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Sôshitsu Sen (Préfacier, etc.)Corinne Atlan (Traducteur)Zéno Bianu (Traducteur)
EAN : 9782877308519
170 pages
Editions Philippe Picquier (29/11/2006)
4.01/5   265 notes
Résumé :
Depuis un siècle, Le Livre du thé qui offre une introduction des plus subtiles à la vie et à la pensée asiatiques s'adresse à toutes les générations. Et ce grand classique, qui a permis naguère de jeter un pont entre l'Orient et l'Occident, n'a rien perdu de sa force et peut encore éclairer notre modernité.
Le trait de génie d' Okakura fut de choisir le thé comme symbole de la vie et de la culture en Asie : le thé comme art de vivre, art de penser, art d'êtr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
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Au fil du thé…

l'écrivain japonais Okakura Kakuzo offre, autour de réflexions sur cette boisson séculaire, une promenade délicieusement esthétique, spirituelle et humoristique.

Le thé, nous apprend le maître, “n'a pas l'arrogance du vin, l'individualisme conscient du café, l'innocence souriante du cacao” ; il est aussi la preuve par l'exemple d'un certain nombre de traditions et d'empreintes esthétiques et philosophiques propres à l'Orient, par contraste avec l'Occident, vous l'avez compris le livre déborde régulièrement du seul domaine des infusions.

Comment ne pas penser à une autre tentative littéraire pour figer les arts et coutumes nippones, par opposition avec l'hégémonisme rampant de l'Occident, celle bien sûr de Tanizaki et son Eloge de l'Ombre. Les deux écrivains se rejoignent par exemple sur la valeur de l'usure des ustensiles, inutile de faire peau neuve bien au contraire ; Kakuzo signalant “la patine des temps est sur tous les objets, car rien de ce qui pourrait faire songer à une acquisition récente n'est admis ici” quand Tanizaki déclare « nous préférons le brillant ombré, reposé, au clinquant superficiel ».

“En percevant l'utilité subtile de l'inutile, il est entré dans le royaume de l'art”. L'agencement austère et asymétrique de la Chambre de thé (Sukiya), loin d'être une maladresse décorative propose à chaque invité de “compléter par l'imagination, selon ses goûts personnels, l'effet de l'ensemble”, car “l'art n'a de valeur que dans la mesure où il parle à notre coeur”, à l'exception de l'art contemporain peut-être qui agace déjà notre auteur, au début du XXème siècle.

Ce n'est pas le seul constat que nous partageons encore avec l'auteur japonais, il souligne une tendance qui ne nous étonnera que par sa pérennité dans L Histoire : “notre dieu est grand et l'argent est son prophète. Pour ses sacrifices, nous dévastons la nature entière”… avis à tous ceux qui réinventent le fil à couper le beurre… de même que les décadentistes nostalgiques d'une époque qui n'a jamais existé, plus réactionnaires que le système nerveux. Tanizaki raillait : "quel que soit le pays les vieux disent tous la même chose, me disais-je, il semble bien que l'homme, au fur et à mesure qu'il avance en âge, soit toujours prêt à trouver que c'était mieux avant", Kakuzo a aussi un mot pour eux : “les poètes de la décadence - quand donc le monde n'a-t-il pas été en décadence ?”

Dans un chapitre consacré aux spiritualités orientales comme le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme ou encore le zen, Kakuzo entend nous faire entrevoir une façon de “régler convenablement notre propre existence sur cette mer tumultueuse de troubles insensés que nous appelons la vie”. En des termes simples, l'auteur parvient à nous faire sentir le vertige d'une croyance qui ne nous est pas révélée mais qui est un effort, une tension qui part de l'être et où le vide abyssal en soi-même est la clé d'une ouverture à autrui, d'un réveil des illusions, d'une concentration et médiation profonde dans le but de réconcilier les polarités qui sont toujours relatives, "le vide est tout-puissant parce qu'il peut tout contenir” conclu l'auteur.

Mais tous ces développements sont liés pour l'écrivain à la cérémonie du thé, qu'il appréhende comme une philosophie, une esthétique, une hygiène, une économie “car elle démontre que le bien-être réside beaucoup plus dans la simplicité que dans la complexité et la dépense ; c'est une géométrie morale, car elle définit le sens de notre proportion par rapport à l'univers."

Avant de vous quitter, car l'eau commence à bouillir et le parfum des herbes infuse déjà la pièce, je ne peux que vous inviter à prendre une grande inspiration chargée d'embruns car comme l'écrit Kakuzo “il y a cependant une joie et une beauté dans le roulement des vagues qui balaient l'éternité.”

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Le livre du thé est un tout petit livre, si petit qu'il peut se glisser dans une poche, dans un sac ou servir de cadeau lorsque l on va chez des amis.

Le livre du thé est si subtil, si beau, si dense, si poétique que toute l'humanité, si elle était plus sage, plus raisonnable, plus attentive, plus scrupuleuse pourrait s'y reconnaître, s'y plonger, s'en rassasier.

Il s'agit d'un texte sur la cérémonie du thé au sens propre et au sens figuré. "Le théisme est un culte basé sur l'adoration du beau parmi les vulgarités de l'existence quotidienne. Il inspire à ses fidèles la pureté et l'harmonie, le mystère de la charité mutuelle, le sens du romantisme et de l'ordre social."

La philosophie du thé est aussi une hygiène, car elle oblige à la propreté.
Le partage d'une tasse de thé implique tout un cérémonial pour accueillir l'autre, juste cela.Tout cela. le décor de la pièce n'est pas ostentatoire. L'invité seul est mis en lumière. C'est lui le centre. Il est essentiel. Il est tout.

Le partage d'une tasse de thé peut susciter un moment de pur bonheur. Mais attention, l'auteur nous met en garde! "Ceux qui sont incapables de sentir en eux-mêmes la petitesse des grandes choses sont mal préparés à discerner la grandeur des petites choses chez les autres."
A travers cette tasse de thé préparée avec le plus grand soin, avec un souci de l'autre très appuyé, avec un respect immense c est l'amitié que l'on chérit: "C'est l'art de cacher la beauté que l'on est capable de découvrir et de suggérer, celle que l'on n'ose pas révéler.........c'est le sourire de la philosophie."

Le poète Lichihlai a remarqué que les trois choses les plus déplorables du monde sont " de voir une belle jeunesse gâtée par une fausse éducation, de voir de beaux tableaux dégradés par l'admiration du vulgaire et de voir gaspiller tant de bon thé par suite d'une manipulation imparfaite"; le symbole est fort. Extrêmement fort. Ce petit livre nous le rappelle à chaque page.
L'amitié, l'amour, la générosité, le don de soi, le don aux autres, la capacité d'adaptation, le pouvoir d'un sourire, d'un regard, tout est contenu dans le liquide ambré. le thé "qui inondait son âme comme un appel direct, et dont la délicate amertume lui laissait l'arrière goût d'un bon conseil". Il a des pouvoirs magiques. Chaque gorgée doit absolument être dégustée avec attention, l'attention que l'on doit à celui que l'on invite, avec concentration, la concentration avec laquelle on écoutera l'autre.

Celui qui offre une tasse de thé ressemble à "celui qui pourrait faire de lui-même un vide où les autres pourraient librement pénétrer et deviendrait maître de toutes les situations".
La cérémonie du thé ressemble à un court moment d'éternité " et réside uniquement dans l'esprit qui, en s'incarnant dans ces simples choses, les embellit de la subtile lumière de son raffinement."
L'autre nom que l'on donne à la chambre de thé est la maison du vide.

J'ai acquis ce livre du thé en 1980. 124 pages lourdes de significations, belles à s'émouvoir. Je n'ai jamais oublié ma première lecture, curieuse, enthousiaste. J'ai dit : Merci. Les métaphores sont raffinées et explicites. Les images sont limpides.
Depuis je l'ai relu, comme j'ai relu "le petit prince". Chacun de ces moments à donné lieu à une nouvelle réflexion, à une nouvelle découverte.
Ne peut-on garder une petite place sur son chevet pour le Livre du thé?

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Indépendamment du bouddhisme le japon a reçu de Chine un procédé particulier de conservation du thé vert , c'est le thé en poudre que l'on restaure en l'hydratant à deux reprises en deux étapes progressives.
Cette méthode de » renaissance » du thé en poudre à transité par les monastères bouddhiques au japon et elle s'est rependue comme un rituel laïque dans toute la société japonaise en tant qu'art de dégustation ritualisé.
C'est un texte japonais qui est écrit initialement par l'auteur pour les étranger en anglais. Il expose les principes de base de la voie du thé qui est un véhicule efficient pour la recherche de l'harmonie ,du respect , de la pureté, et de la tranquillité.
Ces principes sont utiles pour accéder à un mode de vie Zen et sont aussi à la base de la méditation Zen.
Cet ouvrage livre une sorte de méthodologie stylisée d'accès au Zen en explicitant de nombreux aspects esthétiques cérémoniels ou encore du ressort des rencontres avec la nature ou bien qui découlent des objets simples utiles à la sociabilité et enfin de la vie en société elle-même. La voie du thé place le lecteur en liaison avec leurs significations profondes.et immanentes plus ou moins voilées.
Le livre explicite volontairement de nombreux aspects de la civilisation japonaise et l'auteur parvient à se placer avec un recul certain face à sa société d'origine.
Le processus d'acquisition du bouddhisme Zen par la société japonaise est intéressant car il montre indirectement au lecteur ,comment le numineux façonne finalement une société en profondeur en donnant vie a toute une éthique de réalisation personnelle et collective qui s'animent dans des appropriations personnelles ritualisées et partagées.
C'est un texte très agréable à lire qui n'a absolument rien d'abscons et qui est plein de belles phrases percutantes d'une solidité conceptuelle à toute épreuve.
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Quoi de mieux par cette brume froide et matinale que de déguster un bon thé en écrivant mes impressions sur ce bel ouvrage.

Ce livre m'avait été conseillé par un de mes profs alors que je m'étais inscrite à un optionnel sur le Japon. Il en avait parlé avec beaucoup d'enthousiasme. Quelques années plus tard (c'est à dire maintenant) je m'y suis plongée et il vaut mieux tard que jamais dit-on.

C'est un ouvrage d'une incroyable finesse. Okakura raconte avec poésie tout le déroulement du cha-no-yu, la cérémonie du thé. On se rend compte au fil des pages que c'est un art très subtile. Tout est dans la délicatesse, la précision et le respect. Que ce soit dans le choix des fleurs qui composeront le fameux breuvage, mais aussi de la fascinante ambiance de la chambre de thé qui est un lieu particulier pour accueillir et déguster.
L'auteur nous parle également de la philosophie taoïste et zen qui inspire l'artiste, le maître de thé.

Cet ouvrage nous fait voyager aux origines de cette belle décoction avec raffinement et élégance.
La préface et la postface de Sen Soshitsu XV nous en apprend beaucoup sur l'histoire à travers quelques anecdotes.
Un livre très utile pour passer un très beau moment poétique et pour avoir un autre regard sur cet art que l'on connaît peu.
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Ce petit livre (1906) n'est pas un livre sur le breuvage mais un livre sur le partage. Près de cent vingt ans après sa parution, il est toujours aussi délicieux.

Je voudrais surtout m'attarder sur le contexte  du livre.

Kakuzo Okakura n'est pas un Maître du thé. Il n'est pas non plus un fervent pratiquant du cha-no-yu, la voie du thé . C'est un intellectuel de l'ère Meiji (1868-1912) cette période de transition qui voit le Japon s'ouvrir au monde, commercer et rattraper son retard militaire sur l'Occident pour le meilleur et pour le pire.
le jeune Kakuzô a a appris l'anglais à Yokohama où son père était un riche commerçant. Il s'est imprégné de la culture occidentale auprès de professeurs étrangers de l'Université de Tokyo, tout en pratiquant les arts traditionnels japonais à Nihonbashi : poésie chinoise, peinture nanga, koto et cérémonie du thé. Il a absorbé simultanément la modernité occidentale et la culture traditionnelle extrême-orientale. Il est devenu un historien d'art réputé des deux côtés du Pacifique.
En 1904, année du début de la guerre entre le Japon et la Russie, il part aux États-Unis, où il est le premier Japonais à accéder au poste de conservateur du département d'art chinois et japonais du musée des Beaux-Arts de Boston. En 1905 le Japon a vaincu la Russie et fait de la Corée un protectorat. L'Occident regarde ce pays autrement : avec respect mais aussi avec inquiétude.
Okakura s'insurge :

« Combien de commentaires n'a-t-on pas consacrés au code des samouraïs, à cet art de la Mort pour lequel nos guerriers se sacrifient avec tant d'exaltation ! Alors que la voie du thé, laquelle incarne au mieux notre art de la Vie, n'a guère suscité d'intérêt. » (« Bushido » de Nitobe circulait assez largement en anglais).

Ce petit livre est donc destiné à promouvoir un Japon méconnu voire méprisé par les Occidentaux et déjà en péril dans son propre pays. Okakura s'adresse à son lectorat américain dans un anglais qu'il maîtrise à la perfection. Il se sert également du thé que les Bostoniens connaissent particulièrement bien pour parler d'un Japon spirituel, harmonieux, pacifique contenu dans cette humble cérémonie. Il fait preuve de pédagogie, utilise les légendes et la poésie pour initier son lecteur aux pensées zen et taoïste. Il charme, utilise l'humour et l'ironie. Il n'hésite pas à secouer son lecteur et à remettre en cause ses perceptions (voir citation sur la décoration). Son discours est clair, direct mais aussi plein de subtilités, de fierté nationale et de mélancolie (voir citation sur le Chinois). C'est pourquoi ce livre a conservé tout son arôme et toute sa force plus d'un siècle après sa publication.

Le Livre du thé est à savourer sans modération.
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Citations et extraits (179) Voir plus Ajouter une citation
On voit ainsi que le système de décoration propre à nos chambres de thé s'oppose nettement à ce qui se pratique en Occident, où l'intérieur des maisons est par trop souvent transformé en musée. Pour un Japonais, accoutumé à la simplicité ornementale et aux changements de décor fréquents, un intérieur occidental--où s'entasse en permanence un bric-à-brac de tableaux, de statues et d'objets de toutes les époques--donne l'impression d'un vulgaire étalage de richesses. En vérité, jouir en permanence de la vue d'un seul tableau, fût-ce un chef d’œuvre, nécessite déjà une extraordinaire faculté d'appréciation. sans doute faut-il être doué d'une perception illimitée pour pouvoir vivre jour après jour au milieu de la confusion de couleurs et de formes qui règne dans bien des demeures d'Europe et d'Amérique.
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Le Chinois d'aujourd'hui considère certes le thé comme une boisson délicieuse, mais non plus comme un idéal. Accablé par les longs malheurs de son pays, il n'a plus le désir de trouver sens à la vie. Il est devenu moderne, autant dire vieux et désenchanté. Il a perdu cette foi sublime en l'illusion, source de vigueur et d'éternelle jeunesse pour les poètes et les sages. Éclectique, il accepte avec politesse les traditions universelles. Il joue avec la Nature, mais ne condescend ni à la conquérir ni à l'adorer. Certes, sa feuille de thé conserve parfois un merveilleux arôme floral, mais le cérémonial poétique de Tang et de Song a déserté sa tasse.
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_Le cha-no-yu__, "terme qui désigne d’ordinaire la « cérémonie du thé » reste entouré d’une aura de mystère aux yeux du plus grand nombre. Pourtant, le principe en est simple : un petit nombre d’amis se réunissent et passent quelques heures à partager un repas et boire du thé, goûtant ainsi un bref répit au milieu d’une vie quotidienne trépidante. Les invités, après avoir traversé un petit jardin, pénètrent dans l’espace paisible et intime de la chambre de thé abritée de toute lumière vive. Dans l’alcôve d’honneur, un rouleau est suspendu, qu’orne le plus souvent une parole zen calligraphiée. Quelques fleurs sont sobrement disposées dans un vase".
(Préface de Sen Soshitsu XV, 1989).
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En une époque démocratique comme la nôtre, les hommes réclament à cor et à cri – et sans même tenir compte de leurs propres sentiments – ce que la majorité considère comme le meilleur. Ils délaissent le raffiné pour le coûteux, et la beauté pour la mode. La contemplation de magazines illustrés, digne produit de leur industrialisme, fournit aux masses une nourriture artistique autrement plus digeste que les Primitifs italiens ou les maîtres de l'époque Ashikaga, qu'elles prétendent pourtant admirer. Le nom de l'artiste est plus important à leurs yeux que la qualité de l’œuvre. Comme s'en plaignait déjà un critique chinois il y a quelques siècles : « Les gens critiquent la peinture avec leurs oreilles ».
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On voit ainsi que le système de décoration propre à nos chambres de thé s'oppose nettement à ce qui se pratique en Occident, où l'intérieur des maisons est par trop souvent transformé en musée. Pour un Japonais, accoutumé à la simplicité ornementale et aux changements de décor fréquents, un intérieur occidental – où s'entasse en permanence un bric-à-brac de tableaux, de statues et d'objets de toutes les époques – donne l'impression d'un vulgaire étalage de richesses.
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