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EAN : 9782072967887
256 pages
Gallimard (21/04/2022)
3.82/5   117 notes
Résumé :
Samuel raconte Lucas — l’amour, le désamour, le sexe après l’amour, l’amour après la mort de Lucas.
Samuel, d’une bourgeoisie de gauche, et Lucas, d’un milieu populaire, étudient à Sciences Po. La Manif pour Tous défile. Lucas, très engagé aux côtés des « antifas », descend dans la rue avec son bandana rouge au milieu des fumigènes. Il est blessé lors d’une bagarre, il ne survit pas.
Samuel se souvient de Lucas — de leur rencontre, de leurs hésitations... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
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hcdahlem
  28 janvier 2021
Vie et mort de Lucas
Pour son premier roman Agathe Saint-Maur s'est mise dans la peau d'un homme pour raconter une passion homosexuelle et le drame qui vient mettre fin à leur relation. Entreprise risquée, mais parfaitement maîtrisée.
Roman de passion et de feu, histoire d'amour et de mort, de sel et de fumée est magnifique et bouleversant. Quand, sur les bancs de Sciences-Po Paris, Samuel rencontre Lucas, rien ne laissait prévoir qu'ils allaient vivre l'une de ces histoires incandescentes qui marquent une vie. Car sur bien des points, ils sont à l'opposé l'un de l'autre. Samuel est parisien, Lucas vient de province. Samuel est issu d'une famille bourgeoise, Lucas d'un milieu modeste. Samuel est juif, Lucas est catholique. Samuel est lié à Claire, même si leur relation s'étiole, Lucas est célibataire. Samuel est un intello un peu timide, Lucas est engagé dans la lutte au sein des Antifas, arborant fièrement son bandana rouge. Mais tout cela, on va l'apprendre par la suite, car le roman commence avec la déchirure, avec la mort de Lucas. Battu à mort, Samuel retrouve son cadavre: «Je l'ai vu échoué sur un trottoir, où le sang se confondait à son foulard dans une variation de rouges digne des plus belles palettes, je l'ai contemplé habillé de la chemise en papier de soie bleue du service de réanimation, et entièrement nu sur la table du funérarium. Je l'ai vu le soir où on l'a trouvé sous la lumière des lampadaires, et le matin dans l'éclairage blafard des néons de l'hôpital. Je sais la manière dont on l'a nettoyé en soins intensifs, et préparé à la morgue. Je l'ai vu passer du présent à l'imparfait, de l'actif au passif.»
Agathe Saint-Maur va dès lors faire d'incessants allers-retours, racontant les jours durant lesquels ils se sont côtoyés, apprivoisés, amis avant d'être amants. Puis la passion a tout emporté, laissant les deux hommes hébétés. Avant que ne viennent s'immiscer les instants de doute, d'incompréhension qui vont ronger leur relation. Il faut dire que Samuel a beaucoup de peine à choisir entre la femme qu'il continue d'aimer et l'homme qui partage désormais son lit. Il faut dire que Lucas n'a pas dit non aux avances de Mélanie. Une bisexualité qui fera des ravages. Et qui, dans le regard des autres, sonnera comme une condamnation. Viendra encore la sidération de la perte, la souffrance de se retrouver seul. «On n'imagine pas à quel point c'est effrayant, la solitude, avant de l'avoir vécue. Je veux dire vraiment vécue.» Mais il faut bien tenir. Il faut bien trouver un moyen de ne pas se laisser avaler par cette souffrance.
Les pages durant lesquelles Samuel regarde la mort en face sont les plus fortes, les plus riches de sens. Avec cette découverte: « La mort a ceci de terrible entre autres choses, toutes également déplaisantes qu'elle crée des représentations nouvelles, devenant ainsi paradoxalement, malgré sa toute-puissance létale, source de naissance.» Je vous le disais, magnifique et bouleversant.

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Lucilou
  10 janvier 2021
L'espace de trois ou quatre pages, j'ai eu peur de "De Sel et de Fumée", peur que ce roman qui me semblait si prometteur ne soit qu'un énième texte prétentieux et faussement intello, un truc un peu parisien et très germanopratain, du genre à faire tomber en pâmoison les plumes les plus acerbes de Télérama, un livre où les personnages enquillant les verres et les cigarettes se prendraient pour Jean-Pierre Léaud -que j'adore pourtant- dans un film de François Truffaut -que j'idolâtre pourtant.
Un roman poseur.
Il y a dans ces premières pages des effets de style qui m'ont heurtée, une recherche syntaxique qui ne sonne pas toujours juste, des aphorismes faciles, naïfs. Des maladresses.
Et pourtant, pourtant, j'ai continué parce que quelque chose de plus fort, quelque chose de sublime me retenait.
Parce que je pressentais qu'il y avait aussi et surtout dans "De Sel et de Fumée" cette incandescence à laquelle j'allais me brûler en même temps que ses personnages.
Cette ardeur. Cette passion.
C'est étrange comme parfois un livre vous agace et vous attire en même temps.
J'ai ainsi poursuivi ma lecture et j'ai presque tout pardonné: les aphorismes naïfs et les maladresses, d'autant plus aisément que passées les premières pages, la langue se dénude et devient plus brute, plus maîtrisée. En un mot efficace.
Et douloureuse, agressive.
Elle prend le lecteur d'assaut, s'en saisit et s'enroule autour de lui comme une vague, une lame de fond qui le meurtrit et qui le laisse essoufflé, dévoré par le sel qui appuie là où ça fait mal.
Et c'est bon.
Samuel et Lucas se sont rencontrés sur les bancs de Sciences-Po à Paris. Rien ne le destinait à vivre l'une de ses passions dont la fin souvent violente laisse exsangue et plus morts que vifs. Et pourtant.
Samuel est parisien, juif, ouvertement bisexuel. Il est issu de la meilleure bourgeoisie de gauche, de celle qui s'enorgueillit de posséder une maison de famille dans une province où les lieux-dits ont des noms en "ac". Un peu gauche, un peu timide, un peu fragile. Un peu intello aussi.
Lucas vient d'un milieu modeste, d'une autre classe sociale que celle de ses camarades et ne l'assume pas vraiment. Hétérosexuel, il a la beauté du diable et un charme félin, ravageur qu'accentue son ardeur et celle de ses engagement tout entiers symbolisés dans son inséparable bandana rouge.
Ils ont été amis avant d'être amants, avant que le désir ne leur tombe dessus avec la violence d'une déflagration et ils ne sont pas préparés, pas vraiment. Leur histoire oscille entre la passion la plus absolue et une haine inextinguible qui ne sait pas s'expliquer; entre la félicité et les petites mesquineries d'une histoire mise à mal par le temps et tout le reste. L'amour succède aux coups et les coups à la tendresse.
Jusqu'à la mort de Lucas, engagé aux cotés des antifas et contre la Manif pour tous, jusqu'aux blessures dont il ne se remet pas. Dévasté, Samuel entreprend alors de se souvenir de leur histoire et de mettre des mots sur son désespoir et ce deuil qui le déchire.
"De Sel et de Fumée" est une histoire d'amour fulgurante et sublime.
Une passion foudroyante, violente dont il est impossible de se remettre, une passion qui tue et qui consume.
Qui brûle.
Qui dit la fougue et la brutalité du désir et ses errements. Qui dit la déchirure que cause l'absence, le poison de l'absence.
Qui en dit la beauté.
C'est aussi celle de la perte et du deuil dont Agathe Saint-Maur se saisit avec autant de finesse que de puissance. L'absence et le vide trouvent sous ses mots toute leur authenticité, leur beauté et leur ineffable cruauté aussi. C'est enfin le roman d'aujourd'hui et celui de la jeunesse qui se croit éternelle et si puissante et qui s'étiole de se rendre compte qu'elle aussi aura une fin et qu'elle aura le gout du sang et des larmes.
Qui se rend compte encore que les moments de grâce, de beauté et de bonheur aussi seront plus longtemps et plus sûrement des souvenirs que des instants vécus.
C'est un roman amer et brûlant qui a la saveur de l'aube des nuits sans sommeil.
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Billie72
  18 avril 2022
Je pressentais une plume moderne et mordante, une douce folie, une incandescence à laquelle j'allais me brûler en même temps que les personnages ; je ne me suis pas trompée.
Deux garçons. Samuel, vivant, raconte Lucas, décédé, et leur relation.
Sidération, solitude, souffrance. Samuel explique comment son corps et son esprit apprivoisent l'absence, le manque, la mort de Lucas.
Dans “cette conscience aiguë d'être vivant qui nous étreint parfois” et un douloureux va et vient entre la vie (avec Lucas) et la survie (sans Lucas), Samuel déroule le fil de cette histoire d'amour fulgurante et sublime, livre ses réflexions ou plutôt ses pensées qui se bousculent, considérations philosophiques sur la vie et la mort, l'amour et de désamour, la présence et le vide, le désir et l'absence de désir, les exigences du corps et l'évanescence des sentiments, les stigmates de la vieillesse, les fugaces moments de grâce qui se transforment en précieux souvenirs, l'impermanence, finalement, de tout ce qui n'est pas la mort.
Servi par une écriture sinueuse, douloureuse, de sel et de fumée est un roman maîtrisé, magnifique, bouleversant. Un roman intense, brûlant, qui nous emporte et nous éprouve, qui nous laisse exsangue et hébété comme une nuit sans sommeil . Un coup de maître et un véritable coup de coeur.
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dvall
  30 décembre 2021
Récit de désir et d'amour, de la mort qui vient tout briser, du souvenir qui rappelle le corps et l'éclat, récit d'une jeunesse en bataille, entre pamoisons, hésitations et commotions, à goûter le sel et le foutre, à respirer les idées et la fumée.
Il y a du style dans cette histoire, une maturité et un sujet étonnants pour une autrice de vingt-sept ans, même s'il ne faut jamais juger une oeuvre à l'aune de la main qui l'écrit. Souhaitons-lui d'avoir une carrière plus longue que celle des membres du Club des 27 auquel elle fait référence, rappelant que jeunesse, beauté et talent peuvent disparaître en un claquement de doigt, qu'un corps vivant et battant à un instant peut devenir néant l'instant d'après. Sauf si la mémoire opère, prêtant au mort une substance nouvelle…
C'est ainsi que Samuel, fils d'une famille bourgeoise de gauche, se rappelle l'amour avec Lucas, issu d'un milieu plus populaire. L'un doute de lui, l'autre est solaire. Tous deux sont étudiants à Sciences-Po. C'est à l'époque de la Manif pour Tous et Lucas défile avec ses potes « antifas », portant fumigène et bandana rouge pour s'élever contre ceux qui vomissent leur haine. Une haine qui aura raison de sa vie. Alors Samuel se rappelle la vie de Lucas, celle qu'il a partagée avec lui, il se rappelle le sexe sauvage et les dommages collatéraux, les soirées entre amis, à chercher le miroir dans l'autre et si possible davantage qu'un miroir aux alouettes. Samuel a quitté Victoire pour Lucas, Samuel et Lucas se sont aimés, puis Lucas a cédé à la tentation de Mélanie, quittant Samuel avant de quitter le monde tout court.
Agathe Saint-Maur retrace l'errance mémorielle de Samuel, avec une chronologie chaotique aussi saltatoire que peuvent l'être les souvenirs. La plume est pleine d'une aise ronde et de pensées bien senties sur l'altérité, la perte et les faux-semblants, mais j'ai parfois eu l'impression qu'elle tournait en rond cette plume, peut-être à l'instar de Samuel qui tourne en rond dans ses souvenirs. Et si le style prend par moments le pas sur l'histoire, cela ne gâche pas la qualité certaine de ce premier roman.
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mallaurylit
  12 janvier 2021
Chère Agathe,
Je ne trouve pas les mots, je crains de ne pas utiliser les bons, les justes, ceux qui peuvent tout retranscrire, ceux qui rendent hommage avec précision, ceux qui expliquent sans trop en dire, ceux qui décrivent, décryptent, ceux qui résument sans réduire, ceux qui disent tout... Il y tant, tellement, autant de précisions, autant de phrases sur lesquelles revenir inlassablement, et comprendre un peu plus, le sens qui n'en est à chaque relecture que plus accru, plus saisissant, plus évident.
Il y a l'amour, l'avant, le pendant et l'après, la fin et le début, les tendres murmures et les cris, les larmes, les embrassades et les corps qui s'étreignent, le poing qui blesse et la caresse d'une main, les corps qui s'enlacent si fortement, si puissamment jusqu'à ne faire qu'un, les corps qui s'éloignent quand ils ne rêvent que de se rejoindre.
Il y a la passion, son extase et sa morsure, le coeur qui bat, qui s'emballe qui défaille quand l'autre s'éteint.
Il y a les autres, ce qu'on leur cache et ce que l'on ose, les regards qui s'égarent, ceux qui manifestent leur indignation, l'insolence de la provocation, celle qu'on affiche et celle que l'on tait.
Et puis il y a moi qui te lis et m'émeus, qui m'imprègne de ton texte, qui reste suspendue à ta plume, ligne après ligne, qui ne peux que succomber, le talent à cet effet sur moi, qui savoure autant de virtuosité. La justesse du propos, les idées qui défilent et percutent sans cesse, la maîtrise de la langue, le style qui éblouit, et la révélation, un premier roman tout simplement excellent !!
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
KarineMLVLKarineMLVL   03 décembre 2022
Des Manifestants Pour Tous qui, lorsqu’ils frappent, font jaillir du sang qui n’est ni rose ni bleu. Peut-être parce que je constate chaque jour en marchant dans la rue que le monde ne va pas mieux, et que c’est à cause d’eux, il faut qu’il soit dit que c’est à cause d’eux. Parce qu’ils ne savent pas.
Ils ignorent que Lucas et moi ne nous embrassons pas devant les familles, comme si nous étions sales ou contagieux. Ils ne savent pas que chacun de nous a déjà intégré profondément les valeurs bleu et rose qu’ils défendent bec et ongles. Nous n’avions pas besoin d’eux pour croire qu’un garçon, c’est grand, c’est viril, ça drague les filles dans la rue, et que si elles ne répondent pas, c’est rien que des salopes frigides ou mal baisées. Nous le savions. C’est en nous depuis toujours, cette connaissance porte notre corps depuis la naissance. Elle a contribué à en dessiner les contours, à écrire nos destins individuels possibles.
Cette connaissance parlait avec la bouche de nos parents, aux idées larges et bien pensantes, malgré Charlie Hebdo et Télérama sur la table basse du salon et des discours acerbes sur la parité hommes -
femmes au sein du gouvernement.
C’’est un savoir issu des chaussons de maternité bleu et du camion de pompiers rouge pour notre premier Noël, pendant qu’on offrait à nos sœurs des dînettes. On a grandi, on a fait des bêtises à l’école, réprimandées avec conciliation, pendant qu’elles rapportaient des bons points dans l’indifférence malgré leur application. On était turbulents, on était drôles, elles étaient froides et sérieuses, inatteignables derrière leurs livres, ouverts comme des boucliers. On a grandi et, au lycée, on a préparé un bac scientifique, en dépit de résultats moyens en mathématiques. Nos parents nous encourageaient « parce qu’on ne sait jamais », nos professeurs ne commentaient pas une orientation qui leur semblait aller de soi. Nos sœurs ont choisi une filière littéraire que le conseil de classe de première n’a cessé de leur recommander pour exalter leurs dispositions naturelles à la la lecture acquises pendant des années, comme on leur avait demandé.
(Page 121).
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KarineMLVLKarineMLVL   03 décembre 2022
« Quand je marche seule dans la rue le soir, j’ai l’impression d’être une proie. »
Alors, me dit-elle, elle baissait les yeux, elle refermait les pans de son manteau sur sa poitrine délicate, elle louvoyait entre les groupes d’hommes à toute allure pour éviter le contact. Physique, visuel, n’importe lequel, le contact qui offrirait une prise à la meute, qui permettrait de l’attraper par le collet et de la jeter au sol pour la dépecer. Une proie, à la fourrure soyeuse et aux yeux fuyants. Les hommes cachent des loups : la nuit, tous les hommes sont gris.
La beauté des femmes que nous jalousons, nous n’avons aucun droit dessus. Pas même celui de s’en émerveiller, de vouloir la posséder. Ou alors nous sommes des loups et, la nuit, Victoire, soupire et presse le pas.
(Page 127)
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KarineMLVLKarineMLVL   02 décembre 2022
C’est déjà un souvenir. Les choses qui arrivent sont plus longtemps des souvenirs que des moments présents.
(Page 119).
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KarineMLVLKarineMLVL   02 décembre 2022
Les lubies de ma mère, profondément ridicules, terriblement tendres, vaines et indispensables.
(Page 111).
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KarineMLVLKarineMLVL   29 novembre 2022
Nous savons que dire à quelqu’un qu’on l’aime, n’est ni une promesse, ni un engagement, que c’est une garantie pour l’instant, une explication temporaire de nos comportements. Un gage, prêté, ou que l’on échange, à un moment donné, contre la confiance qui nous permettra de créer de l’intimité.
(Page 78).
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