j'ai dormi un temps, qui m'a nourrie et a palpité pour bercer mes rêves.
Personne n'est venu la voir. Ç'a été mieux ainsi. La mort ne se distribue pas comme si c'était un bien. […]
Et tes chaises sont restées inoccupées jusqu'à l'heure où nous sommes allées l'enterrer avec ces hommes à gages qui suaient sous un fardeau qui n'était pas le leur, étrangers à tout chagrin. Ils ont entouré la fosse ouverte de sable mouillé ; ils y ont descendu la bière peu à peu, avec la patience de leur métier, dans un vent qui les rafraîchissait après l'effort. Les yeux froids, indifférents, ils ont dit : « Ça fait tant. » Tu les a payés comme si tu faisais un achat quelconque, en dénouant ton mouchoir mouillé de larmes, tordu et retordu, dans lequel tu avais mis l'argent des funérailles…
Quand ils sont partis, tu t'es agenouillée à l'endroit où s'était trouvé son visage, tu as embrassé la terre et tu aurais bien pu y creuser un trou si je ne t'avais dit : « Partons, Justina, elle est ailleurs ; ici, il n'y a plus qu'une chose morte. »
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SachenkaSachenka   23 mars 2018
«Le temps doit avoir changé, dehors. Ma mère me disait qu'à l'arrivée des pluies, tout se remplissait de scintillements et de l'odeur verte des jeunes pousses. Elle me racontait comment montait la marée des nuages, comment ils se précipitaient sur la terre et la transformaient en lui donnant d'autres couleurs, ma mère... Elle qui a vécu son enfance et ses plus belles années dans ce village et n'a pas pu y mourir. Elle m'a envoyé ici à sa place. C'est étrange, Dorotea, je n'ai pas réussi à voir le ciel. Peut-être lui, au moins, est-il le même que celui qu'elle a connu.
- Je n'en sais rien, Juan Preciado ; je n'ai plus levé la tête depuis tant d'années que j'ai oublié le ciel. D'ailleurs, si je l'avais fait, qu'y aurais-je gagné? Le ciel était si haut et ma vue si basse que je m'estimais déjà heureuse de savoir où se trouvait la terre. [...]»
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Gwen21Gwen21   06 septembre 2016
- Et à propos, que devient ta mère ?
- Elle est morte, dis-je.
- Déjà morte ? Et de quoi ?
- Je ne sais pas. Peut-être de tristesse. Elle soupirait tout le temps.
- C'est mauvais ça. Chaque soupir est comme une gorgée de vie qui s'en va.
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patrick75patrick75   13 février 2013
L'océan mouille mes chevilles et s'en va; il mouille mes genoux, mes cuisses; il enlace ma taille de son bras doux, fait le tour de mes seins, se noue à mon cou, étreint mes épaules. Alors je m'y plonge tout entière. Je me livre à lui, à son battement puissant, à sa tendre possession, sans la moindre réserve.
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Nastasia-BNastasia-B   05 janvier 2018
Pourquoi ce souvenir si vif de tant de choses ? Pourquoi pas la mort tout simplement, et non cette musique plaintive du passé ?
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Vidéo de Juan Rulfo
"Pedro Paramo" de Juan Rulfo : un grand classique de la littérature mexicaine - Un livre, un jour - France 2
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