> Jacques Papy (Traducteur)
> Simone Lamblin (Traducteur)

ISBN : 2070415805
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.22/5 (sur 60 notes) Ajouter à mes livres
«La ferme tout entière baignait dans cette couleur mêlée, inconnue et hideuse; les arbres, les bâtiments, et même la verdure et l'herbage qui n'avaient pas complètement tourné à la fatale désintégration dans la grisaille.

Les branches se tendaient toutes... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 24 avril 2009

    Woland
    The Colour Out of Space
    Traduction : Jacques Papy
    Ce recueil de quatre Nouvelles doit son nom à celle qui demeure l'une des plus terrifiantes jamais écrites par Lovecraft. On n'y voit pourtant pas trop les tentacules des Grands Anciens et l'écrivain use en fait de descriptions très simples pour amener son lecteur à un rare degré d'effroi. Mais c'est le propre du génie d'atteindre à de tels sommets avec si peu de moyens ou encore avec des moyens en apparence aussi faibles. Et Lovecraft était un génie.
    Enfin, telle est mon opinion, confortée par les trente-quatre ans qui séparent désormais ma première lecture de "La Couleur tombée du ciel" de la seconde et toute récente que je viens de faire. A quinze ans, on n'a pas encore vu grand chose, on est tout neuf, on s'émeut vite. Trente-quatre ans plus tard, on a accumulé les films d'épouvante ("Alien", "Ring", "The Blair Witch Project" ...) et les lectures du même genre (tous les Stephen King, les Graham Masterton première époque, "Le Tour d'Ecrou" de James et autres friandises venimeuses de la littérature). Sans compter qu'on a vu se fissurer Tchernobyl, croître et s'épanouir une pollution qui redynamise les grandes maladies respiratoires, apparaître le SIDA, l'encéphalite spongieuse et toute cette sorte de choses - et que ça, malheureusement, c'est du réel, une horreur bien concrète amplifiée par les fûts de déchets nucléaires enfouis en dépit du bon sens un peu partout sur notre chère planète.
    Et c'est peut-être tout ce contexte pollution-écologie qui a permis à "La Couleur tombée du ciel" de ne pas concéder au Temps un seul atome de sa puissance.
    Certes, dans la nouvelle, la mystérieuse couleur est bien liée à un météorite probablement habité par l'une de ces entités extra-terrestres et extra-temporelles qu'affectionnait Lovecraft. Mais l'art avec lequel le romancier nous la décrit, s'infiltrant tout d'abord dans les sols, puis dans les cultures, enfin dans les humains qui vivent là, nous évoque rétrospectivement Le fléau d'une pollution mystérieuse et incontrôlable. Et quand une partie de la couleur finit par rejoindre sa dimension originale, le lecteur sait bien qu'elle laisse derrière elle, tout au fond d'un puits, l'horreur en germe ...
    A côté de ce texte, d'une intensité exceptionnelle, les trois autres en paraîtraient presque - presque - gais, optimistes et même anodins. "L'abomination de Dunwich", lui aussi d'une très grande qualité, semble une adaptation lovecraftienne du "Grand Dieu Pan" d'Arthur Machen - adaptation mais non copie, attention ! "Le cauchemar d'Innsmouth" introduit pour la première fois la ville d'Innsmouth et ses inquiétantes mutations génétiques dans l'univers du créateur de Chthulu et "Celui qui chuchotait dans les ténèbres" reprend le thème de l'invasion de la Terre par des extra-terrestres très mal intentionnés.
    A mon sens, ce volume est, avec "Dagon" et "Par delà le mur du sommeil", le meilleur qui soit pour découvrir H. P. Lovecraft et son oeuvre. Avec d'autant plus de plaisir que ses traducteurs ont accompli un travail remarquable, qui faisait dire à Jean Cocteau, fin connaisseur, que "Lovecraft est encore mieux, si possible, en français qu'en anglais." ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par Bookworm84, le 15 août 2010

    Bookworm84
    Lectrice habituelle de Stephen King, je me suis lancée dans la lecture des oeuvres de Lovecraft tout naturellement, ayant entendu parler de cet auteur comme étant le créateur du genre d'épouvante. Je me souviens encore avec précision de la première fois où j'ai lu Lovecraft. C'était l'été, je lisais près de la fenêtre, jouissant du soleil qui brillait avec éclat. Mais, au fur et à mesure que j'avançais dans le recueil, des frissons me parcouraient, le soleil semblait s'être voilé derrière des nuages, et mon coeur battait fortement. Chaque fois que je lis Lovecraft, cette même sensation de terreur glacée revient, intacte. Même si je connais déjà le dénouement de l'histoire, rien à faire. Les frissons sont là. [Lire la suite sur La Lune Mauve]

    Lien : http://www.lalunemauve.fr/ecritures/chroniques-livres/chroniques-con..
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 25 avril 2009

    [...] ... Il y avait d'étranges empreintes de pieds ou de griffes au bord des ruisseaux, sur des étendues de terrain dénudé, et de curieux cercles de pierres autour desquels l'herbe avait été arrachée. Il y avait aussi, au flanc des collines, des cavernes inexplorées dont l'entrée était fermée par des rochers qui ne se trouvaient pas là accidentellement : un grand nombre d'empreintes menaient vers elles et s'en éloignaient (si tant est que l'on pût déterminer exactement la direction de ces pistes). Enfin, et c'était le pire, il y avait les créatures que des montagnards particulièrement hardis avaient aperçues très rarement dans la pénombre de vallées écartées ou au coeur de bois épais situés sur des pentes inaccessibles.

    L'horreur eût été moindre si les diverses descriptions des monstres n'avaient pas si bien concordé. En l'occurrence, elles présentaient plusieurs points communs. Ces êtres fantastiques étaient des espèces d'énormes crabes rosâtres, munis de plusieurs paires de pattes et de deux grandes ailes membraneuses fixées au milieu du dos. Parfois, elles marchaient sur toutes leurs pattes, et parfois uniquement sur la paire postérieure, utilisant les autres pour transporter des objets de nature indéterminée. L'un des témoins en avait observé un jour toute une troupe qui passait à gué un cours d'eau peu profond : elles avançaient trois par trois, en rangs bien ordonnés. Un soir, on avait vu l'une d'elles prendre son vol : après s'être lancée du haut d'une colline solitaire, elle avait disparu dans le ciel, sous les rayons de la pleine lune. ... [...]
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  • Par Woland, le 24 avril 2009

    [...] ... C'est dans la commune de Dunwich, dans une vaste ferme à demi inhabitée bâtie à flanc de colline, à quatre milles du village et à un mille et demie de toute autre habitation, que naquit Wilbur Whateley, le dimanche 2 février 1913, à 5 heures du matin. On n'oublia jamais cette date car c'était la Chandeleur, que les indigènes célèbrent curieusement sous un autre nom ; en outre, des bruits souterrains avaient retenti, et tous les chiens du voisinage avaient aboyé au cours de la nuit précédente. Signalons enfin que sa mère appartenait à la branche dégénérée de la famille des Whateley : cette femme albinos, contrefaite et laide, âgée de trente-cinq ans, vivait avec son père, vieillard à demi fou qui, dans sa jeunesse, passait pour un terrible sorcier. Lavinia Whateley n'était pas mariée mais, selon la coutume du pays, elle ne fit pas la moindre tentative pour désavouer l'enfant. Tout au contraire, insoucieuse des conjectures des campagnards sur l'identité du père, elle sembla étrangement fière de ce marmot dont le visage brun au profil de bouc formait un bizarre contraste avec la peau blême et les yeux roses de sa mère. A plusieurs reprises, on l'entendit murmurer de curieuses prophéties sur les formidables pouvoirs que détiendrait le nouveau-né dans l'avenir. ... [...]
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  • Par Woland, le 25 avril 2009

    [...] ... Il m'apprit qu'il n'y avait dans la ville ni bibliothèque municipale, ni chambre de commerce. Néanmoins, je n'aurais aucun mal à m'orienter. J'étais arrivé par Federal Street ; à l'ouest se trouvaient les beaux quartiers, le long de Broad Street, Washington Street, Lafayette Street et Adams Street ; à l'est, le long de la Grand-Rue, s'étendaient les quartiers des taudis, où se dressaient les belles églises de l'époque des rois George, désaffectées depuis fort longtemps. Je ferais mieux de ne pas trop me montrer dans ces parages, surtout au nord de la rivière, car les gens y étaient hargneux et hostiles : quelques étrangers y avaient disparu mystérieusement.

    Certains coins étaient même pratiquement interdits, comme il l'avait appris à ses dépens. Par exemple, il ne fallait pas s'attarder aux abords de l'usine Marsh, ou des églises non désaffectées, ou encore de la salle de l'Ordre de Dagon sur la place de New Church Green. Les églises étaient formellement désavouées partout ailleurs par les sectes religieuses dont elles gardaient le nom ; leur cérémonial et leurs ornements sacerdotaux étaient particulièrement bizarres. Leurs prêtres professaient des croyances mystérieuses qui faisaient allusion à de prodigieuses métamorphoses déterminant une certaine immortalité du corps sur cette terre. Le pasteur du [gérant], le docteur Wallace, d'Arkham, lui avait formellement interdit de fréquenter aucune des églises d'Innsmouth. ... [...]
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  • Par Woland, le 24 avril 2009

    [...] ... Cela se produisit en juin, environ un an après la chute du météore : la pauvre femme [Mrs Pierce] se mit à crier qu'elle voyait dans l'air des choses impossibles à décrire. Dans son délire, elle n'employait pas un seul nom déterminé, mais uniquement des verbes et des pronoms. Des choses bougeaient, volaient, se transformaient ; ses oreilles tintaient sous l'effet de vibrations qui n'étaient pas exactement des sons. Quelque chose lui était enlevé, ... on lui arrachait quelque chose, ... quelque chose s'attachait à elle, ... quelqu'un devrait bien l'en débarrasser, ... rien n'était immobile dans la nuit, ... les murs et les fenêtres se déplaçaient ... [Son mari] ne l'envoya pas à l'asile ; il la laissa errer à travers la maison tant qu'elle fut inoffensive pour elle-même et pour les autres, même quand l'expression de son visage commença à changer. Mais lorsque les enfants prirent peur, lorsque Thaddeus faillit s'évanouir à la vue des grimaces menaçantes de sa mère, il décida de l'enfermer dans la mansarde. En juillet, elle avait cessé de parler et se traînait à quatre pattes ; avant la fin du mois, Nahum conçut l'idée insensée qu'elle luisait légèrement dans le noir, tout comme la végétation environnante. ... [...]
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