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EAN : 978B09ZFBBFTT
79 pages
Actes Sud (17/08/2022)
3.79/5   31 notes
Résumé :
Un viol, une disparition, un passage à tabac, trois moments de violence inouïe qui creusent la béance sur laquelle s’échafaude, dès avant l’âge « adulte », la jeune vie d’un garçon homosexuel. Trois souvenirs d’adolescence qui signent plus encore que la fin de l’innocence, la fin prématurée des promesses.
Ce texte brûlant, le plus intime et le plus cru de Daniel Arsand, peut se lire comme le making of de son incroyable roman, "Je suis en vie et tu ne m’entend... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Le titre questionne : A qui le narrateur a-t-il souri ? A quelle occasion ?

Le sourire comme arme de séduction à double tranchant.

La réponse n'est pas donnée au début de ce roman à la veine autobiographique.

Daniel Arsand commence par revisiter les lieux de son enfance, en particulier la rue Emile Poirot dont il décrit l'architecture .

Il radiographie les jardins ou ce qu'il en entrevoit.

Dans cette rue habitait une aïeule qui aimait converser avec lui, ce qui n'était pas du goût de sa mère qui « miaulait » être pressée !

Il réorganise ses souvenirs , constate des blancs, s'étonne de sa mémoire défaillante.l se pose une foultitude de questions dans sa tentative de décrypter son moi.Il aime la solitude déjà à 4 ans, se sent marginal quand il grandit.Ado, il est fan de Sylvie Vartan, s'ennuie dans les réunions familiales.Etre différent c'est se cacher pour éviter le harcèlement. Pourtant le voilà «  fils et fiotte ».

Dans ce récit intime, il fait défiler trois expériences amoureuses initiatiques, traumatisantes qui ont laissé leurs empreintes, traces indélébiles.

C'est au lycée , en classe de seconde qu'il repère un étudiant, Marc, à la voix d'adulte. Quand celui -ci l'aborde dans la rue, il est chaviré, tourneboulé, étonné qu'il connaisse son nom Daniel. Encore plus stupéfait d'entendre un éloge de son père, qui est en fait le tailleur du père de Marc.

Son émotion, sa sidération devant ce garçon rappelle les premiers émois que Philippe Besson relate dans Arrête avec tes mensonges.

Lui, encore puceau ignore tout des codes., mais les garçons l'excitent.

Voici le narrateur envoûté par les savoureuses odeurs émanant du corps de Marc , mêlant «  savon de Marseille et eau de Cologne à la lavande ».

Il attend beaucoup de la rencontre que lui propose Marc dans son immeuble bourgeois. Il fantasme sur leur tête-à-tête. Angoisse, fébrilité. Pour lui, les mots posséder, être possédé ne représentent rien.

Cette première expérience racontée dans les moindres détails, depuis la mise en scène théâtrale, les effleurements, les attouchements, sa soumission, la violence subie ( gifles) aura un impact traumatisant sur le narrateur.

Le voici comme un chat échaudé qui craint l'eau froide. Fréquentant une piscine municipale, à quinze ans, il teste une façon de drague. Assis sur le bord du bassin, ce poste de vigie lui permet ainsi d'observer les nageurs. C'est un trentenaire, Julien, qui l'aborde et le chavire par « l'appétit de tendresse » qu'il diffuse. Les rencontres se multiplient, le comblent. Julien devient son amant.Quel désespoir quand il constate que celui-ci s'est évanoui! Sentiment de perte, d'abandon, voire de trahison. Il ne lui avait pas laissé son numéro de téléphone.

La violence du dernier récit convoque tous les faits divers de harcèlement qui existent toujours, souvent aux dramatiques conséquences.

Comment va-t-il rebondir après ces épreuves subies à l'adolescence? Comment s'engager dans la vie au moment de l'entrée dans le monde adulte ?

C'est ce qu'il explique dans la dernière partie. Il a « épousé sa solitude », a renoncé à l'amour, pas aux aventures passagères ( pour lesquelles il faut sortir couvert pour se protéger de la maladie fatale, causant de multiples pertes, parmi ses amis). Il reconnaît avoir vécu «  en marge du sentiment amoureux ». Il s'est forgé de « robustes et scintillantes amitiés ».

Un réconfort salutaire : «  enfouir son visage dans la fourrure d'un félin et ronronner à l'unisson avec lui ». Cette évocation convoque «  Que Tal », roman dédié à son amour de chat.

L'écriture lui a permis de grandir, de prendre du recul avec son passé cabossé, «  écrire, assombrit, puis régénère ce qui semblait acquis ». Il fait confiance aux mots, les mots envahissent son être entier. Il montre le pouvoir des mots : «  un mot suffisait pour qu'une scène ancienne lui arrive en boomerang ».

Sa vocation de libraire est née de son engouement pour les mots.

Il glisse des confidences quant à sa relation avec ses parents, eux qui n'ont jamais su son penchant pour les hommes. Il leur témoigne toute sa gratitude.

Ce court récit au style haché , est constitué de phrases courtes, d'un flot de mots ( comme dans l'épilogue), en réaction à la parole empêchée.

Le corps en est un personnage central. Un corps qui a souffert, subi des humiliations, un lynchage à vomir, dans les «  chiottes » d'un établissement scolaire ou , au contraire, a vécu « des nuits d'un flamboyant bonheur ». Des évènements occultés ont resurgi dans la mémoire de l'auteur et lui ont permis de raconter l'innocence saccagée.

Ce manuscrit longtemps en sommeil, très intime, aura certainement eu un effet cathartique et réparateur pour Daniel Arsand. Sincère, charnel, touchant.Un opus qui incite à lire ou relire ses romans précédents.

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La lecture de ce livre m'a particulièrement bousculé. Tout d'abord, après quelques pages, j'ai hésité à continuer. En effet, le style d'écriture de l'auteur ne me convenait pas : étrangeté dans la construction des phrases, phrases relativement courtes... J'étais prêt à abandonner le livre. Mais, peu à peu, l'écriture s'est faite plus intime, plus intense et forte. le récit autobiographique s'est affirmé avec douleur et lucidité. Finalement, je ne regrette d'avoir lu ce récit jusqu'au bout. Il est marqué par beaucoup d'émotions, de douleurs et de souffrance mais aussi par de la beauté et le partage d'un parcours de vie.

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J'avais découvert Daniel Arsand il y a plusieurs années avec "Des amants" puis avec le très beau roman "Je suis en vie et tu ne m'entends pas". J'avais été séduit par sa plume délicate au service de récits forts et passionnants. Je me suis donc laissé tenter par son dernier roman, d'autant que j'en avais lu une critique très élogieuse ici ou là.

Dans "Moi qui ai souri le premier", l'auteur nous raconte trois épisodes de son adolescence, trois garçons qu'il a aimés ou désirés, trois événements qui ont accompagné l'éveil de sa sexualité et ont ensuite façonné son rapport aux hommes.

Je lisais dans une autre critique que ce roman est en quelque sorte le "marking-of" de la vie et de l'oeuvre littéraire de Daniel Arsand et je trouve très juste cette image. Cela m'a d'ailleurs fait penser au roman "Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson, qui raconte également un épisode de son adolescence et apparaissait comme une explication de ses oeuvres précédentes, ou à venir à l'époque du récit.

Vous l'aurez compris, le fond m'a beaucoup plu. Sur la forme, Daniel Arsand nous offre un roman très court, que j'ai lu d'une seule traite, son format et son rythme invitant à lire sans s'arrêter. La plume est toujours aussi délicate et efficace. Un beau roman.

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C'est un récit autobiographique que nous livre ici Daniel Arsand autour de trois rencontres essentielles qui lui ont permis de s'assumer et de se construire. Trois prénoms : Marc, Julien et Luc. Trois ressentis : la violence, la douceur, la trahison.

Très rapidement, le narrateur perçoit sa singularité, tant au sein de la cellule familiale que parmi ses camarades d'école. Son orientation sexuelle est rapidement identifiée et assumée.

La première rencontre se fera dans la douleur. Et pourtant, il était possible d'espérer : l'éveil du désir, les frôlements, l'attente. Tout était réuni pour une belle histoire. Ce sera un viol.

La seconde se fera à la piscine aussi délicatement que sa fin sera inexpliquée.

Et la troisième sera l'histoire d'une conquête tel un jeu qui se terminera de façon crasse.

L'écriture épouse ces différents moments, passant d'une écriture tantôt crue, tantôt poétique ou bien froide et détachée.

Cependant une interrogation demeure : est-ce pour se protéger qu'il conserve une certaine distance avec l'environnement qui l'entoure, que le ton est détaché pour nous relater ses souvenirs ? J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire et à ressentir la moindre empathie pour cet homme et son récit ?

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Daniel Arsand avec Moi qui ai souri le premier, aux éditions Actes Sud, ravive les douleurs de l'adolescence dans un récit autobiographique intense.

 

Ce court livre restitue trois épisodes violents et fondateurs de la personnalité de l'auteur dans les années 1960 – 1980, entre Roanne et Paris.

 

Le premier, à l'âge de 14 ans, un viol commis par Marc, un garçon âgé de 16 ans. le second, un début d'histoire d'amour avec Julien, un homme de 30 ans, dont la disparition soudaine l'oblige au renoncement et à la solitude. le troisième, les humiliations répétées par un groupe de lycéens dont l'un d'entre eux, Luc, se venge de s'être abandonné totalement à Daniel.

 

Au début des années 1980, Daniel est libraire et s'abandonne dans ses désirs. La littérature est son rempart. Ses parents décèdent sans jamais soupçonner l'histoire de leur fils. Ce récit est une victoire sur les violences et le silence. Ce silence obligé des adolescents qui, dans les années 1960 – et toujours aujourd'hui – ne peuvent se confier. La littérature devient sa reconstruction.  

 

Ce livre est à lire et à découvrir !

 

Mes propres souvenirs d'adolescent et de jeune adulte ont ressurgi avec cette lecture. Violé, je l'ai été à plusieurs reprises par des hommes. le sentiment d'abandon, je le connais. le harcèlement scolaire, je l'ai connu tout au long de ma scolarité. La lecture m'a rendu libre. Elle m'a sauvé la vie et a endurci ma solitude. Je m'abandonne dans les plaisirs charnels.

 

Je vous souhaite une bonne journée et je vous conseille, du même auteur, Je suis en vie et tu ne m'entends pas.

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Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation

La distance entretenait notre désir plus que ne l'aurait fait un frôlement de manches ou de peau.

La cour du lycée, nos camarades respectifs, les yeux inquisiteurs des surveillants, des professeurs et ceux de quelques élèves excités qu'un des leurs vire pédé, au moins quelqu'un à humilier, au moins une occasion d'affirmer qu'on a une bite et des couilles, ne nous encerclaient plus, ils ne nous contraignaient plus à la prudence.

Mais la rue ne nous délivrait de rien. Elle épiait, elle jugeait, elle était rue. Et ma mère pouvait se profiler sur un proche horizon. Cependant, devant le garçon merveilleux, je n'avais plus ni mère ni père, je n'étais plus un fils. L'émotion d'être en sa compagnie était si puissante, si enveloppante, elle me plaçait à un tel point dans un monde où le temps s'immobilisait, où sa notion devenait inconcevable, que ne m'effleurait pas que l'on pût nous vouer de la haine pour ce que nous étions, pour le goût que l'on avait l'un de l'autre. Et puis son apparence de mâle nous protégeait.

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C’était quoi, la décence ? Que savais-je encore des mots ? Je truffais mon vocabulaire de tant de mots ronflants qui n’avaient aucun écho en moi. J’étais trop jeune et trop inexpérimenté et j’avais eu une enfance heureuse, du moins protégée, qu’aucun gouffre ne creusait, n’évidait de sa densité, qu’aucun malheur n’avait réduite en lambeaux, alors comment aurais-je su que la plupart des mots sont pétris de nuit ? J’eus peut-être une pensée pour la vieille dame que désormais je négligeais. Ses volets étaient clos. Voici l’immeuble des D. Et si Marc me posait un lapin ? J’entrai dans le hall. Au fond verdissait un jardin. À ma droite, une montée d’escalier au bas de laquelle il se tenait. Prodigieux découpage sur décor de pierre. Tendu, pensais-je, mais sans secret – et là, c’est ce que je pense aujourd’hui. Un garçon de cristal. Coupant. Précieux.

Viens.

Il ne me serra pas la main. Il fit demi-tour et nous montâmes. Tout l’immeuble appartenait à son père, me dit-il, plastronnant. Au troisième étage logeait une de ses tantes, sourde et gâteuse. Ce qui était peut-être faux, mais il la voulait personnage, il voulait avoir quelque chose à raconter. On louait le rez-de-chaussée à un architecte qui prenait souvent des vacances. Nous étions, d’une certaine manière, seuls, car les sourds ont si peu de réalité, les gâteux à peine plus. Depuis longtemps sa tante ne se hasardait plus jusqu’à leur pallier. Disait-il la vérité ? Marc ne pouvait que dire la vérité.

 

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Époque apocalyptique en dehors de mes murs et d'effervescence au-dedans. Se protéger de la mort, se protéger sans rapetisser, produire son miel d'histoires racontées par d'autres, orchestrer le tout avec des mots, prendre sa plume, enfouir son visage dans la fourrure d'un félin et ronronner à l'unisson avec lui, passer quelques heures avec des amis, et s'embraser de contentement au déploiement de ces amitiés, légèreté et gravité mêlées, et coucher avec des garçons, ne jamais oublier que l'on a un corps et qu'il a ses exigences et ses silences et ses refus, se dire que tout peut être passager mais tout est vivant. Oui c'était ma vie, et ça l'est toujours.

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Le regard que je portai alors sur lui allia compréhension et tendresse et je ne l’interrogeai plus avec mon ancienne agressivité, je ne lui posai plus de questions, mon silence épousa le sien, nous étions vraiment ensemble, père et fils, c’était doux. Ce ne sont que des milliers de jours après sa disparition qu’il me fut évident que je l’aimais, le respectais et que je m’avouais l’avoir mal aimé, ou du moins que je lui avais mal prouvé mon amour. Je protège en moi le souvenir d’un homme que par ma faute, par mes imbéciles reproches, j’ai peu connu et qui cependant ne m’est pas un étranger. Je suis né de lui.

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J’avais la certitude qu’avant moi il avait eu d’autres proies. De ses charmes, de son autorité il connaissait toutes les ressources, l’influence et la rouerie, toute la puissance. Il se connaissait assez bien lui-même, supposai-je. Il n’a pas d’âme, me dirais-je un jour proche. C’était l’ultime époque où quelques individus attribuaient encore une âme à leur prochain.   Il me bâillonna de sa paume. On puait la sueur. Corps devenus sueur. Nos sueurs s’étaient mêlées. Brusquement je sentis son sexe contre mon cul, sa poussée en moi, je hurlais, il me disait, crie, c’est bon de crier, mon chéri, les petites putes crient, les fils à maman crient, il me prenait, il avait ôté sa paume de ma bouche, crie, crie, ne te gêne pas, il n’y a personne pour t’entendre, la fameuse tante du dessus n’existe pas, espèce de naïf. Il entrait plus profond en moi, je ruais pour me dessouder de lui, le désarçonner, la douleur m’insufflant l’énergie de l’abréger, j’étais une victime, j’étais une définition sans nuance, il me possédait, il aimait ça, il aimait mon affolement et ma douleur, mes tortillements de ver, ça faisait mal, j’allais croire que tous les sexes font mal, sont source de douleur, expriment la volonté de faire mal.

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Vidéo de Daniel Arsand
Au sommaire de ce (Book) club, deux romans intimes qui racontent l'homosexualité à travers des souvenirs et des adolescences hors des normes imposées.
Daniel Arsand est éditeur et écrivain, auteur de "Moi qui ai souri le premier" (Actes Sud, août 2022). Il y rassemble trois souvenirs de jeunesse où se jouent des événements violents qui pourraient raconter l'homophobie.
Guillaume Perilhou publie "Ils vont tuer vos fils" (L'Observatoire, août 2022), l'histoire de Guillaume, 15 ans, qui, pour vivre sa vie comme il l'entend, résiste au foyer, aux électrochocs et à l'hôpital psychiatrique.
L'occasion de revenir sur le lien de ces auteurs avec les littératures traitant de l'homosexualité et, plus généralement, des thématiques LGBTQIA+, et avec des librairies comme l'emblématique Les mots à la bouche, aujourd'hui située dans le 11e arrondissement de Paris.
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