> Françoise Brun (Traducteur)

ISBN : 2070419657
Éditeur : Gallimard (2001)


Note moyenne : 3.82/5 (sur 512 notes) Ajouter à mes livres
Plus que le mortel ennui d'une vie répétitive, c'est une indifférence, une absence de résistance à la vie que Baricco suggère en ouvrant son roman par quelques phrases laconiques, purement énonciatives. Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se ref... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par asphodele85, le 22 janvier 2012

    asphodele85
    Cette minuscule histoire qui tient en 142 pages pourrait ne pas en être une. C'est un rêve merveilleux au coeur des mots d'Alessandro Baricco, une caresse douce comme la soie qui enveloppe ce roman d'un voile arachnéen. Une construction qui s'étire comme un long poème ou une chanson avec des refrains qui reviennent sans cesse, itératifs pour mieux scander la répétition de la vie, sa monotonie implacable mais aussi ses détours assassins quand ils frappent un destin déjà écrit en apparence.
    Nous sommes en 1861. L'Europe voit tous ses élevages de vers à soie périr, touchés par une épidémie sans antidote. Hervé Joncour, 32 ans au début de la narration, notable de Lavilledieu est envoyé au Japon (qui est encore fermé au commerce extérieur) pour sauver la situation en France et réimplanter des vers à soie sains. Sa jeune femme, Hélène l'attend comme elle attend de pouvoir lui donner un enfant, heureuse, aérienne et naïve en apparence. Quatre fois il entreprendra cet interminable périple et rencontrera Hara Kei, le seigneur de la soie, mais je ne peux vous en dire plus sur l'histoire car elle éclot au fur et à mesure des pages, telle la corolle sanglante d'un coquelicot qui s'ouvre, puis s'offre au soleil dans la douceur du temps avant de retourner à l'éphémère destin des fleurs.
    Les mots coulent en nous, forts et implacables quand il s'agit de la routine d'un couple bienséant et bourgeois, les mots s'égarent quand Hervé se retrouve contre son gré pris au piège du regard d'une très jeune fille, lascivement allongée dans la maison de papier de son hôte, la tête délicatement posée sur les genoux de ce dernier et ” que ces yeux là n'avaient pas une forme orientale et qu'ils étaient avec une intensité déconcertante, pointés sur lui”, enfermé dans le mystère d'un bout de papier plié en quatre et recouvert de ” quelques idéogrammes dessinés l'un en dessous de l'autre. Encre noire“. Ce bout de papier qui le hante et qu'il fait traduire par une maquerelle japonaise magnifique avec ses fleurs bleues enroulées autour des doigts “comme des bagues”, fleurs bleues, laissées ici et là comme un symbole, comme tous les symboles qui se répètent à l'envi tout au long du livre. Mais celui-ci va se révéler majeur…
    Tout est dans la suggestion des fantasmes et en même temps le martèlement répétitif et inexorable de la réalité de l'époque, de la vie de ce couple atypique, vie qui se déroule dans un silence inébranlable. Se méfier des silences. La beauté presque douloureuse qui transpire de ces trop courtes pages est indicible comme “Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais”…. dans le bruissement fragile de la soie qui se froisse…
    Alessandro Baricco a publié soie en 1996, traduit en France en 1997, il est devenu en “quelques mois un roman culte, -succès mérité pour le plus raffiné des jeunes écrivains italiens.” Alessandro Baricco est également musicologue, a créé la Holden Scuela, en hommage à L'Attrape-coeurs de Salinger. Et on entend la musique dans ses mots…
    Ce livre été porté à l'écran en 2007 avec Keira Knigtley (Hélène Joncour) et Michael Pitt (Hervé Joncour). Je ne sais pas comment un film pourrait rendre cette part irréelle, évanescente du roman…Mais je serais curieuse de le voir, une mise en bouche ci-dessous.
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    • Livres 5.00/5
    Par comtesseoboulof, le 02 février 2012

    comtesseoboulof
    Ce livre parle du désir de l'autre, soudain, inattendu, non consommé, et qui fait basculer la vie dans la nostalgie, d'un moment non vécu. Et c'est ainsi qu'anesthésiée, l'âme, prisonnière, devient incapable d'entrevoir l'amour fou, réel, vivant à ses côtés.
    Raconter l'histoire serait préjudiciable au lecteur vierge de ce roman. Mais osez le voyage, glissez vous au côté d'Hervé Joncour, acheteur de vers à soie, vivant son destin de manière nonchalante et répétitive, jusqu'à ce qu'un séjour au Japon, pays producteur d'une soie, si légère qu'elle évoque la douceur de la peau, fasse envoler son âme tels ces oiseaux bleues qui accompagnent sa route.
    A tous ceux qui ont connus l'amour à l'état brut, quand il est trancendé par l'acte physique, l'auteur, nous fait cadeau d'une lettre magnifique qui fait ressurgir une emotion vibrante. Un livre à garder près du coeur.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Ikebukuro, le 06 novembre 2010

    Ikebukuro
    ncore un petit livre assez court qui se lit très vite mais quelle merveille de finesse et de délicatesse. Je l'ai lu pratiquement d'une traite et je me demande si je ne vais pas le relire à nouveau pour en savourer pleinement le et toute la subtilité de l'histoire. J'ai un peu de mal à en parler car tout ce que je pourrai dire me semble bien en dessous de ce que j'ai pu ressentir à la lecture de ce roman et dérisoire par rapport à la qualité de ce livre. Je suis rarement tombée sur un texte qui m'a transportée à ce point !
    J'ai donc accompagné Hervé Joncour dans ce voyage à l'autre bout du monde à la rencontre de ce pays si particulier, encore fermé à cette époque, au monde occidental. Spectatrice un peu voyeuse de cette histoire d'amour hors du temps où toute parole semble inutile et presque sacrilège. J'ai voyagé moi aussi à travers l'Europe et l'Asie à la recherche de ces vers à soie, en quête d'une impossible rencontre où le temps qui passe n'a plus d'importance. J'ai moi aussi attendu fébrile pendant des jours, pendant des mois, le voyage qui nous ramènerait vers un geste où un simple regard, ce moment indicible où le temps s'arrête et où plus rien n'a vraiment d'importance si ce n'est ce petit fil si ténu qui nous relie à l'Autre.
    J'ai aimé tous les personnages, chacun apportant sa pierre à la construction du récit, chacun avec son importance et son rôle à jouer. Nul besoin de mots ou de grandes phrases pour comprendre les sentiments qui lient les protagonistes de l'histoire. Les silences sont d'une telle éloquence ! Une vie entière qui se déroule dans l'attente, l'attente du prochain voyage pour Hervé Joncour, l'attente du retour de la personne que l'on aime pour sa femme Hélène, l'attente d'un mot, d'un message... jusqu'à cette ultime lettre comme un dernier signe d'amour.
    Rarement, j'ai eu cette impression que chaque mot, chaque virgule ou chaque répétition sonnait juste à ce point. A aucun moment on tombe dans la mièvrerie ou dans les clichés sur les histoires d'amour impossibles, tous les termes sont pesés, sans fioritures, à l'image de ces petits poèmes japonais où chaque mot est à sa place. le dépouillé de ces chapitres très courts donne encore plus de force au roman et de puissance à l'histoire. Un récit épuré qui va à l'essentiel des sentiments et des choix. soie est un voyage à travers le temps, fait d'émotions contenues et de moments de grâce.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Zazette97, le 17 avril 2010

    Zazette97
    "soie" est un roman de l'écrivain italien Alessandro Baricco publié en 1996.
    Lavilledieu, 1861. Hervé Joncour a 32 ans et exerce la profession de négociant séricicole.
    Chaque année, parce que les élevages européens sont infestés, Hervé s'en va quelques mois, le temps de franchir la Méditerranée et de ramener des oeufs sains dont la vente leur assure, à lui et à sa femme Hélène, une vie paisible le reste de l'année.
    Mais l'infection se propage au-delà de l'Europe et le seul territoire encore en mesure de lui fournir des oeufs viables est le Japon, une contrée encore hostile à la venue de l'étranger.
    Hervé n'a pas d'autre choix que de voyager vers l'inconnu. Les expéditions se soldent par de francs succès, faisant d'Hervé un homme riche.
    Mais une guerre se déclare au Japon et pourtant Hervé ne peut se résoudre à rester au pays, d'autant que là-bas, à des milliers de kilomètres de lui, réside une femme qui a su le troubler...
    Il peut m'arriver parfois de ressentir une envie subite et précise de relire un livre que j'ai particulièrement aimé. La chose est rare, tant je privilégie les lectures qu'il me reste encore à découvrir, mais se produit de temps à autre.
    Dans ces moments-là, je laisse tout en plan. La vaisselle, le ménage, parfois même le repas, se voient dès lors remis à plus tard.
    C'est ainsi que j'ai laissé le temps suspendre son vol il y a quelques jours et que j'ai décidé de relire "soie". Et, une chose en entraînant une autre, j'en ai profité pour découvrir le film qui en avait été tiré et sorti en août dernier.
    Mais le livre d'abord, toujours.
    Et là, alors que je m'apprête à vous vanter les mérites de ce livre qui m'a tant émerveillée, je me rends compte que j'ai du mal à en parler. J'ai l'impression que quoi que j'en dise, mes propos ne pourront jamais être à la hauteur de l'oeuvre.
    Mais si je me contentais de vous dire "Lisez-le", je ne sais pas si ces 3 syllabes suffiraient à elles seules à vous faire vous précipiter en librairie pour acquérir ce petit bijou.
    Considérez donc ce billet comme un essai, une tentative presque désespérée de vous faire découvrir ce qui est assurément l'une de mes plus belles lectures.
    "soie", c'est l'histoire d'un couple qui traverse le temps et les absences. Hélène est une femme qui aime son mari au point de le laisser partir tout en guettant impatiemment son retour, souffrant en silence de le retrouver plus absent à chaque retour qu'il ne l'était avant de partir.
    C'est un être tout en dévotion mais néanmoins une épouse qui est loin d'être crédule.
    Hervé aime sa femme mais c'est un homme qui ne s'ancre nulle part, partagé entre deux mondes, le réel symbolisé par le quotidien avec Hélène, cette facette de sa vie qu'il pense acquise et éternelle, et l'inaccessible incarné par cette femme mystérieuse dont il ne sait rien.
    Hervé Joncour est un homme qu'on aurait envie de secouer comme un prunier, une sorte d'âne de Buridan qui subit sa vie au lieu de la prendre en main. On peut se demander si il a un jour été heureux tant son esprit ne semble jamais connaître la tranquillité.
    La force de ce roman réside sans doute dans sa capacité à dire beaucoup en peu de mots, à faire parler les silences, à laisser le lecteur imaginer ce qu'il souhaite de la vie de chacun des personnages dont les états d'âme se devinent plus qu'ils ne s'étalent.
    Le style est épuré, tout en concision. Les chapitres numérotés et espacés rappellent les haïku japonais.
    Pas de fioritures s'illustrant dans des descriptions sans fin des aller-retour d'Hervé. Juste la redondance de quelques phrases rappelant ces longs trajets jusqu'au bout du monde (mais qui sonnent pourtant comme de fausses routines).
    L'histoire de ce roman a beau être triste, on en ressort étrangement serein, métamorphosé, peut-être même grandi.
    Loin pourtant de verser dans une fable moralisatrice sur l'importance des priorités dans l'existence, "soie" touche à l'essentiel en initiant une profonde réflexion sur la place que tiennent nos proches dans notre vie et qu'il ne faut jamais tarder à aimer.
    Tout est inscrit entre les lignes, remis entre les mains du lecteur. Et c'est bien là ce qu'il y a de magique avec ce livre. Il y a autant de lectures qu'il y a de lecteurs et plusieurs lectures pour chacun d'entre eux.
    C'est sans doute pour cette raison que ce livre peut être relu et conseillé à souhait : parce qu'il touche à l'infini. Mille merci Monsieur Baricco.
    Un livre tout simplement Magnifique. Bref. Lisez-le :)

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2010/03/soie-alessandro-baricco.html
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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 20 février 2012

    le_Bison
    Nous sommes en 1860. Les élevages de vers à soie européens sont tous contaminés par une terrible épidémie. Ceux du Moyen-Orient commencent à subir le même sort. Une seule solution pour éviter la faillite de toutes les filatures de la région des monts Vivarais : affronter l'inconnu en allant acheter de nouveaux vers à soie aux confins de la jungle japonaise. le Japon est, à cette époque, une terre encore inconnue. Peu d'étrangers ont parcouru ce long et dangereux voyage. Hervé Joncour est l'homme de la situation et va entreprendre à plusieurs reprises ces périlleuses expéditions. Un brin aventurier et curieux, il sera confronté avec un nouveau monde, choc de deux cultures avec un pays en guerre, et découvrira un autre amour...
    La soie et la sacralisation de ses tissus à l'autre bout du monde, la découverte d'un nouveau Japon et le face-à-face entre deux civilisations aux mœurs bien différentes. Lire soie revient à rêver l'espace de quelques pages. Un court et doux roman sur une autre époque, sur le bruissement délicat du tissu de soie dans le pesant silence de la jungle, sur l'émergence d'une nouvelle passion et d'un amour impossible, sur le temps immuable qui s'égrène au fil de la sensualité des saisons.
    Poétique. Silencieux.
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Citations et extraits

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  • Par Audreyy, le 20 mai 2012

    Tu étais mort, et il n'y avait plus rien de beau au monde.
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  • Par Audreyy, le 18 mai 2012

    - Une volière?
    - Oui.
    - Et pour servir à quoi?
    - Tu la remplis d'oiseaux, le plus que tu peux, et le jour où il t'arrive quelque chose d'heureux, tu ouvres la porte en grand et tu les regardes s'envoler.
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  • Par liliba, le 28 mai 2010

    Devant lui, il vit l'immense volière, avec ses portes grandes ouvertes, absolument vide. Et devant la volière, une femme. Il ne regarda pas autour de lui et continua simplement à marcher, lentement, ne s'arrêtant que lorsqu'il fut face à elle.
    Ses yeux n'avaient pas une forme orientale, et son visage était celui d'une jeune fille.
    Hervé Joncour fit un pas vers elle, tendit le bras et ouvrit la main. Sur sa paume, il y avait un billet, plié en quatre. Elle le vit et son visage tout entier se mit à sourire. Elle posa sa main sur celle d'Hervé Joncour, serra avec douceur, s'attarda un instant, puis la retira, gardant entre ses doigts ce billet qui avait fait le tour du monde. Elle l'avait à peine caché dans un pli de son vêtement que la voix d'Hara Kei se fit entendre.
    — Soyez le bienvenu, mon ami français.
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  • Par comtesseoboulof, le 29 janvier 2012

    Il vie les visages muets qu'ont les gens quand ils sont en fuite. Et il vit un arbre, au bord de la route, Et accroché à une branche, pendu, le garçon qui l'avait emmené jusque là. Hervé Joncour s'approcha, et resta là un moment, à le regarder, comme hypnotisé. Puis il denoua le corps du jeune homme, l'étendit sur le sol et s'agenouilla près de lui. Il n'arrivait pas détacher ses yeux de ce visage. C'est ainsi qu'il ne vit pas le village se remettre en chemin mais entendit seulement, comme de très loin, le bruit de cette procession qui le frôlait, remontant la route. Il ne leva pas les yeux, même quand il entendit la voix d'Hara Kei, à deux pas de lui, qui disait
    _ Le Japon est un très ancien pays, le saviez-vous? Sa loi est très ancienne : elle dit qu'il existe douze crimes pour lesquels il est permis de condamner un homme à mort. Et l'un de ces crimes est d'accepter de porter un message d'amour pour sa maîtresse.
    Hervé Joncour ne quitta pas des yeux le visage du jeune garçon tué.
    _ Il ne portait aucun message d'amour.
    _ Cest lui qui était un message d'amour.
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  • Par Persepolis, le 06 juillet 2010

    C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.
    On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.
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Vidéo de Alessandro Baricco

Soie (Silk) est un film romantico-dramatique et historique, réalisé par François Girard en 2007 et sorti le 5 août 2009. C'est une adaptation du roman Soie d'Alessandro Baricco.











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