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ISBN : 2366241216
Éditeur : Cambourakis (11/02/2015)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Partisane de l'action directe non violente, Starhawk a été de tous les mouvements antimilitaristes et antinucléaires aux Etats-Unis dans les années 1970-1980. On la retrouve ensuite à Seattle ou à Gênes dans tes rangs altermondiatistes. Se définissant à ta fois comme féministe et sorcière néopaïenne, elle publie Rêver l'obscur. Femmes, magie et politique en 1982 aux Etats-Unis. Se basant sur la narration très concrète de sa participation à ces mouvements, elle explo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Horizon_du_plomb
  30 août 2018
« Le terme sorcière, on me l'a dit et redit, a des connotations négatives. C'est un mot qui fait peur aux gens, un mot qui choque ou provoque un rire nerveux et stupide. « Si vous êtes une sorcière, hi hi, transformez-moi en crapaud; » Je réponds parfois: Pourquoi faire dans la redondance ? (…) S'il soulève la peur ou les jugements négatifs, alors ces formes de pensées peuvent être ouvertement contestées et transformées, au lieu de nous façonner à notre insu de l'intérieur même de nos esprits. »
« La principale intuition présentée ici est que le sacré est immanent, fait corps avec le monde, la nature, la culture humaine, dans l'action aussi bien que dans la contemplation. (…) Dans ce livre, je décris une autre sorte de pouvoir, que j'appelle pouvoir-du-dedans, en affinité avec le sens premier de pouvoir comme capacité et à partir de la reconnaissance de la valeur sacrée et immanente de chacun de nous. »
Pour dépasser « la mise à distance » (avec le travail, les autres, la nature,… ) que nous a imposé le système à coups d'échelles sociales et d'abstractions, l'auteure va présenter une intrication au monde, une connexion incarnée. Sa Déesse est indissociable du contexte, elle n'est que l'expression totale de l' « immanence », la conscience immergée dans un monde vivant. J'ai beaucoup aimé ce mysticisme qui peut finalement se passer d'absolu. J'avoue que je préfèrerais remplacer son terme « immanence » par énergie partagée que je trouve plus porteur, voire rassembleur (limite même auprès de féministes « matérialistes »/cyborg) et « Déesse » par Univers vivant (Gaïa amplifiée). Les rites magiques présentés vont finalement réintroduire « la valeur » (qu'on associe maintenant plus souvent à l'argent, au capital) dans nos vies en s'éloignant de l'embrigadement du système et, forcément, ils sont libérateurs (voir d'ailleurs ma citation un peu trop longue en externe). Ce néopaganisme qui s'allie à un écoféminisme s'inscrit dans une longue tradition nord-américaine des mouvements de libération enracinés dans la spiritualité. Un livre qui m'a rappelé pas mal de lectures récentes, en particulier « C'est pour ton bien » (éducation, modèle patriarcal) et « Le cerveau du bonheur » (pleine conscience dans l'instant et usage de la visualisation) mais il les amplifie globalement et s'engage plus dans la société par son activisme.
« Dans ce genre de rituel ouvert et nombreux, le langage aussi est crucial. Les mots abstraits ou les mots-clés du New Age ont tendance à assécher le pouvoir et font naître la dérision. Il est préférable de dire « Tenez-vous les mains et respirez ensemble. » que : « Mettons-nous en harmonie ». le fameux mot de William Carlos Williams à l'intention des poètes : « Pas d'idées mais des choses » est également un bon guide pour les organisateurs de rituels - car la magie est le langage des choses. Les métaphores que nous choisissons révèlent à la fois notre spiritualité et notre politique. Nous devons être attentifs à ne pas renforcer le dualisme en nous focalisant sur la lumière à l'exclusion de l'obscurité. »
« Dans une culture où le genre est la division principale, nous avons besoin d'images des deux genres pour nous rendre capables d'entrer dans tous nos pouvoirs. »
Si le langage est bien celui de la connexion, du champs des possibles, l'auteure reste tout le temps les pieds sur terre, parle pragmatiquement de ses expériences, de méthodes applicables à tous. L'ésotérisme ici est ancré au monde, charnel, presque juste une extension mentale des réalités un peu comme dans « La danse de la réalité » de Jodorowski. Comme pour La danse, je pense qu'on retire plus de la lecture de ce livre en étant prêt à accueillir en soi, d'autant qu'il n'y a ici aucun dogme ou dualité exacerbée (y compris inconscient et conscient), aucun commerce quelconque, que la pluralité des sens reste présente à tout point de vue (« une logique dialectique »). C'est en cela que le caractère ésotérique ne m'a pas dérangé, je ne l'ai vu que comme un flou souple destiné à un autre mode de pensée, une conscience autre, pas comme un mensonge ou de la manipulation. Comme dit l'auteure « Le concret révèle l'invisible ».
« Les Natifs-Américains font des tours de rôles dans la sweat-lodge, passant la crécerelle de l'un à l'autre. Quelle que soit le personne qui tient la crécerelle, elle peut parler, psalmodier, invoquer les éléments, prier, chanter, comme elle se sent inspirée. Les procédés pour penser en groupe ou sentir en groupe qui encouragent le partage du pouvoir et la structure circulaire utilisent tous les tours de rôles. »
« Dans mon expérience, les gens ne changent pas parce qu'on leur donne des réponses, mais en posant à eux-mêmes des questions pertinentes. »
Le livre va beaucoup s'attacher à la dynamique de groupes, aux nouvelles pédagogies. Comme elle en parle souvent dans le livre, le facteur taille du groupe est une dynamique en soi et doit être parfois bien difficile à gérer. J'ai parfois trouvé ces parties un peu ennuyantes, avec un coté manuel de psychologie sociale, mais cohérentes avec les transports d'énergie, le fait qu'il ne suffit pas de changer sa dynamique interne mais qu'on doit aussi le faire dans les groupes sociaux qui nous forment. Pas juste politique ou activiste au sens strict, c'est un bouquin total, qui propose un modèle alternatif de société.
« La révélation est quelque chose qui ne cesse pas d'arriver. »

« Pour trouver notre pouvoir, il nous suffit d'examiner les manières dont nous y renonçons. »
Si je dois exprimer une critique, je dirais que l'écriture de Starhawk n'est pas spontanée contrairement aux situations ou enseignements qu'elle nous expose parfois, son écriture est construite et souvent habillement, fruit d'un long travail d'édition. Or qui dit construction élaborée, dit déviance face à certaines réalités, élaboration de l'image. Certains pourraient appeler cela de l'iconographie de la vie/Déesse.
« La question qui me vient à l'esprit à propos de la persécution des sorcières n'es pas pourquoi, mais pourquoi à ce moment là ? »
L'appendice A, le temps des bûchers au 16ème et 17ème siècles, racontant comment les enclosures, la scission des prés communaux, l'expropriation de la connaissance et le combat contre l'immanence sont liés à la fin des « sorcières » est juste brillante et surclasse d'ailleurs un peu le livre tout en y étant intimement liée. Comme l'auteure en parle dans le livre même, on peut la lier aussi avec la fin d'un travail majoritairement local, rural, valorisant dans l'échange direct (face à l'émergence d'une économie de marché). Cette partie m'a encouragé dans mon envie de lire un jour L'histoire du diable de Robert Muchembeld.
« Continuez à se battre face à une opposition aussi violente exige un espoir profondément enraciné. »
« La question n'est pas d'adhérer mais de sentir. Un tel sentir peut faire penser autrement et l'expérience peut être aussi pénible, insensée et douloureuse que celle de ces Chinoises d'antan, dont le sang fluait à nouveau à travers les pieds rabougris… »
La perspective des postfaces est juste rafraichissante et offre une ampleur mesurée au jardin sauvage intérieur, elles montrent l'expérience acquise à travers le temps. J'ai beaucoup aimé la préface/chronologie d'Emilie Hache qui, notamment, lie SF (oeuvres de fiction) féministe et émergence des mouvements. Elle m'a rappelé mes lectures de Bradley et McCaffrey adolescent grâce à la collection Pocket. La postface de Stengers établit une belle critique de la pensée aristocratique.
Le lien est le devenir pragmatique sur ce qui fluctue mais émerge, s'il est perçu et ancré aux souvenirs futurs, actualisés, il se formera toile. L'échec n'est que le mythe de la chute. La magie, c'est laisser l'autre advenir.
« Quand l'intégrité personnelle est valeur, la diversité peut l'être aussi. »
« Donnons nous la main car nous sommes le cercle de la renaissance. »
«  Tous les actes d'amour et de plaisir sont mes rituels… et si ce que vous cherchez, vous ne le trouvez pas en vous-même, jamais vous ne le trouverez au-dehors. Car j'ai été avec vous depuis le commencement, et je suis ce qu'on atteint à la fin du désir… »
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IreneAdler
  11 février 2019
Club de lectures féministes
Starhawk est une militante féministe et écologiste. C'est aussi une sorcière. Oui, dis comme ça, ça fait un drôle, voire un peu ridicule, vu les images qui arrivent lorsqu'on évoque ces personnages souvent vus comme mythiques (dans le meilleur des cas) ou néfastes (dans le pire des cas). Et pourtant.
Pourtant, la magie c'est se reconnecter à la Terre, à ses cycles, à refonder une (des) communauté(s), avec ce qu'elles portent de frustrations et de créativité. Tient, mais il semblerait que ce sont des thématiques qui reviennent beaucoup, non ? Et là, pas question de chaudron ou de formules (même si elle parle de rituels. Mais un rituel, finalement, c'est une manière d'entrer dans quelque chose, une action, un lieu : il y a des rituels d'entrée en classe. Et y a pas une once de magie, croyez moi) Ce qu'elle cherche, c'est à créer une possibilité de soigner les maux engendrés par la société moderne, contre sa violence et ses peurs réelles et ses récompenses illusoires. Pour elle, la communauté, mais aussi ce qu'elle appelle la Déesse (le principe d'immanence, d'avant les religions monothéistes et patriarcales : la divinité est partout. Il y a un principe masculin et féminin. Voir les croyances celtes par exemple) Il s'agit de tirer sa force individuelle de la terre, de la communauté et de rendre cette force par l'aide que l'on apporte par exemple. Elle met en garde contre le New Age : il ne s'agit pas de troquer une aliénation contre une autre.
On est convaincu ou non. Certaines choses me posent questions. Néanmoins, je ne crois qu'il faille tout rejeter en bloc. Elle s'appuie sur des faits historiques vérifiés, notamment pour ce qui concerne la destruction des communautés traditionnelles et des conséquences qui en découlent, notamment la destruction de la nature et la dispersion des savoirs traditionnels. Comment expliquer autrement que les Indiens possèdent une médecine naturelle efficace et que les Occidentaux la redécouvrent ? Et si au moment de la Renaissance, des femmes (et des hommes) avaient été épargné.es, quel serait notre degré de connaissances des plantes ? Pourquoi tant de maladies mentales, tant de burn out, d'impression de non-sens ? Peut-être est-il temps de revenir, un peu, à ce dont nous sommes originaires et de nous écouter davantage. Mais sans tout ces guides de développement perso, qui sont autant de manière de développer notre compétitivité (ce que Starhawk ne cherche pas) De cesser d'avoir peur de nous, des autres, de ce qui nous entoure (des insectes, des oiseaux, des mauvaises herbes)
Les sorcières ont le vent dans le balai, et je crois que ce n'est qu'un début... Demandez à Mona Chollet.
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Lison67
  19 février 2019
Starhawk est une militante américaine contemporaine, féministe, écologiste, pacifiste et altermondialiste. Je l'ai découverte par un concours de circonstances et sa personnalité m'a semblé au premier abord plutôt farfelue, je dois l'admettre. Une sorcière néo-païenne nous dit Cambourakis sur la quatrième de couverture de Rêver l'obscur, quézako ? Quoiqu'il en soit, la dame fait preuve d'un engagement politique tel qu'il serait malvenu de ne pas s'attarder un petit peu sur ses écrits.
Rêver l'obscur : femmes, magie et politique rassemble les idées principales de l'autrice dans un format que j'ai trouvé pour ma part assez déstabilisant et éloigné des écrits académiques traditionnels. On y parle de divinités, de magie, de pouvoir-sur et de pouvoir-du-dedans, de rituels à réinventer, de peur à exorciser et de futur à créer. Sous ces faux airs de science-fiction ou de récits fantastiques, les propos de Starhawk sont pourtant rationnels et fondés sur une véritable expérience pratique des rassemblements de militants. Publié pour la première fois en 1982, bien avant la vague de publications sur le développement personnel que nous connaissons actuellement, Starhawk théorise la communication au sein de petits groupes d'humains. Elle observe les manières dont chacun prend la parole et apporte des conseils pour réguler ces prises de paroles de façon bienveillante dans le but de faire avancer un groupe dans son ensemble, de faire émerger de nouvelles idées politiques et d'organiser leur mise en pratique. Cette gestion du groupe passe notamment par l'organisation de rituels précisément détaillés par Starhawk.
La magie et la circulation de l'énergie sont mis au centre de la pensée et de la pratique de Starhawk. Les rituels ont notamment pour but de capter l'énergie reliée à la Terre. Pour définir cette énergie, Starhawk s'appuient sur les traditions chinoise (ch'i), indienne (prana) ou encore hawaïenne (mana). La magie, quant à elle, est décrite très rationnellement comme le pouvoir résultant de la vérité, la sincérité, le dire-vrai, le bon usage du langage. La formulation des peurs est présentée comme le meilleur moyen d'en venir à bout, et surtout la formulation des rêves est la première étape nécessaire à leurs réalisations. Qui n'ose pas rêver un monde meilleur n'obtiendra rien de meilleur. D'où l'intérêt par exemple d'une science-fiction qui mettrait à l'honneur des héroïnes puissantes et indépendantes, ou de manière générale qui proposerait d'autres modèles de société.
Je suis souvent restée perplexe en lisant les écrits de Starhawk, j'ai plus souvent encore été surprise et intriguée. Ce livre m'a rendu plus curieuse, plus militante, plus confiante aussi. Rêver l'obscur m'a surtout incitée à m'engager personnellement dans la réflexion, à me faire ma propre opinion, à engager une action après l'autre pour faire évoluer les mentalités et notre société, petit pas par petit pas, et de petit groupe en petit groupe, une idée entrainant l'autre...
Lien : https://synchroniciteetseren..
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arcade_d
  12 février 2019
J'ai beaucoup de difficultés pour rendre un avis.
Le 4 est pour l'expérience vécu.
J'ai l'impression d'être venu écouter une conversation de femmes sans vraiment y être convié. Et au final je trouve déplacé de donner mon opinion.
Le but était de discuter entre femme pour se comprendre et se souder les unes les autres quelque soit les conditions sociales.
C'est très particulier comme sensation.
Et c'est finalement une expérience très formatrice.
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LeCombatOculaire
  10 mai 2016
Rêver l'obscur, c'est se familiariser avec le concept de la peur, de nos côtés sombres, de nos conditionnements, de l'histoire humaine dans ses aspects macabres, c'est apprivoiser la bête pour mieux la comprendre, la dompter, vivre avec elle en espérant, une fois l'avoir identifiée, pouvoir la transformer. Affronter ce qui nous soumet, ce qui nous fait trembler, c'est affirmer son pouvoir, le pouvoir "du-dedans" contre le pouvoir "sur" (la supériorité imposée) et se rendre compte que nous pouvons changer les choses.
Starhawk est ce qu'on appelle une sorcière païenne, qui vit en harmonie avec la nature, l'environnement, l'animal et l'humain, qui crée et met en place des rituels magiques simples, basés sur la parole, l'énergie et le corps, en vue de se reconnecter à la Déesse Mère et de faire monter le pouvoir endormi en chacun de nous. Son but est de faire avec les moyens du bord pour changer la face du monde, tout en prônant une action non violente. Ce rôle n'est pas évident quand on sait à quel point la sorcellerie est mal vue, victime de préjugés depuis la nuit des temps, à quel point le mot magie peut faire rire ou trembler. C'est pour cette raison qu'elle s'évertue à en expliquer les fondements, à en donner des exemples afin que tout le monde se rende compte que la magie habite tout un chacun, et qu'elle réside dans les gestes, le verbe, l'intention, la volonté.
Tout en faisant un rapide compte rendu sur la chasse aux sorcières et ce que cette action a eu comme incidence tout au long de l'histoire, elle met en évidence les conditionnements qui ont eu pour but de diviser l'homme et la femme, de les enfermer dans des stéréotypes contraignants, et diviser également par le pouvoir et la terreur. Dans un contexte d'après guerre, de menace nucléaire, de libération de la sexualité étouffée, elle dresse un portrait, non seulement de l'Amérique mais du monde en général, peu élogieux mais nécessaire.
Le texte, écrit dans les années 80, n'a pas pris une ride, car il est intemporel - même si on peut dire qu'il est toujours urgent de redevenir soi, de redevenir humain, de retrouver l'adéquation avec l'environnement et la nature même des choses. La sagesse qui en émane s'applique partout, en tout temps, pour chacun, et ne se veut ni moraliste, ni discriminante, ni ésotérique. Il y a beaucoup d'amour, de bienveillance, de soutien, d'intelligence et de pistes de solutions pratiques dans ce texte, tout autant qu'il transpire la révolte, l'appel de la meute, et la revendication. Les maîtres-mots qui accompagnent ces solutions sont la solidarité, l'entraide et l'éveil des consciences. Et même si ce texte s'adresse essentiellement aux femmes de par sa nature féministe et par son historique, il n'en est pas pour autant un pamphlet excluant les hommes. Au contraire, il invite femmes et hommes à se départir des rôles imposés par la culture et la société pour redevenir avant tout des humains égaux.
Lien : http://lecombatoculaire.blog..
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
lesptitchatslesptitchats   15 janvier 2016
dans la prison des femmes, durant le troisième ou le quatrième jour du blocus de Diablo, quand trois cents d ' entre nous étions entassées dans un gymnase froid et dormions sur des tapis, les unes contre les autres, d ' un mur à l ' autre, les gardes nous ont donné le choix suivant : quarante femmes de plus sont en train d ' arriver, vous pouvez les prendre dans votre pièce et augmenter l ' entassement, ou bien elles peuvent être mises dans une pièce séparée, encore plus froide.
Au lieu de nous organiser par groupes d ' affinités, nous avons commencé à discuter de la question toutes ensemble - ce qui est toujours une erreur. Le consensus marche mal dans les grands groupes, même aux meilleurs moments. Nous avions quinze minutes pour prendre une décision. La pression du temps est un autre facteur qui rend le consensus plus difficile.
Les sentiments s ' exprimèrent fortement. Beaucoup de femmes sentaient qu ' elles ne pouvaient pas supporter d ' être entassées davantage. D ' autres sentaient que les nouvelles femmes ne devraient pas être isolées. La tension causée par plusieurs jours de mauvaise nourriture et d ' inconfort physique commença à se manifester.
Même dans ces conditions, le processus de consensus marcha comme marchentles cconsensus : nous en sommes arrivées à deux solutions créatives. La première était que les nouvelles femmes aillent dans une autre pièce mais qu ' un passage libre soit autorisé d ' une pièce à l ' autre. Cette solution fut refusée par les gardiens. La seconde solution était que des femmes de notre groupe aillent dans l ' autre pièce, et que les nouvelles femmes viennent dans la nôtre. Les gardiens n ' ont pas voulu autoriser cela non plus. Les quinze minutes étaient passées et nous n ' étions pas parvenues à un consensus. Les gardiens prirent leur propre décision, tandis que nous avions toutes le sentiment d ' avoir été flouées par nous - même.
En réalité, nous n ' étions pas flouées, nous étions manipulées. Même si nous pouvions très bien voir, au moment même, qu ' on nous mettait dans une situationoù nous sserions amenées à nous diviser, nous ne voyons pas comment arrêter le processus. Rétrospectivement, nous aurions cependant pu comprendre, quand nos solutions ont été refusées, qu ' en fait on ne nous donnait aucune chance de prendre une décision qui nous convienne. Nous aurions pu alors refuser de coopérer à ce manège illusoire. Notre retrait aurait rendu la situation plus claire, montré que les gardiens, et pas nous, étaient responsables des conditions que nous étions forcées de subir.
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Horizon_du_plombHorizon_du_plomb   30 août 2018
Quand bien même les professionnels, au total, auraient un degré élevé de succès (ce qui n’est pas le cas) avec les psychotiques ou les patients limites, quand bien même les médicaments psychiatriques n’entraineraient pas d’accoutumance et ne seraient pas dangereux (ce qui n’est pas le cas), quand bien même les hôpitaux psychiatriques seraient des lieux agréables où l’on guérit (alors que ce sont des prisons), quand bien même les professionnels de la santé mentale ne descendraient pas en ligne directe de ceux qui ont brûlé les sorcières, nous ne pouvons retrouver nos pouvoirs en tant qu’individus et communauté, sans retrouver notre pouvoir de guérir. Le professionnalisme lui-même renforce les formes de pensée de la mise à distance et de l’aliénation. Quoi qu’un thérapeute puisse faire pour moi - et un bon thérapeute peut faire beaucoup -, c’est finalement à l’intérieur de ma communauté d’amis, d’amants, de parents, de collègues que je trouve l’intimité et la signification. La communauté est le guérisseur ultime. Et c’est la communauté, les conditions et les relations en son sein qui causent les souffrances insupportables qui ont le plus besoin d’être guéries.
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lesptitchatslesptitchats   22 janvier 2016
Je me sens aussi dans une curieuse relation avec ce qui, dans ce livre, concerne la sexualité, peut être parce que je suis maintenant d ' âge mûre. L ' énergie sexuelle ne diminue pas nécessairement avec le temps. En fait, je trouve que l ' âge et peut être la pratique ont plutôt approfondi le plaisir et l ' intimité que je trouve dans la sexualité. ( J ' admets que cela peut venir de mon partenaire actuel. ) Ce qui a diminué, c'est ma tendance à parler du sexe,à théoriser à ce sujet, et à attribuer la plupart des malheurs du monde à la répression de la sexualité. D ' un autre côté, si nous examinons l ' ensemble des problèmes auxquels nous sommes confrontés actuellement, la virulence et la violence du mouvement contre l ' avortement, la forte haine envers les lesbiennes, les bisexuels et les homosexuels, nous devons conclure que la peur et la méfiance que suscite la sexualité sont à la racine de beaucoup de conflits en cours.
Je suis toujours d ' accord avec ce que j'ai écrit en 1988 à propos du sida :
À cause du sida, nous devons exprimer notre sexualité avec une prudence nouvelle. Dans une culture qui craint et déteste l ' érotisme, l ' émergence du sida devient le prétexte de préjugés et d ' une persécution accrus contre ceux dont les désirs et les pratiques érotiques diffèrent de ce qui est prescrit. Le sida a révélé à quel point effrayant la culture dominante à tendance à dénier les vies et les intérêts des groupes de gens qu ' elle considère de faible valeur - homosexuels, personne de couleur et toxicomanes utilisant des seringues. La maladie a révélé un malaise plus profond au coeur de notre société, et découvert notre défaut d ' amour.
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lesptitchatslesptitchats   15 janvier 2016
Par exemple, pendant les premiers jours du blocus de la centrale nucléaire de Diablo Canyon, une autre femme et moi avons ressenti la nécessité d'un rassemblement général le soir, pour chanter, faire des annonces, et créer un sens du groupe formé par le camp. Le blocus était clairement une structure ouverte et anarchique ; cependant, notre premier mouvement fut de chercher un responsable, quelqu'un qui semblerait avoir une position de leadership, pour lui demander : " Qui a le droit de convoquer une réunion? " Tout le monde nous répondit : "Faites-le vous-mêmes." C'est ce que nous avons fait, tout simplement en marchant partout dans le camp et en disant à la cantonade : " Nous organisons un rassemblement. "
Nous aurions très bien pu assumer une position d ' impuissance et passer la soirée à ronchonner sur le manque de sensibilité de nos leaders, incapables de comprendre que nous avions besoin d ' une réunion d ' ensemble.
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Horizon_du_plombHorizon_du_plomb   30 août 2018
Trois cents femmes sont rassemblées dans une rue de San Francisco devant le Bohemian Club, un cercle de jeu fermé pour dirigeants d’entreprise et hauts fonctionnaires. Les hommes qui fréquentent ce club décident de construire des usines nucléaires, de produire des armes, de réduire les budgets sociaux. C’est là qu’a été prise la décision de fabriquer la bombe atomique.
« Les araignées qui tissent leur toile n’entrent pas ici », telle est la devise du Bohemian Club. C’est une citation de Shakespeare. Les femmes sont venues pour tisser. Nous sommes en train de faire une toile qui ferme les portes du Club, qui enveloppe ses murs couverts de lierre, et qui s’étend à travers le trottoir jusqu’à la rue. Tout le long des murs, nous avons planté des pierres tombales en carton qui portent les noms de femmes victimes de violence. Tout en tissant, nous psalmodions:
« Nous sommes le flux, nous sommes la marée
Nous sommes les tisseuses, nous sommes la toile. »
Nous faisons monter le pouvoir. Mais ce n’est pas un rituel, c’est une manifestation politique d’un groupe appel Women’s Pentagon Action West. Sur la côte Est aujourd’hui, des milliers de femmes marchent sur le Pentagone. Elles aussi mettent en acte leur tristesse, leur colère, leur prise de pouvoir, leur défi. Elles aussi ont créé une action qui est également un rituel, un acte de magie.
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Notre lien avec la Nature : conversation avec STARHAWK
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