ISBN : 2742753249
Éditeur : Actes Sud (2005)


Note moyenne : 3.25/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
Dans les corps qu'ils ouvrent, les patients qu'ils soignent, et jusque dans leur amitié, deux chirurgiens cherchent, comme à tâtons, une vérité qui justifierait leur propre existence. Youri opère sous les yeux de Joana, la jeune infirmière qu'Ignacio convoite ; au cœur ... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 22 juillet 2011

    nadejda
    Une «Remontée de L'orénoque» dérangeante et éprouvante qui baigne dans une atmosphère chaude, humide comme un corps de femme qui s'ouvre. 

    «Quand tu aimes il faut partir» ce vers d'un poème de Cendrars revient à deux reprises au cours de ce récit et Blaise Cendrars est bien présent et accompagne cette remontée de L'orénoque qu'il a lui-même parcourue en compagnie de Moravagine : «Nous étions entourés de fougères arborescentes, de fleurs velues, de parfums charnus, d'humus glauque. Écoulement. Devenir. Compénétration. Tumescence. Boursouflure d'un bourgeon, éclosion d'une feuille, écorce poisseuse, fruit baveux, racine qui suce, graine qui distille. Germination. Champignonnage. Phosphorescence. Pourriture. Vie. Vie, vie, vie, vie, vie, vie, vie, vie.» 
Cet extrait de Moravagine est proche de l'atmosphère qui se dégage du livre de Mathias Enard livre violent de passion, de folie et de mort , empreint d'une grande poésie.
    Youri et Ignacio sont chirurgiens et travaillent en équipe avec Joana, infirmière. Durant la canicule de 2003, la salle d'opération est le seul lieu respirable, frais et il y réside, en dépit de la proximité de la mort, une certaine pureté, la pureté, l'efficacité, la précision du geste qui incise les corps au scalpel à l'opposé du tumulte de la passion qui unit Joana à Youri ; passion mortifère, perverse car Youri, en dehors de la salle d'opération où il reprend son calme et sa maîtrise, vit sous l'emprise de l'alcool, en équilibre instable au bord du gouffre de la folie. 
«Il (Youri)croyait se guérir en fuyant, s'enfoncer dans les plaies, y disparaître, percer les mystères, toucher la vérité.»p 88
    Ignacio marié à Aude est désespérément amoureux de Joana qui fait appel à lui quand elle se trouve en détresse face à Youri qu'elle pense sauver de la destruction alors qu'il s'y refuse. Et comme l'annonce Aude l'épouse d'Ignacio «... ce genre d'homme emmène toujours quelqu'un avec lui vers le fond, ne serait-ce que pour avoir un spectateur.» p59
    Situer le déroulement de ce récit lors de la canicule de 2003 qui entraîna la mort de milliers de personnes, les hôpitaux et les morgues débordés, n'est pas un hasard. Ce roman est celui de l'exploration des corps et des âmes, de la décomposition, mort et vie entrelacées. Remonter l'Orénoque ouvre sur une même béance et la pénétration d'une chaleur étouffante et humide est aussi celle d'un retour à l'enfance et à la naissance.
    La fin de ce roman est un coup de poing qui vous laisse groggy.
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 22 juillet 2011

    «Les morts ne sont plus à personne, ils provoquent l’effroi, à peine entrevus aussitôt on les cache ; les familles les regardent de loin, sans savoir qu’en faire, interloquées, ébahies, désemparées devant cette chair toujours étrangères que la fin révèle. Là où, quelques secondes, quelques minutes auparavant se tenait un être cher, accroché à ce qu’il savait devoir perdre, se trouve à présent un simulacre, un masque fragile et cireux devenu le miroir de l’angoisse, le buste de la peur.» p10
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  • Par nadejda, le 23 juillet 2011

    ..... les événements agissent en secret, depuis l'ombre où on les ignore ; ils grandissent dans la nuit, doucement, jusqu'à corrompre le jour. p 142
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  • Par nadejda, le 23 juillet 2011

    ... ce sont nos blessures qui nous font, nos douleurs qui nous fabriquent, nos manques qui nous construisent, en creux, nous sommes coulés dans le moule du désir, il nous modèle en nous torturant, nous donne la forme de ce que nous n'avons pas, c'est le vide entre deux mondes, l'énergie entre deux corps qui se repoussent en se touchant, qui s'annulent dans l'étreinte si jamais ils s'atteignent, c'était prévu depuis le départ, il n'y avait rien à faire, donc rien à regretter.... p 138
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  • Par nadejda, le 23 juillet 2011

    .... tu m'as donné la force d'entreprendre ce voyage, et cet instant d'oubli dans l'orgasme que tu m'as volé, cette minute où je n'ai pensé à rien, elle survivra bien quelque part ; c'est peut-être le seul bonheur réel que l'on conserve, le seul instant où l'âme touche le corps, comme dans le chant ou la prière.
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  • Par nadejda, le 22 juillet 2011

    ... l'hôpital ne demandait qu'à craquer, qu'à cloquer, ulcérer et s'ouvrir de toute part, il pourrissait avec Youri en harmonie ; on se demandait juste quand un événement un peu plus grave, une chiquenaude du destin les pousserait, l'un et l'autre, dans la chute. p 85
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