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> Isabelle Maillet (Traducteur)

ISBN : 2743614811
Éditeur : Payot et Rivages (2006)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.2/5 (sur 1462 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Shutter Island est un îlot au large de Boston où un hôpital psychiatrique semblable à une forteresse accueille des pensionnaires atteints de troubles mentaux graves et coupables de crimes abominables.

Un matin de septembre 1954, le marshall Teddy Daniels... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 28 septembre 2013

    Nastasia-B
    Je sais que j'arrive bien longtemps après l'extinction des feux de la rampe avec ce livre, à l'heure où les brasiers ardents sont désormais des tas de cendres d'où ne s'échappe plus guère qu'une menue fumée continue...
    Ce roman a connu deux heures de gloire distinctes à quelques années d'écart : l'une à sa sortie en 2003, car l'auteur de Gone, Baby, Gone ; Ténèbres, Prenez-Moi La Main ou encore Mystic River était attendu par les aficionados tel le beaujolais nouveau par les bordées de pochetrons ou l'heure de la migration par les hirondelles grelottant sur leur fil électrique.
    L'autre effervescence autour de Shutter Island eut lieu au tournant de l'année 2010, lors de la sortie au cinéma de l'adaptation réalisée par Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio et Ben Kingsley dans les rôles principaux.
    C'est juste avant cette sortie, fin 2009, que j'ai lu Shutter Island, lecture à la suite de laquelle je suis allée voir le film dans la foulée.
    Ce n'est pas sans intérêt à mes yeux que j'aie laissé s'évacuer un peu la chaleur ardente et que j'écrive les pieds dans la cendre tiède. Je pose ainsi mon index sur ma tempe et m'interroge honnêtement : "Que me reste-t-il de cette double expérience plusieurs années après les faits ? " Car d'après moi, c'est là qu'on sait ce qu'un livre ou un film a remué en nous.
    Donc, que me reste-t-il ? Une impression bonne, mais diffuse que je vais tenter de vous retranscrire et d'analyser.
    Précision numéro 1, vous me connaissez suffisamment pour savoir que je ne souffre guère la comparaison avec les grands adeptes des thrillers, polars et autres romans noirs, qu'on rencontre sur le site, tels Lehane-Fan (ça ne s'invente pas !), Caro64, Carré, Belette2911, Jeranjou et autres authentiques vrais connaisseurs. Gardez à l'esprit que c'est une parfaite béotienne qui vous parle.
    Précision numéro 2, avec bientôt 200 critiques au compteur, peut-être n'est-il point besoin de re-préciser les détails du synopsis, où d'ailleurs, pour ce genre d'ouvrage, raconter l'histoire est quelque peu sacrilège car tout réside dans le " fin mot de l'histoire " qu'on découvre dans les toutes dernières pages (assimilable au " mot de la fin " dans ce cas précis) et dans la divulgation progressive et savamment orchestrée par l'auteur d'éléments, dans un ordre bien déterminé.
    Je vous en rappelle simplement le thème : psychiatrie et internement des criminels déséquilibrés en établissement spécialisé dans l'Amérique des années 1950. C'est suffisant, vous en savez presque déjà trop si vous n'avez pas encore lu ce livre.
    La matière, maintenant. Dans son style ce livre est bien, on pourrait ajouter très bien, voire très très bien fait, même si j'ai souvent du mal à me laisser embarquer dans la fine mécanique de roulage dans la farine de ces auteurs de thrillers, où l'on vous égare, on l'on vous dévoie systématiquement pour vous faire croire et miroiter plein de choses erronées tout en distillant, presque par inadvertance, subrepticement, comme des papiers tombés de la poche, des indices hyper importants, comme pour mieux vous dire après : " Vous voyez, je vous l'avais dit, je vous avais donné toute la clef de l'énigme, mais vous n'aviez pas fait attention, vous n'avez pas réussi à deviner, bande de nazes ! "
    C'est donc très bien fait dans ce style, et c'est plaisant et prenant à la lecture. Ne boudons pas notre plaisir, c'est un bon moment d'excitation. Mais comme je suis d'un naturel têtu et obstiné, je repose la question : " Que reste-t-il après, passé la découverte du scénario ? "
    Là, ma réponse est plus embarrassée et pour être sincère jusqu'au bout, je vous avouerai : " Probablement pas grand-chose au fond de mes paniers... " C'est un peu comme ces jolis feux de paille qui nous éblouissent mais qui ne nous réchauffent pas ou bien alors ces vins très sexy au palais, dans les premiers instants, et qui retombent comme des soufflets ensuite.
    C'est vrai, j'ai tendance à préférer les bourgognes, un peu moins sexy, mais qui tiennent mieux en bouche.
    Il est vrai que l'ambiance est bien rendue ; on chemine dans un monde glauque à souhait, où l'on se doute que dès qu'on s'enfonce dans un boyau, un éboulis va se produire, que notre palpitant va s'affoler, que notre adrénaline va s'en donner à cœur-joie. En ce sens, Shutter Island arrive magistralement à atteindre son objectif qui, comme le nom " thriller " l'indique, est de nous faire frissonner l'épine dorsale et claquer nos grosses molaires baveuses en accord avec nos genoux qui s'entrechoquent...
    Mais sur le rendu purement littéraire cette fois ? J'avoue ne pas avoir eu tout mon compte. Je vais aller encore un peu plus loin qu'avec ma comparaison œnologique.
    Vu que ces ouvrages se prêtent admirablement aux adaptations cinématographiques (alors même que l'on sous estime toujours les capacités d'imagination du lecteur), qu'ils n'en perdent pas leurs attributs ni leur charme à l'écran, ni tout ce qui les rendaient grands (je me fais l'avocate du diable et je sens déjà monter les grondements réprobateurs de la Fronde et je palpe déjà l'inextinguible rancœur qui se dessine dans l'âme de certains) c'est qu'ils ne sont...
    ... pas beaucoup plus que des scenarii bien ficelés !
    Un peu comme ce que serait le théâtre s'il n'y avait ces fameuses répliques dont tout le monde se souvient au sortir de la salle et qui nous marquent bien souvent pour le restant de nos jours. Imaginez par exemple Cyrano, s'il fallait se contenter du seul scénario, s'il n'y avait pas le " C'est un roc, c'est un pic, c'est un cap..." ? Eh oui, songez-y objectivement, à tête reposée, quand la chaleur est retombée.
    Donc, si l'équation : " scénario = littérature " vous convient, vous aurez tout votre compte avec Shutter Island et vous serez même repus.
    Si, par malheur, comme moi, vous considérez que " scénario = une partie et une partie seulement de l'ensemble complexe et pluri-axial que constitue l'ouvrage d'art du littérateur ", alors il vous restera peut-être un petit goût d'inachevé. N'est pas Umberto Eco qui veut...
    Le seul point où je trouve le livre de Dennis Lehane franchement meilleur que le film de Scorsese, c'est sur le traitement et le développement de la personnalité de Chuck, l'équipier du héros, pendant le premier tiers du livre. Là, il y a un vrai plus, quelque chose qui confine à la littérature que j'aime, c'est-à-dire quelque chose que l'écran ne sait pas bien retranscrire, que seule la texture livresque sait faire vibrer et bien ressentir.
    Rien que pour cet avantage, j'aurais tendance à vous conseiller malgré tout plus le livre que le film, mais je considère que les deux se valent, globalement. C'est un bon, un très bon moment, mais pas à mes yeux un moment d'extase littéraire où l'on a envie de noter chaque phrase, comme il m'arrive parfois, et de se les redire dans la tête, tellement on les trouve belles et sonnantes. Et la traduction n'est pas en cause, lorsque je lis du Steinbeck, du Tolstoï, du Hesse, le problème de la traduction se pose et pourtant le verbe m'envoûte.
    En outre, ceci n'est bien évidemment que l'avis éhonté d'une novice en matière de polars ou de thrillers, c'est-à-dire, pas grand-chose.
    P.S. Qu'on ne me fasse pas dire que je snobe le talent de scénariste de Dennis Lehane, car l'extraordinaire qualité de celui-ci ou bien, s'il est nécessaire d'en juger, sa remarquable contribution à l'élaboration du scénario de l'époustouflante série " The Wire " ("Sur écoute" dans la version française) est là pour en témoigner. Ce que j'exprime simplement, c'est qu'être scénariste ou être littérateur, ce n'est pas tout-à-fait la même chose, tout comme faire les Beaux-arts ou faire les Arts-déco, ce n'est pas non plus tout-à-fait la même chose. D'une certaine manière, le scénariste fait de la littérature appliquée. Ce n'est pas moins noble, c'est juste un peu différent, cela comporte ses contraintes propres et cela vient étayer les armes du réalisateur pour enflammer l'imaginaire du spectateur. Le réalisateur possède encore des sortilèges comme l'éclairage, le cadrage, le découpage ou la manière de diriger le jeu des acteurs. L'écrivain, lui, pour envoûter son lecteur, a dans ses prérogatives ce que nul autre ne peut prétendre lui subtiliser, la métaphore, la cadence de ses phrases, l'ajout ou le retrait de la ponctuation, l'expression d'un style, ou tout autre artifice, qui font qu'il est illusoire de vouloir tenter de rendre à l'écran du Proust, du Céline ou du Flaubert. C'est comme ça, on n'y peut rien.
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    • Livres 5.00/5
    Par Eric75, le 12 janvier 2013

    Eric75
    "Shutter Island" est un livre inoubliable.
    Mais avant d'en commencer la lecture, il ne faut surtout pas : 1) lire les critiques déjà publiées ; 2) avoir vu le film ; 3) céder à la tentation de lire à l'avance quelques pages vers la fin...
    Car oui, j'en connais, parmi les plus insatiables d'entre vous, qui ne peuvent résister à se goinfrer la chute lorsque le suspense devient trop douloureux (tant pis pour eux). D'autres hérétiques vont voir « le film » avant de lire « le livre ». Bon, il s'agit d'hérétiques, il y a certaines choses qu'ils ne peuvent comprendre. D'autres enfin, lisent quelques critiques postées sur Babelio, avant même de lire le livre, histoire de se faire une petite idée… MAIS NON MALHEUREUX… c'est insensé ! Arrêtez ! STOP !!!
    Voilà. Si maintenant vous êtes en train de lire ma critique, alors c'est que a) vous avez déjà lu ce livre ; sinon b) vous appartenez à la catégorie 1, 2 ou 3, vous pouvez même cocher plusieurs cases.
    Mais nooooon, mais non, rassurez-vous, je ne dévoilerai pas la fin. On la devine facilement, de toute façon ! (Non ? Mais non, je ne l'ai pas dit !) "Shutter Island" est un livre qui rend fou.
    Ce livre est à découvrir de préférence sans que l'on ait eu vent du retournement final, qui est du reste annoncé – mais pas dévoilé – à cor et à cri par plein de monde. Il existe de nombreux autres exemples célèbres de retournement final au cinéma : Usual Suspect, Sixième Sens… ainsi qu'en littérature : Le meurtre de roger ackroyd, La nuit qui ne finit pas, et bien d'autres… C'est tellement délectable qu'Agatha Christie n'hésite pas à remettre le couvert. Donc, oui, on peut finir par être lassé de ce procédé (Hein ? Mais non, je n'ai rien dit !)
    Ou pas…
    Nous sommes en 1954. Deux marshals, Teddy Daniels et Chuck Aule, débarquent un beau matin sur un îlot isolé situé au large de Boston, pour enquêter sur une disparition. La patiente d'un hôpital psychiatrique manque à l'appel. Des fous et des criminels dangereux, des déments sans grand espoir de rémission dont la société a voulu se protéger, sont enfermés derrière les murs de cet hôpital qui ressemble davantage à un pénitencier soigneusement gardé. La patiente disparue, Rachel Solando n'a pu quitter sa « cellule » sans la complicité d'un ou plusieurs membres du personnel. Très vite, Teddy et Chuck se rendent compte que le corps médical occulte des informations et les mène en bateau…
    Dennis Lehane sait mieux que personne distiller l'angoisse page après page. le mystère ne cesse de s'alourdir au fur et à mesure des progrès de l'enquête, laissant deviner de bien sombres secrets. le lecteur délicieusement au supplice se laisse engluer dans cette atmosphère anxiogène et demande grâce. Comme Teddy, on en arrive à n'avoir qu'une seule idée en tête : quitter cet endroit maléfique tant qu'il est encore temps. Teddy et Chuck parviennent pourtant à conserver leur calme, imaginent des ruses de sioux et tentent de garder la tête froide pour maîtriser le déroulement de leur enquête. Mais réussiront-il à surmonter tous les obstacles ? (Mais non, je ne dévoilerai pas la fin !)
    Évidemment, le lecteur ira de surprises en surprises et en redemande.
    Je peux maintenant aller voir / me procurer le film / regarder la bande annonce sur le net (elle est excellente).
    Dennis Lehane frappe extrêmement fort ! (Non ! Pas taper ! Pas taper ! Je ne…) Franchement, je crois que je vais maintenant être dans l'obligation de me procurer tous les livres de Monsieur Lehane.
    Et même, peut-être, je vais changer de pseudo. Ah, non, on me signale que celui-là est déjà pris. Dommage !
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    • Livres 5.00/5
    Par Laurence64, le 12 janvier 2013

    Laurence64
    C'est THE thriller.
    S'il ne fallait en garder qu'un, ce serait celui-là. Fichtrement palpitant, diablement intelligent, extrêmement bien écrit. Dans l'hexagone, ce bouquin aurait gagné le prix de l'Académie, le Goncourt des lycéens, le Goncourt tout court, et le Renaudot. Non seulement sa maison d'édition évitait le redressement judiciaire mais rachetait Gallimard, le Ritz et les biscuits Lu (j'aime bien les pailles d'or. Quand j'allais au zoo, les ouistitis en raffolaient).
    Suffisait de lui coller la reproduction d'un tableau de Hopper sur la couverture, laquelle aurait été blanche pour le sortir du ghetto du roman noir où l'on chante le blues. Sur la 4° (de couverture), papa Freud arborerait sa frimousse sérieuse, filant son auguste caution à une histoire inattendue.
    Parce que quand même.
    Et oui, au bout de la nuit frénétique, le lecteur découvre avec stupeur que:
    1) c'est le colonel Moutarde qui a zigouillé le poussin Piou dans l'annexe avec le chandelier.
    2) Miss Marple a violé Hulk sur un malentendu. Elle avait jeté initialement son dévolu sur Dave Robicheaux lequel a quitté l'ile avec Angela Gennaro.
    3) la dame en blanc était un transsexuel
    4) Sherlock convole en justes noces avec Mary Poppins
    5) Oui-Oui a racheté l'île après avoir empoisonné Potiron avec un chocolat chaud. le mobile du meurtre étant que Potiron s'acharnait à cuisiner des blettes. Ce en quoi, je défendrai Oui-Oui. Les blettes devraient être éradiquées de la surface terrestre.
    Vous avez bien lu! Ce roman enchaîne péripéties et renversements de situations avec Brio, Maestria et Furia, les trois Parques de l'île (pas de Pâques; il n'y a pas pas de Kinder à trouver). C'est aussi brillant qu'Aristide, aussi aliénant qu'une camisole de force.
    D'ailleurs, je m'en vais rattacher les liens de la mienne et partir lire un club des cinq pour me punir. Plus jamais je ne dévoilerai l'intrigue d'un livre. Si je n'oublie pas ...
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    • Livres 3.00/5
    Par carre, le 05 juin 2013

    carre
    Allez, un petit avis sur un livre passé inaperçu d'un auteur peu connu Dennis Lehane adapté par un obscur Martin Scorsese et un débutant un certain Léonardo di Caprio. Vous le voyez pas de quoi rendre attrayante cette affiche. Ok, j'arrête les conneries !!! Je suis embêté avec « Shutter Island » car beaucoup de mes camarades Babeliophiles vouent une admiration sans borne à ce roman.
    Comprenons-nous bien, « Shutter Island » m'a plu, m'a parfois impressionné, m'a aussi estomaqué mais pourtant ni le livre, ni le film n'ont provoqué l'enthousiasme, l'admiration, la révérence sans limite d'un grand nombre pour ce polar. Peut-être trop terre à terre, je préfère de loin « Mystic River », « Un pays à l'aube » ou même « Gone, Baby, Gone ». Je vois déjà l'incompréhension dans les rangs, les sifflets, les quolibets, les manifestations parfaitement justifiées, mais on ne ce refait pas, « Shutter Island » est pour moi, juste un bon polar. Je me mets à l'abri, voilà les premières tomates pourries qui volent …..
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    • Livres 4.00/5
    Par Ptitgateau, le 19 juillet 2012

    Ptitgateau
    Stupéfaite, perplexe, voilà ce que je dirais de moi-même à la fin de la lecture de ce roman.Je ne vais pas tarder à regarder le film, à ce que l'on dit, fidèle au livre, car la fin surprenante mérite une deuxième lecture .
    Je n'en dirai pas plus à ce sujet.
    J'ai écouté ce récit (livre audio) avec un ressenti très variable : angoisse : l'ambiance parfois sinistre et inquiétante étant très bien restituée, impatience : vont-ils trouver une âme charitable pour les guider efficacement, interrogation : un personnage surgit de nulle part sans explication, sans présentation,
    confusion : j'ai eu l'impression de me retrouver confrontée à des incohérences , des situations qui ne cadrent pas avec la fin , ces incohérences, (à analyser en deuxième lecture) amènent le lecteur à se demander qui est fou, qui est sain d'esprit lors du dénouement spectaculaire que nous offre Dennis Lehane.
    Ne passez pas à côté de ce magnifique thriller psychologique. Un conseil de lectrice, ne perdez pas une miette de ce que vous lirez, cela vous sera utile pour comprendre la situation finale.

    Lien : http://1001ptitgateau.blogspot.fr/
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 04 avril 2014

    - Il y a tout juste cinquante ans, parfois moins longtemps dans certains cas, la pratique en vogue voulait que le genre de patients dont nous nous occupons ici soient au mieux mis aux fers et abandonnés dans leur crasse et leurs excréments. Ils étaient systématiquement battus, comme si cela suffisait à éliminer leur psychose. On les diabolisait. On les torturait. On les écartelait sur la roue, pour ainsi dire. Oui. On leur enfonçait des clous dans le cerveau. Il arrivait même parfois qu'on les noie.
    - Et aujourd'hui ?
    - Aujourd'hui, on les soigne. Moralement. Nous essayons de panser leurs blessures, de les guérir. En cas d'échec, nous leur apportons au moins un peu de paix.
    - Et leurs victimes ?
    Cawley haussa les sourcils, attendant manifestement la suite.
    - Ce sont tous des criminels violents, n'est-ce pas ? insista Teddy, [...] ils ont fait du mal aux autres. Ils ont même commis des meurtres je suppose.
    - Oh oui. C'est arrivé souvent.
    - Alors, pourquoi voudriez-vous leur offrir un sentiment de paix après ce qu'ils ont infligé à leurs victimes ?
    - Parce que c'est mon métier, marshal. Je n'ai plus la possibilité d'aider leurs victimes, malheureusement. Toute tâche a ses limites, vous le savez. En l'occurrence, ce sont les miennes.
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  • Par verobleue, le 17 octobre 2011

    - Si vous n'êtes pas fou mais que l'on vous a présenté comme tel au reste du monde, toutes vos protestations ne servent qu'à conforter les autres dans leur opinion. Vous me suivez?
    - Plus ou moins.
    - Imaginez un syllogisme qui prendrait comme point de départ le principe suivant :"Les fous nient leur folie. " D'accord?
    - Oui.
    - Ok, deuxième partie : "Or Bob nie sa folie." Troisième partie, celle du "donc" : "Donc, Bob est fou."
    (...)
    Si on vous juge dément, alors tous les actes qui devraient prouver le contraire sont interprétés comme ceux d'un dément. Vos saines protestations constituent un déni. Vos craintes légitimes deviennent de la paranoïa. Votre instinct de survie est qualifié de mécanisme de défense. C'est sans issue. L'équivalent d'une condamnation à mort en quelque sorte.
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  • Par Eric75, le 13 janvier 2013

    - Qu'est-ce qu'elle vous a dit, au fait ? s'enquit Chuck avant de se relever.
    - Qui ?
    - Cette patiente. (Chuck claqua des doigts.) Bridget. Elle m'a envoyé chercher de l'eau, tout à l'heure. Elle voulait vous dire quelque chose, je l'ai deviné.
    - Faux.
    - Ah oui ? Vous mentez. Elle...
    - Elle a "écrit" quelque chose, l'interrompit Teddy en tapotant les poches de son pardessus à la recherche de son calepin.
    L'ayant récupéré au fond d'une poche intérieure, il le feuilleta.
    (...)
    - Alors, vous avez trouvé ? demanda Chuck en s'approchant.
    Teddy inclina la tête, puis tourna le calepin pour que son coéquipier puisse voir la page et le seul mot qui y figurait, griffonné en pattes de mouche et déjà estompé par la pluie :

    FUYEZ
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  • Par Morgouille, le 15 décembre 2009

    Les deux marshals échangèrent un coup d’œil, puis Chuck, l’air vaguement penaud, adressa un petit sourire à son coéquipier.
    — On ne m’a pas appris à fuir, toubib, répondit-il.
    — Sans doute. A propos, qui vous a élevé ?
    — Les ours, affirma Teddy.
    Une lueur brilla dans les yeux de Cawley, qui le gratifia d’un léger hochement de tête approbateur.
    Naehring, en revanche, ne semblait guère goûter la plaisanterie. Il lissa son pantalon au niveau des genoux, avant de demander :
    — Vous croyez en Dieu ?
    Teddy éclata de rire.
    Son interlocuteur se pencha en avant comme pour mieux l’entendre.
    — Oh, vous étiez sérieux ? s’étonna Teddy.
    De toute évidence, Naehring attendait une réponse.
    — Eh bien, vous avez déjà eu l’occasion de visiter un camp d’extermination, docteur ?
    Naehring fit non de la tête.
    — Non ? reprit Teddy en se voûtant à son tour. Votre anglais est excellent, docteur ; je dirais même presque parfait. Mais vous prononcez encore les consonnes avec un peu trop de dureté.
    — L’immigration légale est-elle considérée comme un crime, marshal ?
    Un sourire naquit sur les lèvres de Teddy, qui esquissa un geste de dénégation.
    — Alors, revenons-en à Dieu, si vous voulez bien.
    — Quand vous aurez vu un camp de ce genre, docteur, vous me reparlerez de vos sentiments sur la question.
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  • Par Morgouille, le 15 décembre 2009

    — Chacun a le droit de penser ce qu’il veut.
    Le visage du directeur s’assombrit.
    — Faux. Les hommes sont des imbéciles. Ils mangent, ils boivent, ils libèrent des gaz, ils forniquent et ils procréent – ce qui est d’ailleurs tout à fait regrettable, car le monde serait un endroit bien plus supportable si nous étions moins nombreux. Des retardés, des bâtards, des cinglés et des individus sans moralité – voilà ce que nous produisons. La souillure que nous répandons sur cette terre.
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