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ISBN : 2070366073
Éditeur : Gallimard (08/02/1972)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 1978 notes)
Résumé :
« Le lecteur a compris que je déteste mon enfance et tout ce qui en survit. » Loin de l'autobiographie conventionnelle qui avec nostalgie ferait l'éloge des belles années perdues, il s'agit ici pour Sartre d'enterrer son enfance au son d'un requiem acerbe et grinçant. Au-delà de ce regard aigu et distant qu'il porte sur ses souvenirs et qui constitue la trame de l'ouvrage et non pas son propos, l'auteur s'en prend à l'écrivain qui germe en lui. Pêle-mêle, il rabroue... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  19 novembre 2013
Après avoir critiqué le garçon de café dans L'être et le néant, Jean-Paul Sartre se prend au jeu de la mauvaise foi en écrivant Les mots. Pas question pour bibi de se donner un pauvre rôle de serveur de brasserie : Jean-Paul Sartre se prend pour un écrivain prédestiné et Les mots, sous la forme d'une autobiographie à peine enjolivée, tente de nous convaincre de la fatalité de son destin.

Le livre se divise en deux parties : « Lire » et « Ecrire ». Si besoin était, Jean-Paul Sartre nous rappelle qu'avant d'être intellectuel, il était comme tout le monde, et qu'il n'a pas appris à écrire avant d'apprendre à lire. Il s'amuse donc à revenir sur ses jeunes années en dressant le portrait-type –plein de mauvaise foi- du petit Sartre, enfant unique adoré, proie de la tendre convoitise d'une famille morcelée qui se déchire l'amour du petit dernier comme une famille de corbeaux autour d'un dernier quignon de pain. Petit Sartre qui veut plaire aux adultes, qui joue le rôle qu'on lui impose, et qui finit par perdre son identité en se fondant avec la volonté de ses aïeux. Mais si l'identité est perdue, que nous raconte le petit Sartre devenu grand ? Des histoires. Mais des histoires tenues pour véridiques : un copier-coller rapidement mâché et digéré des théories psychanalytiques qui abusent de termes manipulés à mauvais escient. L'inconscient devient la justification maîtresse des aspirations littéraires –il évite surtout le devoir de cohérence. Ainsi peut-on gentiment farandoler : « Je souscris volontiers au verdict d'un éminent psychanalyste : je n'ai pas de Sur-moi » -parler de soi sans fin, et parler un peu des autres, mais toujours avec ce même profond mépris qui saillait déjà dans des publications antérieures :

« L'heureux homme ! il devait, pensais-je, s'éveiller chaque matin dans la jubilation, recenser, de quelque Point Sublime, ses pics, ses crêtes et ses vallons, puis s'étirer voluptueusement en disant : « C'est bien moi : je suis M. Simmonnot tout entier. » »

Malheureusement, Jean-Paul Sartre ne nous donnera jamais l'explication de son mépris de l'humanité –ce qui n'aurait pourtant pas été de mauvaise foi. En se prenant pour l'exception, élu surhomme au-dessus de toute la plèbe, l'auteur se montre détestable et ennuyeux. Tout tourne autour de lui et la perspective des évènements décrits ne dépasse jamais le bout de son nez. Peut-on trouver de l'intérêt à lire un journal qui relève plus de l'onanisme biographique que de la véritable recherche existentielle ? Oui, si l'on apprécie soi-même la contemplation individuelle, et si l'on souhaite trouver un partenaire de jeu qui soit à la hauteur.

Au milieu de ce marasme d'autosatisfaction contrôlée, Les mots prend parfois un peu de recul, se détachant de l'individu Sartre pour parler plus généralement de l'inscription culturelle. Elle s'impose ici en termes de culture littéraire et familiale. Tout lecteur et écrivain de jeune âge pourra contempler des clichés de jeunesse mélancoliques et lire quelques considérations amusantes –même si l'humour n'est pas le maître mot de ce roman. Malgré tout, le temps semble parfois long. Jean-Paul Sartre hésite entre plusieurs rôles. Quel est celui qu'il préfère ? Enfant prodige, enfant manipulé, enfant abusé ? Ecrivain tyrannique, écrivain délirant, écrivain passionné ? En attendant de choisir, il s'essaie à tous les rôles, n'en choisit aucun, nous lasse de ses hésitations et enchaîne les poses : « J'ai passé beaucoup de temps à fignoler cet épisode et cent autres que j'épargne au lecteur ». Merci.

Enfin, Jean-Paul Sartre avoue : « Je n'écrirais pas pour le plaisir d'écrire mais pour tailler ce corps de gloire dans les mots ». Comment accueillir une telle déclaration lorsque tout le livre a lassé ? Un peu de pitié se mêle à la fatigue. Cette explication même ne convient pas. Allez Sartre, crache le morceau, avoue ce qui te tourmente ! « La glace m'avait appris ce que je savais depuis toujours : j'étais horriblement naturel. Je ne m'en suis jamais remis ». On espère que depuis, Sartre a réussi à accepter…

Lien : http://colimasson.over-blog...
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Fleitour
  04 février 2018
En lisant Les Mots de Jean-Paul Sartre, je me heurte à un labyrinthe, dans lequel je me sens très mal à l'aise, Sartre cherche t-il à me perdre, ou lui à se cacher, je relèverai page 193, cet aveux :" je devins traître et je le suis resté. Je me renierai, je le sais, je le veux et je me trahis déjà."

"Les Mots" de ce récit autobiographique publié en 1964, révèle une sorte de psychothérapie, comme si le moment était enfin venu de se libérer de son passé, et de tirer un trait sur sa vie dans le milieu bourgeois qui fut le sien tout au long de son enfance.
Quand il écrit ce texte, est-il un comédien, comme il le fut parfois enfant ?
Est-il le lecteur lucide de son apprentissage de la vie, et de son adolescence ?
Ses propos restent ambigus :" je menais deux vies, toutes deux mensongères publiquement j'étais un imposteur", ou encore, page 100, il ajoute "ma vérité,  risquait fort de rester jusqu'au bout l'alternance de mes mensonges."

Pour échapper à ce labyrinthe ou tenter d' échapper à une impasse, comme à des manipulations du langage, je me suis posé des questions simples et j'y répond en puisant dans ses propres "Mots".
Une enfance confisquée.
Vous ne trouverez pas de madeleines dans Les Mots de Sartre, mais des livres, devenus des pierres levées.
Il est amer quand il écrit page 79; "on ne cesse pas de m'entourer.
C'est la trame de ma vie, l'étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées."
Alors, l'enfant devient à son tour comédien, et joue à être sage
Ça démystifie l'attendrissement dont beaucoup entoure cette époque de la vie en affirmant : "j'étais un enfant ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets".

Il n'y a pas de place pour les copains, pour le jeu, pour apprendre à nager, pour apprendre à pédaler, à lancer le ballon, à déguster une glace, à connaître la soif ou la neige et le froid, un seul sens est activé, la vision pour la lecture.
Dans ce monde d'adulte Jean-Paul n'est pas un enfant et ne l'a jamais été. Dix ans entre un vieil homme et une très jeune femme ( sa mère), et 50 ans pour enfin nommer son horreur de l'enfance .

L'Homme désincarné, Homme sans Terre
Sartre évoque avec une ironie impitoyable, sans rancœur, ce qui a fait de lui un enfant truqué. C'est Sartre lui-même qui parle du corps page 67, "il ne me déplaisait pas d'avoir un léger dégoût à surmonter, quand elles me prenaient dans leurs bras."
Il poursuit ainsi : "il y avait des joies simples, triviales : courir, sauter, manger des gâteaux, embrasser la peau douce et parfumée de ma mère ; mais j'attachais plus de prix au plaisir studieux et mêlés que j'éprouvais dans la compagnie des hommes mûrs."

« Quand Monsieur Barrault se penchait sur moi, son souffle m'affligeait des gènes exquises, je respirais avec zèle l'odeur ingrate de ses vertus. »
Jean-Paul Sartre est mal à l'aise avec son corps, il devrait prendre plaisir à gambader dans la nature, sans même parler du plaisir de la pêche, de sillonner la campagne au printemps ;
au contraire il affirme " je confondais mon corps et son malaise, p 75 " 

Tout ce que Jean-Paul Sartre connaît depuis le plus petit insecte, il l'a appris avec les livres, ses pierres levées, sans ambiguïté il raconte page 44, " c'est dans les livres que j'ai rencontré l'univers, ; classé, assimilé, étiqueté, pensé... "
C'est un enfant sans attaches terriennes, qui se sent et se dit déraciné.
On est moins surpris quand il avoue, je pourrais écrire les yeux fermés. Son instrument essentiel pour être présent, vivant, dans sa chair au monde, d'un trait, il dit pouvoir s'en passer.
"Puisque c'est mon lot, à moi, en un certain lieu de la terre et de m'y sentir superflu. p 77", et plus cruel encore il affirme, "J'étais rien : une transparence ineffaçable.p 76"

Le prophète, et la littérature en tant que sacré.
On peine à trouver des références claires, aux notions de morale. Par contre sa vocation il la décrit simplement : " le hasard m'avait fait homme, la générosité me ferait livre page 158. "
Page 158, il poursuit : " apparaître au Saint Esprit comme un précipité du langage, devenir une obsession pour l'espèce, être autre enfin, autre que moi, autre que les autres, autres que tout.
Je n'écrirais pas pour le plaisir d'écrire mais pour tailler ce corps de gloire dans les mots."

"À la considérer du haut de ma tombe, ma naissance m'apparut comme un mal nécessaire, comme une incarnation tout à fait provisoire, qui préparait ma transfiguration : pour renaître il fallait crier, pour écrire il fallait un cerveau, des yeux des bras, le travail terminé ces organes se résorberaient d'eux mêmes : aux environs de 1955 une larve éclaterait 25 papillons s'en échapperaient, pour aller se déposer sur un rayon de la Bibliothèque nationale."
Une nouvelle vision du monde
Page 159 il écrit, " ma conscience est en miettes, tant mieux. D'autres consciences m'ont pris en charge. Pour celui qui sait m'aimer, je suis son inquiétude la plus intime mais s'il veut me toucher je m'efface et disparais, je n'existe plus nulle part, je suis enfin ! Je suis partout parasite de l'humanité."
Il n'y a pas de morale qui retienne son attention, il n'y a que l'histoire, qui encore mérite d'être pensé par lui, Sartre providence, verbe et langage.
"La bibliothèque j'y voyais un temple ; p 51"
Ce texte" les Mots" est hallucinant, par la franchise, la gravité ou la naïveté avec laquelle il exprime, sa mission, la comparant à celle d'un prophète, qui porte une parole sacrée.
"Puisqu'on me refuse un destin d'homme , je serai le destin d'une mouche ; p 200.
Mon délire était manifestement travaillé ; p168 il termine son livre par ce que j'aime en ma folie !"
Alors quelle doit être leur place?
Pour moi l'humanité s'incarne ici, dans une expression charnelle de la vie, les mots sont l'expression des sens, de la vie et de la mort, l'expression de la souffrance.
L'enfant Jean-Paul juge cruellement sa mère, ou la voit comme une sœur dont il est le poupon.
Comment peut il effleurer par exemple les sentiments d'un Camus qui est dévoué et bouleversé par sa mère.
Il y a, me semble t-il beaucoup de souffrance, dans ces pages, et comme une nausée que l'adulte cherche à dissiper. Ce qui fait mystère et ce qui donne à cette confession une force exceptionnelle c'est de sentir son doute prodigieux, entre ses rêves démesurés et ce corps, sa condition humaine, qui n'a cessé de l'encombrer.
Qualifiant son œuvre, il est sévère ou élogieux et la perçoit comme évangélique pour changer le monde.Ou bien, une chimère tant les mises en perspectives sont violentes, avec ce "je suis un parasite" !

Dans un interview, Arlette Elkaïm Sartre, rapporte que Les Mots devait commencer par Jean sans terre, ( sans assise).

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olivberne
  04 juillet 2012
C'est l'une des meilleures autobiographie que je connaisse. C'est vrai, il faut aimer Sartre, l'aduler même un peu pour ne pas se lasser, mais comprendre le parcours d'un écrivain, depuis son enfance, au milieu des livres, permet de rêver, d'idéaliser les auteurs. Il ne raconte pas seulement sa vie, à travers des épisodes et des anecdotes, il l'analyse aussi, n'étant pas toujours tendre avec lui-même, même si on sent un discours apaisé et calme. Il ne l'a pourtant pas écrit juste avant sa mort mais bien avant, en pleine gloire. le texte est surtout un hommage à ceux qui vous donnent l'envie, à ceux qui vous font découvrir une passion, et enfin, un hymne aux belles lettres.
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maxsantoul
  26 décembre 2010
Il me semble avoir entendu dire par des grincheux sûrement bien inspirés, que Jean-Paul Sartre était meilleur écrivain que philosophe. Ne comprenant pas grand-chose à la philosophie - du moins à la philosophie des philosophes modernes qui se grattent la tête pour essayer d'évacuer du crâne par un ulcère pathomimique le trop-plein de pensée accumulée dans les méninges - je dirai que Sartre l'écrivain m'a totalement envoûté.
Son roman, nourri par des souvenirs autobiographiques un peu « snobinards » parfois, sinon guindés (mais les ferrailleurs de torts sont souvent habités des défauts qu'ils pourfendent), recompose l'initiation d'un écrivain qu'il pressent, convoite, puis devient.
Les Mots, c'est donc l'histoire d'un parcours lucide sur une enfance le conduisant au lettré qu'il est devenu. Et, sur un ton peut-être « faussement » modeste, Sartre écrit ce que d'autres qualifieront de chef d'oeuvre. Si j'en avais l'agrément d'autorité, je serais aussi de cet avis.
« C'est l'histoire d'un orphelin solitaire réfugié dans les livres. C'est aussi celle d'un écrivain précoce qui promène un regard sans concession sur les adultes. L'écriture est ramassée, compacte, polie comme un galet, elle se prête à lecture et relecture, révélant chaque fois de nouvelles facettes.
Ce qui me passionne, c'est l'ambivalence entre dérision et autodérision, entre mensonge et vérité. Dans cette famille qui est à sa façon un microcosme de la société, chacun joue un rôle (y compris le petit Jean-Paul, à la fois spectateur et souffleur). L'écriture échappe-t-elle à l'équation fondamentale qui fait de l'homme un comédien ? La fiction dans la fiction est peut-être la seule vérité, ce qui accule le romancier à une sorte de religion de l'écriture... » Par Toscan sur Amazon.
Je n'y changerai pas une virgule, tant cette analyse me replonge dans Ménino le souffle coupé.
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brigittelascombe
  08 décembre 2011
"Etre autre enfin"
Cet autre, Poulou le cabotin, l'enfant sans père aliéné par son grand-père, "le Patriarche", Jean Paul Sartre l'a cherché à travers les mots pour naitre de l'écriture et devenir Sartre par delà l'image imposée.
C'est toute la théorie de l'existentialisme qui nous est présentée dans ce récit autobiographique au style alerte incisif, aux phrases courtes, et à l'ironie mordante.
Sartre (normalien surdoué agrégé de philosophie) revient sur son enfance "de petit bourgeois" (cinquante ans plus tard dans un contexte historique de guerre froide), alors qu' écrivain engagé mondialement connu, il pense en l'avenir du communisme pour un monde empreint de justice.
Autocritique et persifflage à la fois, Les mots, nous offrent sans complaisance tout ce qui a fait Sartre et tout ce qui a nourri sa philosophie.
Suivi dix ans plus tard d'un film Sartre par lui même, cet essai littéraire enrichissant est utile pour accéder aux principales lignes de pensées de ce grand intellectuel né petit bourgeois et devenu anti bourgeois.
En fusion avec une mère aimante lui permettant de piocher son optimisme à travers de naïves lectures comme Buffalo Bill, il se complaisait dans l'image de "singe savant" imposée par Charles Schweitzer qui le destinait à la "cléricature" puis en a fait un professeur.
Il faut de la force pour s'extraire du désir d'une trop grande autorité qui vous dédouble en vous empêchant de choisir.
Il faut la passion des mots pour devenir écrivain à part entière. Il faut s'engager dans la vie pour être soi.
Les mots: le destin d'un individu hors normes et un classique de la littérature écrit bien après L'être et le néant (qui avait déchainé les passions) et qui démontre que l'homme "devient ce qu'il se fait et" non ce qu'on veut faire de lui en le coulant dans un moule.
N'a-t-il pas écrit dans L'existentialisme est un humanisme:
"L'homme n'est rien d'autre que son projet".
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Citations et extraits (281) Voir plus Ajouter une citation
Margot_RMargot_R   08 mars 2010
Non. Je ne manque nulle part, je ne laisse pas de vide. Les métros sont bondés, les restaurants comblés, les têtes bourrées à craquer de petits soucis. J'ai glissé hors du monde et il est resté plein. Comme un oeuf. Il faut croire que je n'étais pas indispensable. J'aurais voulu être indispensable. A quelque chose ou à quelqu'un. A propos, je t'aimais. Je te le dis à présent parce que ça n'a plus d'importance.
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KATE92KATE92   08 juillet 2012
Sur les terrasses du Luxembourg, des enfants jouaient, je m'approchais d'eux, ils me frôlaient sans me voir, je les regardais avec des yeux de pauvre: comme ils étaient forts et rapides! comme ils étaient beaux! Devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse, mon savoir universel, ma musculature athlétique, mon adresse spadassine; je m'accotais à un arbre, j'attendais. Sur un mot du chef de la bande, brutalement jeté: « Avance, Pardaillan, c'est toi qui feras le prisonnier », j'aurais abandonné mes privilèges. Même un rôle muet m'eût comblé; j'aurais accepté dans l'enthousiasme de faire un blessé sur une civière, un mort. L'occasion ne m'en fut pas donnée: j'avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait. Je n'en revenais pas de me découvrir par eux: ni merveille ni méduse, un gringalet qui n'intéressait personne. Ma mère cachait mal son indignation: cette grande et belle femme s'arrangeait fort bien de ma courte taille, elle n'y voyait rien que de naturel: les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père, voilà tout. Elle aimait que je fusse, à huit ans, resté portatif et d'un maniement aisé: mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé. Mais, voyant que nul ne m'invitait à jouer, elle poussait l'amour jusqu'à deviner que je risquais de me prendre pour un nain — ce que je ne suis pas tout à fait — et d'en souffrir. Pour me sauver du désespoir elle feignait l'impatience: « Qu'est-ce que tu attends, gros benêt? Demande-leur s'ils veulent jouer avec toi. » Je secouais la tête: j'aurais accepté les besognes les plus basses» je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter. Elle désignait des dames qui tricotaient sur des fauteuils de fer: « Veux-tu que je parle à leurs mamans? » Je la suppliais de n'en rien faire; elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d'arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus. Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir, les hauts lieux où soufflait l'esprit, mes songes: je me vengeais de mes déconvenues par six mots d'enfant et le massacre de cent reîtres.
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DisorderDisorder   18 novembre 2008
Naturellement, tout le monde croyait, chez nous : par discrétion. Sept ou huit ans après le ministère Combes, l’incroyance déclarée gardait la violence et le débraillé de la passion ; un athée, c’était un original, un furieux qu’on n’invitait pas à dîner de peur qu’il ne « fît une sortie », un fanatique encombré de tabous qui se refusait le droit de s’agenouiller dans les églises, d’y marier ses filles et d’y pleurer délicieusement, qui s’imposait de prouver la vérité de sa doctrine par la pureté de ses mœurs, qui s’acharnait contre lui-même et contre son bonheur au point de s’ôter le moyen de mourir consolé, un maniaque de Dieu qui voyait partout Son absence et qui ne pouvait ouvrir la bouche sans prononcer Son nom, bref, un Monsieur qui avait des convictions religieuses. Le croyant n’en avait point : depuis deux mille ans les certitudes chrétiennes avaient eu le temps de faire leurs preuves, elles appartenaient à tous, on leur demandait de briller dans le regard d’un prêtre, dans le demi-jour d’une église et d’éclairer les âmes mais nul n’avait besoin de les reprendre à son compte ; c’était le patrimoine commun. La bonne Société croyait en Dieu pour ne pas parler de Lui. Comme la religion semblait tolérante ! Comme elle était commode : le chrétien pouvait déserter la Messe et marier religieusement ses enfants, sourire des « bondieuseries » de Saint-Sulpice et verser des larmes en écoutant la Marche Nuptiale de Lohengrin ; il n’était pas tenu ni de mener une vie exemplaire ni de mourir dans le désespoir, pas même de se faire crémer. Dans notre milieu, dans ma famille, la foi n’était qu’un nom d’apparat pour la douce liberté française ; on m’avait baptisé, comme tant d’autres, pour préserver mon indépendance : en me refusant le baptême, on eût craint de violenter mon âme ; catholique inscrit, j’étais libre, j’étais normal : « Plus tard, disait-on, il fera ce qu’il voudra. » On jugeait alors beaucoup plus difficile de gagner la foi que de la perdre.
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mademoisellepenelopemademoisellepenelope   18 décembre 2010
C'est mon habitude et puis c'est mon métier. Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée : à présent je connais notre impuissance. N'importe : je fais, je ferai des livres ; il en faut ; cela sert tout de même. La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas. Mais c'est un produit de l'homme : il s'y projette, s'y reconnaît ; seul ce miroir critique lui offre son image. Du reste, ce vieux bâtiment ruineux, mon imposture, c'est aussi mon caractère : on se défait d'une névrose, on ne se guérit pas de soi.
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lireanimeslireanimes   03 juin 2008
La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas. Mais c’est un produit de l’homme : il s’y projette, s’y reconnaît ; seul, ce miroir critique lui offre son image.
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Vidéo de Jean-Paul Sartre
"Prête à tout pour former un couple mythique avec un grand écrivain"
En librairie le 17 octobre 2018 144 pages ? 15 ?
« Ma chambre se prête à la volupté. C?est là que j?écris. J?ai ce rêve fou de mettre des plumes sous ma couette. de mêler amour et littérature en faisant couple avec un grand écrivain. Grâce à ses confidences sur l?oreiller, peut-être parviendrai-je à percer les secrets de fabrication d?un best-seller?Madame de Staël faisait salon. Moi, je ferai chambre. » Anne rêve de rencontrer le Henry Miller ou le Jean-Paul Sartre d?aujourd?hui qui fera d?elle la nouvelle Anaïs Nin ou Simone de Beauvoir de sa génération. Elle part (ainsi) à la conquête de Saint-Germain-des-Près avec l?intention de séduire journalistes, éditeurs et écrivains branchés. Hélas, ses aventures érotico-littéraires ne se déroulent pas tout à fait comme elle se l?était imaginé? Avec un humour caustique, l?auteur brosse le portrait de personnalités du monde littéraire parisien. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne serait pas purement fortuite?
Amandine Cornette de Saint Cyr a été l?assistante de Stéphane Bern au Figaro Madame et a travaillé à la télévision. Elle a publié deux romans : Bonne à rien (Anne Carrière, 2007) et Les dents de ma mère (Plon, 2012). Elle est la fille de la galeriste Sylvana Lorenz et l?ex-belle-fille du commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr. Elle réside à Paris et se rend souvent à Nice.
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