AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Note moyenne 3.62 /5 (sur 348 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Hanoï, Vietnam , le 30/12/1995
Biographie :

Line Papin est une écrivaine française.

Elle grandit à Hanoï jusqu'à l'âge de dix ans puis s'installe en France. Après des études en classe préparatoire littéraire au Lycée Fénelon puis des études d'histoire de l'art à la Sorbonne, elle se consacre à l'écriture.

Son premier roman, "L'Éveil", paraît en août 2016 aux éditions Stock. Il reçoit un bel accueil de la presse, ainsi que plusieurs prix tels que le Prix de la Vocation, le Prix littéraires Les Lauriers Verts - Premier Roman et le Prix du Premier Roman de la revue Transfuge.

Son troisième roman, "Les Os des filles", paraît en 2019. À caractère plus autobiographique, il s'attache à la filiation maternelle et la fragilité d'être, à travers trois générations de femmes, les guerres du Vietnam, l'exil et la maladie.

page Facebook : https://www.facebook.com/papinline/
+ Voir plus
Ajouter des informations

31/01/2018

Entretien avec Line Papin, à propos de son ouvrage Toni


Dans votre premier roman, L`éveil paru en 2016 chez Stock, vous parliez d`une histoire d`amour, cet amour qui se fait même parfois trop pressant. Dans Toni, c`est tout l`inverse : vous évoquez la disparition soudaine, l`amour qui s`enfuit. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce qui a pu vous mener de votre premier roman à Toni ?

J`ai voulu essayer une forme différente dans Toni. L`Eveil était un roman choral qui laissait entendre les voix des deux personnages, avec beaucoup de dialogues qui apparentaient le roman au genre du théâtre, de la tragédie. Il y avait un jeu avec la temporalité éclatée, les multiples retours en arrière et emboîtements. Toni se déroule au contraire de manière linéaire. Ce roman a trait au Bildungsroman où on suit le héros dans sa quête, à travers des aventures qui le font grandir. La forme est plus sage mais le fond n`en reste pas moins bouillonnant, je crois. De L`Eveil à Toni, j`ai donc voulu essayer une forme romanesque différente. On trouve cependant beaucoup de thèmes communs aux deux livres.


Pour ce même premier roman, vous remportiez le Prix de la Vocation. Une pression supplémentaire ?

Non, mais un encouragement supplémentaire !


Dès l`ouverture de Toni, le lecteur met les pieds au Castel d`A**, une immense maison de vacances où toute une famille se retrouve année après année. le lieu reste mystérieux, ne serait-ce que par son nom. Pourquoi ce choix d`un endroit largement décrit et pourtant toujours très mystérieux ?

Je crois que le Castel d`A** symbolise le lieu de l`enfance rêvée et perdue. C`est l`endroit où Toni faisait des jeux avec son cousin Ezra, le lieu où il était aimé sans condition, où sa mère l`accompagnait encore. C`est sans doute pour cette raison là que le Castel reste mystérieux, il est perdu dans la campagne allemande comme il l`est dans les souvenirs de Toni. Il est lointain, idyllique, tout comme son enfance.


Toni est une énigme, « un météore » comme vous le dîtes dans votre livre. Comment avez-vous construit ce personnage si mystérieux, son caractère, son évolution que l`on découvre au fil de la lecture ?

Ce personnage s`est construit tout seul, d`une manière évidente. Il a sans doute évolué avec mes souvenirs et les rencontres que j`ai faites, mais il a toujours été lui-même, toujours été là. Maintenant, quand je parle de mon livre ou en entend parler, il me semble entendre des nouvelles de Toni de quelqu`un de réel, que l`on a connu. C`est un personnage fantastique, à la fois fabuleux et détestable, qui traverse des événements, des crises, essaie de se relever, avec le poids de son imagination sur son dos… On voudrait l`aider, on ne peut pas, on voudrait l`abandonner alors, on ne peut pas non plus.


La grande partie de votre roman se déroule à Berlin, dans l`ambiance underground chère à cette ville. Pourquoi avoir voulu raconter cela ? Avez-vous un attachement particulier avec ces nuits berlinoises qui se trouvent au coeur de votre livre ?

Une grande partie de mon roman se déroule dans l`ambiance underground des nuits berlinoises pour deux raisons. La première, c`est que j`ai un attachement particulier pour ces lieux et ces nuits qui ont été mythiques dans l`histoire de Berlin mais aussi dans l`histoire de la musique et de la fête. La deuxième, c`est que mon roman porte sur la confusion entre l`imagination et la réalité, l`enfance et l`âge adulte. Mon personnage, Toni, est à cheval entre les deux. Or, ces nuits berlinoises me semblent assez représentatives de cette faille : entre la nuit et le jour, entre la vie active et la vie nocturne, c`est un espace d`inventions et de perdition. C`était l`espace idéal pour faire grandir mon histoire, mon personnage et son fameux Palais.


Ce haut lieu de la fête berlinoise, ouvert nuit et jour, où tout devient possible fait très vite penser au célèbre Berghain (peut-être le club le plus connu de Berlin … pour diverses raisons). N`est-ce là que pur hasard ?

Effectivement, il y a un peu du Berghain mais aussi un peu du Sisyphos, du Tresor, du Griessmühle, du About Blank… Tous ces clubs berlinois qui ont attiré les gens pour diverses raisons. le Palais du Rire et de la Joie (dont il est question dans mon roman) reprend les codes de ces clubs là, en jouant avec d`autres codes littéraires : on y retrouve un peu du monde de Peter Pan, un peu du monde d`Augustin Meaulnes…


Cette bande d`amis embarquée dans une formidable aventure faite de sons et de fêtes fait penser à bien d`autres romans, bien d`autres films. Quelles ont été vos différentes inspirations au moment de l`écriture de Toni ?

Toni est un roman sur l`amitié et la vie en groupe. Je pense alors à Sa Majesté des mouches de William Golding ou bien La ferme des animaux d`George Orwell. C`est un livre sur la fête aussi. J`y fais référence à Gargantua de François Rabelais, aux Paradis artificiels de Charles Baudelaire, à Opium de Jean Cocteau ou encore Les Souterrains de Jack Kerouac. Enfin, c`est un roman de formation que David Copperfield de Charles Dickens ou encore L`adolescent de Fiodor Dostoïevski et Demian de Hermann Hesse m`ont inspirée.


Line Papin et ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Je ne pense pas qu`un seul livre soit à l`origine de mon envie d`écrire, mais au contraire l`accumulation de beaucoup de livres — de toutes mes lectures. S`il fallait n`en choisir qu`un, je dirais cependant L`Odyssée de Homère, car c`est là que tout commence, non ?


Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?

Franz Kafka, par sa proximité troublante.


Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Je l`ai lu très jeune et je me souviens avoir fait un véritable voyage…


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

L`Automne à Pékin de Boris Vian, avec Trouble dans les Andains, Elles se rendent pas compte ou encore Et on tuera tous les affreux. Des poèmes musicaux à lire et relire.


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Je ne ressens pas ce genre de honte, mais j`ai l`envie de commencer très bientôt La Montagne magique de Thomas Mann.


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Dingo de Octave Mirbeau, l`histoire d`un chien ! Ou bien, plus récemment, 33 révolutions de Canek Sanchez Guevara, un roman mélodieux sur Cuba.


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Les réputations ne sont que des opinions. Les miennes même changent d`un moment à l`autre ! Certains classiques, quand je les lis, ne me plaisent pas du tout. Mais il suffit de les reprendre quelques années plus tard, et soudain ils font écho… Je préfère ne pas arrêter d`avis.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J`en ai des carnets entiers. J`apprends beaucoup de poèmes par cœur aussi (Gérard de Nerval, Stéphane Mallarmé, Jean de Sponde, Pierre de Ronsard, Jose Maria de Heredia…)


Et en ce moment que lisez-vous ?

Je lis les contes et nouvelles surréalistes d`un auteur argentin, Julio Cortazar.


Découvrez Toni de Line Papin aux éditions Stock :


Entretien réalisé par Rémy Watremez

étiquettes
Videos et interviews (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de
Line Papin nous parle de son histoire et de son roman "Les Os des filles".
Podcasts (4) Voir tous


Citations et extraits (124) Voir plus Ajouter une citation
Bazart   03 octobre 2016
L'éveil de Line Papin
"C'est drôle parce que ça a commencé comme ça, par moi fascinée qui découvre cet homme voilé ; et ça a continué, tout le temps, comme ça, avec moi fascinée qui soulève les voiles un à un sans trouver jamais, en dessous, aucun visage".
Commenter  J’apprécie          180
Line Papin
colka   01 avril 2020
Line Papin
La personne à côté de lui, qui devrait être sa fille, est la grande Faucheuse même : un squelette qui vogue de manière molle mais hâtive sur les flots du fleuve mortel. Il ne peut rien. Il ne sait plus. Maintenant il est écroulé sur ses genoux maigres comme une masse alarmée et en larmes, sur le corps de sa petite fille. Elle ne bouge pas, osseuse sous lui, il sent simplement une main lui tapoter l'épaule. La voix de la gamine dit : "Ca va aller." La phrase n'est pas rassurante. Dans quel sens ça va aller?
Commenter  J’apprécie          150
Annette55   05 mars 2020
Les os des filles de Line Papin
«  On ne naît ni par hasard ni nulle part. On naît neuf, entouré d’anciens os. Dans le cœur et dans le ventre, il y a les os de la guerre, de la grand- mère, des os de vétérane, il y a les os laissés par les bombes, les os d’une vitesse, de trois filles, les os des non qu’elle leur a dits, les os de ses pensées . Il y a ces os qu’on n’avait pas désirés et qui vont , quoiqu’il en soit se former..... »
Commenter  J’apprécie          140
Annette55   04 mars 2020
Les os des filles de Line Papin
«  Face à cette pagode, un cimetière chancelle sur les rizières, ses coffrets d’os suspendus entre les nuages célestes et leur reflet dans l’onde.

Le soleil fait miroiter une larme de chagrin ou de joie.

Des femmes au chapeau conique, courbées, se cassent en deux pour ramasser d’infinies récoltes.

Les ancêtres reposent à leurs côtés . »
Commenter  J’apprécie          130
Line Papin
colka   01 avril 2020
Line Papin
Dans les limbes seuls les enfants vivent, qui traversent les couloirs jour et nuit, robe blanche ombre noire, hôpital dur mur froid, fantômes à roulettes dont la chemise est déchirée seulement par l'os d'un coude saillant. Est-ce le début ? Est-ce la fin ? Les bas de chemises traînent au sol, s'usent, se défilent. La plante des pieds se glace au contact du carrelage. On entend le coton frotter par terre, le pied taper, à chaque pas, tap, tap. Quelqu'un marche. Il n'y a plus de bras pour les enserrer ici ; c'est trop tard ; ils sont des ombres que l'amour n'enserre plus. Personne ne vous portera contre son coeur ici. Il n'y a plus que les médicaments et les perfusions, oui, il ne reste que cela pour vous embrasser.
Commenter  J’apprécie          120
Alexandra_LDVX   16 juillet 2019
Les os des filles de Line Papin
Tu as guéri. Tu as retrouvé un corps de vivant, un cœur de vivant, un visage de vivant. La mort est partie. La petite fille est revenue. Et tu as décidé, en ce retour, parce que tu pouvais enfin marcher et vivre, de te rendre toi-même sur les lieux de ton enfance - ceux que tu avais perdus, ce qui t'avait tué. Tu avais dix-sept ans alors, à peine, et tu as pris l'avion, seule, pour retourner à Hanoï.
Commenter  J’apprécie          120
LiliGalipette   11 juin 2016
L'éveil de Line Papin
« C’était une petite fille ; elle a dû se tordre quelque chose à l’intérieur, qui ne se répare pas. Elle a l’air folle, oui, d’une folie cinglante, agressive, qui produit de la joie et le bruit mat d’une pierre cognée contre une autre. » (p. 103)
Commenter  J’apprécie          110
SZRAMOWO   28 mai 2019
Les os des filles de Line Papin
On enterre les gens dans une tombe à leur taille pendant trois ans, au Vietnam. Puis, ce délai passé, la chair évaporée, on transvase dans un coffret plus chétif ce qu’il reste du corps : les os. Les cimetières sont donc faits de petits coffrets d’os. Ce sont eux qui demeurent, singuliers. Le premier cercueil est temporaire, public, il ne sert qu’à désosser et reçoit, tous les trois ans, différents morts. C’est un lieu de repos passager. Ensuite, dans l’unique boîte, il n’y aura plus que les os propres, comme si la chair importait peu, modifiable telle qu’elle est le long d’une vie, tantôt fraîche, tendre, lisse, tantôt ridée, malade, tavelée, tantôt douce, serrée, tantôt rêche, distendue, tantôt cisaillée tantôt… À la fin, il n’y a plus que les os qui s’entrechoquent.



Les sentiments de la chair, dégoulinants, sont passés. L’émotion terrestre est partie. Ne restent plus que les sentiments des os – essentiels. Nous finissons tous ainsi, après tout, et c’est doux. C’est doux parce que c’est commun. Il y aura eu bien des injustices, bien des secousses, bien des dangers ; il y aura eu des joies, des rires, des peurs, des amours, des haines, des ressentiments, des passions ; il y aura eu des accidents, des voyages, des crises, des maladies… Nous aurons été chacun à notre manière déformés par la vie. Il restera les os des humains – ce que nous avons été au minimum, ce que nous avons tenté d’être au maximum. Maintenant, j’ai compris jusqu’à quel point il faut descendre pour aimer sans retour et pardonner sans regard : jusqu’à cette ultime poche d’os.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Bibalice   01 juin 2016
L'éveil de Line Papin
C'était en août, le soir, sous la chaleur des orages, dans ce grand jardin surplombant un fleuve rouge large de lotus ; je ne connaissais personne et me tenais sagement accoudée au comptoir, un verre à la main, ou contre un mur, adossée, je me contentais de sourire. Ce n'était pas de la politesse, c'était le sourire de mon corps.
Commenter  J’apprécie          100
colka   01 avril 2020
Les os des filles de Line Papin
Autour de toi, c'est noir de visages et de vociférations : c'est la vie telle qu'on l'aime - telle que tu l'aimes. Et au-dessus de ce capharnaüm, le soleil explose, humide et lourd comme il l'est au Vietnam ; personne n'y échappe. Des odeurs c'est direct, c'est foutu on en a plein le nez : viande grillée, bun cha, herbes, charbon, gaz. Tu nais là-dedans, bébé sale, bébé de sang, jamais lavée, et à quoi bon avec ces cris et ces senteurs qui enrobent autant que ces draps troués. C'est mieux que tout d'être dans cette crasse, parce qu'il y a de l'amour dans ces draps, dans ces exclamations, dans ces parfums, l'amour d'une ville qui vit enfin sa vie, sans complexe et d'une ville qui aime ses filles sans complexe.
Commenter  J’apprécie          80

Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

Le carcan d'une rose

Quel âge à Perrine, au début du livre?

12 ans
16 ans
17 ans
14 ans

10 questions
0 lecteurs ont répondu
Thèmes : amours impossibles , amour , romanceCréer un quiz sur cet auteur

.. ..