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EAN : 9782848051581
779 pages
Éditeur : Sabine Wespieser (09/01/2014)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 78 notes)
Résumé :
Derrière les barreaux de sa prison, Thanh contemple les derniers lambeaux de brume sur la paroi rocheuse qui lui tient désormais lieu d’horizon. Il a été condamné aux travaux forcés.
Parce que ce jeune homme sans histoire, excellent élève et fils modèle, a découvert très tôt son homosexualité et qu’il lui a paru insurmontable de l’avouer à ses parents, son destin a basculé. Comment il est tombé sous la coupe d’un mauvais garçon avec qui il a fui sa ville nata... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  27 janvier 2017
En entamant Les Collines d'Eucalyptus, je m'attendais à m'immerger longuement (près de 900 pages quand même) dans des eaux de raffinement, parfumées aux essences naturelles, dans le bruissement de milliers de branches ondulant sous une douce brise. le titre était tentant, ma curiosité vive puisque je faisais mes premiers pas dans la littérature vietnamienne.
Voilà que je me retrouve en prison, dans un univers forcément confiné, dans les hurlements des gardes, les murs en béton et les odeurs nauséabondes. Bon, ben tant pis, je vais regarder par la fenêtre, la nature doit être fort belle sur ces hauteurs. Nouvelle désillusion, un petit carré de lumière à 30 cm du sol ne montre que du rocher bien gris, bien rugueux, prolongement en miroir de la paroi intérieure.

Au secours ! Où sont les vertes collines du titre ? Qui est ce Thanh, prisonnier chétif, qui purge une peine de vingt-cinq ans dans cet enfer de violence et de famine ? Qui est cette Lan que l'on fusille à quelques mètres de sa cellule ?
C'est ainsi que peu à peu l'histoire va se dérouler. Thanh est le fils unique de parents professeurs, aimé et choyé dans un milieu privilégié. Adolescent, il ressent des pulsions homosexuelles et une première tentative le marque cruellement. Apprentissage des différences, des codes sociétaux, des commérages de village, des traditions ancestrales immuables.
Thanh pratique la vie. Il se lie avec Phu Vuong, fils de l'ogre-poète du village, enfant maltraité devenu ado manipulateur, oisif et intéressé. Ne voulant pas soumettre ses parents à l'opprobre public à la découverte de ses penchants, Thanh choisit de fuir à Dalat, au Vietnam du Sud, avec son jeune amant. Il se débrouille pour trouver de petits boulots tandis que Phu Vuong, désoeuvré et paresseux, devient de plus en plus odieux. Séparation, nouvelle rencontre, nouveau boulot, tissage de relations sociales. Insouciance et émerveillement ont définitivement quitté la place.
Thanh reverra Phu Vuong à Saïgon, le tuera et se retrouvera au bagne.
Duong Thu Huong est revenue du communisme dont elle a vécu les dérives. Exilée en France, ses livres sont interdits au Vietnam. Elle fait particulièrement bien ressortir les tentacules des strates communistes à travers la hiérarchie des gardiens de prison.
Elle peint un portrait de son pays, fin des années 80, avec finesse et, apparemment, sans concession. le long vagabondage de son héros jusqu'à Saïgon lui donne l'occasion de digresser sur les facettes psychologiques de ses personnages, ce qui enlève parfois un intérêt pour l'histoire.
Néanmoins, les sensations, les bruits, les odeurs sont aussi présents que la solitude, l'acceptation et la rédemption.
Première lecture intéressante qui traduit parfaitement les impasses d'un peuple de tradition, brimé, envahi, meurtri par une très longue guerre et qui cherche néanmoins à s'ouvrir sur l'Occident.
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Crossroads
  09 août 2015
Les Collines d'Eucalyptus peut également faire office de couteau suisse.
Outre le plaisir procuré à sa lecture, il permet également de se muscler rapidement les avant-bras.
Pavé de près de 900 pages qu'on attaque fébrilement, il se révèle finalement d'un abord ultra plaisant, mixant les émotions au gré des nombreux chapitres évoquant la vie tumultueuse de notre jeune héros, Thanh, bien loin d'être un long Mékong tranquille.
Certaines trajectoires sont gravées dans le marbre dès la naissance.
Gamin issu des classes bourgeoises et affichant de réelles prédispositions pour les études, ce petit canaillou n'aura pourtant de cesse de se torturer les méninges quant à la tournure des évènements futurs qu'il pressent funeste.
Confronté très rapidement à son homosexualité, il prendra rapidement le taureau par les cornes en optant...pour la fuite plutôt que le déshonneur familial.
Alors totalement sous la coupe de son compagnon manipulateur, Thanh entrevoit lucidement la solitude et la tristesse journalière dont il va devoir rapidement se draper, loin de ses proches et de sa terre natale.
C'est long mais c'est beau.
Duong Thu Huong, écrivain au souffle puissant et épique non dénué d'une certaine poésie, relate ici la destinée d'un homme qui se sera construit à la force des poignets, n'y voyez aucune malice, faisant fi des terribles aléas rencontrés au gré de ses nombreuses pérégrinations et traçant son sillon, peut-être pas le plus droit qui soit, mais suffisamment profond pour pouvoir y semer les quelques graines d'espoir nécessaires à sa survie.
Raillé, maltraité, répudié, ce jeune homosexuel aura su trouver une force vitale, impérieuse, le poussant toujours un peu plus à s'affirmer et s'accepter en ce Vietnam pétri de préjugés et souvent prompt à condamner la différence.
C'est parfois long, certes, mais jamais barbant.
Duong Thu Huong manie la plume avec une grâce et une précision digne des plus illustres calligraphes qui officièrent sous la dynastie des Jin orientaux. Ce qui ne nous rajeunit pas.
Intelligence du propos, style flamboyant, profonde humanité, autant de facettes que le lecteur se fera un plaisir de découvrir en soupesant ce diamant brut d'un fort beau gabarit, ma foi, et qui suscite au final moult émotions diverses exceptée celle d'avoir enfiler des perles.
Alors, t'as ton Thanh ?
Si non, dépêche-toi vite de le commander, la rentrée approche...
4,356/5
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indira95
  18 octobre 2015
Ma première incursion en territoire vietnamien. Mais quelle immersion ! Duong Thu Huong appartient à cette catégorie d'écrivains dont j'avais entendu tant de bien qu'il m'était presque impossible d'en aborder l'oeuvre. Peur d'être déçue sans doute qui m'a longtemps tenue à l'écart et fait manquer un talent évident ! Quel regret, j'aurais dû ne pas écouter cette petite voix sceptique et me plonger à corps perdu dans l'oeuvre de cet auteur talentueux qui a tant su parler à mon coeur de lectrice.
Les collines d'eucalyptus ou itinéraire d'un enfant gâté, tel pourrait être le résumé de ce roman. Thanh est un jeune homme à qui la vie n'a octroyé que chance et bienfaits : chance d'avoir des parents aimants et cultivés, professeurs émérites et respectés (au Vietnam le corps enseignant est la force vive de la révolution communiste, pilier du système), chance d'être leur fils unique, choyé et chéri dans un village paisible du nord Vietnam, chance d'être beau et intelligent, sensible et honnête, bref l'enfant puis le jeune homme modèle. Mais comme dans tout conte, une mauvaise fée s'est penchée sur le berceau du jeune Thanh. Car notre enfant gâté aime les hommes et au Vietnam comme partout ailleurs, si elle ne condame pas à la prison, l"homosexualité jette l'opprobe sur toute la famille du "coupable". Thanh, séduit charnellement par un mauvais garçon, le fils du poète maudit du village, à qui il s'abandonne sans retenue car persuadé de ne trouver mieux, décide de quitter son cocon aimant pour préserver les siens, suivant ainsi son compagnon d'infortune. D'exil en exil, de ville en ville, Thanh fait le dur apprentissage d'une vie de vagabond, de paria, loin du cercle protecteur : confronté à la pauvreté, au rejet et à la peur du regard d'autrui, vidé de sa substance par un amant manipulateur, fainéant et fourbe qui vit à ses crochets et le retient par le sexe, Thanh commettra l"irréparable. Les collines d'eucalytpus retrace ce parcours, du terrible bagne dans lequel végète Thanh, à son enfance choyée et préservée, en passant par son éveil charnel, des faubourgs de Saigon à la chambre d'hôtel dans laquelle il vivra sa seule véritable histoire d'amour avec un homme plus âgé, ce roman brasse les destins d'hommes et de femmes pris au piège, partagés entre l'envie folle de vivre pleinement leurs désirs au grand jour et le poids des traditions et du régime qui les annihilent.
Ce roman polyphonique est à la fois roman d'amour, roman d'enfance, récit d"initiation mais aussi chronique sociale d'un pays, le Vietnam, déchiré entre ouverture et tradition, Orient et Occident. Duong Thu Huong m'a embarquée le temps de 900 pages sur des rives inconnues, à la fois paisibles et tortueuses. Ne soyez pas effrayés par l'ampleur de la tâche car les mots glissent si aisément, emportant le lecteur dans un tourbillon poétique. Quelle puissance derrière tant de douceurs ! Ne vous y méprenez pas. Tout y est excès caché sous l'apparence d'une prose sensible. Ce combo littéraire est exactement ce qui parle à mon âme de lectrice. Et si mon enthousiasme n'a pas fini de vous convaincre, je vous encourage à lire le prologue qui à lui seul donne tout son sens au roman et vous laissera sans voix.
Lien : http://www.livreetcompagnie...
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jmb33320
  03 juillet 2020
« Monsieur et madame Rô étaient aussi heureux que les deux garçons. Pour le couple, l'amitié entre les garçons était un cadeau inespéré du destin. Pouvoir confier leur fils à maître Thy et maîtresse Yên était un grand honneur, aussi gâtaient-ils Thanh en tout, façon pour eux de rembourser d'avance une sorte de dette. Durant ces deux semaines, madame Rô se lança dans la démonstration de son talent culinaire, tandis que monsieur Rô promenait les deux jeunes dans toute la région des Vertes Collines. »
C'est dans ces collines du nord du Vietnam que Thanh passe les plus belles de ses journées d'enfance, en compagnie de Petit Canh, un autre garçonnet de son âge, et de ses parents. Mais c'est aussi à cet endroit qu'il verra pour la première fois un autre enfant, Phu Vuong, qui se révèlera dix ans plus tard être son premier amant et, plus tard, après trois années d'enfer, la cause de son emprisonnement dans un bagne effroyable.
C'est un drame au long cours que nous propose Duong Thu Huong dans ce roman émouvant et sombre. La relation toxique entre Thanh et Phu Vuong n'est pas le seul horizon de ce récit car, comme dans tout vaste roman un peu ambitieux, bien d'autres personnages se placeront au premier plan et détailleront eux aussi leurs vies à la fois fugitivement heureuses et le plus souvent tristes, marquées par les affres de la passion amoureuse, hétérosexuelle ou homosexuelle.
J'ai dévoré ce livre, qui, malgré son ampleur, est captivant. Je regrette seulement, parfois, l'usage d'un style un peu trop fleuri à mon goût, un peu trop grandiloquent. Mais n'oublions pas que c'est un mélodrame…
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isabelleisapure
  31 janvier 2014
Thanh s'enfuit de chez lui alors qu'il n'a que 16 ans et qu'il vit heureux auprès de ses parents tous deux professeurs. Pourquoi ?
Dans « Sanctuaire du coeur » Duong Thu Huong nous le présentait fuyant un amour incestueux et devenant gigolo.
Dans ce nouvel opus, « les collines d'Eucalyptus », Duong Thu Huong, lui imagine un autre destin.
Nous le retrouvons derrière les barreaux se remémorant l'engrenage fatal qui l'a conduit à commettre l'irréparable.
Lorsqu'il découvre son homosexualité, accablé par la honte il tire un trait sur tout ce qui faisait son bonheur dans ce village paisible et part à l'aventure avec son amant, un jeune voyou.
Très sensibilisée par l'ambiance à la foi tragique et poétique qui émane de cet ouvrage de Duong Thu Huong, je salue le talent du traducteur Phuong Dang Tran qui a si bien su la restituer.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
ClaireGClaireG   27 janvier 2017
Deux ans après la libération de Saïgon, en 1977, fut soudain lancée la campagne "d’ éradication de la culture décadente », comme le pouvoir l’avait déjà fait auparavant dans le Nord. Morts de peur, tous les libraires et bouquinistes ont organisé en cachette la destruction des ouvrages interdits : ils les ont brûlés ou jetés dans le fleuve.

p. 324
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kathelkathel   15 août 2015
Pour charger les marchandises, ils dormirent trois nuits à Dông Mo. L’auberge était surprenante, située dans une rue dont chaque maison avait sa propre physionomie. Il n’y en avait pas deux semblables, pour l’aspect comme pour le matériau. C’est seulement pendant la nuit qu’elles devenaient pareilles, dans l’ombre noire et opaque. L’espace immense se transformait alors en un océan sombre et on aurait dit que la vie ne se concentrait plus que dans les lueurs des lampions qui se balançaient comme autant d’yeux rouges.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   06 mai 2016
Subitement, le corps de Cuong frappa ses yeux avec une intensité particulière. Le désir monta en lui, un désir qu’il n’avait encore jamais connu. Car il avait pour objet un être dont il n’avait jamais soupçonné qu’il puisse le devenir. Les sens chavirés, n’écoutant que les besoins de son corps, Thanh courut vers son ami, l’étreignit des deux bras et déposa entre ses omoplates un baiser.
Cuong se retourna vers lui, stupéfait. Une stupéfaction qui se transforma très vite en méfiance, puis en affolement et enfin en effroi. Rouge comme une tomate, il repoussa Thanh avec force. Silencieusement mais méchamment. Ce fut bref, personne n’avait rien remarqué. Thanh se ressaisit, recula d’un pas, le visage blême.
Qu’ai-je fait ?
J’aime donc Cuong ? Depuis longtemps ?
Suis-je homosexuel ? Un de ceux qu’on appelle les « enculés » ?
J’ai déjà 16 ans ! Pourquoi n’en ai-je rien su jusqu’à maintenant ? Parce que personne ne m’a révélé l’existence de l’homosexualité. Personne ne m’a dit que ce n’est pas si rare. Un caprice de la nature, dans lequel ma volonté n’est pour rien. Jusqu’ici j’ai vécu dans l’ignorance, comme ces misérables paysans analphabètes qui ne savent pas que les bactéries vivent dans l’eau de la rivière et qu’elles peuvent leur transmettre la dysenterie. L’humanité meurt plus de son ignorance que de la guerre.
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MurielTMurielT   31 mars 2014
Ils se faisaient face, assis à une table sous une fenêtre de l'hôtel. De là, ils apercevaient la surface miroitante du lac et les forêts de conifères qui s'étalaient jusqu'à l’horizon, où les montagnes se chevauchaient pour offrir au spectateur toutes les nuances de vert profond et de bleu intense jusqu'à la teinte du jade. Au-dessus les nuages formaient un voile de fine dentelle aux motifs sans cesse changeants en fonction de l'intensité lumineuse du crépuscule.
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NiradeNirade   06 août 2015
Le tronc de l'eucalytus est frêle, de couleur ivoire. Son feuillage est plutôt clairsemé. Ses feuilles n'ont pas ce vert soutenu du jaquier, du pamplemoussier ou du bananier, si caractéristique des pays tropicaux. Elles ont plutôt la couleur de l'amende, un lert léger, distrait, teinté de bleu ciel, duveteux comme la peau des pêches mais scintillant au moindre rayon de soleil.
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Videos de Duong Thu Huong (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Duong Thu Huong
Duong Thu Huong, Les collines d'eucalyptus .Lorsque Duong Thu Huong, romancière vietnamienne, parle de son livre Les collines d'eucalyptus ( éditions Sabine Wespieser) et du destin d'un adolescent fugueur, c'est tout le Viet nam qu'elle évoque. Et l'ancienne combattante anti-colonialiste, aujourd'hui dissidente et exilée, ne mâche pas ses mots. Entretien Dominique Conil, video de Nicolas Serve.
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