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EAN : 9782743623555
365 pages
Payot et Rivages (02/05/2012)
3.92/5   13 notes
Résumé :
Espagne, sous Franco. Willi Möhr, un peintre marginal, a fui l'Allemagne de l'Est pour s'installer dans un village de pêcheurs où il cohabite avec un couple d'artistes scandinaves. Un jour, ces derniers ne reviennent pas d'une partie de pêche. Persuadé qu'ils ont été assassinés, Möhr sort de sa torpeur et de sa passivité morale. Mais dans cet univers étouffant, où les rapports humains ont été subtilement corrompus par la dictature, on ne parle guère et la police vei... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

J'ai beaucoup aimé ce livre et son ambiance surannée de la fin des années 50, il m'a fait penser à ces films de la même époque avec une atmosphère lourde dans lesquels plane quelque chose de terrible qui va se passer alors que les héros vivent une vie d'insouciance sans savoir que cette vie va bientôt basculer.

Mais lorsque le livre a été écrit il était tout à fait d'actualité puisqu'il a été publié en 1962 , et qu'à l'époque l'Espagne dans laquelle se passe l'histoire, vivait la pire période qu'elle ait connue : le franquisme.

Nous sommes dans un petit village de pêcheurs pauvres en Catalogne, dans lequel ont échoué divers étrangers dont Dan et Siglinde Pedersen un couple de norvégiens et Willi Möhr leur ami allemand, héros du livre.

Ils se veulent artistes et vivent une vie de bohème sans le sou, et c'est d'ailleurs ça qui les a poussé jusqu'en Espagne, on peut y vivre quasiment uniquement d'amour et d'eau fraîche.

Ils n'ont pas pris la peine d'apprendre l'espagnol puisqu'à part les bars du port, ils ne côtoient pas les habitants, à l'exception toutefois de deux d'entre eux, deux frères Ramón et Santiago Alemany qui vivotent avec leur famille grâce à la pêche.

Willi se rendra vite compte que Siglinde très jolie jeune femme et ses moeurs libres qui dénotent dans cette Espagne dévote et rigide, attire les frères Alemany.

Dan et Siglinde ne reviendront jamais de la partie de pêche à laquelle ils avaient été invités par les frères Alemany.

Accident diront ces derniers, accident confirmera la très légère enquête de la garde civile, assassinat affirmera Willi qui n'aura alors de cesse de venger ses amis.

Mais l'Espagne est toujours en proie à ses démons et la police politique surveille de prés Willi qui a tout pour leur paraître suspect : il est allemand et continue à porter cette chemise qu'il avait déjà lorsqu'il était dans les rangs des Jeunesses hitlériennes, il a survécu à la Seconde Guerre Mondiale, ce qui est encore plus suspect, aurait-il déserté ?

Mais pire encore lors du partage de l'Allemagne, il s'est retrouvé l'Est, il doit par conséquent forcément être communiste et donc un espion de Moscou venu aider les forces contre révolutionnaires rouges qui essaient de faire tomber Franco.

Per Wahlöö auteur suédois nous livre ici un roman à charge contre le franquisme et la haine de ceux chargés de faire régner l'ordre et détruire dans l'oeuf toute contestation possible, et notamment cette terrible police politique qui usait des pires tortures qu'on puisse imaginer.

Régime que Per Wahlöö a bien connu puisqu'il a vécu en Espagne pendant cette période, avant d'en être expulsé pour avoir critiqué le régime.

Heureusement pour lui il était suédois, il a donc été expulsé du pays, si il avait été espagnol….

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Dans « le camion », Per Walhöö relate le séjour de jeunes artistes, un couple de norvégiens et un allemand, en Espagne. le roman s'inscrit dans le contexte de l'époque : la dictature de Franco et la guerre froide. Per Walhöö, auteur suédois décédé en 1975, a lui-même vécu cette période avant d'être expulsé pour attitude critique envers le régime. Le livre n'est pas un thriller au sens habituel. La composition du livre, le développement narratif, son rythme le rapprochent du roman psychologique qui se déploie après un double meurtre. La première partie présente la vie de ces jeunes nord européens, plus ou moins artistes, venus chercher un cadre de vie favorable dans un pays où le niveau de vie faible leur permet de ne pas travailler. Dans cette société catalane marquée par son histoire (la guerre civile) et le conservatisme moral, ils dénotent et provoquent . Ils se lient d'amitié avec deux pêcheurs. le couple norvégien est assassiné au cours d'une partie de pêche. L'auteur présente en peu de mots l'assassinat. La police clôt l'affaire rapidement et le lecteur ne suit pas l'enquête. Le roman est désormais focalisé sur Willy, qui vit avec le couple norvégien. Willy, ancien membre des jeunesses hitlériennes, a combattu sur le front russe, et s'est retrouvé citoyen de la RDA après la guerre. Willy ne parle pas l'espagnol, il ne semble pas préoccupé par son sort et paraît subir la situation. Il « vainc » la paresse au café, dans son lit ou sur la plage… Mais la disparition de ses amis est un détonateur. Il est convaincu qu'ils ont été assassinés. Ecrivain engagé, Per Wahlöö dénonce la brutalité de la dictature franquiste. L'habileté de l'auteur est de confier à la police franquiste le soin de présenter ses méthodes. Il déroule, avec efficacité, l'interrogatoire du sergent Tornilla qui veut tout connaître du cas Willy. La dictature est impitoyable pour les contestataires. La rébellion des mineurs de la région est réprimée avec férocité. La narration de l'épisode est développée dans un chapitre quelque peu « décalé » dans le roman. le lecteur assiste à la prise de conscience politique de Willis qui abandonne son désir de vengeance pour se tourner vers l'action révolutionnaire. L'évolution des personnages dans leur univers permet de saisir l'air de l'époque. L'espace est limité au village, les plaisirs restent simples : la pêche, le bain, le café….La population est pauvre, surveillée par la police, elle reste attachée à un idéal. Per Walhöö réussit à définir l'ambiance de l'Espagne des années cinquante, son style traduit les sentiments des personnages et un espace naturel original.

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Dans l'Espagne des années 1960, le peintre Willi Möhr a fui la RDA pour s'établir dans un village côtier, où il vit auprès d'un couple d'artistes scandinaves. Ceux-ci disparaissent au cours d'une sortie en mer. Convaincu qu'il s'agit d'un crime, Willi se heurte au silence et à la police franquiste...

Un roman inédit de Per Wahloo, auteur avec Maj Sjowall de la série "le roman d'un crime". L'histoire se déroule dans l'Espagne franquiste. C'est admirablement construit, parfois presque contemplatif mais avec beacoup de tension et les scènes d'interrogatoires sont extraordinaires. Une réussite !


Lien : https://collectifpolar.com/
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critiques presse (1)
Bibliobs
04 août 2014
Un polar moral à l’ambiance magnétique, par le père du roman noir scandinave.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation

… dans cette partie du pays, on a tout notre temps. Comme on dit ici, on « attend le bateau ». Il y a beaucoup de vrai là-dedans, bien plus qu’on ne le croirait au premier abord. On descend au port, à une dizaine de kilomètres d’ici, et on attend. Il finit toujours par arriver un bateau, mais ensuite il repart et on continue à attendre. Si on vous demande ce qu’on attend – eh bien, on attend toujours le bateau, le prochain, à moins que ce ne soit un autre. Certains ne vont même pas jusqu’au port, d’ailleurs, et ils attendent quand même, le bateau ou autre chose.

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Ici, et dans bien d’autres parties du pays. Les gens sont simples et ont bon cœur. Ils ne demandent rien, mais ils méritent de vivre dans le calme et la sécurité. Bien sûr, ils sont pauvres, la plupart, mais ils sont heureux ou le seront, une fois que les horreurs qu’ils ont connues auront sombré dans l’oubli. Quand ils auront enfin compris où est le bien. Ils sont sur la bonne voie. Ce qu’il leur faut, c’est une foi assurée, une existence bien réglée et assez de travail pour en vivre. Tout ce qu’ils veulent, c’est vivre, comme tout le monde ou presque. Ils ont déjà tout ce qu’il leur faut, ou vont bientôt l’avoir. Les influences, surtout si elles viennent de l’étranger, ne peuvent que leur nuire. Ils ont jadis été menés à la catastrophe par des chefs qui n’étaient pas des chefs, mais de simples criminels.

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La ville était assez petite, mais ce n’en était pas mois la plus grande et la plus importante du district. Elle était située en hauteur et totalement cernée par les montagnes, sauf en direction de l’est, où une étroite vallée sinueuse s’ouvrait en direction de la mer. Les sommets étaient abrupts mais passablement érodés et leurs flancs caillouteux d’un jaune tirant sur le gris étaient couverts, çà et là de pins de buissons d’épineux. Vers l’est et la mer, s’étendaient des terrasses plantées d’oliviers et d’amandiers et abritant aussi un certain nombre de fermes, la plupart en ruine et abandonnées. Deux routes partaient de la cité, l’une conduisant au port, le long de la vallée, l’autre parallèle à la côte en direction du sud, et menant à la capitale de la province, à soixante-dix kilomètres de là.

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Ils sont pauvres, mais la plupart d’entre eux sont heureux. Voyez la tête qu’ils ont : ce sont de simples ouvriers et paysans, mais ils sont heureux de leur vie de famille et de leur foi, et ils s’étonnent de pouvoir vivre et donner naissance à de nouvelles générations. Pourtant, il est également facile d’être malheureux et de s’attirer des ennuis. Si on y tient. Le malheur vient aisément à qui le désire. Mais notre petite ville est très agréable, quand on a appris à la connaître et, à de rares exceptions près, les gens ont bon cœur. Une fois les exceptions éliminées, tout ira bien. C’est une noble tâche que de les supprimer.

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Il était 18 heures lorsque la beuverie commença, au bar de Jacinto. Elle devait durer environ neuf heures.

On but, bavarda et fit du tapage. Peu à peu, d’autres vinrent se joindre à cette joyeuse compagnie. Certains ne restèrent qu’un moment, avant de disparaître. L’un d’eux avait une guitare dont il se mit à jouer. Le guitariste fut de ceux qui tinrent le coup jusqu’à la fin, ainsi qu’un jeune Anglais et sa femme rousse.

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