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Cheikh Hamidou Kane (Préfacier, etc.)
EAN : 9782213635903
294 pages
Fayard (01/01/2008)
3.91/5   11 notes
Résumé :
"Nous, peuples d'Afrique, autrefois colonisés et à présent recolonisés à la faveur du capitalisme mondialisé, ne cessons de nous demander : que sommes-nous devenus ? Les pays riches ont peur de notre présence quand elle n'est pas susceptible d'ajouter à leur avoir, peur de nos différences quand elles sont trop visibles. Inutiles, les nouveaux naufragés entassés sur des embarcations de fortune, supposées les conduire vers la terre ferme de l'Europe. Invisibles, les d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Le 26 juillet 2007, dans l'amphithéâtre de l'université Cheik Anta Diop de Dakar, le Président de la République s'est adressé aux jeunes d'Afrique. Ce discours, rédigé dans le style volontiers lyrique du conseiller spécial de l'Elysée, Henri Guaino, a suscité des critiques sévères, en France comme en Afrique. Rarement propos présidentiel aura fait couler autant d'encre. Les articles de presse se sont multipliés. Quelques mois plus tard, les premiers livres paraissent, en attendant d'autres qui sont annoncés. Altermondialiste, féministe, anticolonialiste, l'ancienne ministre malienne de la culture Aminata Traoré n'était pas la moins bien placée pour tirer à boulets rouges sur le discours de Dakar.

Trois séries de reproches ont été adressées à ce texte.

La première concerne l'absence de toute repentance pour les fautes commises à l'époque coloniale. Ce silence était prévisible, le candidat Sarkozy ayant clamé haut et fort qu'il fallait cesser de rougir de l'Histoire de France. Pour autant, ce long discours débute sur une reconnaissance explicite des crimes commis durant la colonisation : « Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes ; car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes (…) le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. ». Pour autant Aminata Traoré ne s'en satisfait pas qui reproche au Président français son manque de cohérence : on ne peut dit-elle reconnaître une faute sans assumer la responsabilité de cette faute.

La deuxième est l'espoir déçu d'une nouvelle politique africaine. On attendait du discours de Dakar qu'il marque une rupture par rapport aux pratiques décriées de la Françafrique. Cette rupture avait été annoncée à Cotonou en mai 2006 par le candidat Sarkozy. Restait au nouveau Président à la concrétiser. Hélas, le discours de Dakar ne disait rien de neuf, sinon l'annonce du « grand destin commun de l'Eurafrique », un concept assez flou qui s'est avéré remonter à l'entre-deux-guerres. Et, plus grave encore, le choix des étapes du premier périple africain de Nicolas Sarkozy, entre le Sénégal où le président Abdoulaye Wade est accusé de dérive autoritaire et le Gabon où Omar Bongo incarne jusqu'à la caricature les dérives de la Françafrique, a été stigmatisé.

La troisième et principale critique adressée au discours de Dakar est l'arrogance des propos du Président : Aminata Traoré évoque la « gifle » reçue par le continent noir (p. 25). La quasi-totalité des commentateurs dénonce le discours culturaliste, voire essentialiste qu'un Président plein d'arrogance de l'ancienne puissance colonisatrice ne se serait jamais permis ailleurs qu'en Afrique. le Président et sa plume auraient repris, presque mot à mot, des passages du chapitre consacré par Hegel à l'Afrique dans La raison dans l'histoire : « le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire (…) Jamais il ne s'élance vers l'avenir (…) Dans cet univers où la nature commande tout (…) il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ». Ces propos réducteurs, qui semblent puiser dans les fonds les moins reluisants de l'ethnologie coloniale du XIXème siècle (Levy Brühl, Léo Frobenius, Placide Tempels), sont contredits par les recherches en sciences humaines qui montrent, au contraire, l'historicité des sociétés africaines.

Nicolas Sarkozy a reconnu le « faux pas » commis à Dakar. En se rendant en mars 2008 en Afrique du Sud, en y rencontrant Nelson Mandela et en prononçant devant le Parlement sud-africain au Cap un discours rédigé cette fois-ci par la cellule diplomatique, il a voulu corriger cette erreur. Mais il n'est pas certain qu'il y soit parvenu.
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Voici l'interrogation d'Aminata Traoré sur les causes des humiliations subies en Afrique. L'auteur dénonce la responsabilité de la France dans cette humiliation et aussi dans les crises qu'elle traverse.

Elle nous rappelle les événements de Ceuta et Melilla, la lutte contre l'immigration clandestine, le discours de Sarkozy sur « l'homme africain » à Dakar, elle démontre les rouages de la domination.

Comment ne pas réagir en lisant les témoignages de ceux qui sont prêts à tout pour traverser le désert, les naufragés entassés sur des embarcations de fortune, supposées les conduire vers l'Europe. Même après avoir réussi à franchir les barrières, ils sont loin d'être heureux

Aminata Traoré finit sur une note d'espoir, en affirmant que l'épreuve que traverse l'Afrique leur apprend beaucoup sur l'Occident, mais elle leur apprend autant sur leur propre manque de lucidité, de courage, sur l'aliénation culturelle dont ils souffrent. Il faut qu'ils imaginent des perspectives d'avenir centrées sur les êtres humains, une réappropriation de leurs destins qui fait appel à leurs langues, leurs repères, leurs valeurs.

Comme l'a affirmé Sarkozy : « Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d'humanité, avec plus de justice, avec plus de règles. Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l'Europe, elle veut se battre avec l'Afrique, elle veut se battre avec toux ceux qui, dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l'Afrique, la France et l'Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. »

J'espère vivement aussi une autre mondialisation.
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Aminata Traoré fait partie de mon Panthéon personnel depuis que j'ai lu l'Etau : analyse lumineuse et réquisitoire implacable contre les agissements de la Banque Mondiale et du FMI qui appauvrissent l'Afrique lui imposant une politique libérale déstabilisant les structures étatiques et les intérêts insoutenables de la Dette.

Sa pensée structurée et vertébrée contraste avec les élucubrations qui tiennent lieu de pensée et qui justifient les politiques les plus injustes. On n'a encore rien trouvé de mieux qu'une analyse marxiste pour mettre en évidence les politiques économiques!

l'Afrique Humiliée, plus qu'une étude, est plutôt un texte polémique réagissant à la visite de Sarkozy à Dakar et à son fâcheux discours et à divers évènements qui, en apparence n'ont que peu de liens entre eux et qui découlent des mêmes causes : les évènements de Ceuta et Mellila,les Emeutes en Banlieue parisienne et les départs en pirogues vers les Canaries.

Aminata Traoré n'épargne personne, même les bonnes volontés comme celle D'Orsenna. Son constat est percutant.

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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tres bon livre, conscient et sincere
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Le monde entier a pris acte de la gifle que le président français a infligée au continent noir le 26 juillet 2007, à Dakar, à travers un discours « historique », selon son conseiller Henri Guaino. Ce discours me sert de fil conducteur dans mon projet de déconstruction de la pensée dominante à propos des causes de l'émigration africaine, le cheval de bataille de Nicolas Sarkozy. Celui-ci a visité de nombreux autres pays après son passage à Dakar, mais nulle part ailleurs il ne s'est montré aussi arrogant et condescendant. En Russie, face à Poutine, le président a du mettre beaucoup d'eau dans son vin concernant la Tchétchénie et d'autres sujets qui fâchent. En visite sur les terres africaines et méditerranéennes de la Libye et du Maroc, il savait qu'il n'avait pas de leçons à donner. Mais, en compagnie du président sénégalais, Abdoulaye Wade, en soufflant le chaud et le froid, il nous a signifié sans sourciller que notre problème était que nous n'étions « pas assez rentrés dans l'Histoire. »
C'est probablement pour cette raison que les lois successives sur l’immigration qu'il a fait voter par l'Assemblée nationale française privilégient le tri et l'expulsion, avec un traitement particulièrement violent quand il s'agit des Africains.
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S’il est vrai que le descendant du colon ne peut pas répondre des actes de ce dernier, les Africain(ne)s qui regardent vers la France ne doivent pas davantage payer par tant d’humiliations pour l’échec d’un modèle de développement dont ils ne sont nullement responsables. Ce ne sont pas leurs parents qui ont fait de la culture cotonnière, par exemple, le mode privilégié d’intégration du Mali er d’autres pays africains dans le marché mondial, avec les conséquences que nous savons. Ce ne sont pas eux non plus qui ont pensé et qui se sont infligés les réformes néolibérales qui ont entraîné le chômage endémique, le bas niveau des revenus et les risques de conflit armé.
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L’un des principaux défis qui devraient interpeller le président Sarkozy, puisqu’il tient tant à dire la vérité aux Français et aux Africains, serait d’accepter le principe d’un débat ouvert et franc quant aux dimensions macroéconomiques et géostratégiques des relations franco-africaines, dont ni lui ni Brice Hortefeux ne disent mot.
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Videos de Aminata Dramane Traoré (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Aminata Dramane Traoré
Aminata Traoré : "L''Afrique a besoin de coopération, pas d'envoi de troupes".
L'ancienne ministre de la culture du Mali présente à la conférence mondiale pour la paix et le progrès organisée par le PCF le 1er juin, a répondu aux questions de l'humanite.fr.
>Sciences sociales>Science politique>Relations internationales (236)
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