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Sôshitsu Sen (Préfacier, etc.)Corinne Atlan (Traducteur)Zéno Bianu (Traducteur)
EAN : 9782877308519
170 pages
Editions Philippe Picquier (29/11/2006)
4.03/5   217 notes
Résumé :
Depuis un siècle, Le Livre du thé qui offre une introduction des plus subtiles à la vie et à la pensée asiatiques s'adresse à toutes les générations. Et ce grand classique, qui a permis naguère de jeter un pont entre l'Orient et l'Occident, n'a rien perdu de sa force et peut encore éclairer notre modernité.
Le trait de génie d' Okakura fut de choisir le thé comme symbole de la vie et de la culture en Asie : le thé comme art de vivre, art de penser, art d'êtr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
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Fabinou7
  02 septembre 2021
Au fil du thé…
l'écrivain japonais Okakura Kakuzo offre, autour de réflexions sur cette boisson séculaire, une promenade délicieusement esthétique, spirituelle et humoristique.
Le thé, nous apprend le maître, “n'a pas l'arrogance du vin, l'individualisme conscient du café, l'innocence souriante du cacao” ; il est aussi la preuve par l'exemple d'un certain nombre de traditions et d'empreintes esthétiques et philosophiques propres à l'Orient, par contraste avec l'Occident, vous l'avez compris le livre déborde régulièrement du seul domaine des infusions.
Comment ne pas penser à une autre tentative littéraire pour figer les arts et coutumes nippones, par opposition avec l'hégémonisme rampant de l'Occident, celle bien sûr de Tanizaki et son Eloge de l'Ombre. Les deux écrivains se rejoignent par exemple sur la valeur de l'usure des ustensiles, inutile de faire peau neuve bien au contraire ; Kakuzo signalant “la patine des temps est sur tous les objets, car rien de ce qui pourrait faire songer à une acquisition récente n'est admis ici” quand Tanizaki déclare « nous préférons le brillant ombré, reposé, au clinquant superficiel ».
“En percevant l'utilité subtile de l'inutile, il est entré dans le royaume de l'art”. L'agencement austère et asymétrique de la Chambre de thé (Sukiya), loin d'être une maladresse décorative propose à chaque invité de “compléter par l'imagination, selon ses goûts personnels, l'effet de l'ensemble”, car “l'art n'a de valeur que dans la mesure où il parle à notre coeur”, à l'exception de l'art contemporain peut-être qui agace déjà notre auteur, au début du XXème siècle.
Ce n'est pas le seul constat que nous partageons encore avec l'auteur japonais, il souligne une tendance qui ne nous étonnera que par sa pérennité dans L Histoire : “notre dieu est grand et l'argent est son prophète. Pour ses sacrifices, nous dévastons la nature entière”… avis à tous ceux qui réinventent le fil à couper le beurre… de même que les décadentistes nostalgiques d'une époque qui n'a jamais existé, plus réactionnaires que le système nerveux, Kakuzo, rejoignant à nouveau Tanizaki, a aussi un mot pour eux : “les poètes de la décadence - quand donc le monde n'a-t-il pas été en décadence ?”
Dans un chapitre consacré aux spiritualités orientales comme le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme ou encore le zen, Kakuzo entend nous faire entrevoir une façon de “régler convenablement notre propre existence sur cette mer tumultueuse de troubles insensés que nous appelons la vie”. En des termes simples, l'auteur parvient à nous faire sentir le vertige d'une croyance qui ne nous est pas révélée à mais qui est un effort, une tension qui part de l'être et où le vide abyssal en soi-même est la clé d'une ouverture à autrui, d'un réveil des illusions, d'une concentration et médiation profonde dans le but de réconcilier les polarités qui sont toujours relatives, "le vide est tout-puissant parce qu'il peut tout contenir” conclu l'auteur.
Mais tous ces développements sont liés pour l'écrivain à la cérémonie du thé, qu'il appréhende comme une philosophie, une esthétique, une hygiène, une économie “car elle démontre que le bien-être réside beaucoup plus dans la simplicité que dans la complexité et la dépense ; c'est une géométrie morale, car elle définit le sens de notre proportion par rapport à l'univers."
Avant de vous quitter, car l'eau commence à bouillir et le parfum des herbes infuse déjà la pièce, je ne peux que vous inviter à prendre une grande inspiration chargée d'embruns car comme l'écrit Kakuzo “il y a cependant une joie et une beauté dans le roulement des vagues qui balaient l'éternité.”

Qu'en pensez-vous ?
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Jolap
  17 avril 2017
Le livre du thé est un tout petit livre, si petit qu'il peut se glisser dans une poche, dans un sac ou servir de cadeau lorsque l on va chez des amis.
Le livre du thé est si subtil, si beau, si dense, si poétique que toute l'humanité, si elle était plus sage, plus raisonnable, plus attentive, plus scrupuleuse pourrait s'y reconnaître, s'y plonger, s'en rassasier.
Il s'agit d'un texte sur la cérémonie du thé au sens propre et au sens figuré. "Le théisme est un culte basé sur l'adoration du beau parmi les vulgarités de l'existence quotidienne. Il inspire à ses fidèles la pureté et l'harmonie, le mystère de la charité mutuelle, le sens du romantisme et de l'ordre social."
La philosophie du thé est aussi une hygiène, car elle oblige à la propreté.
Le partage d'une tasse de thé implique tout un cérémonial pour accueillir l'autre, juste cela.Tout cela. le décor de la pièce n'est pas ostentatoire. L'invité seul est mis en lumière. C'est lui le centre. Il est essentiel. Il est tout.
Le partage d'une tasse de thé peut susciter un moment de pur bonheur. Mais attention, l'auteur nous met en garde! "Ceux qui sont incapables de sentir en eux-mêmes la petitesse des grandes choses sont mal préparés à discerner la grandeur des petites choses chez les autres."
A travers cette tasse de thé préparée avec le plus grand soin, avec un souci de l'autre très appuyé, avec un respect immense c est l'amitié que l'on chérit: "C'est l'art de cacher la beauté que l'on est capable de découvrir et de suggérer, celle que l'on n'ose pas révéler.........c'est le sourire de la philosophie."
Le poète Lichihlai a remarqué que les trois choses les plus déplorables du monde sont " de voir une belle jeunesse gâtée par une fausse éducation, de voir de beaux tableaux dégradés par l'admiration du vulgaire et de voir gaspiller tant de bon thé par suite d'une manipulation imparfaite"; le symbole est fort. Extrêmement fort. Ce petit livre nous le rappelle à chaque page.
L'amitié, l'amour, la générosité, le don de soi, le don aux autres, la capacité d'adaptation, le pouvoir d'un sourire, d'un regard, tout est contenu dans le liquide ambré. le thé "qui inondait son âme comme un appel direct, et dont la délicate amertume lui laissait l'arrière goût d'un bon conseil". Il a des pouvoirs magiques. Chaque gorgée doit absolument être dégustée avec attention, l'attention que l'on doit à celui que l'on invite, avec concentration, la concentration avec laquelle on écoutera l'autre.
Celui qui offre une tasse de thé ressemble à "celui qui pourrait faire de lui-même un vide où les autres pourraient librement pénétrer et deviendrait maître de toutes les situations".
La cérémonie du thé ressemble à un court moment d'éternité " et réside uniquement dans l'esprit qui, en s'incarnant dans ces simples choses, les embellit de la subtile lumière de son raffinement."
L'autre nom que l'on donne à la chambre de thé est la maison du vide.
J'ai acquis ce livre du thé en 1980. 124 pages lourdes de significations, belles à s'émouvoir. Je n'ai jamais oublié ma première lecture, curieuse, enthousiaste. J'ai dit : Merci. Les métaphores sont raffinées et explicites. Les images sont limpides.
Depuis je l'ai relu, comme j'ai relu "le petit prince". Chacun de ces moments à donné lieu à une nouvelle réflexion, à une nouvelle découverte.
Ne peut-on garder une petite place sur son chevet pour le Livre du thé?

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Yggdrasila
  22 octobre 2016
Quoi de mieux par cette brume froide et matinale que de déguster un bon thé en écrivant mes impressions sur ce bel ouvrage.
Ce livre m'avait été conseillé par un de mes profs alors que je m'étais inscrite à un optionnel sur le Japon. Il en avait parlé avec beaucoup d'enthousiasme. Quelques années plus tard (c'est à dire maintenant) je m'y suis plongée et il vaut mieux tard que jamais dit-on.
C'est un ouvrage d'une incroyable finesse. Okakura raconte avec poésie tout le déroulement du cha-no-yu, la cérémonie du thé. On se rend compte au fil des pages que c'est un art très subtile. Tout est dans la délicatesse, la précision et le respect. Que ce soit dans le choix des fleurs qui composeront le fameux breuvage, mais aussi de la fascinante ambiance de la chambre de thé qui est un lieu particulier pour accueillir et déguster.
L'auteur nous parle également de la philosophie taoïste et zen qui inspire l'artiste, le maître de thé.
Cet ouvrage nous fait voyager aux origines de cette belle décoction avec raffinement et élégance.
La préface et la postface de Sen Soshitsu XV nous en apprend beaucoup sur l'histoire à travers quelques anecdotes.
Un livre très utile pour passer un très beau moment poétique et pour avoir un autre regard sur cet art que l'on connaît peu.
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ordinary_reader
  12 octobre 2017
Quand les élèves me disent que lire, c'est ennuyeux, je veux bien comprendre "fastidieux" plutôt, pour certains d'entre eux du moins... Ah, si je pouvais leur faire comprendre que c'est comme monter dans des montagnes russes, d'émotions multiples !!
Après une lecture glaçante, je suis entrée dans un cocon de zenitude, j'en avais grand besoin... Les essais, pourtant, je ne cours pas trop après.
Mais là, ce petit ouvrage de 1906 traitant du culte du thé (théisme) est une oeuvre non seulement instructive mais également spirituelle et abordable.
L'auteur remonte aux origines du thé, géographiques, historiques (IVe siècle, dynasties chinoises), commerciales (Grandes découvertes), culturelles, païennes, philosophiques ou religieuses (taoïsme, hindouisme, bouddhisme).
Une plante toute simple qui a permis un trait d'union entre les peuples de l'Orient et de l'Occident (XVIe siècle en Europe).
Un culte donc millénaire, un cérémonial séculaire hyper-codifié (Chine, Japon), sublimé aujourd'hui en véritable "art de vivre", esthétique, gastronomique, méditatif, symbolisant l'harmonie (esprit, corps, éléments), la purification...
Je ne tremperai plus (vulgairement) mon sachet de thé dans mon mug / ma tasse sans avoir une pensée "zen" - moi qui suis une speed "réfléchie" (^^) - pour ce Livre du thé, désormais.
Mais ce qui ne changera certainement pas, c'est le plaisir d'un moment suspendu, cette chaleur à pleines mains, l'esprit occupé, silencieux ou rêveur, le breuvage chaud qui apaise et réchauffe, se boit seul(e) ou se partage.
Pour les amateurs de lectures-méditations, de celles qui mettent en tous cas plus de trois minutes à infuser......
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bilodoh
  25 avril 2014
Petite infusion de sagesse japonaise!

Un écrit qui date du tout début du 20e siècle, qui raconte une des voie de la sagesse, une lecture philosophique, illustrée d'anecdotes et de légendes et comportant de nombreuses pépites... (69 citations sur Babelio pour un livre d'à peine 135 pages)

L'auteur y présente l'origine de la boisson et sa diffusion à travers les dynasties chinoises, puis le développement du taoisme et du zennisme au Japon où le thé devient un rituel, avec ses Maîtres, sa Chambre de thé avec l'art et les fleurs qui la décorent. C'est un texte pacifiste avec une vision idéalisée de la culture nipponne. (On peut penser que, par la suite, le Japon a souffert de « trop de thé» pour s'engager dans la Seconde Guerre mondiale!)

Aussi, c'est parfois agaçant de se faire répéter que c'est « nettement à l'opposé de ce qui se pratique en Occident ». En fait, je me demande si les cellules monastiques et les pratiques des abbayes franciscaines ne sont finalement pas très éloignées du zennisme ?

Une introduction intéressante et sans douleur à la culture asiatique, à savourer avec une bonne tasse de thé blanc (le préféré de l'empereur Kiatung!)
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Citations et extraits (158) Voir plus Ajouter une citation
ordinary_readerordinary_reader   11 octobre 2017
(...) si l'on considère combien petite est, après tout, la coupe de la joie humaine, combien vite elle déborde de larmes, combien facilement, dans notre soif inextinguible d'infini, nous la vidons jusqu'à la lie, on ne nous blâmera pas de faire tant de cas d'une tasse de thé.

[ NB : Minuit passé. Cela fait pile deux ans - et 750 critiques plus tard - que je navigue sur ce site ! Bibliothèque virtuelle, partage de lectures, petite bulle de respiration quasi-quotidienne... MERCI à tou(te)s de votre fidélité, pour nos échanges riches et variés !! Il se fait trop tard pour une tasse de thé, mais je la boirai en pensant à vous dans la journée. Donc, à tout à l'heure...... :-) ]
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WitchbladeWitchblade   13 mars 2017
En une époque démocratique comme la nôtre, les hommes réclament à cor et à cri – et sans même tenir compte de leurs propres sentiments – ce que la majorité considère comme le meilleur. Ils délaissent le raffiné pour le coûteux, et la beauté pour la mode. La contemplation de magazines illustrés, digne produit de leur industrialisme, fournit aux masses une nourriture artistique autrement plus digeste que les Primitifs italiens ou les maîtres de l'époque Ashikaga, qu'elles prétendent pourtant admirer. Le nom de l'artiste est plus important à leurs yeux que la qualité de l’œuvre. Comme s'en plaignait déjà un critique chinois il y a quelques siècles : « Les gens critiquent la peinture avec leurs oreilles ».
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Myriam3Myriam3   22 mars 2015
Vint p'ei Wou, le prince des harpistes. Sa main caressa tendrement l'instrument, comme l'on cherche à apaiser un cheval rétif, puis toucha doucement les cordes. Il chanta la nature et les saisons, les hautes montagnes et la course des torrents - et tous les souvenirs de l'arbre se réveillèrent! le souffle tiède du printemps joua à nouveau parmi les branches. Les jeunes cascades, dévalant les ravins en dansant, souriaient aux fleurs en bouton. A nouveau l'on entendit les voix rêveuses de l'été - myriades d'insectes, doux battement de la pluie, plainte du coucou. Ecoutez! Un tigre a rugi et le val lui répond! C'est l'automne. Dans la nuit déserte, un croissant de lune, tranchant comme une épée, brille sur l'herbe couronnée de givre. Maintenant l'hiver règne, et des nuées de cygnes tourbillonnent dans l'air enneigé, et des grêlons sonores frappent les branches avec une joie sauvage.
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WitchbladeWitchblade   15 mars 2017
Si l'on en croit l'adage, l'homme est, à dix ans, un animal, à vingt un fou, à trente un raté, à quarante un tricheur et à cinquante un criminel. Sans doute ne devient-il un criminel que parce qu'il n'a jamais cessé d'être un animal. (...) Sous nos yeux, les sanctuaires se sont effondrés les uns après les autres ; un seul reste à jamais intact, où nous brûlons continûment de l'encens pour notre idole souveraine – nous-mêmes. Notre dieu est grand, et l'argent est Son prophète ! Nous dévastons la nature pour lui offrir des sacrifices. Nous nous vantons d'avoir conquis la Matière, en oubliant toutefois qu'elle a fait de nous ses esclaves. Que d'atrocités n'avons-nous pas commises au nom de la culture et du raffinement !
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WitchbladeWitchblade   10 mars 2017
On voit ainsi que le système de décoration propre à nos chambres de thé s'oppose nettement à ce qui se pratique en Occident, où l'intérieur des maisons est par trop souvent transformé en musée. Pour un Japonais, accoutumé à la simplicité ornementale et aux changements de décor fréquents, un intérieur occidental – où s'entasse en permanence un bric-à-brac de tableaux, de statues et d'objets de toutes les époques – donne l'impression d'un vulgaire étalage de richesses.
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>Coutumes, savoir-vivre, folklore>Coutumes générales>Alimentation, boisson et usage de drogues (28)
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