« Je ne peux pas continuer. Je vais continuer. »
Le soir où j'ai commencé ce roman, j'étais épuisée. Je l'ai pris en me disant que j'allais me contenter de lire quelques pages, juste pour me faire une idée, pour prendre la température. Je prévoyais de toute façon de m'endormir dessus, comme il m'arrive souvent, que le livre soit bon ou pas. Je pensais de toute façon à mon réveil scandaleusement matinal 7 heures plus tard. Il ne fallait pas que je traîne...
Mais j'ai été happée.
Et réveillée pour de bon.
Pietro, le narrateur, est sur la plage avec son frère. C'est la fin de l'été. Des voix attirent leur attention. Deux femmes sont en train de se noyer.
Pietro nage d'un côté, son frère de l'autre, chacun vers l'une de ces femmes.
Des pages et des pages. Pietro raconte par le menu son sauvetage héroïque d'une femme hystérique.
La narration incroyablement rythmée, les longues phrases cadencées, toutes les pensées de Pietro, désespérées, ironiques, souvent insolites, plongent le lecteur dans cette lutte violente des deux corps.
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Je me suis levée, ai tourné en rond quelques minutes. Enervée : un peu inquiète parce que le temps filait, parce que le sommeil m'avait échappé. Parce que le livre était là sur mon lit.
Je me suis recouchée... J'ai continué.
Alors que Pietro s'illustrait sur la plage et permettait à une femme de continuer de vivre, au même moment une autre femme, la sienne, mourait d'une rupture d'anévrisme.
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C'est la rentrée des classes. De retour à Milan, Pietro accompagne sa fille de 10 ans, Claudia, à l'école. Alors qu'elle le quitte pour rejoindre sa classe, il la rappelle et, sans y croire lui-même, lui fait la promesse de rester devant l'école, toute la journée, de l'attendre là jusqu'à ce qu'elle sorte.
Ce premier jour, Pietro tient sa promesse. La petite ne manifeste encore aucun désespoir après le décès de sa mère, mais on ne sait jamais, ça pourrait lui tomber dessus sans prévenir, il faut qu'il soit dans le coin, au cas où.
Il passe la journée du lendemain au même endroit, et toutes celles qui suivent.
Automne. Hiver.
Sa fille n'a pas encore reçu le coup sur la tête. Pas de crise, pas encore.
Pour lui non plus, pas encore de chaos. Sa vie a continué, calme. Il ne s'est pas encore effondré et cela le sidère.
Ce sont les autres, ses collègues, sa belle-sœur, son frère, qui, étrangement, s'agitent autour de lui, et viennent le voir, dans sa voiture ou sur le banc du square, toujours devant l'école. Viennent déverser sur lui leur souffrance.
Lui reste en suspens. Il observe et commente ces désordres, les mouvements furieux de la vie, en attendant...
"Je ne peux pas continuer. Je vais continuer" est une citation de Beckett, mise en exergue.
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