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ISBN : 9791032904442
Éditeur : L'Observatoire (06/03/2019)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Les flammes des torchères de l'industrie pétrochimique brûlent dans les ciels immenses aux couleurs de peintres, les ocres de la Sainte-Victoire se distinguent au lointain.
De la fenêtre de son immeuble surplombant l'étang de Berre, Jessica passe ses journées à guetter les poissons, prête à alerter son grand-père Joseph et son vieil acolyte Emile qui tendent leurs filets de pêcheurs d'une rive à l'autre du chenal pour y prendre les bancs de muges.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
motspourmots
  11 mars 2019
Je m'attendais à beaucoup de choses de la part de Sigolène. A être déstabilisée. A devoir faire fonctionner mes méninges. A recevoir la face noire du monde. A vibrer aussi. Ce roman, je l'ai vue en gribouiller des bribes, sur un coin de table, un après-midi de salon du livre de Boulogne-Billancourt, cachée derrière une pile d'exemplaires du précédent, Les Jouisseurs. Elle le pensait âpre, peut-être même violent. Oui, je m'attendais à beaucoup de choses. Mais pas à ça. Pas à cette plénitude, cette chaleur, cette tendresse. Pas à cette sensation d'avoir entre les mains un roman aussi accompli qu'un classique. Un roman dans lequel on se sent bien, happé par le décor, par la bande des personnages qui l'habitent, par la lumière qui caresse les bâtiments, par les embruns qui salent les peaux.
Dans ce roman, l'auteure prend son temps. Celui d'installer ses personnages, de faire visiter les lieux, d'en raconter l'histoire, la complexité. Car il faut bien aller au-delà des raccourcis. L'étang de Berre. Synonyme d'usines, de fumées, de paysages défigurés. Pas question de les occulter, elles sont bien là. Dans la ligne d'horizon de Jessica qui, depuis la fenêtre de son appartement surveille les bancs de poissons tandis que près du chenal, son grand-père, Joseph attend son signal pour tendre les filets au bon moment avec Emile, son acolyte de toujours. Dans la ligne de mire d'Antoine et Dylan, les petits-fils d'Emile, tandis qu'ils trainent de l'étang à la plage. Dans la vie d'Ahmed, petit ami de Jessica et ingénieur à l'usine pétrochimique. Elles sont là, en pleine nature, au plus près des corps et des vies.
L'étang de Berre. C'est donc lui le personnage principal. Lui qui retient comme un aimant ceux qui vivent dans sa proximité. Lui qui abrite les bancs de muges dont on fait la poutargue avec les poches d'oeufs des femelles. Il y a ceux de l'étang, et les autres. Il y a des générations manquantes, des gamins élevés par leurs grands-parents, des trous à combler. Il y a ce curieux mélange des origines du peuplement, le communisme et les mathématiques, moteurs de l'industrialisation. Peu à peu, en cercles concentriques, le petit monde de l'étang de Berre s'anime, sous le regard tendre de l'auteure. Les bans de muges tentent de se frayer un chemin vers la mer, les mouches brouillent la vue, les peaux grattent, les cigales cassent les oreilles, les odeurs heurtent les narines... Il y a de la chaleur et du désoeuvrement. Des questions sans fin. Sur comment c'était avant. Sur comment ç'aurait été si... Sur la filiation, les attaches qui pèsent et leur manque qui détruit. Ou libère. Ils font ce qu'ils peuvent, tous. Ils sont surtout profondément humains.
Dans ce roman, les corps parlent, de façon souvent crûe, dans leur vérité naturelle, livrés aux éléments. Roman naturaliste ? Peut-être. En partie. Les sciences naturelles ne sont jamais loin. Les arts non plus. Mourir dans un musée, écrasé par une statue, ce n'est sûrement pas anodin. Les livres deviennent des messages codés. Les chats s'appellent Aristote. Il y a une histoire, bien sûr. Des drames. Des vies bouleversées. Mais on voudrait surtout ne plus jamais quitter cet endroit.
Un roman charnel, social, naturaliste... Pourquoi tenter de le ranger dans une case ? L'auteure réussit l'exploit de livrer un roman dense, complexe et pourtant limpide, fluide, lumineux. Qui parle au coeur, au corps et à la tête. Qui se vit autant qu'il se lit. Un merveilleux roman dont je suis sortie époustouflée.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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myriampele
  10 mars 2019
D'une région dramatiquement marquée par la pollution de l'eau et de l'air, Sigolène Vinson fait un roman attachant. Dans un décor magnifique et monstrueux, elle place Jessica, jeune femme indécise, et son petit garçon Sébastien, qu'elle regarde à peine. Son père Joseph, privé de parole et Emile, son ami , grand père de deux orphelins: Antoine 12 ans et surdoué, et Dylan, 8 ans petit clown triste. Et puis Ahmed, l'ingénieur dans une usine , et bien d'autres... Une épouvantable tragédie fera tout basculer, et l'équilibre de ces existences en sera à jamais perturbé. Un roman qui fait réfléchir aux conséquences de l'industrialisation sur les sites, et à la fragilité de l'humain face à la maladie, à la mort, à la disparition.
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belaval
  20 mars 2019
J'ai lu tous les livres de Sigolène (sauf les polars écrits à quatre mains) Maritima est de loin mon préféré. Tout y est pourtant sombre: le paysage pollué, les enfants orphelins, les vieux qui se voient vieillir, le poisson qui se fait rare, un jeune gitan, père d'un jeune enfant, mortellement atteint par une grande statue métallique, sa femme: une mère peu aimante, un peu désaxée et
un drame affreux qui va tout chambouler...sombre donc et pourtant pas plombant, agréable à lire malgré quelques mots "techniques" dont je me suis contentée du contexte sans recourir au dictionnaire. Un livre émouvant et surprenant par son regard sociologique sur ce lieu où on aime son usine même si on sait qu'elle sème la mort et la désertification (j'ai connu cela avec les mines de charbon des HdF). Communisme et mathématiques, curieux mais Huguette est adorable. Jessica est au centre mais tous les autres personnages ont une belle densité. Une réussite.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
motspourmotsmotspourmots   11 mars 2019
Elle vivait son corps en marais salant d'où s'évaporait la Méditerranée. Dans ses veines coulait la souffrance des gens d'étang, celle aussi plus lancinante des gens de mer.
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myriampelemyriampele   10 mars 2019
Le silence n'était pas une fatalité, mais une règle. Avant même de devenir muet de vieillesse, Joseph pouvait s'il e voulait se taire par choix.
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