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EAN : 9782709659673
400 pages
J.-C. Lattès (09/01/2019)
4.33/5   283 notes
Résumé :
Tara Westover n'a jamais eu d'acte de naissance. Ni de dossier scolaire, car elle n'a jamais fréquenté une salle de classe. Pas dossier médical non plus, parce que son père ne croyait pas en la médecine, mais à la Fin des temps.
Enfant, elle a regardé son père mormon s'enfermer dans ses convictions, et son frère céder à la violence. Et, à seize ans, Tara décide de s'éduquer toute seule. Son combat pour la connaissance la mènera loin des montagnes de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
4,33

sur 283 notes

fanfanouche24
  01 février 2019
Une lecture coup de poing... que j'ai eu du mal à quitter ! Je remercie
grandement la camarade-libraire qui a attiré mon attention sur ce
témoignage uppercut... dont on ne sort pas indemne !!!
"Je n'avais jamais appris comment m'adresser aux gens qui n'étaient pas
comme nous- ceux qui fréquentaient l'école et consultaient le docteur.
Qui ne se préparaient pas, tous les jours, à la Fin du Monde. "(p. 133)
Une première phrase qui nous plonge directement dans l'univers très spécial d'une famille mormone....où notre auteure a vécu une jeunesse des plus "chahutées", perturbante !
Enfant, l'auteure, Tara , à cause d'un père fondamentaliste, n'a jamais
fréquenté l'école, ni vu de médecins. Ce milieu sectaire aura démoli sa
jeunesse; elle devra se décider à assumer une rupture douloureuse pour se reconstruire, faire des études, aller à l'université...échapper à un enfermement mental mortifère...
Parmi les aventures insensées de cette famille marginale, un épisode fort
significatif : La mère doit faire subitement un parcours du combattant
pour...enfin déclarer la naissance de ses enfants; ce qui ne paraissait
aucunement utile ni au père ni à la mère !. Tara, toute petite fille sera d'ailleurs fort intriguée par l'établissement et l'obligation sociale d'un acte de naissance lorsqu'un nouveau-né arrivait sur terre !!

"Nous sommes tous plus compliqués que les rôles qui nous sont attribués dans telle ou telle histoire. Rien ne m'a mieux révélé cette vérité que d'écrire ces mémoires – d'essayer de coucher les gens que j'aime sur le papier, de saisir toute leur signification en quelques mots, ce qui est naturellement impossible."
Ce qui est tout à fait remarquable c'est que l'auteure ne se place jamais dans le reproche, le larmoiement, l'aigreur...Elle parvient à transformer la toxicité de son milieu familial en "force", en résistance constructive... ! même si avec la violence récurrente,incontrôlable d'un frère aîné, niée par les parents, Tara doit se protéger toute seule... et fuir plusieurs fois...pour sauver "littéralement" sa peau !!
Parfois de la fantaisie, de l'affection, des rassemblements familiaux autour
du chant ... et de la musique, Tara possédant une voix extraordinaire... cela
amadouera un moment le Père, très fier...
mais très vite, les reproches, les insultes, les crises de violence reprennent...
La sérénité ne peut exister dans cet univers où le Père contrôle,soumet, terrorise tout son monde entre sa religion et un comportement bi-polaire...Une mère double, ambiguë, sous la coupe de son mari, même si elle est indépendante par son métier de sage-femme et ses dons pour les plantes médicinales...elle est dans les fluctuations permanentes envers ses enfants: la tendresse , le déni , la peur du mari, mais aussi son extrême attachement envers lui, et l'abandon, la négation des besoins basiques de protection de ses "petits" , tour à tour...
La personnalité maternelle semble plus opaque à saisir...Le Père nous apparaît plus comme un bloc... terrifiant et indestructible, englué dans sa religion mormone comme ses déséquilibres personnels ...!!
Tara, heureusement, sera aidée de son incroyable volonté personnelle, mais aussi du soutien de professeurs, et d'une partie de la fratrie (plus tardivement)...

"Admettre l'incertitude, c'est reconnaître la faiblesse, l'impuissance, et croire en soi-même en dépit de l'une et l'autre. C'est une fragilité, mais il y a dans cette fragilité une force: la conviction de vivre dans sa propre tête, et non dans celle de quelqu'un d'autre. Je me suis souvent demandé si les mots les plus forts que j'ai écrits ce soir-là ne m'étaient pas venus non de la colère ou de la rage, mais du doute : je ne sais pas. Je ne sais tout
simplement pas.
Ne rien savoir avec certitude, mais refuser de céder à ceux qui revendiquent cette certitude, c'était un privilège que je m'étais jamais accordé. le récit de ma vie était généré par d'autres. Leurs voix étaient fermes, catégoriques, absolues. Il ne m'était jamais venu à l'esprit que ma voix pourrait être aussi forte que les leurs." (p. 289)
Un parcours hors du commun que le chemin assumé par Tara, sa soif d'apprendre, de réfléchir, d'étudier l'histoire, de passer un doctorat, de s'interroger sur le mormonisme en le reliant à une réflexion plus vaste de la pensée et de l'histoire humaine...
Tara restera combative, déterminée, dans son double refus de trop accabler ses parents; de ne pas se complaire dans une victimisation stérile...La force des livres, des études, des rencontres bienveillantes, amicales et culturelles...
On ne peut qu'éprouver du soulagement et une immense admiration pour cette femme qui, en dépit des déchirements, d'une période de dépression intense...tombera, se relèvera, et cela, à moult reprises...finira par décider la séparation définitive avec ses parents et avec ce frère malfaisant...pour aller vers sa vie... et vers l'ouverture au monde !
Témoignage terrifiant de la toxicité que peut revêtir La Famille... sans omettre les pressions moralisantes excessives de la religion, infiltrant le péché ainsi que le mal dans tous les interstices de l'enfance de cette nombreuse fratrie...
Alors ...quel bonheur d'accompagner Tara dans ses batailles, ses réussites, l'obtention de bourses pour poursuivre ses études dans les universités les plus prestigieuses...Je vais achever ces lignes avec une brève citation...
qui ouvre l'horizon , en offrant l'espoir et une vie autre pour Tara, grâce à son amour de la vie et de la Connaissance !!
"Toutes mes années d'études avaient existé afin que je puisse m'offrir ce privilège : voir et vivre plus de vérité que celles qui m'étaient données par mon père, et me servir de ces vérités-là pour me construire mon propre esprit."
Témoignage d'une grande force... difficilement oubliable !
© Soazic Boucard- Février 2019
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Kittiwake
  14 janvier 2019
Idaho, dans les années 90. Tara n'a pas d'acte de naissance, n'a jamais fréquenté l'école ou consulté un médecin. Ses parents mormons et survivalistes vivent de l'exploitation d'une casse , dans l'attente de la fin du monde. C'est avec un bagage extrêmement réduit et presqu'entièrement autodidacte, qu'elle décide à seize ans de postuler pour l'université, ce qui la conduira au titre de docteur en histoire, elle qui n'ait jamais entendu parler de l'Holocauste lorsqu'elle assiste à ses premiers cours d'histoire!
Le parcours est édifiant, mais au cours du récit c'est surtout le conflit entre la loyauté à sa famille et ses aspirations de développement personnel (pas au sens mystique de recherche de la félicité) qui ressort. Consciente de la folie de cette famille détraquée, entre la pathologie du père et la violence extrême de l'un de ses frères, la rupture est quasi-impossible. Malgré la place qu'elle s'est faite dans le milieu universitaire, amplement méritée, la tentation est grande de faire allégeance avec les siens, au risque de se perdre corps et âme.

Cette autobiographie plébiscitée outre-atlantique a pour première qualité de laisser place au doute de la narratrice quant à l'authenticité de ses propres souvenirs , parfois en contradiction avec les notes de son journal intime, ou avec les témoignages de ses frères et soeurs. Et c'est cette incertitude qui donne toute sa valeur au récit, que l'auteur n'a pas tenté d'embellir ou de noircir, et qui le rend encore plus convaincant.

Le récit est tellement impressionnant, qu'il n'est pas question de s'arrêter une seconde pour se poser des questions sur le style ou la traduction . On est tout simplement happé par l'énormité des faits, d'autant qu'ils sont contemporains. On repose aussi bien des questions sur ce qui peut amener une telle famille à avoir pignon sur rue, de nos jours, avec un discours si dément et un tel aveuglement.
Inutile de dire que c'est suffisamment fort pour ne pas tomber dans l'oubli rapidement

#Uneéducation #NetGalleyFrance
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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kateginger63
  27 février 2019
Une jeune fille mormone se bat pour s'instruire
*
Je trouve que c'est une autobiographie qui a réussi à me chambouler, à me faire naître des émotions si diverses. Pour moi, le pari est réussi.
*
Pas facile d'écrire sur Soi, sur son passé, de se souvenir de choses si enfouies dans le subconscient. Cette jeune fille, Tara Westover a sû trouver une force insoupçonnée en elle pour publier ses Mémoires. D'ailleurs on dit d'elle qu'elle est "mémoriste".
Et voilà, elle parle, elle chuchote, elle dévide toute son enfance passée dans sa famille mormone et survivaliste.
Dans la campagne de l'Idaho, au coeur des montagnes, la famille Westover s'est coupée des autres. Enfin, le père, patriarche, bipolaire et paranoiaque qui décide de tout et de tout le monde. La nombreuse fratrie dont on retiendra surtout le frère ainé (terrible et violent). Une mère compréhensive mais sous le joug du mari. Un métier ardu de ferblantier qui entraîne même les jeunes enfants dans une spirale de violence brute.
Bref, la vie de Tara n'est pas rose. Comment peut-elle s'émanciper de ce carcan de convictions rigoristes?
Elle y arrivera au terme d'une longue réflexion, d'un long travail sur soi sans perdre sa loyauté filiale. Certes, ses arguments envers une éducation libre s'ébranleront maintes fois. Mais elle garde le cap.
Toujours tiraillée, malgré le bannissement familial , Tara deviendra une femme apaisée et cultivée.
*
La force de ce récit réside dans cette absence de jugement. Ce n'est pas la religion ici qui est pointée du doigt mais bien plutôt l'histoire singulière d'une famille lestée d'un leader trop charismatique (le père). IL y a beaucoup d'amour dans ce clan.
Et surtout ce sont des souvenirs que Tara a déterrés, elle le précise régulièrement en notes de bas de page que justement les souvenirs ne sont pas toujours fiables. Elle est honnête.
La condition féminine est là en filigrane, à peine évoquée (la maman qui peut travailler sous certaines conditions édictées, les jeunes mères au foyer sans instruction, les jeunes hommes universitaires aux préjugés certains...)
*
Tout au long de cette lecture, je suis passée par des phases de colère, d'indignation, de stupeur, mas aussi d'espoir et de joie.
Un témoignage puissant qui montre que l'éducation familiale peut être aussi délétère que bienfaisante.
Une expérience qui instruit et nous apprend qu'ailleurs (les USA par exemple) l'herbe n'est pas aussi verte qu'on pourrait le penser.
*
Merci à Netgalley et JC Lattès.
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Levant
  10 décembre 2020
Tara grandit dans le huis clos d'un micro monde réduit à la cellule familiale, sous la férule d'un père tyrannique en parole, inféodé qu'il est à une foi religieuse souveraine laquelle lui fait voir le reste du monde sous un jour satanique. Il est obsédé à la perspective de voir venir le "Temps de l'Abomination", une forme de châtiment régénérateur, jusqu'à développer des signes d'impatience. Il y prépare sa famille, faisant des stocks de vivres, eau, carburant et puisque nous sommes aux États-Unis, d'armes et de munitions. Cette expiation-là, il ne la conçoit que pour les autres. Un grand nettoyage de la planète corrompue qui ramènerait les enfants de Dieu à de meilleurs sentiments à l'égard de leur Créateur. Ses enfants à lui, au nombre de sept, sont instruits bon an mal an à l'école domestique, ne voient jamais le médecin et pour certains n'ont même pas été déclarés à la naissance. C'est le cas de Tara, une des deux filles de la fratrie. Lorsqu'à l'adolescence venue Tara comprend qu'il existe un autre monde, une autre réalité, il lui faut des trésors de courage pour affronter ses parents, leur faire admettre qu'elle a compris l'anormalité de sa condition et déclarer son intention d'accéder à cette autre réalité.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c'est la solitude de Tara. Elle est seule pour affronter ses parents et ce frère manipulateur qui la brutalise; seule pour se jeter dans le grand bain de l'inconnu, débarquant à l'université dans sa tenue de garçon de ferme quand les autres s'ingénient en coquetterie à suivre les modes. Personne ne l'attend dans cet autre monde où comme elle le dit elle-même "on a plus de chance de s'en sortir que si l'on ne compte que sur soi-même." Dans le micro monde familial elle voyait la vie au travers des yeux de son père; dans l'autre réalité elle doit tout découvrir par elle-même, repartir à zéro. C'est une renaissance, ou plutôt une autre naissance, avec seize ans de handicap. le handicap d'avoir eu une éducation rétrograde qui ne la préparait nullement à la vraie vie. A seize ans elle doit se concevoir une nouvelle conformation mentale, sous le regard incrédule de ceux qui ne sont pas encore ses nouveaux camarades, tant il faut qu'elle se défasse de la méfiance de tout et de tous incrustée dans son esprit par l'apprentissage indigent de son enfance.
Une éducation. Cet ouvrage ne pouvait avoir d'autre intitulé. Selon le dictionnaire, ce simple mot recouvre "l'art de former une personne, spécialement un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de façon à lui permettre d'affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie." Dans éducation il y a du savoir, mais pas seulement. Il a surtout du savoir être, du savoir faire. du savoir exister en société. Changeant de communauté en accédant au macro monde, Tara doit tout recommencer. Quelle force, quel courage pour parvenir, une fois le doctorat en histoire obtenu, à écrire un ouvrage qu'elle défend de voir comme un mémoire contre le mormonisme.
Car Tara conserve sa loyauté à l'égard de ceux qui l'on conduit dans cette impasse d'une vie fermée à la réalité du monde. Tout au long de son périple universitaire elle est restée fidèle à cette famille cloîtrée dans une dévotion aveugle au Tout puissant dont le seul interprète était son père. Elle se culpabilise même de ne pouvoir le convaincre du bien fondé de sa démarche ne reniant aucunement la foi religieuse. C'est son père qui coupe les ponts lorsqu'elle refuse sa bénédiction, qui n'était autre à ses yeux qu'une promesse de renoncement à la vie selon lui gouvernée par Satan. Elle conserve en son esprit cette idée de la dualité des réalités. Celle du micro monde familial auquel ses gènes la raccrochent, la retiennent, celle du macro monde extra familial que son père qualifie ironiquement de monde des Illuminati, manière de condamner leur dos tourné à la lumière divine. Un macro monde si vaste, pas seulement par ses dimensions mais aussi par son histoire, ses connaissances libérées de la soumission aveugle à ce qui ne reste qu'une croyance. Parmi d'autres.
On suffoque à la lecture de cet ouvrage à suivre Tara dans son parcours d'émancipation, à la voir se débattre pour concilier les deux mondes. Gravir les échelons dans les universités les plus prestigieuses du monde, dont Cambridge. Deux réalités pour lesquelles elle a dû, pour exister, se constituer deux personnalités qui s'opposent lorsqu'elle se confronte au miroir. Deux personnalités que son combat voudrait agglomérer en une seule et rendre compatibles afin de ne plus avoir, en revenant vers les siens, à franchir une frontière : la frontière de l'obscurantisme.
Tara est jeune. On comprend bien que cet ouvrage est une formidable échappatoire à son isolement. Sa véritable intronisation au nouveau monde. Son écriture a été rendue possible lorsque Tara a pu reconstituer cet édifice d'éducation qui lui a permis d'être audible et crédible à ce monde, à cette nouvelle réalité à laquelle nous appartenons nous autres lecteurs de pays laïcs, libérés que nous sommes, mais de façon fragile et précaire si l'on n'y prend garde, de l'obscurantisme par des siècles d'apprentissage humaniste.
Cet ouvrage n'a pas d'épilogue. A trente-quatre ans, en marge d'une famille encore de ce monde sous le diktat d'un père manipulateur, une mère aimante mais soumise et certainement un peu lâche, des frères et soeurs sous la dépendance, sauf peut-être Tyler à qui elle dédit cet ouvrage, Tara n'a pas terminé son combat ni désespéré de concilier ces univers et faire que les deux pans de son éducation se fondent en un seul. Pour vivre apaisée. Enfin.
Quand on voit cette jeune auteure intervenir dans les nombreuses interviews auxquels elle s'est livrée depuis la parution de son ouvrage aux Etats-Unis, y compris avec Bill Gates, quand on sait que son ouvrage a été plébiscité par Barack Obama, on a peine à imaginer que la "salle de classe de cette jeune fille n'était qu'un monceau de ferraille. Ses manuels des matériaux de récupération." Quand on l'entend chanter en chaire de la Northeastern University devant un parterre d'étudiants qui saluent son formidable parcours d'émancipation on est pris aux tripes par la limpidité de cette voix, qui fait comprendre qu'elle n'a pas rompu avec les anges, et par la gravité avec laquelle elle entonne son chant a capella qui ne fait que confirmer si besoin était encore de la sincérité de ses intentions. le timbre de cette voix fait rejaillir le même flot d'émotions qui nous envahit à la lecture de son ouvrage et qui pour ce qui me concerne à fait craqueler la carapace de rustre avec laquelle je protège maladroitement mon émotivité.
Une éducation est un ouvrage qui ne condamne pas. Il témoigne. Il déplore. Et peut-être espère-t-il encore. Une chose est sûre désormais, elle ne laissera personne écrire son histoire à sa place.
Je suis contraint en ce mois de décembre d'une année - qui pourrait donner des arguments au père de Tara en terme de punition divine appliquée à la fièvre consumériste de notre macro monde - de modifier mon profil Babelio. Cet ouvrage de Tara Westover bouscule le top 6 des ouvrages que j'ai lus cette année pour y figurer en bonne place : la première. Il y avait pourtant du lourd comme on dit ordinairement dans mes lectures de cette année, avec par exemple Rebecca de Daphné du Maurier. Mais j'ai donné la prime à la non fiction. L'autobiographique. le vécu. Quand il atteint cette force de saisissement.
Ce qui pose certes la question en terme d'avenir quant à l'écriture de Tara Westover de savoir si elle pourra avoir un prolongement, être le début d'une carrière littéraire. Car cet ouvrage, s'il vous prend aux tripes, est-ce seulement parce que l'on sait qu'il témoigne d'une éducation qui marginalise, qui ferme l'esprit ? En première réponse on peut dire que l'écriture quant à elle plaide à elle seule pour un prolongement. Ses mots disent le ressenti et transmettent l'émotion comme un diamant brut, sans perdre l'éclat de leur sens premier.
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artemisia02
  06 décembre 2020
Ce roman est un superbe témoignage de l'auteure sur sa vie, son éducation mormone, son choix d'entrer à l'université à 16 ans contre l'avis de ses parents.
J'ai commencé ce livre par curiosité sur le parcours atypique de l'auteure, j'avançais de surprise en surprise et une fois fermé, il a résonné pendant de longues heures dans ma tête.
Une grande fratrie de 7 enfants, une mère soumise au père, ce père a construit sa maison isolée, dans la montagne, la moitié des enfants n'a pas été déclarés à la naissance, et aucun ne va à l'école publique. L'éducation, à la maison est très succincte et se résume à la base (lire, ecrire, compter). Les enfants doivent aider le père qui recycle la ferraille et construit des hangars.
Tara comme ses frères et soeurs, est coupée du monde, à part ses grands parents "normaux", elle ne connaît que l'enseignement de sa mère et de son père, c'est à dire la médecine par les plantes et la bible mormone et surtout la Fin du monde, une vie en mode survivaliste bien poussé. Pas de médecin, pas d'école publique, rien qui n'a trait de prés ou de loin au Gouvernement.
Le père a une emprise sur sa famille impressionnante, il les commande, les soumet, exige d'eux une obéissance sans faille, il prêche à longueur de journée, il est intransigeant.
Et encore, ce résumé n'est qu'un survol du roman, il faut rajouter aussi un frère violent. Pas étonnant qu'a l'âge de 16 ans, contre l'avis de son père, elle décide d'entrer à l'université. Ce qui n'est pas gagné non plus car n'oublions pas qu'elle n'a jamais mis les pieds à l'école.
Il s'en suit une volonté de Tara impressionnante pour poursuivre sa voie car sa famille, son ignorance culturelle, sa difficulté à s'integrer à la vie normale en communauté seront autant d'obstacles à surmonter.
Un destin hors norme, une femme extraordianiare qui nous livre un témoignage poignant, une analyse pertinente de sa vie et de son évolution, sans jamais juger ses parents ou dénigrer la religion mormone. Elle raconte tout simplement sa vie, ses douleurs, ses bonheurs, ses découvertes, ses choix et leurs conséquences, car choisir c'est renoncer, mais un choix extrême est aussi un mode de survie.
La conclusion de son livre a eu une résonance particulière pour moi pour des raisons personnelles, elle a eu cette capacité de mettre des mots sur des ressentis qui me laissaient perplexes par rapport à des événements vécus et des choix faits.
Un roman pertinent, un témoignage unique, une écriture douce, sincère qui essaie de relater au mieux la vie de cette famille et celle de l'auteure sans rien cacher, un destin atypique, une volonté hors du commun.
Un gros coup de coeur pour ce livre et cette leçon de vie.
+ Lire la suite
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   03 juin 2019
Si on se souvient particulièrement de Goodbye, Loretta de Shawn Vestal et du Polygame solitaire de Brady Udall comme de romans significatifs et interpellants sur l’univers des Mormons, le récit de Tara Westover [...] en nous livrant une trajectoire vécue de l’intérieur, se révèle plus saisissant encore.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaPresse   10 avril 2019
L'expérience de cette jeune femme, qui est vraiment partie de rien et qui s'avère de plus en plus attachante au fil des pages, est un hommage à la valeur de l'éducation, et son combat personnel devient rapidement obsédant.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   29 janvier 2019
Cela arrive parfois, dans les familles : un enfant qui ne cadre pas, au rythme décalé, dont le compteur est réglé sur la mauvaise fréquence. Dans notre famille, c'était Tyler. Pendant que nous nous trémoussions, lui dansait la valse. Il était sourd à la cacophonie de nos existences, et nous étions sourds à sa calme polyphonie. (p. 74)
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fanfanouche24fanfanouche24   29 janvier 2019
Le chant s'est achevé et je suis restée assise, sidérée, jusqu'au morceau suivant, puis les autres, jusqu' à la fin du C. D. Sans cette musique, la chambre paraissait sans vie. J'ai demandé à Tyler si nous pouvions le réécouter... (...)
la musique est devenue notre langage. (...) J'étais aussi bagarreuse que mes frères, mais quand j'étais avec Tyler, je me transformais. Etait-ce la musique, la grâce de ces chants, ou sa grâce à lui ? En un sens, il m'amenait à me regarder avec ses yeux à lui. (p. 76)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
fanfanouche24fanfanouche24   30 janvier 2019
Ce que je savais de la physique, je l'avais appris à la ferraille, où le monde semblait souvent instable, capricieux. Mais il y avait là un principe au moyen duquel les dimensions de la vie devenaient définissables, saisissables. Peut-être la réalité n'était-elle pas entièrement volatile. Peut-être était-elle explicable, prévisible. Peut-être y avait-il moyen de faire en sorte qu'elle ait un sens. (p. 188)
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fanfanouche24fanfanouche24   30 janvier 2019
J'avais entendu jouer du piano à d'innombrables reprises auparavant, en accompagnement de cantiques, mais quand Marie jouait, sa musique n'avait rien à voir avec ce martèlement sourd et informe. C'était liquide, c'était aérien. C'était du roc et, l'instant d'après, du vent. (p. 122)
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fanfanouche24fanfanouche24   01 février 2019
Mais la justification n'a aucun pouvoir sur la culpabilité. Aucune colère, aucune fureur dirigées contre les autres ne peuvent la soumettre, parce que la culpabilité, c'est la peur de sa propre détresse. Elle n'a rien à voir avec les autres. (p. 465)
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