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ISBN : 2070369390
Éditeur : Gallimard (1973)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 259 notes)
Résumé :
Un concert fracassant envahit la rue. \" Les pompiers \", pensai-je. Arezki n'avait pas bougé. Les voitures devaient se suivre, le hurlement s'amplifia, se prolongea sinistrement et s'arrêta sous la fenêtre. Arezki me lâcha. Je venais de comprendre. La police. Je commençai à trembler. Je n'avais pas peur mais je tremblais tout de même. Je n'arrêtais plus de trembler : ; les sirènes, les freins, le bruit sec des portières et le froid, - je le sentais maintenant - le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Krout
Krout18 août 2016
  • Livres 4.00/5
J'ai raté l'entrée dans ce livre comme l'on peut manquer d'un rien d'attraper l'autobus, paradoxalement pour cause de précipitation. Du coup pendant une cinquantaine de pages, cette désagréable impression de courir derrière avec l'espoir ténu d'enfin agripper le marche-pied. Et toujours cette phrase qui trotte lancinante dans ma tête : "Ne pas penser. Ne pas reprendre les dernières phrases de la dernière conversation, les mots que la séparation ..." p.8 Ô phrase si souvent ressassée, hélas, qu'elle n'a pu m'alerter ; tout le récit est un énorme flashback : Elise remâche sa vie .
J'ai pris conscience de toute l'importance d'une telle construction dans le Chardonneret de Donna Tartt, car tout prend alors une autre dimension.
Ici, j'ai eu sur le début l'impression que le livre me rejetait, que je n'avais pas ma place dans ce monde âpre de douleur et pauvreté, c'est écrit petit, le texte me paraît dense, tout est gris. Il m'a fallu lutter et lutter encore : "Rien jamais ne nous était donné. Il fallait tout arracher." p.208 Où me raccrocher dans ce Paris, à l'opposé du strass, des paillettes et du rêve ? Paris que je ne connais pas. Et comment rentrer dans ce monde ouvrier si fermé, si peu côtoyé ? Sentiment total d'exclusion, alors faute d'être dans la tête d'Elise, si fraternelle, je me rapproche de Lucien. Pourtant c'est un salaud, il fuit ; pire, il se fuit. Même lui, avec ses élans enflammés et soudains, sa démangeaison de convaincre sur le terrain, me semble lointain. Ma lucidité me force à admettre que je suis rejeté en périphérie tel ce sociologue bourgeois révolutionnaire en chambre dont je préfère oublier jusqu'au prénom.
Mais revenons à Lucien. Qui pense aujourd'hui en regardant les jeux olympiques à tous ces enfants laissés sur le banc ?
- Tu comprends, mon ami - mon Ami !?- tu n'es pas sélectionné, aujourd'hui.
- Et demain ?
- Mais on - On !? - a besoin de toi, pour ... porter les bouteilles d'eau, encourager et aider celui qui est sur le terrain.
Comble de l'ignominie ! Qui dira les affres d'une amitié bafouée ? Exclusion qui vous trace un destin : la révolte. Permanente, viscérale, le rejet d'être rejeté ! Cantonné, ne ris pas, dans le rôle du perdant, à vie. N'empêche je continue à penser que c'est quand même un salaud. De belles phrases, de beaux slogans, de grandes idées dans l'absolu mais dans tout cela que deviennent Marie-Louise, sa femme et la petite Marie, sa fille, délaissées, spoliées au profit d'Anna rencontrée au Parti qu'il accepte comme maîtresse. Et sa grand-mère qu'il laisse tomber comme une vieille chaussette et Elise vite remisée au Foyer ? Oui mais Elise, en tant que soeur, est prête à tout lui pardonner. Des petits mots, des petits gestes, les lectures du soir, l'attention inquiète, l'admiration aveugle, par petites touches successives Claire Etcherelli fait apparaître ce lien fusionnel, fort, inconditionnel.
Ah, que je les envie toutes ces âmes généreuses et spontanées qui elles peuvent s'illusionner le temps de leur lecture devenir Elise. Car au-delà de la misère, au-delà de l'épuisement physique de l'abrutissant travail à la chaîne, au-delà des races, des regards désapprobateurs, des on-dit, des persifflages, au-delà des conflits, de la guerre même, Elise découvre au quotidien ce qu'il y a de beau à l'usine dans Arezki, cet étranger, cet Algérien pourchassé. Elise c'est une présence active : c'est celle qui a le geste qu'il faut au moment où il faut, la parole qui touche, le sourire qui réchauffe, l'aide secrète, simplement Elise écoute son coeur.
Elise vit et revit la rencontre de l'amour de sa vie. Elle repense à tous ces petits gestes, tous les émois de deux coeurs qui se cherchent, s'éloignent, se rapprochent et s'apprivoisent. Il en faut du courage à Elise, à Arezki, que leurs cultures et leurs nations en guerre séparent. Après bien des conversations et des déambulations dans ce Paris inquiet, peu à peu ils se trouvent... jusqu'à finalement fusionner dans cet éclair qui vient illuminer leur nuit noire et chargée de si lourds nuages. "Je connus le plaisir de donner du plaisir" p.247. Douce fois perdre pied en un élan rythmé.^^ Ca doit être cela la vraie vie. Exclusion, Inclusion, battements du coeur... la vie.
Amour cruel qui fait les amours éternels : Elise et Arezki c'est Juliette et Roméo sans chanson ni mandoline ! Le livre se termine sur le glas d'un autre Alexandrin qui sonne comme une incantation "Je me retire en moi mais je n'y mourrai pas." La même ultime déchirure scelle la pureté de cet amour longtemps façonné comme un diamant qui brillera dans la nuit des temps.
Des phrases simples font rejaillir le réel, des dialogues rythmés par la cadence de la chaîne ou qui prennent vie en dehors de l'usine. Belle écriture que celle de Claire Echerelli, forte, engagée ou aussi sensible, fine, à l'écoute et qui fait si bien émerger tout ce qui est tu. Toute la puissance du non-dit m'a heurtée de plein fouet pour me retrouver brutalement embarqué... dans cet autobus vers un univers que je ne connais pas. La vie qu'est-ce que c'est ? Alors la vraie vie, que pourrais-je vous en dire ? Je peux par contre vous dire que dans le titre le ou est inclusif, comme Elise ou encore la vraie vie. Et comme elle se raconte si bien ...
PS. Un petit cadeau sur le sujet par la voix d'une autre grande dame ... pour garder un lien
https://www.youtube.com/watch?v=GM1u72MNLuI
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sabine59
sabine5929 janvier 2016
  • Livres 4.00/5
Ce livre provoque toujours en moi une tristesse indicible, une sourde douleur, un chagrin sans nom....
Elise et Arezki, ce couple magnifiquement tragique, hante mes pensées.Vivre un amour pur, entier, au moment de la guerre d'Algérie, pour une française et un algérien,c' est une épreuve de chaque jour, un courage terrible.Un acte rebelle.
Elise, venue rejoindre son frère Lucien, qu'elle couve malgré elle comme une mère, travaille durement à la chaîne en usine et découvre un monde du travail injuste et violent.C'est là qu'elle rencontre Arezki.
Les étrangers sont mal vus, méprisés.Le racisme banal, brutal, est attisé par le début de la guerre en Algérie.Les haines primitives s'exacerbent.Les deux amants sont obligés de se voir en cachette, à la dérobée, alors que leurs sentiments lumineux ne demandent qu'à voir le grand jour.On devine que des drames se profilent.Trop d'angoisse, trop de rejets.
le roman s'achève dans la désillusion et la souffrance.Un amour brisé, une vraie vie enfuie.
le style est admirable, mêlant poésie et grisaille du quotidien, passion et amertume,blessures et espoir, nostalgie poignante et éclats de lumière du souvenir.
Un livre bouleversant.
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melusine1701
melusine170121 janvier 2010
  • Livres 5.00/5
Elise vit en Province avec une grand-mère qui l'a élevée et un frère qu'elle vénère, Lucien. Lorsque Lucien, qui a tout abandonné pour aller militer à Paris pour que commence "la vraie vie", l'invite à le rejoindre, elle n'hésite pas longtemps. Il lui trouve un emploi dans une usine de voiture, où elle est chargée de contrôler les pièces qui défilent sur le chaîne de montage. Avec elle travaille avec beaucoup d'Algériens: là-bas, la guerre fait rage, tue, et le racisme est omniprésent en France. Parmi les Algériens de l'usine, Arezki.
La claque! J'ai terminé ce livre ce matin entre deux cours en salle des professeurs, hier il m'a fait rallumer la lumière tellement j'avais du mal à le lâcher. Il y avait longtemps qu'un livre ne m'avait pas fait cet effet-là. Et pourtant, j'avais toujours trouvé son titre complètement nunuche.
[...] La vie à l'usine, épuisante, le travail où les relations humaines n'entrent pas en ligne de compte, sont décrits avec justesse mais aussi avec retenue, pudeur, sans grands éclats. La langue est simple et directe. le racisme d'une France qui vit très mal la guerre d'Algérie, les rafles policières, le danger permanent sont si prenants que le topos de l'histoire d'amour impossible qui vient se greffer là-dessus ne semble même pas réchauffé. Pas un "je t'aime" ne sera échangé, mais la tension de l'un vers l'autre est palpable, seule oasis dans une vie sans issue.
[...]
Politique, sentiment, société, famille, il y a tout dans ce roman. J'en reste encore abasourdie.
Retrouvez ma critique et toutes les autres sur mon blog!
Lien : http://mabouquinerie.canalbl..
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Taraxacum
Taraxacum19 janvier 2015
  • Livres 4.00/5
Roman sur la condition ouvrière pendant la guerre d'Algérie,mais aussi simplement histoire de deux amours, l'un fraternel pour Lucien le frère cadet, l'autre amoureux pour l'algérien Arezki, Élise ou la vraie vie est une lecture sombre et un texte engagé, dont on sait dès le début que le lecteur au coeur tendre ressortira en miettes.
Le travail des ouvriers, la chaîne brutale pour les corps et les esprits, le racisme, le militantisme, le camarade de lutte issu d'un autre milieu qui les regarde en sociologue et ne comprendra jamais totalement...c'est toujours plus difficile un livre dur ainsi quand il s'inscrit dans le réel et la fin de ce texte en est est beaucoup plus marquante .
Si vous voulez simplement vous changer les idées ou vous remonter le moral, lisez autre chose car ce serait une méchante claque.Sachez si vous y êtes prêt que c'est un très beau livre, avec ces oasis de lumière en cours de route, peut-être un peu long à démarrer, mais très marquant.
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hannahens
hannahens30 août 2012
  • Livres 4.00/5
Elise ou la vraie vie, voilà un titre qui dit tout mais ne prend tout son sens qu'une fois que l'on s'est plongé dans le roman.
Elise, pour suivre son frère qu'elle adule, va quitter sa province pour le rejoindre à Paris, dans les années 50-60. La jeune fille va se retrouver non pas une ville qui ferait rêver, mais va découvrir l'envers du décors en travaillant dans une usine. le travail est pénible, plus encore pour une femme, mal payé, et va la plonger au coeur du conflit qui déchire alors la France: la guerre d'Algérie. Les Algériens sont des parias à l'usine, considérés comme des moins que rien, des terroristes potentiels. Malgré cela, le contact va s'établir entre elle et Arezki.
L'auteur réussit un roman social, sans manichéisme, en abordant d'une part le travail des ouvriers et d'autre part la difficulté d'un amour entre ces deux personnes malmenées par la vindicte populaire et une politique d'état elle aussi raciste. Les sentiments parfois contradictoires de l'héroïne sont traduits avec justesse, de l'amour à la honte, en passant par la peur pour son amant. Les faits relatés touchent la réalité et pointent la violence de cette guerre lorsque Arezki est finalement enlevé. Rien n'est pire que la disparition d'un être, façon de l'effacer sans laisser de traces, laissant un trou béant dans le coeur de ses proches.
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Citations & extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
KroutKrout18 août 2016
"Tu verras, un jour commencera la vraie vie, disait-il souvent." Qu'était-ce la vraie vie ? Plus d'agitation ? La galerie des portraits humains plus fournie autour de nous ? Qu'est-ce que cela changerait ? A quoi saurait-on que la vraie vie commençait ?
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KroutKrout17 août 2016
Je gardai encore l'espoir de le trouver dans l'escalier, puis à la sortie et enfin à l'autobus. Mais je rentrai sans l'avoir vu, seule et malheureuse.
J'appris ce que signifiait toutes ces expressions : défaillir, avaler sa salive, avoir le cœur serré, dont j'avais ri jadis. Chaque fois qu'Arezki passait devant moi chuchotant tout juste "pardon", chaque fois qu'il laissait passer une occasion d'être seul avec moi, c'était tout mon corps qui avait mal.
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KroutKrout16 août 2016
... par les vitres de l'autobus, suivre la descente du brouillard. [...] J'avais cinquante minutes d'irréalité. Je m'enfermais pour cinquante minutes avec des phrases, des mots, des images. Un lambeau de brume, une déchirure du ciel les exhumaient de ma mémoire. Pendant cinquante minutes je me dérobais. La vraie vie, mon frère, je te retiens ! Cinquante minutes de bonheur qui n'est que rêve. Mortel réveil, porte de Choisy. Une odeur d'usine avant même d'y pénétrer. Trois minutes de vestiaires et des heures de chaîne. La chaîne, ô le mot juste...
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TaraxacumTaraxacum16 janvier 2015
Surtout ne pas penser. Comme on dit "Surtout ne pas bouger" à un blessé aux membres brisés. Ne pas penser. Repousser les images, toujours les mêmes, celles d'hier, du temps qui ne reviendra plus. Ne pas penser. Ne pas reprendre les dernières phrases de la conversation, les mots que la séparation a rendu définitifs, se dire qu'il fait doux pour la saison, que les gens d'en face rentrent bien tard; s'éparpiller dans les détails, se pencher, s'intéresser au spectacle de la rue.
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sabine59sabine5929 janvier 2016

O lacs assoupis, sentiers fleuris,sous-bois pleins de fougères, champs de blé où la bien-aimée attend, plus dorée que l'or des épis, ruisseaux que l'on suit à deux.Vieux rêves enfouis, enterrés, mais pas morts.Voici mon partage: la Porte des Lilas, la descente vers le Pré Saint-Gervais,avec, à l'horizon, les fumées mourantes des usines qui s'assoupissent, la steppe banlieusarde, et près de moi, cet homme avec lequel, pour la troisième fois, je vogue, comme si le paradis nous attendait au bout.
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Sujet muet sur le Prix Femina attribué à "Élise ou la Vraie Vie" de Claire Etcherelli et le prix Medicis attribué à Claude SIMON pour son livre "Histoire".
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