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EAN : 9782913904316
123 pages
La Chambre d'Echos (01/04/2006)
3.72/5   9 notes
Résumé :

Ses livres et la cigarette, ses petits boulots, son quartier (Belleville), les hommes qui passent et celui qui va rester constituent le quotidien, traité avec humour, d'une jeune femme dont le programme est " lire la nuit, rêver le jour à ses lectures ". Un texte qui s'adresse aux grands lecteurs, aux fumeurs, aux ex-fumeurs, aux immigrés, aux lettrés, aux CPE, aux emplois précaires, aux jeunes femmes délurées, aux ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Apoapo
  24 juillet 2019
Les premières pages le précisent : « fumer » les livres, c'est revendre sa bibliothèque petit à petit à un libraire d'occasion, afin d'en utiliser l'argent pour l'achat de tabac. Et portant, mon imaginaire, sans doute conditionné par l'expression « partir en fumée », s'envole vers des cauchemars d'autodafé, en particulier par association avec le célèbre premier roman d'Elias Canetti qui porte précisément ce titre. Et ça m'étonnerait que l'auteure n'ait pas fait exprès d'entretenir cette confusion peu ou prou.
Cet acte de renonciation volontaire à sa bibliothèque, même après relecture des ouvrages dont la narratrice se sépare dans un ordre auquel elle attache beaucoup d'importance, en conjonction avec le thème de la fumée, est assurément un acte sacrificiel et un symptôme de souffrance existentielle dérangeants donc pour tout lecteur enclin à la projectivité voire à l'identification (ainsi j'interprète les commentaires négatifs lus sur ce livre qui, moi, m'a beaucoup plu). Zamoum l'y pousse d'autant plus délibérément que se joignent au sacrifice d'autres ingrédients narratifs relevant de recherche du réalisme – le parcours socio-professionnel précarisé de la narratrice, ses multiples amours, son logement sous-loué à un émigré algérien reparti pour sa retraite, bref, son quotidien rempli de considérations épisodiques véridiques non dépourvues d'humour. Par dessus tout, ce réalisme dérangeant concerne l'évolution dynamique du personnage, que l'on voit mûrir sous nos yeux, en cinq ans.
Sa souffrance existentielle s'estompe, ses amours viennent à maturité, ses faibles ressources ne sont plus la misère, même son nouveau travail perd son caractère rébarbatif, mais d'abord et surtout, la liquidation de sa bibliothèque est envisagée en parallèle avec la possibilité d'un création littéraire, inconcevable au début. Comme un contrepoint ou une compensation. Concrètement, la relecture des livres avant bradage porte la narratrice à entamer une réflexion assez élaborée sur « ce qu'implique pour l'écrivain d'écrire ». le roman se transforme insensiblement en essai sur la littérature contemporaine, en guise de tâtonnement de la narratrice en quête de sa poétique à venir. Cette réflexion accompagne les genres et les auteurs qu'elle « fume » au fil des pages, par ex. le « tabac-Camus » ou le problème d'identité chez Romain Gary : autant d'obstacles ou de contraintes surmontés contre son inhibition à écrire. Maturation psychologique et intellectuelle d'une narratrice. L'humour et le quotidien aidant le texte à rester romanesque...
La chute ne présente d'éléments de suspense que la révélation ô combien essentielle du prénom du libraire, et la décision salutaire d'arrêter de fumer, sans pour autant de regret « d'avoir tant fumé » !
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dido600
  10 décembre 2018
Il paraît que c'est en «fumant» «La solitude du coureur de fond » que l'idée lui était venue de raconter comment elle a «fumé» ses livres et surtout de le faire avant l'épuisement de sa bibliothèque, assez disparate selon elle. Fumer veut dire, ici, tout simplement «vendre»… au kilo… au buraliste du coin, les centaines d'ouvrages accumulés, par elle et par d'autres, durant des années et des années… pour se payer ses nombreuses cigarettes quotidiennes.
En fait, ce ne sont pas les cigarettes qui l'intéressent, encore que… mais, bien plutôt, se débarrasser - en cinq ans - d'un héritage et d'acquisitions devenus de plus en plus gênants pour sa créativité littéraire. Après avoir tout lu et relu, il était évident, pour elle, consciemment ou non, qu'il fallait qu'à son tour elle se mette à écrire. Vider sa bibliothèque était la seule voie pour commencer à la meubler avec sa propre production. «Il est certain que les rayonnages se vidant, il fallait penser à quelque chose». Ecrire (entre un peu d'amour et de plaisir et un peu de boulot pour faire face aux besoins physiques de sa vie végétale ), voilà le maître-mot de sa nouvelle vie.
Deux mille neuf cent vingt-trois livres «partis en fumée» en moins de cinq années. «Mais quelle fumée ! Celle des mots, des sentiments et d'une intériorité que rien ne saurait rendre palpable, sinon ces exhalaisons. L'invisible rend visible». Sa bibliothèque est enfin totalement vid(é)e. Elle arrête de vraiment fumer. Elle rencontre enfin l'amour (le libraire acheteur, pardi !car seul capable de la comprendre et de ne pas l'assommer, comme les amants précédents, avec les problèmes futiles de la vie quotidienne)… et elle se met sérieusement… à écrire son roman… et à penser à re-meubler sa bibliothèque de livres, selon ses goûts et ses envies… avec, bien sûr, son oeuvre en bonne position.
Un livre sur le livre. Sur l'écriture. Sur l'amour et le désamour du livre. Un peu surréaliste comme écriture et comme ambiance. Un peu insaisissable… comme la fumée de cigarettes… mais laisse des traces.
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PegLutine
  08 octobre 2018
A la base, c'est un livre qui me sort de ma "zone de confort": est-ce un récit? est-ce un roman? est-ce un récit philosophique?... J'ai beaucoup de mal à le situer, j'hésite même avec un essai, tant par moment on est dans le coeur de la littérature et rien n'avance dans l'histoire. Cette amoureuse des livres qui les vend pour pouvoir fumer pendant qu'elle écrit son livre, c'est tiré par les cheveux mais acceptable, j'aime assez l'image que ça donne. La réflexion sur la place d'un livre dans une vie, sur l'envie de lire, l'envie d'écrire, donne une impression d'érudition, une belle mise en abîme de littérature dans la littérature.
Mais il m'a manqué le côté "viens je t'embarque dans mon histoire!": il n'y avait pas tellement de suspens sur la réussite de son essai d'écriture, et on reste assez distant des personnages. Pour faire un rapprochement (et un compliment à mon avis) ça m'a fait parfois penser aux cheminements de Kundera, mais ça ne m'a pas autant touchée.
Merci en tout cas pour cette découverte à Babelio et aux éditions La Chambre d'échos, et bravo pour ce titre magnifique et bien trouvé!
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IreneAdler
  29 septembre 2018
La narratrice quitte un boulot dans l'édition, sa formation de journaliste et se décide à vendre ses livres pour fumer et écrire son propre roman. Pourquoi pas ; en plus, selon le genre des livres vendus, elle ne ressent pas la même chose lorsqu'elle fume. Fumer du roman noir ne ressemble à fumer du Camus.
Franchement, sur le descriptif Masse Critique et la 4ème de couverture, ça s'annoncer plutôt pas mal. Au final, ce n'est pas mauvais, mais anecdotique.
Il y a des fulgurances, mais entre elles, que de bavardages. Très franchement, je ne l'ai pas terminé. Il est dans mon sac, je vais l'en sortir pour en mettre un autre et je n'aurai pas vraiment l'impression d'avoir raté grand chose, et il ne me reste pourtant pas grand chose comme pages à lire. Mais tout cela glisse sur moi, et me laisse indifférente...
Merci à Masse Critique et aux édition La Chambre d'Échos pour cet envoi.
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BVIALLET
  14 avril 2012
L'héroïne a pris la décision de vendre son immense bibliothèque morceau par morceau, livre par livre ou série par série pour s'acheter du tabac dans lequel elle pense trouver l'inspiration pour écrire son tour un livre. Malheureusement son inspiration est fort laborieuse et il lui faudra toute la durée du livre (123 pages) pour se rendre compte qu'elle n'arrive pas à le pondre ce fichu bouquin et qu'après tout, elle n'en a plus envie, même plus vraiment besoin.
Cette gentille dilettante survit de son petit boulot de télé prospectrice, c'est-à-dire de vendeuse d'assurance-vie par téléphone. Il lui faut se présenter sous le pseudonyme de Danielle Dupont pour mieux accrocher ses interlocuteurs et mieux placer son produit. le reste du temps, elle lit, fume, essaye d'écrire, rencontre des hommes mais ne les garde que fort peu de temps…
L'intrigue est un peu mince. En fait, ce livre n'est pas vraiment un roman mais plutôt une sorte de longue méditation sur les livres, la littérature, l'identité et le paradoxe de l'écrivain, ce démiurge qui à l'aide de mots bien choisis arrive à recréer un monde et surtout à susciter des émotions chez son lecteur. S'il n'échappe pas à un certain nombrilisme, supportable car léger, ce livre trouve grâce à mes yeux car il a le mérite de faire réfléchir… Et puis c'est tellement agréable d'avoir eu l'impression de converser avec quelqu'un d'intelligent. On se sent soi-même un peu moins sot.
Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
LaureaimelireLaureaimelire   31 mai 2020
En y réfléchissant, sérieusement car cela frise l'absurde parfois, je me rendis compte que respirer est finalement la seule activité gratuite, jusqu'à nouvel ordre bien sûr.

*

C'est à ce moment là que j'ai compris l'importance de l'oxygène, du grand air. Respirer, avoir suffisamment d'air autour de soi pour déployer ses poumons, c'est la véritable existence. Et il ne s'agit pas uniquement d'espace, mais de qualité de l'air, qualité qui n'a rien à voir avec la pureté.

*

Finalement, l'absence d'action est assez normale. L'illusion serait de croire que l'on peut quelque chose. Les gens meurent autour de soi et on n'y peut rien, on voudrait avec une maison mais on n'en a pas les moyens, on croit être beau et puis un jour le miroir se désenchante, on croit être aimé puis on se rend compte qu'on est seul, on pense être intelligent puis on se rend compte que l'on n'a rien compris, on croit avoir le pouvoir sur sa vie puis on s'aperçoit qu'on est ballotté comme du bétail dans un camion sans amortisseurs sur une route de campagne.

*

Les bibliothèques sont virtuelles, elles le sont toutes, leur part réelle n'est qu'illusion, les livres s'échappent dès qu'ils sont fermés, ils s'échappent dès que l'on tourne une page, dès qu'ils sont placés à côté d'autres, ils s'échappent dès qu'on les lit. La réalité de leur présence n'est qu'un leurre, ils ne nous appartiennent pas et on ne les possède jamais.
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BVIALLETBVIALLET   14 avril 2012
C’est cela, les livres, des actes de générosité qui s’adressent à des inconnus, pour leur dire des choses que l’on dit habituellement aux siens. Les écrivains sont sûrement autre chose que ce qu’ils paraissent être, une parole libre, la sagesse du monde.
Les bibliothèques sont virtuelles, elles le sont toutes, leur part réelle n’est qu’illusion, les livres s’échappent dès qu’ils sont fermés, ils s’échappent dès que l’on tourne une page, dès qu’ils sont placés à côté d’autres, ils s’échappent dès qu’on les lit.
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ApoapoApoapo   24 juillet 2019
« N'aurais-je pas peur de la prédation dont sont coupables certains de mes contemporains, sans réserve, puisqu'ils jouissent d'un alibi professionnel (acteurs sociaux divers accrédités de la mission de décrypter toutes les manifestations publiques, de la prise de parole à la fréquentation de lieux publics, des habitudes de consommation à la production artistique) ? Peur d'être rangée dans une catégorie qui me fait horreur, associée à des choses qui me sont étrangères et dont la proximité ne se révélerait que par les mystères de catégories pré-établies ? Certes mon époque n'est pas celle, bénie, où est avenu le Surréalisme et la normalisation s'est systématisée au point d'investir la vie. » (pp. 55-56)
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ApoapoApoapo   24 juillet 2019
« Ces livres ont peut-être été écrits par des types comme ça, qui sont un jour écrivains et qui deviennent le lendemain rien, à cause de la situation politique d'un pays, à cause d'un exil forcé, à cause de difficultés à s'adapter. Certains s'adaptent à tout, au pire comme au meilleur, et on les dit résistants. Mais d'autres, faits d'un métal plus précieux, moins composite, ne le peuvent pas. Ils dépérissent et meurent, en même temps que les réalités qui les ont enfantés. On les appelle dans le jargon social des inadaptés, des personnes qui ont du mal à s'insérer, mais ils sont peut-être la preuve que des réalités plus belles ont existé car ils en restent à jamais nostalgiques. » (p. 91)
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PegLutinePegLutine   08 octobre 2018
C'est ce qui m'a fait penser, au départ, à la complémentarité entre la littérature et le tabac. Ce dernier se révèle indispensable là où il n'y a plus de littérature. Et du coup, par le truchement de mes ventes, l'un prolonge l'autre, il y a juste un léger décalage temporel à chaque fois. Actuellement je lis L'inconnu du Nord-Express de Patricia Highsmith et je fume La Reine des pommes de Chester Himes.
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