J'ai découvert
Jacques Chessex sur le tard, avec
Le vampire de Ropraz, dont j'ai aimé le style incisif et austère.
Cette fois-ci, le sujet d'étude de
Chessex est un libertin athée de soixante-quatorze ans, à quelques mois de sa mort, malade, obèse mais lucide, séquestré à l'asile de Charenton depuis plus de dix ans.
La position sociale de ce pensionnaire étroitement surveillé lui permet de jouir de certains privilèges, dont celui d'avoir sa maîtresse attitrée à demeure, dans une chambre voisine. Car même s'il est quasi-impotent, le vieillard ne s'en montre pas moins toujours aussi enflammé ; il ne cesse d'éructer blasphèmes et propos anticléricaux orduriers. En plus de sa maîtresse, il s'adonne fougueusement à son goût immodéré pour les pratiques sexuelles extrêmes avec une repasseuse d'une quinzaine d'années qui le visite régulièrement.
Une fois le marquis passé à trépas, son crâne va attiser les convoitises de nombreuses personnes et passera de mains en mains au fil des années, jusqu'en novembre 2009. Sorte de relique démoniaque, le crâne sera à l'origine des déboires de ses propriétaires successifs. Cette “malédiction” est-elle réelle ou le fruit de superstitions ? Une chose est certaine, l'aura sulfureuse du divin marquis lui aura survécu par-delà la tombe.
Ce sont ces aventures qui nous sont contées, dans une seconde partie, par un narrateur dont on ignore l'identité, lui-même à la recherche du fameux crâne.
Après avoir lu
Le vampire de Ropraz, je n'ai pas eu de mal à imaginer ce qui pouvait attirer
Jacques Chessex chez le célèbre libertin, autre “monstre” qu'il ajoute ainsi à sa collection : un esprit libre et brillant, farouche opposant à l'Église et à l'obscurantisme, ennemi juré des bien-pensants, provoquant les pudibonds, et fidèle à ses convictions jusqu'à son dernier souffle.
D'entrée, j'ai retrouvé le style de
Chessex qui m'avait plu. Dans le dernier crâne de M. de
Sade, il s'en donne à cœur joie; avec une certaine jubilation, il ne nous épargne rien de la décrépitude physique du marquis, ni de ses pratiques sexuelles rapportées dans leur moindre détail, de façon réaliste et crue, pour le moins.
Si j'ai été gêné dans les premières pages justement par la crudité des descriptions pornographiques quasi chirurgicales des exploits sexuels du marquis, ce malaise a été contrebalancé ensuite par l'intérêt de
Chessex pour
Sade, oscillant entre respect et répulsion, que l'on devine en filigrane.
En revanche, mon intérêt s'est fortement émoussé dans la seconde partie, dérangé que j'étais de ne pas savoir distinguer le vrai de la fiction, les éléments historiques de la pure création littéraire. J'ai vite décroché de la suite des péripéties du crâne maudit, et trouvé le temps long jusque la fin.
Et là, m'attendait la dernière phrase, troublante, aux accents prémonitoires « Comme nous sommes las d'errer ! Serait-ce déjà la mort ? ».
Et si la malédiction du crâne de
Sade était bien réelle ?
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