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> Jacques Houbart (Autre)
> Michel Mohrt (Autre)

ISBN : 2070367665
Éditeur : Gallimard (1976)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 1078 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Sur la route" est centré sur le personnage obscur et fascinant de Dean Moriarty, alors considéré comme le chef de file de la Beat generation. En révolte contre l'hypocrisie morale de l'Amérique bien-pensante, Jack Kerouac parcourt les Etats-Unis à la recherche d'un nou... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 26 juin 2012

    Nastasia-B
    Ceci n'est pas un livre, c'est un état d'esprit. En effet, qu'on se le dise, Kerouac n'a pas écrit une histoire.
    Au début on est tenté de suivre les péripéties des deux gaillards principaux, Sal Paradise alias Jack Kerouac et Dean Moriarty alias Neal Cassady (N. B. : dans le rouleau original, Kerouac n'a même pas pris la peine de modifier les noms réels des protagonistes, ainsi Neal Cassady, Allen Ginsberg et autres apparaissent directement sous leur véritable identité).
    Mais au bout d'un moment l'histoire semble patiner et nous avec et puis, d'un coup, paf ! On se rend compte que l'histoire n'a absolument aucun intérêt, que la seule chose qui prime c'est l'état d'esprit, le "Mood" pour reprendre un terme de jazz si propre à l'écriture de Kerouac.
    Soit cela prend et c'est magique, soit cela ne prend pas et c'est une déception cruelle pour le lecteur. Vous aurez compris que pour moi ça a pris, peut-être parce que je l'ai lu "Sur la route" il y a bien longtemps, au volant d'une petite voiture bouffonne avec Bob Dylan à plein tubes dans les oreilles, dans une pérégrination entre le Cap Nord et le Sahara, sans but et sans mobile comme les deux protagonistes et à peu près au même âge qu'eux.
    Quand cela prend, on n'en ressort jamais complètement indemne, il y a un avant et un après Kerouac. La route prend une tout autre signification.
    Ce livre n'est rien moins qu'une autre manière de voir la vie. Cela devient de la métaphysique, une philosophie de vie (qui sera développée plus tard dans Les Clochards célestes). Est-ce moral de fuir ainsi tout le temps, d'abandonner ses enfants et ses compagnes comme le fait Dean ? Est-ce que ça changerait quelque chose, à l'heure du dernier soupir, de ne pas les avoir abandonnés ?
    Ce livre a le mérite d'exister et de souffler une autre vision de la vie que l'utilitarisme. Faire des choses qui ne servent à rien, juste pour les vivres, juste pour l'éphémère sensation qu'elles vous procurent. Vivre tout à fond, comme si c'était la dernière fois, expérimenter à tout va, la folle vitesse, les folles drogues, les folles orgies, les folles distances, les folles déprimes, les folles rigolades, les folles relations humaines, explorer des terrains inconnus de l'être, de la société, de la morale, de l'espace, vivre 100 vies en une, bref, accumuler des expériences, des expériences, et encore des expériences, quels qu'en soient la nature et le type, se chercher soi-même en une quête sans cesse réitérée au travers de ce que l'on ne connaît pas (voir la citation que j'ai ajoutée en bas de commentaire dans le P.S. 2).
    Voilà, pour moi, sur la route, c'est tout ça. La devise de ces joyeux drilles pourrait être "peu importe le flacon, pour peu qu'il y ait l'ivresse !".
    Le livre sortit en 1957, année mémorable à plus d'un titre, mais en particulier pour l'envoi dans l'espace du fameux satellite artificiel soviétique nommé Spoutnik. Il n'en fallut pas plus à Kerouac pour imaginer le terme de beatnik pour qualifier ces sortes d'électrons libres déguenillés ayant la bougeotte. Kerouac explique le terme "beat" comme faisant référence à trois notions combinées: la première provient des populations noires du métro de New York, littéralement les "battus", oubliés du rêve américain, croupissant dans la misère et l'absence de perspective, mais caractérisés par une sorte d'insouciance, une bonne humeur et une fraternité de tous les instants, couplée à une sérieuse tendance à chanter pour un oui pour un non. La seconde provient de la notion de pulsation, de "battement", terme qui évoque le cœur, mais aussi et surtout la rythmique du jazz, dont la prose spontanée de Kerouac se veut l'équivalent littéraire des improvisations propres à cette musique. Enfin, n'oublions pas que Kerouac était francophone et que le français était même sa langue maternelle et que donc le terme "beat" fait également écho au terme français "béatitude" dans son sens d'émerveillement simple et naturel devant le spectacle de la nature (humaine ou rencontrée sur la route). Ainsi, l'auteur désigna-t-il sa génération (ceux qui ont fait 39-45 et en sont revenus un peu paumés) comme la "beat generation", clin d'œil à la non moins fameuse "génération perdue" de 14-18, si bien décrite par D. H. Lawrence dans L'Amant de Lady Chatterley et dont l'écrivain Ernest Hemingway en est l'archétype.
    À titre de comparaison, si vous avez l'occasion, lisez cet autre "Sur la route" qu'est Voyage à motocyclette de Che Guevara et vous verrez un tout autre effet du fait de voyager sans but. D'une certaine manière, c'est la même histoire, les mêmes protagonistes, mais le hasard a fait qu'ils n'ont pas croisé la même réalité et qu'elle n'a pas eu les mêmes effets sur eux. Ceci engendre une autre métaphysique qu'il n'est pas inintéressant de confronter. Enfin, est-il utile de préciser que le "Sur la route" de Kerouac est dans la lignée des romans américains qui tirent leur origine du monument de Melville, Moby Dick, j'en veux pour preuve la première et la dernière page du roman. Dans la première, le héros ressemble à s'y méprendre au Ishmaël de Melville et dans la dernière, Kerouac compare l'Amérique à un ventre géant et allongé, allusion à peine masquée à la grosse baleine tueuse.
    P.S. 1 : suite à une discussion que j'ai eue avec Sylvaine, je crois qu'il peut être utile d'apporter encore une précision. Je lui expliquais que selon moi, "Sur La Route" est un livre qu'il est bon de laisser décanter en nous, pour en saisir le sens profond. Lequel sens profond, me concernant, n'était pas forcément dans le projet de l'auteur. Je crois que la phrase, ou du moins l'une des phrases, les plus importantes du roman apparaît dès la première page et est la suivante : "Avec l'arrivée de Dean Moriarty commença le chapitre de ma vie qu'on pourrait baptiser : Ma vie sur la route." Ceci implique que même pour Kerouac, cette période devait être transitoire, qu'elle avait quelque chose d'extraordinaire, d'hors du temps, qu'elle ne se reproduira jamais, et qu'elle est fortement liée à la personnalité si atypique de Dean. En aucun cas, au moment où il écrit "Sur la route" il ne songe à en faire un mode de vie qui soit une alternative crédible mais plutôt une relation d'expériences diverses qui sont une initiation, quelque chose comme faire ses armes avant de passer à la vraie vie dans le monde et dans la réalité.
    P.S.2 : (ATTENTION! Le morceau qui suit me paraît fondamental pour comprendre l’œuvre dans son entier. Je vous restitue fidèlement la traduction exacte de Jacques Houbart qui date de 1960, mais cette traduction ne me semble pas géniale, loin s'en faut, surtout la fin. Je vous propose donc à la suite (en exclusivité et parce qu'il faut bien se mouiller un peu de temps en temps) ma propre traduction du même passage, elle aussi fort imparfaite, mais qui me semble un peu plus proche de l'esprit du texte original. Les anglophones, vous me direz ce que vous en pensez.)
    Mais alors ils s'en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l'ai fait toute ma vie derrière les gens qui m'intéressent, parce que les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poêles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central et chacun fait: "Aaaah!"
    Mais pour l’heure ils dansaient dans les rues comme des dingodadets, et je me traînais tel un boulet derrière eux, comme je l’ai fait toute ma vie après les gens qui m’intéressent, parce que les seuls êtres pour moi sont les déments, ceux qui sont barjots, pour pouvoir vivre, illuminés quand ils parlent, déjantés, pour ne pas sombrer, désireux de tout en même temps, ceux qui jamais ne bâillent ou ne débitent un lieu commun, mais qui brûlent, brûlent, brûlent, jaunes comme les fabuleuses chandelles romaines et éclatent à travers les étoiles en des explosions tentaculaires de feu d’artifices, et au beau milieu, vous voyez le bleu de l’apothéose et tout le monde fait « Aaaaaaaah ! »
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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 29 mai 2012

    Nastasia-B
    Chers Babelionautes, je vais expérimenter sous vos yeux un nouveau type de critique (une critique expérimentale en somme). Ne m'en veuillez pas si le résultat vous déplait cordialement.
    Je me suis demandée comment rendre dans une critique un volatil état d'esprit, rédiger une critique aussi insaisissable, aussi impalpable que le livre qu'elle représente. J'ai été aidée en cela par l'écoute d'un long morceau à la guitare classique dont une quinzaine de secondes s'apparentent à une mélancolique sérénade. Cet air combiné à mes souvenirs de "Sur la route" ont accouché de ça, ce truc, sans forme et sans nom :
    On vient
    Jusqu'à mon jardin
    Cueillir le muguet
    Sentir le lilas
    Et moi
    Dans mon gros village
    Derrière mon voilage
    Je reste plantée là
    On vient
    Jusqu'à mon jardin
    Sentir les fumets
    S'évader des plats
    Et moi
    Dans mon gros village
    Derrière mon voilage
    On m'embarque pas
    Et Dean
    Avec une copine
    Est passé par là
    Et m'a dit comme ça :
    Eh toi !
    Dans ton gros village
    Derrière ton voilage
    Faut pas rester là
    Eh toi !
    Quitte ton gros village
    Boucle ton paquetage
    Et viens dans mes bras
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 20 mai 2012

    LiliGalipette
    Sal Paradise, le narrateur, rencontre un jour Dean Moriarty. Ces deux jeunes gens, « les deux anges déchus de la nuit de l'Ouest » (p. 270), ont une passion commune pour le voyage. Sillonner l'Amérique les tenaille et l'appel de la route est insistant. « Quelque part sur le chemin, je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin, on me tendrait la perle rare ». (p. 25) S'engage alors une nouvelle conquête de l'Ouest, plus intime et plus furieuse. L'urgence est la même que celle qui animait les colons, mais la finalité est différente : les terres que Dean et Sal veulent gagner ne sont pas faites de poussière, mais de rêves. Finalement, c'est peut-être la même chose.
    Sal et Dean sont deux jeunes hommes un peu perdus. le premier est un vétéran, étudiant peu assidu et auteur qui peine sur un premier roman. le second sort de prison et est tenaillé par l'envie d'écrire et de bouger. Cette jeunesse exaltée a la fureur de vivre et d'expérimenter. « Il en vint à m'enseigner autant de choses que probablement je pouvais lui en apprendre. » (p. 19) Pour eux, l'initiation passe par le bitume, quoi qu'il en coûte. Sur la route et dans toutes les villes qu'ils traversent, Sal et Dean croisent de nombreux jeunes gens avec lesquels ils partagent de longues et fiévreuses conversations. Sal se met souvent en retrait : « Si vous continuez ce petit jeu, vous allez tous les deux devenir dingues, mais tenez-moi au courant aussi longtemps que vous continuerez. » (p. 79) Rapidement se dessine la folie de Dean Moriarty : ce mordu de la route est instable, presque dangereux, au moins pour lui et peut-être aussi pour Sal. « La mouche m'avait piqué de nouveau et le nom de la mouche, c'était Dean Moriarty et j'étais bon pour un nouveau galop Sur la route. » (p. 164) le départ, ça les prend comme une fièvre, c'est un ressort superbe qui se détend et qui relance la machine.
    De l'Est vers l'Ouest, de New York à San Francisco en passant par Denver, Houston, ou Los Angeles, Sal et Dean se cognent aux frontières de l'Amérique. « Voici que j'étais au bout de l'Amérique, au bout de la terre, et maintenant il n'y avait nulle part où aller, sinon revenir. Je résolus du moins d'adopter un périple circulaire. » (p. 115) Sal appartient à New York et Dean ne tend que vers San Francisco. Toujours, il leur faut reprendre la marche, revenir aux sources, puis repartir. La route prend la forme d'un monstrueux jokari : elle permet des envolées et des échappées superbes, mais elle ne laisse personne s'écarter ou s'immobiliser. Grâce à la route, l'Amérique est un territoire unifié à conquérir et à explorer. Les jeunes hommes veulent laisser la trace de leurs godasses sur le sol de toutes les villes qu'ils foulent. Pour cela, il faut une voiture : mettez un volant entre les mains de Dean Moriarty et il ira partout. « Toi et moi, Sal, on savourerait le monde entier avec une voiture comme ça, parce que, mon pote, la route doit en fin de compte mener dans le monde entier. Il n'y a pas un coin où elle ne puisse aller, hein ? » (p. 326) Et voilà comment la voiture devient partie prenante du récit, personnage secondaire essentiel, adjuvant obligatoire.
    Entre alcool, drogue et sexualité, les périples automobiles sont riches en expériences très diverses. Chacun court après quelques dollars pour faire un plein d'essence ou manger. Il faut alors chaparder, escroquer. Aucun problème, la route vous le rendra ! de même, les amours sont furtives, mais intenses et sincères. « Nous nous retournâmes au douzième pas, puisque l'amour est un duel et on se regarda l'un l'autre pour la dernière fois. » (p. 146) Sauf pour Dean Moriarty qui balance entre Marylou et Camille. de l'une à l'autre, il s'épuise et se trahit. S'asseoir et s'attacher, c'est mourir. Mais n'est-ce pas partir qui est mourir, un peu ? Peut-être, mais rester semble tellement pire ! « Quel est ce sentiment qui vous étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous les voyez rapetisser dans la plaine jusqu'à, finalement, disparaître ? C'est le monde trop vaste qui nous pèse et c'est l'adieu. Pourtant nous allons tête baissée au-devant d'une nouvelle et folle aventure sous le ciel. » (p. 220)
    Sal Paradise n'est pas moins perturbé ou incertain : « J'ai du goût pour trop de choses que je mélange, m'attardant à courir d'une étoile filante à une autre jusqu'à temps que je me casse la figure. Voilà ce que c'est que de vivre dans la nuit, voilà ce que ça fait de vous. Je n'avais rien à offrir à personne que ma propre confusion. » (p. 178) À force d'être partout et de ne rester nulle part, Sal s'étourdit et perd pied. Mais pas question de raccrocher les souliers : la route ne se referme pas, on ne lui tourne pas le dos.
    Avec Marylou et Dean, l'odyssée américaine prend des airs de revendication, de bravade. « C'était trois enfants de la nuit de la terre qui voulaient affirmer leur liberté et les siècles passés, de tout leur poids, les écrasaient dans les ténèbres. » (p. 187) Les trois jeunes gens se révoltent, sans vraiment en parler, contre une Amérique bureaucratique, policière et suspicieuse. Animés d'un romantisme crasseux et sublime, ils mènent un train d'enfer sur les routes mythiques de l'Amérique. Ils fuient leurs tourments et la vacuité de l'existence, avant de comprendre au terme d'un énième voyage que rien ne s'abandonne, que la route ne peut rien effacer.
    « Un gars de l'Ouest, de la race solaire, tel était Dean. » (p. 25) Dean Moriarty attire et fascine, mais il est dangereux, décidément néfaste. « Tu n'as absolument aucun égard pour personne sinon pour toi-même et tes sacrés plaisirs de cinglé. Tu ne penses à rien d'autre qu'à ce qui te pend entre les jambes et au fric ou à l'amusement que tu peux tirer des gens et puis tu les envoies paître. Sans compter que dans tout ça tu te conduis stupidement. Il ne t'est jamais venu à l'esprit que la vie est une chose sérieuse et qu'il y a des gens qui s'efforcent d'en user honnêtement au lieu de glander à longueur de temps. Voilà ce que Dean était le GLANDEUR MYSTIQUE. » (p. 275) le héros solaire est plutôt sombre, comme un phare de naufrageurs : qui s'y frotte risque d'y perdre ses ailes. Et pourtant, quand il n'est pas là, il manque. Sal s'y réfère, s'en rappelle et, à sa façon, l'honore.
    Voilà quelques mots sur cette lecture époustouflante. Que ce roman soit le manifeste de la Beat Generation, c'est une évidence. Qu'il soit devenu le vademecum de plusieurs générations de jeunes gens, c'est encore plus évident. Je repose le roman, mais je vais le garder à porter de main, relire certains passages et rêver de prendre la route, de mettre mes pompes dans les pas de Dean Moriarty et de Sal Paradise, et de me couler un instant dans l'esprit un peu foutraque de Jack Kerouac. Je vais poursuivre cette lecture sublime par la visite de l'exposition Kerouac au Musée des lettres et manuscrits et par une séance de cinéma que j'espère à la hauteur du roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par Yggdrasil, le 05 août 2013

    Yggdrasil
    Je comprends aisément que Sur la route, laisse nombre de lecteurs sur le trottoir. Comme certaines œuvres dites cultes, les divergences sont plurielles. Pour ma part, depuis longtemps, j'entretiens une relation particulière avec ce livre, lu et relu à l'infini. Ma première rencontre date d'il y a plus de vingt ans, à un moment où quatre murs représentaient une prison emplit de sombres souvenirs, quatre parois toujours plus serrées, plus proches les unes des autres, irradiées de teintes glauques et lugubres. Alors en ouvrant ces pages, j'ai repris la route, j'ai momentanément savouré à nouveau cette liberté, ce grand air du large, ce vent qui vous vide la tête des miasmes journaliers, des contingences matérielles et spirituelles. Je me suis remémoré cette recherche du no man's land, cet endroit où terre et ciel se mélange, où vous existez enfin. J'ai emprunté cette route à sens unique, où au volant de notre caravelle on explore des mondes inconnus, des terres qui vous font roi, qui donnent un sens à votre vie…
    Quand une énième nuit ne pouvant échapper à ces quatre terribles murs, j'ai ouvert ce livre, des fenêtres béantes se sont ouvertes me transportant une nouvelle fois dans un monde d'insouciance et de vie, un monde lumineux qui m'échappait depuis quelques années.
    Je ne revivrai plus ce chemin qu'au travers de ce livre, mais les émotions et les quêtes vécues affleurent dans ces mots, dans ces pages et je me remets dans la peau de Dean Moriarty, repartant, mais cette fois-ci dans un ultime rêve, Sur la route, et peut être même qui sait sur ma route…
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    • Livres 3.00/5
    Par Marple, le 24 juin 2012

    Marple
    Qu'est-ce qui fait de 'Sur la route' un livre culte depuis 50 ans pour tant de gens?
    Certainement pas le récit au premier degré des voyages de Sal et Dean ! Liste des villes traversées, des moyens de locomotion utilisés, détails fastidieux de qui conduit à quel moment quelle voiture et à quelle vitesse, budget détaillé des 2/5/15€ dépensés ou manquants... Plutôt assommant tout ça !
    D'autant plus que, quand ils ne roulent pas, ils sont soit en train de voler du fromage et du pain quelque part (toujours du fromage et du pain !), soit à une station service (où parfois ils volent en même temps du fromage et du pain !), soit en train de dormir au bord de la route (avec des petites variations : dans le sable près de la chaussée, sur le toit, sur la banquette arrière...).
    Tout ça en transpirant abondamment (jamais vu autant d'allusions à la sueur dans un livre !) et sans jamais regarder le paysage ou visiter le moindre monument...
    Probablement pas non plus leur vie entre les différents voyages...
    En général, ils en profitent pour enchainer les beuveries d'alcool, "thé" ou benzedrine avec leurs nombreux amis déjantés; pour prendre un boulot également, si possible bien pourri, afin qu'on puisse à nouveau avoir le détail des 2/5/15€ qu'il leur manque en permanence; et enfin pour se trouver une gentille fille à rendre chèvre (voire, pour Dean, à épouser, mettre enceinte et rendre très malheureuse).
    Tout ça en enchainant des élucubrations sans queue ni tête et des théories allumées sur le sens de la vie, et en cassant un maximum de choses (plusieurs voitures notamment, ou le pouce de Dean).
    Bref, des bons losers, en plus même pas solidaires entre eux quand l'un ou l'autre va mal !
    Non, ce qui rend ce livre culte à mon sens, c'est que Sal et Dean cherchent le 'it', la liberté, le bop. Ils ne veulent pas s'arrêter aux apparences, à la recherche de l'argent et du confort ou au conformisme petit-bourgeois. Ils veulent vivre vraiment, intensément, absolument, follement. Ils représentent les rebelles de ces années d'après-guerre, paumés mais fondamentalement vivants.
    Même si je ne vois pas ce qu'il y a d'intense à sillonner le pays en transpirant et en déblatérant, j'ai été sensible à cette quête d'absolu. Elle m'a touchée, alors que les moyens mis en oeuvre ne me parlent pas du tout (suis plutôt sérieuse tendance coincée, moi).
    Donc je suis contente d'avoir lu ce livre jusqu'au bout, aussi dérangeant et parfois ennuyeux qu'il ait été pour moi.
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Bernard Comment pour le Magazine Littéraire

    En 1957 paraît, chez Viking, On the road, de Jack Kerouac. Le roman est aussitôt un énorme succès, l'auteur est invité sur les plateaux de télévision (dont une émission mémorable avec Steve Allen qui accompag... > lire la suite

    Critique de qualité ? (3 l'ont appréciée)

Critiques presse (1)


  • LeMonde , le 28 novembre 2011
    Des années avant Sur la route, Kerouac y décrit son alter ego comme "en révolte contre la société telle qu'elle est". Tous les thèmes favoris de la littérature de la beat generation y sont déjà largement évoqués : The sea is my brother laisse transparaître l'amour de Kerouac pour les voyages, les grands espaces et les pérégrinations sans objectif précis
    Lire la critique sur le site : LeMonde

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Citations et extraits

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  • Par Goldtone, le 20 juillet 2014

    Nous nous retournâmes au douzième pas, puisque l'amour est un duel, et on se regarda l'un l'autre pour la dernière fois.

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  • Par Nastasia-B, le 10 mars 2012

    (ATTENTION! Le morceau qui suit me paraît fondamental pour comprendre l’œuvre dans son entier. Je vous restitue fidèlement la traduction exacte de Jacques Houbart qui date de 1960, mais cette traduction ne me semble pas géniale, loin s'en faut, surtout la fin. Je vous propose donc à la suite (en exclusivité et parce qu'il faut bien se mouiller un peu de temps en temps) ma propre traduction du même passage, elle aussi fort imparfaite, mais qui me semble un peu plus proche de l'esprit du texte original. Les anglophones, vous me direz ce que vous en pensez.)

    Mais alors ils s'en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l'ai fait toute ma vie derrière les gens qui m'intéressent, parce que les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poêles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central et chacun fait: "Aaaah!"

    Mais pour l’heure ils dansaient dans les rues comme des dingodadets, et je me traînais tel un boulet derrière eux, comme je l’ai fait toute ma vie après les gens qui m’intéressent, parce que les seuls êtres pour moi sont les déments, ceux qui sont barjots, pour pouvoir vivre, illuminés quand ils parlent, déjantés, pour ne pas sombrer, désireux de tout en même temps, ceux qui jamais ne bâillent ou ne débitent un lieu commun, mais qui brûlent, brûlent, brûlent, jaunes comme les fabuleuses chandelles romaines et éclatent à travers les étoiles en des explosions tentaculaires de feu d’artifices, et au beau milieu, vous voyez le bleu de l’apothéose et tout le monde fait « Aaaaaaaah ! »
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  • Par Taltan, le 28 août 2011

    D'étranges villes-carrefours du toit du monde défilaient, avec des Indiens en châle qui nous regardaient sous les bords de leur chapeau et de leurs rebozos. Ils avaient tous la main tendue, quêtant quelque chose que la civilisation, croyaient-ils, pouvait leur offrir; ils étaient loin de se douter de la tristesse de cette pauvre illusion brisée. Ils ne savaient pas qu'une bombe était advenue, qui pouvait met­tre en pièces nos ponts et nos rives, les déchiqueter comme une avalanche, et que nous serions aussi pauvres qu'eux, un jour, à tendre la main tout pareil. Notre Ford déglinguée, ves­tige des années trente et d'une Amérique en marche, fendait leurs rangs dans un bruit de feraille et disparaissait dans la poussière. A Zimapan, ou Ixmiquilpan, ou Actopan, je ne sais plus, on a atteint les abords du dernier plateau. A présent, le soleil se dorait, l'air était vit ef bleu, et le désert, où apparais­saient par-ci par-là des rivières, une vaste étendue lumineuse de sable chaud, avec, soudain, des ombrages sortis de la Bible. Des bergers sont apparus. Neal dormait, et Frank avait pris le volant. On a franchi une zone où les Indiens étaient vêtus comme au temps des commencements, de longs habits flot­tants, les femmes portant des ballots de filasse dorée, les hom­mes appuyés sur de grands bâtons. Au fil du désert étincelant, on a vu de grands arbres, avec des assemblées de bergers assis dessous, pendant que les bêtes allaient et venaient au soleil en soulevant la poussière. De grands agaves poussaient comme des champignons dans cet étrange pays de Judée. «Mec, mec ! » j'ai braillé pour tenter de réveiller Neal, « réveille-toi, que tu voies les bergers, réveille-toi, que tu voies de tes pro­pres veux le monde doré d'où est venu Jésus ! ». Mais il n'a pas repris conscience. Moi, j'ai disjoncté : voilà qu'on passait devant une ville de torchis en ruine, où des centaines de ber­gers étaient rassemblés à l'ombre d'un mur de pierres délabré, leurs longs vêtements traînant dans la poussière; leurs chiens bondissaient, leurs enfants couraient, leurs femmes gardaient la tête baissée, le regard mélancolique, et les hommes aux grands bâtons nous regardaient passer, avec leur port de chefs, comme s'ils avaient été interrompus dans leurs médita­tions communales au soleil vivant par la soudaine arrivée de cette américaine ferraillante avec ses trois clowns dedans. J'ai crié à Neal de regarder. Il a levé la tête aussitôt, embrassé la scène du regard, dans les braises du couchant, et il est retombé endormi. Quand il s'est réveillé, il m'a tout décrit en détails, et il a dit ; « Oui, mec, je suis content que tu m'aies dit de regarder. Ô Seigneur, que faire? où aller?» Il se frottait le ventre, il levait au ciel ses yeux rouges, j'ai cru qu'il allait pleu­rer. À Colonia, nous avons atteint le dernier palier du grand Plateau mexicain, où une route droite comme une flèche menait à Zumpango, puis Mexico. Là, bien sûr, l'air étail for­midablement frais, et sec, et agréable. La fin de notre voyage s'annonçait. De grands champs s'étendaient des deux côtés de la route. Un noble vent soufflait sur les arbres immenses, ça et là, sur les bois, et les vieilles missions, qui se teintaient de rose aux derniers rayons. Les nuages étaient tout proches, énormes, roses aussi. «Mexico au crépuscule!» On y était arrivés. Quand on s'est arrêtés pisser, j'ai traversé un champ pour m'approcher des grands arbres et je me suis assis un moment méditer dans la plaine, Frank et Neal gesticulaient dans la voiture. Les pauvres diables, leur chair, mêlée à la mienne, venait de bourlinguer sur trois mille cinq cents bor­nes depuis les jardins de Denver, dans l'après-midi, jusqu'à ces vastes contrées bibliques, et à présent nous arrivions bout de la route, et moi, qui ne m'en doutais guère, j'arrivais au bout de ma route avec Neal. Or, ma route avec Neal était bien plus longue que ces trois mille cinq cents bornes. « On quitte nos T-shirts pleins d'insectes? -- Non, gardons-les pour entrer en ville, nom de d'là.» Et nous sommes entrés dans Mexico. Un bref col de montagne nous mène à un sommet d'où nous voyons toute la ville dans son cratère, en contrebas, avec ses fumerolles urbaines, et ses lumières qui brillent déjà. On fond sur elle, on tond sur Insurgentes Boulevard, plein pot, jusqu'au Paseo de la Réforme, cœur battant de la cité. Des gamins jouent au foot sur d'immenses terrains tristes, en faisant voler la poussière. Des chauffeurs de taxi nous rattra­pent, pour savoir si nous voulons des filles. Non, des filles, pas tout de suite. De longs bidonvilles en torchis s'étendent sur la plaine; on voit des silhouettes solitaires dans les ruelles en crépuscule. La nuit viendra bientôt. Et puis c'est la cla­meur de la cité, nous voilà devant des cafés bondés, des ciné­mas; des mécaniciens passent, pieds nus, le pas traînant, avec leur clef anglaise et leur chiffon. Des chauffards indiens aux pieds nus nous coupent la route, nous encerclent en klaxon­nant, dans un trafic dément. Un boucan incroyable. Il n'y a pas de silencieux sur les voitures mexicaines; on écrase le klaxon allègrement, en permanence. «Yee! s'écrie Neal, faites gaffe!» Il balance la voiture dans la circulation, en jouant avec tout le monde.Il conduit comme un Indien. Il s'engage sur le rond-point de la Réforme, ses huit rayons nous cra­chent leurs voitures de tous les côtés, à gauche, à droite, en face, il braille, il saute, il se tient plus de joie. « Ça c'est la cir­culation dont j'ai toujours rêvé, les gens ROULENT, ici!» Voilà qu'une ambulance déboule. En Amérique, l'ambulance se faufile dans la circulation sirène hurlante; les planétaires ambulances des Indiens fellahin déchirent les rues de la ville à cent vingt à l'heure, et il faut leur dégager le passage, pas de danger quelles s'arrêtent un seul instant sous aucun prétexte, elles te foncent dessus bille en tête.
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  • Par Pickwick, le 09 septembre 2010

    Ma garce de vie s'est mise à danser devant mes yeux, et j'ai compris que quoi qu'on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie.

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  • Par gaillard1, le 19 septembre 2010

    Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.

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"Sur la route" - Rencontre avec le réalisateur Walter Salles
Retrouvez l'intégralité de cette masterclass dans l'édition spéciale Fnac de "Sur la route" en DVD et Blu-Ray sur Fnac.com : recherche.fnac.com Retrouvez toutes les vidéos de Fnac TV : www.fnac.com Après "Dark Water" (2006), "Carnet de voyages" (2009) ou encore "Cental Do Brasil" (2011), Walter Salles revient avec "Sur la route". Cette fois-ci, le réalisateur brésilien s'aventure et prend un chemin risqué, celui d'adapter au grand écran le cultissime roman de Jack Kerouac qui retrace l'histoire de toute une génération aux Etats-Unis, la Beat Generation. "Sur la route", c'est l'histoire de Sal Paradise, jeune auteur new-yorkais, qui arpente les Etats-Unis à la recherche d'aventure et de liberté. Mais cette quête vers l'Ouest ne se fait jamais en solitaire. A la mort de son père, il rencontre Dean Moriarty pour qui la route est aussi le moyen de fuir la routine d'une vie monotone déjà toute tracée. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, "sex, drugs and alcohol" apparaissent comme des remèdes pour ces jeunes adultes désabusés qui refusent toute responsabilité et revendiquent leur liberté. Mais les carcans reviennent bien vite et ce malgré les excès de folie de Dean Moriarty ou malgré la beauté enivrante de son amie Marylou. "Sur la route" a reçu huit nominations au dernier Festival de Cannes, notamment pour la Palme d'Or, pour le Grand Prix, le Prix du Jury ou encore celui de la mise en scène. Walter Salles réalise un road trip esthétique avec des plans et des paysages ...








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