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Frédéric Roger-Cornaz (Traducteur)André Malraux (Auteur de la postface, du colophon, etc.)André Topia (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070387437
Éditeur : Gallimard (1993)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 748 notes)
Résumé :
"Ce n'était pas très gai, mais c'était le destin.(...) C'était la vie." Tel est l'amer constat que Constance Reid, alors âgée de 23 ans, porte sur son mariage avec Clifford Chatterley.
Ils se sont mariés en 1917 lors d'une permission de Clifford. Il est revenu du front en 1918, gravement estropié et condamné à la chaise roulante.
Si leur entente a toujours été plus intellectuelle que physique, l'incapacité de Clifford à satisfaire sa femme et à lui don... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
juliette2a
17 juillet 2013
  • 5/ 5
Quelle pure merveille !
Je rejoins totalement les avis précédents sur ce magnifique livre de D.H. Lawrence !
Nous suivons la vie de l'héroïne de cette histoire, Constance, devenue Lady Chatterley après avoir épousé Clifford Chatterley. Ce dernier est revenu brisé et handicapé de la guerre et doit désormais vivre en fauteuil roulant, totalement dépendant de sa femme.
Dans ce quotidien ennuyeux, Constance est donc à la recherche d'un Idéal, qu'elle finit par trouver dans les bras du garde-chasse de son mari, Oliver Mellors. La tension est d'ailleurs permanente jusqu'à la dernière page ; en effet, la Lady se retrouve face à un choix difficile : une existence morne mais indépendante si elle choisit Clifford ou bien une totale liberté mais une déchéance sociale du côté de Mellors... Il s'agit donc avant tout d'une grande histoire d'amour racontée par Lawrence, et qui ne peut que séduire le lecteur.
Toutefois, derrière l'intrigue amoureuse se cache une dimension symbolique. Ainsi, chaque personnage représente une caractéristique de l'Angleterre de ce début de siècle : Clifford symbolise l'échec, puis la chute de la bourgeoisie ; Constance représente les espoirs d'une société traumatisée par la guerre. Enfin, Mellors est d'une certaine façon le porte-parole de l'auteur, s'interrogeant toujours sur des questions essentielles à cette époque, comme les inégalités entre ouvriers et patrons ou encore la part croissante de l'argent dans la mentalité des Anglais...
Ainsi, ce roman est complet, mêlant amour et réflexion, mais quoi qu'il soit, j'en garderai un excellent souvenir, charmée par des personnages que je n'oublierai sans doute jamais...
A lire absolument !
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Nastasia-B
18 juillet 2012
  • 5/ 5
Voici l'un de mes plus grands coups de coeur toutes catégories confondues.
N'ayons pas peur des mots, en signant ce roman, David Herbert Lawrence a écrit l'un des plus grands romans mondiaux du XXème siècle. Et dire que j'ai hésité longtemps avant de le lire m'attendant bêtement à être déçue. Quelle andouille !
C'est bigrement bien écrit, une sorte de verve anglo-saxonne douce-amère pas très distante de celle d'Oscar Wilde, et nombre d'épiphores (dédoublements de mots ou de morceaux de phrases éminemment porteurs de sens). Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, l'auteur nous livre avec une sensibilité lucide et une grande intelligence de la féminité, sa vision désabusée de l'humanité (dont Clifford semble être le symbole), mais pourtant pas totalement dénuée d'espoir comme le suggère la lettre de Mellors qui clôture le roman.
L'histoire pourrait éventuellement se résumer maladroitement comme suit. Dans la haute bourgeoisie un baronnet anglais épouse une belle écossaise, mais manque de chance se fait raccourcir sitôt après en cette fin de World War I. Notre brave Sir Cliffort Chatterley parvient à rester en vie mais mort dans sa moitié inférieure. Il se retranche dans le château familial de Wragby au coeur des vestiges de ce qui fut la légendaire forêt de Robin des Bois, depuis lors investie par des villages ouvriers et des mines bien plus noirs que l'âme du Prince Jean.
La pauvre Constance Chatterley, s'ennuie à mourir dans son donjon campagnard et les prétentions artistiques et scribouillardesques de son glorieux époux n'y changent rien. Alors elle arpente assidument la forêt qui jouxte le parc du château et tombe inévitablement sur un faux rustre, Oliver Mellors, ancien officier dans l'armée des Indes, réfractaire au milieu mondain et au franc-parler assassin. Ce personnage sans concession va fatalement attirer Lady Chatterley bien que notre garde-chasse patoisant et aux trois-quarts ermite se soit bien juré de ne jamais plus retomber dans les filets d'une femme...
Je vous laisse découvrir la suite si vous avez le bonheur de ne pas la connaître car j'aimerais tant avoir le bonheur de relire ce livre "pour la première fois". Il y a, de surcroît, une épaisseur insoupçonnée dans ce livre qui confine à quelques unes des trois grandes questions métaphysiques : D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?
Prenez plaisir, savourez fort et à pleins poumons cette oeuvre magnifique, du moins c'est mon appréciation, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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palamede
03 juillet 2016
  • 5/ 5
Dans une époque en pleine mutation, quand l'Angleterre agricole est effacée par l'Angleterre industrielle, Constance Chatterley, qui appartient à la classe riche, doit choisir entre deux mondes.
La pauvre Constance n'a pu résister à l'ennui d'une vie auprès d'un homme blessé à la guerre. Au milieu de la forêt de Sherwood, celle de Robin des bois, une cabane accueille ses amours avec le garde-chasse de son mari. Au plus profond des fourrés, peut-être le dernier lieu épargné par la lèpre industrielle des usines et des mines en ce début du XXe siècle, la sexualité avec son amant la révèle à elle-même. Elle trouve sa raison d'être et elle est prête à tout abandonner de son passé.
Dans ce merveilleux roman, puissamment et délicieusement sensuel, si D.H. Lawrence nous livre une vision sombre de l'évolution de la société - l'argent est au centre de la préoccupation des hommes, il régit, pervertit toutes les relations et détruit la beauté de la nature - il espère aussi en une nouvelle Angleterre, incarnée par Lady Chatterley et le garde-chasse, et en l'amour qui dépasse tout.
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Eric76
11 octobre 2015
  • 5/ 5
« C'est pourquoi je crois à notre petite flamme fourchue. »
Ainsi parlait Mellors, l'Homme des Bois, pour décrire sa relation passionnelle et charnelle avec la belle aristocrate Lady Chatterley. Trois mots à la fois modestes et ravageurs. Trois mots fortement suggestifs et païens…
Tout est confrontation brutale dans ce roman ! L'impuissance et la froideur du Maître de Wragby s'oppose à la sensualité et la force érotique dégagé par Mellors. le corps sec et maigre de Lady Chatterley qui, au contact de l'Homme des Bois, soudainement s'épanouit pour devenir gracieux et svelte. La forêt, dernier refuge de liberté, de beauté et de sauvagerie qui recule inexorablement face aux destructions du monde industrialisé enfantant des paysages lugubres et des hommes émasculés, sans force, davantage objets qu'hommes.
L'amour irraisonné entre la belle Connie et Mellors balaiera tous les obstacles : les pesanteurs sociales, la différence de classe, la peur du scandale, les douloureux coups d'épingles des commérages et du « qu'en dira-t-on ». Un véritable hymne à la vie !
Pour décrire les relations amoureuses, les termes sont parfois crus mais toujours d'une extraordinaire poésie. Elles subliment la passion qui unit nos deux héros. Ils avancent main dans la main, le nez dans les étoiles, ignorant la médiocrité et la petitesse d'esprit de leurs congénères.
Qui n'a pas connu ces moments de grâce où l'amour rend aérien et invulnérable, qu'on ne cesse durant toute une vie d'essayer de revivre?
Un livre à lire et à relire.



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TheWind
30 octobre 2016
  • 5/ 5
Il y a des livres qui se font désirer...
L'amant de Lady Chatterley fait partie de ceux-là.
Il y a longtemps que j'avais envie de lire ce roman. Il était sur mes étagères et ne cessait de me tenter. Pourtant, j'ai toujours remis à plus tard cette lecture. Est-ce parce que l'objet livre en lui-même n'est pas très attirant ? C'est un vieux livre de poche publié en 1966 dont les pages jaunies exhalent cette odeur si familière : ce parfum des vieux livres.
Je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai toujours retardé la lecture de ce roman.
C'est comme s'il se refusait à moi...
Mais j'ai fini par le piéger. Il suffisait juste pour cela de l'inscrire au challenge ABC. Ainsi, il ne m'échapperait pas.
Il me fallait lire ce livre dans l'année et c'est ainsi que ni contrainte, ni forcée, je fis le premier pas et le sortis enfin de ma bibliothèque.
Je commençai la lecture de L'amant de Lady Chatterley, heureuse d'avoir franchi ce cap. Je l'avais vaincu. Il ne me résistait plus. J'allais pouvoir enfin le savourer...comme tant d'autres avant moi.
Mais, c'était sans savoir que ce roman était un brin pernicieux et qu'il me réservait quelques surprises..
Parce que non content de s'être refusé à moi durant tant d'années, voilà qu'il me cachait sa véritable nature dès l'instant où je l'entamai.
Il se montra, tout d'abord, pendant une bonne centaine de pages, sous son plus mauvais jour : bavard, ennuyeux, pédant. Contre toute attente, ce roman si longtemps désiré ne me convenait pas. J'avais besoin de passion, d'imprévus, de frissons. Mais de cela, il n'en avait cure. Il continuait à pérorer sur la vie, sur l'amour, sur l'industrialisation, sur l'argent. Il attendait de moi que je refasse le monde avec lui mais ce n'était pas de cela dont j'avais envie.
L'a t-il compris ? Ou était-ce une ruse pour démasquer s'il pouvait me faire confiance ? Était-ce une façon de me dire : « Si tu m'aimes, tu dois tout supporter de moi. Même mes tergiversations les plus extravagantes. »
Toujours est-il qu'il a commencé à se montrer un peu moins froid avec moi. Il s'ouvrait à moi en secret, m'enveloppait fébrilement de ses bras puissants, m'enhardissait au plaisir littéraire et laissait en moi à chaque fois que je le posais, un besoin inassouvi.
Une passion était née.
Sa conversation, dès lors, m'enchantait. Je ne pouvais qu'être d'accord avec sa façon de voir le monde. Il prônait la liberté, le retour à la nature, une société plus juste...il faisait fi des qu'en dira-t-on et des gens bien pensants. Il me fascinait et me troublait tout à la fois.
Il fut mon amant de quelques nuits.
Un matin, il mit fin à notre histoire. Brutalement.
Ce fut si soudain que je me demande encore s'il ne s'agit pas d'un de ses vilains tours.
Pourtant, j'eus beau tourner les pages, chercher désespérément une suite à cette histoire. C'était bel et bien fini.
La fin m'appartenait.
C'est le plus beau cadeau qu'il pouvait me faire.
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Citations & extraits (145) Voir plus Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean17 juillet 2015
Nous vivons dans un âge essentiellement tragique ; aussi refusons-nous de le prendre au tragique. Le cataclysme est accompli ; nous commençons à bâtir de nouveaux petits habitats, à fonder de nouveaux petits espoirs. C'est un travail assez dur : il n'y a plus maintenant de route aisée vers l'avenir : nous tournons les obstacles ou nous grimpons péniblement pardessus. Il faut bien que nous vivions, malgré la chute de tant de cieux.
Telle était à peu près la situation de Constance Chatterley. La guerre avait fait écrouler les toits sur sa tête. Et elle avait compris qu'il faut vivre et apprendre.
Elle avait épousé Clifford Chatterley en 1917, pendant une permission d'un mois qu'il avait passée en Angleterre. Ils avaient eu un mois de lune de miel, après quoi il était reparti pour le front des Flandres1. Et six mois plus tard, il était ramené en Angleterre plus ou moins en morceaux. Constance, sa femme, avait alors vingt-trois ans ; lui, vingt-neuf.
Il avait une merveilleuse emprise sur la vie. Il ne mourut pas ; ses débris semblèrent se rejoindre. Il resta deux ans entre les mains des médecins. Puis on le déclara guéri, et on le renvoya à la vie avec la moitié inférieure de son corps, à partir des hanches, paralysée pour toujours.
C'était en 1920. Ils retournèrent, Clifford et Constance, chez lui, à Wragby Hall, le domaine de famille. Son père était mort, Clifford avait hérité du titre ; il était Sir Clifford, et Constance était Lady Chatterley. Ils vinrent commencer la vie en commun dans le château, un peu à l'abandon, des Chatterley, avec un revenu un peu insuffisant. Clifford avait une sœur, mais elle était partie. Il n'avait pas d'autres parents proches. Son frère aîné était mort à la guerre. Estropié pour la vie, sachant qu'il ne pourrait jamais avoir d'enfants, Clifford revint aux fumeux Midlands2 pour faire vivre, tant qu'il le pourrait, le nom de Chatterley.
Il supportait assez allégrement son sort. Il pouvait aller et venir dans une petite voiture qu'il manœuvrait lui-même, et il en avait une autre, avec un moteur, pour se promener lentement dans le beau parc mélancolique dont il était en réalité si fier malgré les airs détachés qu'il se donnait en en parlant.
Il avait tant souffert que sa capacité de souffrir s'était quelque peu épuisée. Il restait étrangement vif, et joyeux, et presque gai, avec son beau teint, son air de santé, ses yeux bleu clair, brillants et provocants. Il avait de larges et fortes épaules, des mains puissantes. Il était coûteusement vêtu, portait de belles cravates de Bond Street3. Et pourtant sur son visage perçait encore le regard qui épie, l'air un peu absent de l'estropié.
Il avait été si près de perdre la vie que ce qu'il lui en restait lui était merveilleusement précieux. On lisait clairement dans l'inquiet éclat de ses yeux l'orgueil d'être encore vivant après une telle aventure. Mais il avait été si touché qu'en lui quelque chose était mort ; quelques-uns de ses sentiments avaient disparu ; il y avait comme un vide d'insensibilité.
Constance, sa femme, était une belle fille saine et campagnarde avec des cheveux doux et bruns, un corps solide, et de lents mouvements pleins d'une énergie peu commune. Elle avait de grands yeux étonnés, une voix douce et moelleuse, et semblait venue tout droit de son village natal. Ce n'était nullement le cas. Son père était le vieux Sir Malcolm Reid, membre de l'Académie royale de peinture, qui avait eu son heure de célébrité. Sa mère avait été un des membres cultivés de la Société Fabienne4, en ces beaux jours un peu préraphaélites5. Au milieu d'artistes et de socialistes cultivés, Constance et sa sœur Hilda avaient reçu ce qu'on pourrait appeler une éducation esthétiquement sans conventions. On les avait menées à Paris, à Rome, à Florence, pour leur faire respirer une atmosphère d'art ; et on les avait menées aussi ailleurs, à La Haye et à Berlin6, aux grands congrès socialistes où les orateurs parlaient toutes les langues civilisées et où personne ne s'étonnait de rien.
Ainsi les deux jeunes filles, dès leur enfance, avaient vécu à leur aise parmi les théories d'art et les spéculations politiques. Elles étaient à la fois cosmopolites et provinciales, de ce provincialisme cosmopolite qui distingue l'art quand il s'allie à un pur idéal social.
À l'âge de quinze ans, on les avait envoyées à Dresde7 pour étudier la musique entre autres choses. Et elles s'y étaient bien amusées. Elles vivaient librement parmi les étudiants, elles discutaient philosophie, sociologie et art avec les hommes ; elles valaient bien les hommes ; elles valaient plus qu'eux puisqu'elles étaient femmes. Elles partaient en balade dans les bois avec de solides jeunes gens qui portaient des guitares. Elles chantaient les chants des Wandervögel8 ; elles étaient libres ! Libres ! C'était le grand mot : libres de courir le monde, de parcourir les forêts matinales, avec de vigoureux jeunes gens aux belles voix, libres de faire ce qu'elles voulaient et, surtout, de dire ce qu'elles voulaient. C'était la conversation qui comptait le plus, l'échange passionné de paroles ! L'amour n'était qu'un accompagnement.
Avant d'atteindre dix-huit ans, Hilda et Constance avaient toutes deux essayé de l'amour. Les jeunes gens avec qui elles causaient si passionnément et chantaient si joyeusement et campaient sous les arbres avec tant de liberté, désiraient, cela va sans dire, aller plus loin. Les jeunes filles hésitaient ; mais on avait tant discuté l'amour, on avait tant déclaré qu'il était de première importance ! Et les hommes étaient si humbles, si implorants ! Pourquoi une jeune fille n'aurait-elle pas agi en reine, et fait le don d'elle-même ?
Ainsi elles avaient fait le don d'elles-mêmes, chacune au jeune homme avec qui elle discutait le plus subtilement, le plus intimement. La discussion était la plus grande chose ; l'amour, les rapports charnels n'étaient qu'une sorte de retour à l'instinct, une espèce de réaction. Ensuite, on aimait un peu moins le jeune homme, on avait une légère tendance à le détester comme s'il avait violé une intimité secrète, une liberté défendue. Car toute la dignité d'une jeune fille, toute sa signification dans l'existence ne consistaient qu'en l'accomplissement d'une parfaite, d'une pure, d'une noble liberté. Que pouvait signifier la vie d'une jeune fille sinon le rejet des anciennes et sordides relations entre sexes, de l'ancienne et sordide sujétion ?
Et, de quelque sentimentalité qu'on l'eût peinte, toute cette question de sexe était une des relations, une des sujétions les plus anciennes et les plus sordides. Les poètes qui l'avaient glorifiée étaient surtout des hommes. Les femmes avaient toujours su qu'il y avait quelque chose de meilleur, quelque chose de plus haut. Et maintenant elles le savaient avec plus de précision que jamais. La belle et fière liberté de la femme était supérieure à toute espèce d'amour sexuel ! Par malheur, le point de vue des hommes était si arriéré ! Ils s'entêtaient comme des chiens à vouloir l'acte sexuel.
Et la femme était bien forcée de céder. L'homme était comme un enfant plein d'appétits. Si la femme ne lui cédait pas, il ferait l'enfant, se rendrait insupportable, s'en irait en gâtant ce qui aurait pu être si agréable. Mais une femme pouvait céder à un homme sans céder son moi profond et libre. Les poètes, les gens qui parlent de l'amour ne semblaient pas en avoir assez tenu compte. Une femme pouvait prendre un homme sans s'abandonner vraiment. Au contraire, elle pouvait user de l'acte sexuel pour acquérir un pouvoir sur l'homme. Pendant l'acte physique, elle n'avait qu'à se retenir, laisser l'homme finir et se répandre, sans jouir elle-même. Et puis, elle pouvait prolonger l'étreinte et achever son spasme en ne faisant de lui qu'un instrument.
Quand la guerre éclata et qu'elles furent en hâte rappelées chez elles, les deux sœurs avaient eu toutes deux leur aventure amoureuse. Aucune n'avait jamais aimé un jeune homme sans s'être sentie très près de lui en paroles ; il leur fallait des conversations passionnantes. Le profond, l'extraordinaire, l'incroyable intérêt qu'il y avait à causer passionnément, heure après heure, jour après jour, pendant des mois avec un jeune homme vraiment intelligent ; voilà ce qu'elles n'avaient jamais imaginé avant d'en faire l'expérience ! La promesse paradisiaque : « Tu auras des hommes avec qui tu pourras causer », n'avait jamais été exprimée et elle s'était accomplie avant qu'elles eussent compris tout ce que contenait cette merveilleuse promesse.

1. Lors de l'offensive de 1917 dans les Flandres, les armées britanniques subirent de très lourdes pertes.

2. Midlands : région du centre de l'Angleterre dont la partie ouest, aussi appelée le Pays Noir, est une vaste zone industrielle qui s'est développée à partir du bassin houiller.

3. Bond Street : rue du centre de Londres, célèbre pour ses boutiques élégantes.

4. D'inspiration socialiste, mais rejetant toute action révolutionnaire violente, la Fabian Society, fondée en 1884, était ainsi nommée d'après le général romain Quintus Fabius Maximus surnommé « Cunctator » (« Temporisateur ») à cause de sa tactique essentiellement défensive contre Hannibal. Les Fabiens préconisaient une évolution progressive de la société et cherchaient avant tout à influencer les sphères gouvernementales en leur proposant des idées par leurs nombreux essais et pamphlets. Proches des premiers Trade Unions, ils contribuèrent à la création du parti travailliste. Parmi leurs membres les plus célèbres il y eut George Bernard Shaw, Keir Hardie, H.G. Wells, Sidney et Béatrice Webb.

5. Les préraphaélites : nom que se donnèrent en 1848 un groupe de peintres et de critiques très liés à Ruskin, parmi lesquels J.E. Millais, D.G. Rossetti et W. Holman Hunt. Ils voulaient revenir à la pureté de la peinture du Quattrocento contre ce qu'ils considéraient comme l'influence corruptrice de Raphaël. Leur symbolisme mystique, souvent lié à des thèmes méd
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Nastasia-BNastasia-B23 août 2012
Comment élever une famille avec un salaire de vingt-cinq à trente shillings ? Les femmes sont les plus enragées ; mais ce sont aussi les plus enragées à la dépense, de nos jours. Si on pouvait seulement leur dire que vivre et dépenser ne sont pas la même chose ! Mais cela ne sert à rien. Si seulement on les avait élevés à sentir, au lieu de gagner et dépenser, ils se tireraient très bien d'affaire avec vingt-cinq shillings. Si les hommes portaient des pantalons écarlates, comme je l'ai dit, ils ne penseraient pas tant à l'argent; s'ils pouvaient danser et sauter et chanter et fanfaronner et être beaux, ils s'accommoderaient de très peu de monnaie; et s'ils savaient s'amuser eux-mêmes, et se laisser amuser par les femmes ! Ils devraient apprendre à être nus et beaux, et à chanter en masse et à danser les anciennes danses de caractère, et à sculpter les tabourets sur lesquels ils s'assoient, et à broder leurs propres emblèmes. Alors, ils n'auraient plus besoin d'argent. Voilà le seul moyen de résoudre le problème industriel: enseigner au peuple à vivre, et à vivre en beauté, sans avoir besoin de dépenser de l'argent. Mais c'est impossible. Il n'y a plus aujourd'hui que des intelligences bornées. Tandis que la masse du peuple ne devrait même pas essayer de penser, parce qu'elle en est incapable. Elle devrait être vivante et fringante et n'adorer que le Grand Pan. Lui seul sera toujours le dieu de la masse. L'élite peut s'adonner, s'il lui plait à des cultes plus élevés. Mais que la masse reste à jamais païenne.
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Nastasia-BNastasia-B16 septembre 2012
Elle avait épousé Clifford Chatterley en 1917, pendant une permission d'un mois qu'il avait passée en Angleterre. Ils avaient eu un mois de lune de miel, après quoi il était reparti pour le front des Flandres. Et six mois plus tard, il était ramené en Angleterre plus ou moins en morceaux. (...) Il avait une merveilleuse emprise sur la vie.Il ne mourut pas; ses débris semblèrent se rejoindre. Il resta deux ans entre les mains des médecins. Puis on le déclara guéri, et on le renvoya à la vie avec la moitié inférieure de son corps, à partir des hanches, paralysées pour toujours.
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DamepluieDamepluie01 août 2010
Si on pouvait seulement leur dire que vivre et dépenser ne sont pas la même chose! Mais cela ne sert à rien. Si seulement on les avait élevés à sentir, au lieu de gagner et de dépenser, ils se tireraient très bien d'affaire avec vingt-cinq shillings. Si les hommes portaient des pantalons écarlates, comme je l'ai dit, ils ne penseraient pas tant à l'argent; s'ils pouvaient danser et chanter et fanfaronner et être beaux, ils s'accomoderaient de très peu de monnaie; et s'ils savaient s'amuser eux-mêmes, et se laisser amuser par les femmes! Ils devraient apprendre à être nus et beaux, et à chanter en masse et à danser les anciennes danses de caractère, et à sculpter les tabourets sur lesquels ils s'assoient, et à broder leurs propres emblêmes. Alors, ils n'auraient plus besoin d'argent. Voilà le seul moyen de résoudre le problème industriel: enseigner au peuple à vivre, et à vivre en beauté, sans avoir besoin de dépenser de l'argent.
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vallegvalleg31 décembre 2013
Des anémones jaunes fleurissaient de toutes parts, grandes ouvertes, dans le nouvel éclat de leur lustre jaune ; c’était le jaune, le jaune puissant de l’été qui commence. Et les primevères s’épanouissaient largement, en un pâle abandon, d’épaisses touffes de primevères qui avaient perdu leur timidité. Le vert luxuriant et sombre des jacinthes était comme une mer d’où s’élevait le bleu pâle des boutons ; tandis que, dans l’allée cavalière, les myosotis ébouriffaient leurs plantes et que les ancolies dépliaient leurs ruches d’un violet d’encre.
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"Amants et fils" Livre vidéo. Non sous-titré. Non traduit.
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