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EAN : 9782207169933
448 pages
Denoël (03/05/2023)
3.91/5   431 notes
Résumé :
~ Une quête intime où la poésie des contes infuse le réel ~

"Quand on est vivant, on occupe les places que les morts ont laissées. C'est la règle."

Agonie est sorcière. Félicité, passeuse de fantômes.
Le silence dure depuis trente ans entre ces deux filles de berger, jusqu'au jour où la mort brutale de leur mère les réunit malgré elles.
Pour recueillir ses derniers mots, elles doivent retrouver son spectre, retracer ensemb... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (125) Voir plus Ajouter une critique
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En ce moment j'ai tendance à ne songer à rédiger un avis que quand il est négatif, ce n'est pas très sympa pour vous d'autant plus que j'ai quand même fait dernièrement des lectures que m'ont plus.

Du thé pour les fantômes de Chris Vuklisevic fait partie de ces dernières et dire que cette lecture m'a plu est un euphémisme car c'est tout simplement l'une de mes meilleures lectures de l'année pour le moment. J'ai été totalement embarqué dans ce roman qui sent bon la Provence.

J'ai choisi cette lecture sur un gros coup de tête aimant bien la couverture et intrigué par son résumé, curieux de découvrir la plume de Chris Vuklisevic, la lauréate du concours de Folio SF pour ses 20 ans avec son roman Derniers jours d'un monde oublié.

Comme j'ai bien fait car je me suis laissé totalement charmer par le récit que déploie ici avec talent Chris Vuklisevic, cette ambiance singulière, les personnages, l'histoire. Un vrai régal.

Commencé juste après ma lecture de Ici et seulement ici de Christelle Dabos et d'Où s'imposent les silences d'Emmanuel Quentin, je voulais quelque chose d'un peu plus conventionnel, moins barré et si d'une certaine manière ce que propose ici Chris Vuklisevic est un peu plus classique, un peu moins étrange, il n'a clairement pas à rougir de ces deux derniers car il propose lui aussi quelque chose d'atypique avec une atmosphère très particulière de la première à la dernière page que j'ai vraiment adorée.

Car d'atmosphère ce roman n'en manque pas, il a même un charme fou porté par une plume que j'ai trouvée très agréable. J'ai aimé que l'on me raconte une histoire au coin du feu dans un salon de thé un peu étrange ou il semble avec plus de fantômes buvant leur thé que d'humain. J'ai aimé cette narration particulière qui nous rencontre l'histoire d'une famille composée de trois femmes aussi étrange les unes que les autres. de ces deux soeurs jumelles aussi différentes par certains aspects que semblables sur d'autres et qui après 30 ans de silence se retrouvent à la suite du décès de leur mère. Une mère pleine de mystère, aux personnalités multiples que l'on découvrira tout au long du roman face à la recherche de son fantôme par les deux soeurs afin d'avoir enfin des réponses à leurs questions.

J'ai aimé aussi le cadre provençal mis en avant que j'ai trouvé très plaisant, l'univers que propose ici Chris Vuklisevic de manière plus général qui fourmille de bonnes idées, l'aspect magique de cette lecture : tout ce qui tourne autour des thés, les fantômes, les papillons. Il y a vraiment beaucoup de belles choses dans ce roman et le tout fonctionne à merveille.

J'ai vraiment passé un excellent moment à la lecture de ce roman, c'est une très belle découverte et je ne peux qu'avec enthousiasme recommander la lecture de ce beau roman de fantasy française. C'est typiquement le genre du roman que je serais capable de relire dans quelques mois ou années car je sais que j'y retrouverais avec plaisir ce qui m'a tant plu lors de cette première lecture.
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Après un premier roman remarqué puisque lauréat du concours organisé par Folio SF pour célébrer ses vingt ans (« Chroniques d'un monde oublié »), Chris Vuklisevic revient cette année avec un nouvel ouvrage relevant cette fois davantage du fantastique que de la fantasy. L'action se déroule à Nice et ses environs et met en scène deux soeurs jumelles ainsi que leur mère, toutes trois vivant sur le mont Bégo, à l'écart du reste du village et de ses habitants. Un isolement prompt à la prolifération de rumeurs toutes plus farfelues les unes que les autres, surtout après la naissance tumultueuse des jumelles : Félicité et Agonie. Si certaines de ces allégations sont clairement fantaisistes, d'autres comportent tout de même un fond de vérité, la petite famille étant loin d'être ordinaire. Les deux filles possèdent par exemple la capacité de voir les fantômes (elles grandissent, littéralement, avec celui de leur père) tandis que la mère semble habitée par une puissance extraordinaire lui permettant de convoquer l'orage. Les pouvoirs d'Agonie sont toutefois sans commune mesure avec ceux des deux autres mais bien plus handicapant : des papillons flétrissant tout sur leur passage lui sortent de la bouche dès qu'elle parle, des fleurs endémiques poussent partout où elle s'installe… Bref, la vie quotidienne avec elle n'est pas de tout repos. Est-ce la raison pour laquelle sa mère la traite si différemment de sa soeur qu'elle choie et avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle tandis qu'elle ne reçoit que brimades ou indifférence ? Les deux soeurs, elles, s'entendent plutôt bien et se protègent l'une l'autre de cette mère tour à tour attentionnée ou maltraitante, jusqu'au jour où leur chemin se sépare brutalement. Une banale histoire familiale, serait-on tenté de penser. Sauf que cette séparation marque également la disparition du village de Roquebillière situé lui aussi sur le mont Bégo, et c'est justement pour expliquer cette surprenante désertion qu'un archiviste va être envoyé pour recueillir le témoignage des deux soeurs. Plusieurs années après les faits, le voilà qui rapporte la curieuse histoire dont il est parvenu à recoller les morceaux à une simple touriste de passage, tous deux confortablement installés dans un salon de thé.

Ce roman de Chris Vuklisevic n'est pas banal et, si la forme comme le fond peuvent s'avérer déconcertants dans un premier temps, on prend finalement beaucoup de plaisir à plonger dans le passé pour le moins surprenant des deux soeurs et de leur mère. le récit est intimiste et accorde une place centrale à la relation conflictuelle entre les deux soeurs qui se retrouvent bien des années après leur séparation afin d'enquêter sur l'histoire de leur mère. Devenue détective spécialisée pour les esprits errants, Félicité craint en enfin que celle-ci ne soit devenue un fantôme lors de sa mort brutale survenue sur le mont Bégo, et elles ne seront pas trop de deux pour enquêter. L'autrice opte pour plusieurs récits imbriqués, avec un conteur principal qui intervient régulièrement mais qui rapporte surtout les témoignages des principaux acteurs des événements survenus à Roquibillière. Aucune information ne nous est donné sur l'auditrice à laquelle il s'adresse, si ce n'est qu'elle n'est pas originaire de la région, si bien qu'on se glisse facilement dans sa peau et que l'on suit avec attention le récit du vieil archiviste. Il faut dire que son enquête n'est pas banale puisqu'elle nous entraîne de bibliothèques en petites boutiques insolites en passant par un cimetière, un désert ou encore une maison abandonnée. Des lieux que l'on retrouve fréquemment dans le genre fantastique pour l'imaginaire effrayant qu'ils convoquent, mais qui est ici contrasté par le décor niçois. A l'évocation du mot « fantôme », on pense en effet davantage à des lieux glauques et sordides qu'à des plaines ensoleillées et à la plage. le contraste est saisissant et rajoute au caractère insolite du roman qui joue également sur tout le folklore imaginé par l'autrice concernant le thé et les esprits. le récit prend alors un tour presque humoristique, certaines trouvailles à propos des troupeaux de théières, des étranges-thés et de tout le cérémonial qui les accompagne, s'avérant assez savoureuses.

Outre l'humour, le roman est également habité par une touche de poésie appréciable, certains concepts à l'image du majordome-cartographe ou du jardinier-photographe ouvrant la porte à un imaginaire qui sort de l'ordinaire et se mêle harmonieusement au réel pour mieux le réenchanter. L'autrice se fend également de quelques expérimentations sur la forme qui s'avèrent réussies et renforcent la poésie de l'ensemble tout en permettant de s'attacher plus étroitement encore aux personnages. Difficile en effet de ne pas se prendre d'affection pour ces deux soeurs si différentes et que tout oppose, mais qui sont parvenues dans l'adversité à tisser un lien que même les années ne parviendront pas à atténuer. Central dans le roman, le personnage de Félicité est sans doute celui que l'on comprend le mieux et, en dépit de ses premiers abords froids et sévères, l'héroïne se révèle finalement pleine de contradictions, de regrets et d'affection. Egonia, elle, provoque dans un premier temps des sentiments ambivalents chez le lecteur, mélange de dégoût devant la sombre magie qui l'habite, et pitié face aux mauvais traitements qu'elle a subi pendant son enfance. Ces deux sentiments se muent progressivement en respect, si bien qu'on en vient au fil de l'ouvrage à considérer avec autant d'affection l'une ou l'autre des jumelles. Leur mère, enfin, est un personnage complexe particulièrement bien construit qu'on déteste mais qu'on ne peut aussi s'empêcher de comprendre et dont on est impatient de découvrir tous les secrets. Ces derniers se révèlent peu à peu au fil de l'enquête des deux soeurs et mettent en lumière une histoire familiale chaotique et captivante.

« Du thé pour les fantômes » est un roman étonnant qui relate la quête de deux soeurs qui se plongent dans le passé de leur famille afin de retrouver le fantôme de leur mère. Peuplée de rencontres avec les esprits, de thés aux propriétés magiques, ou de déserts enchantés, l'histoire convoque un imaginaire qui sort de l'ordinaire, mêlant le caractère glauque et inquiétant des récits fantastiques aux décors ensoleillés de la région de Nice dans un contraste saisissant. le fond comme la forme sont travaillés et accordent une grande importance à la poésie et aux sentiments des personnages que l'on se réjouit de suivre dans leur enquête, d'archives en cimetière, de maison hantée en plage pluvieuse. Une belle découverte, donc, qui confirme le talent de Chris Vuklisevic dont il s'agit ici du deuxième roman.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Avoir de l'imagination est un plus, ce livre en est thé-moin. du thé pour les fantômes est un petit bijou, Chris Vuklisevic mettant beaucoup de chaleur et d'esprit dans cet étonnant roman.

Il était une fois deux petites soeurs jumelles, l'une choyée, l'autre honnie par leur mère autant que par les gens du village. Ce n'est pourtant pas le vrai début de toute cette histoire. Adultes, l'une est devenue une sorcière hideuse, cachée de tous ; l'autre entremetteuse officielle avec les spectres, en utilisant du thé. Une quête va les réunir pour retrouver le fantôme de leur mère, récemment décédée. Pour comprendre aussi. Les révélations sur leur passé et celui de leur mère seront fort surprenantes.

Cette quête va se faire enquête autant que virée à travers les ruelles du vieux Nice, de l'arrière-pays et même de l'Espagne. Et surtout s'apparenter à un voyage intérieur.

L'étrange-thé du roman, expression joliment utilisée par l'autrice, est assez vite envoûtante si on sait se laisser porter par l'écriture atypique, se laisser emporter par les émotions qui transpirent de cette merveilleuse imagination. A partir du moment où on arrive à se coller au rythme de la narration, tout coule de source.

Le récit regorge d'idées folles, mais tellement belles, comme ces troupeaux de théières sauvages qui n'en font qu'à leur tête. Mais toujours au service de l'histoire qui se révèle bien plus sombre qu'il n'y paraît, un récit enchanté pour raconter les parts d'ombre de deux soeurs s'étant perdues.

Elles vont se retrouver à travers la recherche de leurs racines qui déploient très loin leur généalogie.

Voilà un très beau spécimen de fantasy pour tous, à conseiller aux lecteurs curieux. le texte est tellement riche de sens, d'esprit et de corps qu'il a toutes les qualités pour contenter bon nombre d'entre eux.

Il faut dire que le thème des secrets familiaux est universel, tout comme la difficulté de se construire sans amour véritable. le réalisme magique du roman emporte par la grâce d'une écriture vraiment étonnante. L'écrivaine a autant soigné la forme que son histoire. Avec talent et inventivité !

C'est un récit à la fois touchant et dur, tout en atmosphère(s) et en nuances, où les esprits frappeurs touchent le coeur. Avec beaucoup de traits d'esprit qui créent un décalage pour mieux aborder les sujets graves.


Du thé pour les fantômes est autant un conte fantastique que philosophique, autour d'une histoire de famille égarée.

Le récit de Chris Vuklisevic, loin d'être empo-thé, démontre un talent fou et une vraie personnalité qui illumine chaque chapitre. Pour un roman qui est une magnifique preuve que l'imaginaire peut parler à tous.
Lien : https://gruznamur.com/2023/1..
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est en 2021 que Chris Vuklisevic arrive dans toutes les bonnes librairies de France avec Derniers jours d'un monde oublié, son premier roman de fantasy. Remarquée par le public comme par la critique, l'autrice n'en reste pas là puisqu'elle revient deux ans plus tard avec un second ouvrage énigmatique et envoûtant : du thé pour les fantômes.
Que nous réserve-t-elle pour sa première incursion dans le monde du fantastique et des esprits ?

Fantômes et papillons
C'est un roman en poupées russes qui s'offre à nous, comme un coffre aux merveilles qui empile les trouvailles les unes sur les autres.
Dans les environs de Nice, au creux d'un endroit qu'on appelle la Vallée des Merveilles, se trouve de petits villages perdus dans le nul part.
L'un deux, Bégoumas, a vu tous ses habitants déserter dans la nuit du 15 au 16 août 1956, devenant de fait un endroit mort où une seule personne s'est accrochée, une certaine Carmine.
Mandaté par le directeur des archives départementales des Alpes-Maritime, un homme se met en quête de la vérité et tombe à la place sur une drôle de vieille femme nommée Félicité.
Félicité, fille de Carmine, réside à Nice et gagne sa vie en tant que « Passeuse ». Elle aide les gens à rencontrer leurs parents défunts et à les questionner, à répondre aux interrogations laissées en suspens, le tout armée d'une théière et de quelques thés-étranges.
Félicité vivait jadis à Begoumas avec sa mère… et sa soeur jumelle, Egonia (ou Agonie, c'est selon). Deux soeurs très particulières qui ont chacune hérité de pouvoirs à la fois fascinants et maudits.
Félicité, joie de vivre de sa mère, peut voir les défunts et communiquer avec l'au-delà.
Agonie, indésirée et réprouvée, crache des papillons vénéneux à chaque mot une fois sa muselière enlevée.
Une passeuse et une Sorcière, et le drame familier de deux soeurs qui se quittent et s'oublient.
Voilà qu'un jour, Carmine passe de vie à trépas et Félicité, dernier témoin de cette mère devenue fragmentée, se met en tête de reconstituer le puzzle de son existence.
Dans une tasse de thé, sa soeur Agonie lui répond car elle aussi veut savoir.
S'ensuit une aventure poétique et grandiose dans Nice et ses environs, jusqu'au désert d'Almeria et sur les rives d'une guerre oubliée.
Chris Vuklisevic invente un monde fantastique, celui des théiologues qui parlent aux fantômes, celui des sorcières qui font pousser des fleurs de mort et celui des noms qui capturent tout de vous à moins que ce ne soit l'inverse.

Poésie hantée
Quelle langue prodigieuse pour vous servir cette histoire brumeuse et lumineuse, qui retrouve les couleurs du monde à travers les souffrances des femmes qui peuplent cette quête des origines.
Quelle langue, quelle plume que celle de Chris Vuklisevic, délice de tous les instants, poésie raffinée qui ose la prose et les confrontations, qui ose et ose encore parce qu'elle aime les images qui imprègnent la rétine.
Mais que serait des mots et un style aussi raffiné sans l'aventure qui va avec, celle qui résonne en nous et nous fait vibrer, risquant de briser le carcan de nos perceptions d'êtres humains limités ?
Le fantastique, pour Chris Vuklisevic, c'est l'occasion d'exposer les entrailles de ses personnages au monde alentour, de les retourner et nous retourner dans un même mouvement pour nous montrer le sublime, le morbide et l'indicible. Car oui, du thé pour les fantômes est un roman de drames intimes et de quêtes impossibles.
Nous y suivons deux soeurs que tout semble opposer, aux prénoms particulièrement éloquents et qui, dès l'instant des premières souffrances, deviennent impossible à oublier. On trouve cette force et cette profondeur qui font souvent défaut ailleurs, on trouve la beauté dans ce qui ne devrait être que du noir, comme l'enfance d'Agonie ou celle de sa mère, Carmine.
On trouve l'envie de saisir la personnalité de ces femmes non pas d'un tenant mais par une approche fractale, comprenant la multiplicité de l'esprit, les nombreuses vies qui nous habitent.
Chez Chris Vuklisevic, la simplicité n'est pas une option, elle n'existe simplement pas et la complexité du monde, des histoires et des êtres de chair ou d'ectoplasme, est une réalité palpable qu'on ne remet jamais en doute. Il faudra s'accrocher pour découvrir les facettes multiples de ces deux soeurs, tristes et belles à la fois, fortes et brisées en secret.
Vient alors l'évidence : ce ne sont pas elles qui occupent véritablement le centre de cette histoire mais bien la mère défunte, celle que l'on déteste autant que l'on aime, qui nous a construit autant que détruit, Carmine aux noms multiples.

Le nom de toutes choses
Du thé pour les fantômes montre Carmine, Carmen, Caridad, Carine.
Explorant leurs histoires, leurs drames et leurs joies, leurs fiançailles et leurs guerres. Trouvant des noms différents, des « outrenoms » mêmes tissés de magie et de malédictions, que l'on s'impose ou que l'on impose.
Agonie, Egonia. Félicité. Clé.
Et dans tout cela un cri. Celui de femmes qui veulent exister sans devoir rendre de compte, supportant le poids des années et des terreurs qui les hantent. On trouve dans le roman de Chris Vuklisevic une fascination pour la recherche et l'histoire, pour l'envie de retrouver les origines et comprendre d'où l'on vient pour apaiser qui l'on est devenu.
Tout le roman se construit sur cette envie de découvrir le passé, de le faire sien pour répondre au présent et se construire un futur enfin véritable.
Ainsi, un homme tente de résoudre le mystère d'un village disparu, deux soeurs veulent comprendre leur mère défunte et le lecteur, lui, se plonge dans l'existence de ces deux soeurs chassées de chez eux.
Tissant des liens complexes entre soeurs, du thé pour les fantômes explique patiemment, comprenant que nous ne sommes rien tant que nous ne savons pas d'où nous venons et pourquoi.
Dans ce tourbillon d'émotions, de passions, de larmes, voici pourtant que s'installe une mythologie à base de thés qui permettent des choses extraordinaires, de théières sauvages et de troupeaux que l'on dompte, comme une touche d'apaisement et de calme dans l'orage.
Mais oui, Chris Vuklisevic le sait, toute cette magie reste précaire, elle demande du temps, de l'attention, et parfois réparation tel le Kintsugi, cet art japonais pour recoller les morceaux mais sans cacher les fissures.
Du thé pour les fantômes, c'est tout à fait cela, l'art de rassembler les choses brisées pour faire de ces fractures les futures lignes de force de ceux qui ont eu l'audace de savoir.
À la façon des Voleurs d'innocence, la française s'invite dans le monde des morts pour mieux saisir les vivantes, roman de femmes sorcières et de fantômes tenaces, magnifiant la sororité et la beauté d'un apaisement enfin retrouvé avec soi-même.

Dès son second roman, Chris Vuklisevic signe un chef d'oeuvre.
Quand les fantômes prennent le thé, les langues se délient et les émotions fleurissent, libérant les papillons du passé pour peupler le présent des tourments et des espoirs de toutes celles qui vivent encore. Magnifique, sublime, formidable.
Lien : https://justaword.fr/du-th%C..
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Comme je voulais l'aimer ce livre.
De sa couverture, sobre et ouvragée
Son titre plein de promesses
(Comme j'ai sauté de joie en l'attrapant)
Des souvenirs des Derniers jours d'un monde oublié que j'avais tellement aimé.
De la plume magnifique de l'autrice que je voulais tant retrouver
De toutes les autres enthousiastes critiques que je voulais égaler.

Alors j'ai mis toute ma volonté
Trop peut-être
A faire infuser des thés par cette fin d'août si fraîche quand auparavant elle ne respirait plus.
J'ai rangé ma maison
Fait un bouquet de feuilles tombées
Mis une jolie robe confortable
Et repris à chaque fois ma lecture là où je l'avais laissée

Rien à faire
J'ai essayé pourtant de passer outre un début de roman un peu lent pour pénétrer le coeur du récit
Pesté contre cette forme de narration qui m'a éloignée, rejetée comme le ferait un esprit frappeur.

Sacrément en colère l'esprit du bouquin.

Mais à chaque fois la forme d'écriture m'a desenvouté et j'ai peiné trop fort à essayer de démêler le destin de Carmine et de ses filles Félicité et Agonie. Alors tant pis. Je réessaierai le prochain roman que l'autrice imaginera. Celui-là, hélas, n'était pas pour moi.
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critiques presse (1)
Elbakin.net
25 avril 2023
Du thé pour les fantômes est aussi une histoire pleine de failles et de creux, les failles des âmes, des non-dits, des regrets ou des secrets. Ces failles donnent l’occasion au récit de démontrer que si certaines demeurent impossibles à réparer, on peut aussi en tirer quelque chose de nouveau, et de beau. Même si la chose exige bien entendu des efforts.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
La mémoire, c'est une théière brisée. Pour la retrouver entière et s'y abreuver, il faut de la patience, des morceaux à rassembler, de l'or pour souligner les failles et, pour réunir les pièces, du temps. Du temps et une laque, toxique tant qu'elle n'est pas sèche. Alors il ne faut pas trop se presser. Il ne faut pas vouloir trop vite retrouver la mémoire, sinon la théière casse ou elle vous empoisonne.
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Si vous deviez vous représenter un Niçois, là, comme ça, qu’est-ce qui vous viendrait à l’esprit ? Mais si, allez-y, n’ayez pas peur. Je ne vais pas me vexer. Après tout, il suffit de me regarder pour se faire une première idée - enfin, si on oublie le thé et les nappes à dentelles.
Bon, vous êtes un peu timide, ou trop poli, ou faux-cul, alors je vais vous aider. Un authentique Nissart a la moustache épaisse, le ventre rond, un verre de Ricard dans une main, une boule de pétanque dans l’autre, et à la bouche des : « Tronche molle, tu le vois pas le cochonnet, il a le diamètre d’un citron de Menton, il te faut quoi, qu’on te l’annonce avec le canon de midi ? »
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Écoute-moi bien, Clé. Je te laisserai y aller, mais écoute-moi. Tu dois faire preuve de la plus grande prudence. Ne t'amuse pas à adopter la plus jolie théière de la brocante. Sinon, tu sais ce qu'il va t'arriver ? Tu vas rapporter une bestiole ingérable, qui va te refroidir le thé juste pour t'emmerder et te le versera à côté une fois sur deux. Et si tu n'y prends pas garde, bientôt, tu te retrouveras avec un troupeau de théières sauvages.
Parce que ta première théière, c'est la plus importante. La théière-mère. C'est elle qui guidera ensuite tout le troupeau et le soumettra à ta volonté. Comme le chien avec les moutons, tu vois ?
Donc il faut en sélectionner une parmi celles qui se laissent approcher. Pour les reconnaître, c'est très simple. Tu leur attrapes l'anse fermement, et tu les penches vers l'avant comme pour servir le thé. Si elles te résistent, tu les reposes et tu n'y penses plus. Même si elles essayent de t'attendrir avec leurs motifs colorés et leurs formes rondelettes, d'accord ? Ne te laisse pas berner. De belles théières, il y en a plein le vaste monde. Des théières gentilles, coopératives, c'est beaucoup plus rare.
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Le Pu Erh que sert Marine n’active aucun effet étrange. Il produit seulement le même miracle que tous les thés servis et bus depuis le premier thé de l’empereur Shennong : à mesure que Félicité écoute la bouilloire grésiller, qu’elle observe Marine rincer les feuilles et l’eau fumante dégouliner entre les gravures de la table, qu’elle respire les vapeurs émanées de sa tasse et sent la céramique lui réchauffer les mains, le cyclone des derniers jours s’apaise, retombe et s’éloigne, hors du cercle de la cabane.
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Tout s’étale là, sous les lampes vertes de la salle de lecture. Une feuille pour chaque joie et douze pour chaque malheur. Les certificats de naissance et de décès, les contrats de mariage, les adresses successives. Voilà ce qui reste de soi, après. La paperasse, on a beau l’éviter toute sa vie, c’est au bout du compte notre seul vestige sur la Terre.
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Vidéo de Chris Vuklisevic
Une longue discussion autour Du thé pour les fantômes, de Chris Vuklisevic, par la Garde de Nuit
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