Ce livre, c'est avant toute autre chose une révélation sur les années 70 en Grande-Bretagne. Comme qui dirait :
« On a tendance à oublier à quoi ressemblaient vraiment les années soixante-dix. On se souvient des cols pelle à tarte et du glam rock, on évoque, avec des larmes dans les voix, les
Monty Python et les émissions pour enfants, mais on refoule toute la sinistre étrangeté de cette période, tous ces trucs bizarres qui se passaient tout le temps. On se rappelle le pouvoir qu'avaient les syndicats à l'époque, mais on oublie comment réagissaient les gens : tous ces tordus militaristes qui parlaient de mettre sur le pied des armées privées pour rétablir l'ordre et protéger la propriété quand la loi ne serait plus en mesure de le faire. On oublie l'arrivée des réfugiés indiens d'Ouganda à Heathrow en 1972, qui avait fait dire que Powell avait raison, à la fin des années soixante, de prophétiser un bain de sang ; on oublie à quel point sa rhétorique devait résonner pendant toute la décennie, jusqu'à cette remarque qu'un Eric Clapton ivre mort fit sur scène en 1976 au Birmingham Odeon. On oublie à l'époque, le National Front apparaissait comme une force avec laquelle il allait falloir compter.»
Et à partir de là, sur cinq cents pages,
Jonathan Coe nous parle le plus simplement du monde de la vie d'une bandes d'adolescents et de leurs familles dont les destinées personnelles auront plusieurs fois l'occasion de se croiser et de se recouper, dans un beau fouillis propre à déclencher des drames alléchants pour le lecteur.
Le ton alterne souvent entre la légèreté des préoccupations de ces adolescents et la réalité pas toujours rose de la Grande-Bretagne des années 70, entre premiers émois amoureux, attentats de l'IRA (les deux se mêlant parfois allègrement), concerts de rocks, syndicats et humiliations au collège, la vie est chargée. Heureusement,
Jonathan Coe ne nous enfonce jamais dans des considérations trop longtemps accablantes ou trop souvent frivoles. L'un et l'autre alternent allègrement, et se croisent souvent au sein du même paragraphe, par exemple lorsqu'un article satyrique du journal du collège n'hésite pas à s'emparer du racisme contre les irlandais pour noircir des pages :
« Il y avait fort longtemps que nous soupçonnions notre voisin, M. O'Reilly, d'être, puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, irlandais. Nous n'en avions pas de preuves concrètes, mais plusieurs indices –son nom, la couleur (vert émeraude) qu'il avait choisie pour sa voiture, l'habitude qu'il avait de siffloter « Danny Boy » en tondant le gazon –semblaient confirmer sans doute possible qu'il avait du sang irlandais. Il ne fallut que quelques heures à Gladys pour disposer devant chez lui un piège à loup rudimentaire puis, tandis qu'il pendouillait lamentablement par la cheville gauche au réverbère le plus proche, pour le ligoter solidement et le transporter à l'étage, hurlant et gesticulant, jusqu'au placard à provisions, où il est toujours enfermé. Ca fera toujours un bouffeur de patates en moins à souiller les rues de notre belle ville ! »
Impossible de s'ennuyer à la lecture des aventures des personnages de ce livre. Même s'ils sont nombreux, leur personnalité est facilement identifiable et la mémorisation des particularités de chacun se réalise aisément.
Les différentes formes de narration alternent souvent, que ce soit au niveau du point de vue du personnage ou au niveau de la forme, n'hésitant pas à intégrer des pages de journal intime, des lettres d'amour ou des articles de journal scolaire.
Jonathan Coe, talentueux dans le dédoublement de personnalités, donne une voix à chacun de ses personnages et, le plus naturellement possible, change de ton autant de fois qu'il est possible pour aborder une même thématique.
Finalement, se fondant à merveille dans l'esprit de ses personnages un peu frivoles des années 70, le seul reproche que je pourrais adresser à ce
Bienvenue au club serait le souvenir tiède qu'il a laissé dans ma mémoire. Les évènements, traités sur le même pied d'égalité et sur un ton plutôt anodin, ne marquent pas au fer rouge, et après avoir refermé le livre, je n'en garde qu'une impression vaguement favorable, qui ne me donnera pas spécialement envie de revenir dessus une seconde fois. Finalement, la légèreté est une bonne chose pour le lecteur, mais pas forcément pour l'auteur…
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