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La tourmente" mêle habilement une sorte de récit historique et de science fiction : habilement car il m'a fallu du temps pour comprendre que tout n'était pas réel dans le récit, et que le fantastique y tenait une grande part, et que finalement, plutôt que d'évoquer le passé,
Sorokine décrivait l'avenir !
Donc encore peu habituée à la littérature sorokinienne, j'ai pensé au début entamer un
Roman traditionnel d'obédience "littérature russe traditionnelle", sans référence ésotérique ou science fiction.
J'ai toutefois commencé à me poser des questions je crois quand il fut question de la femme du meunier et de son mari meunier... en fait un être miniature qui boit sa vodka dans un dé à coudre et qu'elle réchauffe contre sa poitrine dans son corsage ! Avais-je bien lu ?
Donc, l'histoire pour moi, au début, prenait l'allure d'un récit historique normal : un médecin doit louer un traîneau ("la trottinette") à un moujik, "le Graillonneux", porteur de pain de son état, pour rejoindre à travers neiges et tempête un village frappé par une épidémie de peste et y livrer les vaccins.
Un récit d'abord ordinaire d'une course en pleine tempête : les patins qui cassent, les couvertures de peaux et le samovar pour réchauffer le passager, le silence, l'immensité, les hurlements de loups...
Mais le fantastique s'est petit à petit révélé et affirmé au fur et à mesure que le récit s'assombrissait et que
La tourmente se renforçait :
- le traîneau est tiré par 50 chevaux… miniatures (franchement, j'ai mis un temps à comprendre cette histoire de mini-chevaux !)
- on rencontre un meunier nain de la taille d'une poupée, désagréable et et injurieux... marié à une belle matrone russe
- le docteur et le cocher rencontrent en pleine tempête au milieu de nulle part, mais dans des tentes "magiques", des "Vitaminovampires" kazakhes qui dealent de la drogue dure contenue... dans des pyramides de verre...drogue qu'apprécie du reste le Docteur.. C'est à ce moment que le lecteur baigne en pleine SF. Je passe l'épisode du géant congelé sur
Le Nez duquel la trottinette de nos deux compères se fracasse...
- Contre toute attente,
Vladimir Sorokine met en scène à la fin des Chinois équipés de téléphones portables qui conduisent un "traîneau/train" tiré par un "cheval géant" haut comme 2 immeubles.
Je dois dire et répéter qu'il m'a vraiment fallu du temps pour comprendre que
Sorokine nous avait plongés dans un univers parallèle mêlant passé et futur de la Russie... et que la fin de ce récit n'est pas des plus réjouissantes ou optimistes... En effet : que constate-t-on : que nous sommes dans une nouvelle ère post-ernégtitque où l'on doit recourir à nouveau aux forces animales "irréelles" faute de carburant ! des animaux rendus géants ou micronains ... par modification génétique forcément ? Un petit livre qui donne froid. (et le poids géopolitique de la Chine mis en exergue à la fin ...). "Dystopique" !
La 4e de couverture précise : "Le couple classique de la littérature russe (le peuple et son élite, la seconde voulant éternellement faire le bonheur du 1er et faisant son éternel malheur) se trouve réuni, fonçant à travers l'espace et le temps dans ce curieux véhicule, version sorokinienne de la célèbre troïka de
Gogol (
Les âmes mortes). "Russie, où cours-tu donc ?" demandait l'auteur des Ames mortes au début du 19e s".
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