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3.56/5 (sur 1111 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , le 18/11/1979
Biographie :

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle "N'oublie pas de montrer ma tête au peuple", publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, "Le baiser dans la nuque" (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

"La délégation norvégienne", son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît "Je n’ai pas dansé depuis longtemps". L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, "Trois grands fauves" est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman "Police" est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, "Police" est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.
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Source : www.pocket.fr
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Bibliographie de Hugo Boris   (8)Voir plus


Entretien avec Hugo Boris à propos de son ouvrage POLICE :



30/07/2016

Votre ouvrage met en scène un trio de gardiens de la paix, au cours d’une mission. Pourquoi avoir choisi de mettre en scène le monde de la police ?



Aussi étrange que cela puisse paraître, le « 17 » est un sujet presque vierge en littérature, qui n’a d’yeux que pour la police judiciaire, ses enquêtes, sa médecine légale.
Or les gardiens de la paix sont les couteaux suisses de la police. Leur bande passante est large, du vol d’enjoliveur au forcené retranché dans son appartement, de la divagation d’animal sur la voie publique à l’avis aux familles. Chaque situation est différente, aucune n’est jamais figée. Il faut en quelques secondes trouver la réponse adaptée, le ton juste. N’est pas policier qui veut. Sur le plan dramaturgique, c’est un métier très fertile.
Et puis, plus personnellement, je ne pourrais pas l’exercer. Je n’arriverais pas à compartimenter : mon intimité, ma tranquillité d’âme seraient immédiatement confisqués. Alors le sujet m’a attiré, comme on peut avoir envie de jeter un coup d’œil dans le vide pour se faire peur.



Comment avez-vous acquis une expérience de ce milieu ?



Dès 2010, j’ai commencé à lire et à fréquenter des policiers. Le milieu est âpre mais petit à petit, certains m’ont ouvert les portes. Ils m’ont accepté comme passager, m’ont laissé pénétrer en station directrice, en école de police, en commissariat.



Bien que l’on suive un trio de personnages, le héros est en réalité une héroïne, accompagnée de ses deux collègues. Pourquoi ce choix ?



De la même façon qu’on équilibre les équipages en jouant sur la mixité et la complémentarité des profils, j’ai voulu équilibrer le mien. Je rêverais d’une société où l’on puisse voir patrouiller un équipage composé uniquement de femmes, mais ce n’est pas encore au goût du jour. Choisir une narratrice femme dans la police est déjà une invitation à changer de regard.



Vous avez opté pour un narrateur omniscient. Pourquoi ne pas avoir choisi la première personne du singulier ?



Le paysage qui défile derrière la vitre est un enchevêtrement d’autoroutes, comme les destins de ces personnages qui s’imbriquent les uns dans les autres. On passe d’une route à une autre, d’une intériorité à une autre, d’un temps à un autre. Une narration omnisciente permettait ce glissement.



La majeure partie du roman se déroule dans une voiture ce qui permet de l’assimiler à un huis clos. Ce n’est pas la première fois que vous utilisez cette forme si particulière de narration dans vos romans. Qu’est ce qui vous plaît dans celle-ci ?



Cette forme me rassure probablement, elle conforte dans une illusion de contrôle. Mais dans POLICE, la portée est encore différente.
Cette nuit-là, mes trois personnages se voient confier une mission inhabituelle : reconduire un étranger sans-papier à Charles-de-Gaulle. En chemin, ils apprennent que cet homme est condamné à mort dans son pays. Le temps d’un simple trajet de Paris à Roissy, ils sont donc confrontés à un dilemme insupportable. Je voulais que chacun, à sa manière, nous force à monter dans cette voiture.
Le titre est écrit en miroir, pour pouvoir être lu dans un rétroviseur, comme si le livre était le véhicule lui-même. Le lire revient à monter à bord, et une fois dans la voiture, on n’a plus le choix, il faut se positionner moralement.



Avez-vous volontairement abordé la thématique des réfugiés en écho à l’actualité ?



Non, c’est vraiment elle qui m’a rattrapé. J’ai commencé à travailler sur cette histoire en 2010, bien avant la crise des migrants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je voulais que la nationalité du retenu reste neutre, qu’elle ne soit pas parasitée par des préjugés ou des titres dans la presse. Que le problème moral se pose de manière pure. Personne ne connaît de Tadjik dans son entourage.



Le roman aborde la question de la place de chacun par rapport aux autres et surtout aux règles établies. Pourquoi avez-vous choisi de les confronter dans POLICE ? En quoi cette problématique vous intéresse-t-elle particulièrement ?



Je ne voudrais pas que ce soit mal interprété mais il me paraît plus facile, moins exigeant disons, d’aimer les sans-papiers que les policiers qui les reconduisent. C’était l’une de mes ambitions : qu’on ne les juge pas. J’ai voulu écrire un livre qui rende compte de la violence qui s’exerce sur chacun en fonction du rôle qui lui est assigné.



Vous avez plusieurs fois choisi d’écrire des romans se déroulant dans le passé. Celui-ci se déroule à l’époque actuelle. Qu’est ce qui détermine ce choix ?



Après Trois grands fauves, dont la construction était fragmentée et à cheval sur trois siècles, je souhaitais changer de focale, me rassembler un peu, en écrivant dans une unité de lieu, de temps et d’action.



Hugo Boris et ses lectures :



Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?



Je ne saurais le dire, mais le premier roman que j’ai lu enfant m’a beaucoup marqué. J’en ai hélas perdu le titre et l’auteur, c’était l’histoire d’une chauve-souris qui se plaquait sur le ventre des personnes en colère pour leur sucer la bile (si des internautes le connaissent, je leur serais très reconnaissant de me contacter).

Quel livre aurait pu vous faire arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles) ?


Quelle force de pénétration dans cette question ! Michel Tournier me donne des complexes avec son indépassable Le Roi des Aulnes.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?



Guy de Maupassant, par ma mère.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?



Le Roi des Aulnes, par vice.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?



Je ne suis qu’au milieu du gué dans ma lecture de Marcel Proust.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?



Sarnia de Gerald Basil Edwards. J’ai tellement aimé ce livre que j’aimerais ne l’avoir pas encore lu.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?



Sur la route de Jack Kerouac.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?



Cette pensée de Jules Renard dans son journal en date du 14 juillet 1896, pour sa puissance d’arrêt : « Si vous m’annonciez la mort de ma petite fille que j’aime tant, et si, dans votre phrase, il y avait un mot pittoresque, je ne l’entendrais pas sans en être charmé. »



Et en ce moment que lisez-vous ?



Le royaume d’Emmanuel Carrère.



Entretien réalisé par Marie-Delphine

Découvrez POLICE de Hugo Boris aux éditions Grasset :


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L'édition 2022 du Grand prix Sofia de l'Action littéraire a eu lieu le 18 et 19 mai, à Chambéry. Elle a proposée une table-ronde intitulée « Les festivals littéraires à la croisée des arts » en présence de Daniela Farail (festival du Premier Roman de Chambéry), Sébastien Planas (Festival international du livre d'art et du film) et Dominique Rouet (festival le Goût des autres), Carole Zalberg (autrice et membre de la commission attribution des aides de la Sofia) et Hugo Boris (auteur et membre de la commission attribution des aides de la Sofia) et animée par Cécile Deniard, Présidente de la Sofia.

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Citations et extraits (200) Voir plus Ajouter une citation
Elle n’est pas sourde, elle le devient.
Rester assise dans une baignoire dont l’eau lentement se retire, s’étrangle avec le vertige d’une toupie. L’œil du cyclone qui la regarde, sa peau qui doucement se granule. Une souffrance à huis clos, un silence à crier où l’on entre malgré soi, comme dans la lumière un insecte affolé. Et voila qu’on se promène du lundi au samedi avec les oreilles endimanchées. Deux tympans habillés pour l’enterrement. 
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Il se lève, s'assoit sur le velours où elle se tenait assise à l'instant, et, sans toucher au clavier, cherche la place exacte où elle était, la position de son corps, de ses bras à demi levés, veut retrouver en tâtonnant la position juste, se glisser dans le souvenir qu'il a d'elle.
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La route écrasée de soleil a des brillances. Le parking, un air vacant. Juillet flamboie. Il ne manque vraiment que le bourdonnement d'une autoroute à quatre voies. Elle lève les yeux vers le ciel et les y laisse, pour s'éblouir un peu. Un bleu doucement mécanique, un ciel d'Espagne. Ici, à cette heure, il ne peut rien lui arriver. Cet instant est à elle, on ne peut le lui retirer, une certitude qu'elle a. Il fait si chaud, si lourd, qu'il fait presque mauvais, qu'importe, c'est à elle. La route noire, les pelouses, la mécanique bien huilée des gerbes d'eau, le ciel pâli par la chaleur, tout.
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L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain

Arthur Rimbaud
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Depuis son entrée dans la police, elle a vu un père enfermer son fils dans un frigo pour le punir et l'y oublier, un détenu des sous-sols du Palais de justice lui cracher au visage pour essayer de lui refiler son hépatite, des Versaillaises à serre-tête de velours se prostituer, une petite vieille de quatre-vingts ans se faire défoncer la gueule pour vingt euros, des pendus se vider dès qu'elle les touchait, des victimes du chômage de longue durée perdre l'argent qu'ils n'avaient pas en jeux de grattage, un chat manger les parties molles du visage de son maître décédé depuis une semaine, les rues de Paris défiler à plus de 110 km/h, les traces de sang d'un collègue sur l'ordinateur après qu'il s'était tiré une balle dans l'oeil, un enfant survivre à une chute du quatrième étage. Elle a vu surnager tout cela parmi les mille tâches ingrates qui forment son ordinaire, elle est allée perdre sa tranquillité d'âme dans les mauvais lieux, obligée de vivre au-dessus de l'étonnement, de tout connaître du pire de l'existence, pour un salaire à peine décent, et elle se demande toujours comment elle n'a pas les yeux sales, stupéfaite qu'ils n'aient pas conservé, dans leur profondeur, le pâle reflet de la misère.
(p. 11-12)
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Christophe Jacquemart dans le no 16 de Dragon Magazine toujours :
 
Il existe un autre niveau de résistance à la fuite, davantage relié à notre mémoire sociale qu’à notre mémoire biologique. Les êtres humains sont une espèce fortement hiérarchisée, au sein de laquelle le statut est de première importance ‒ notamment chez les individus de sexe masculin. En effet, dans l’environnement prétechnologique, le niveau hiérarchique d’un homme impactait directement sur son accès à la nourriture, au meilleur emplacement et aux femmes. Notre système nerveux n’ayant pratiquement pas évolué depuis cette époque, la lutte masculine pour le rang est un problème grave, considéré avec le plus grand sérieux par les mâles humains. Lorsqu’un homme défie un autre homme, le menace, l’humilie ou le provoque en duel (un simple regard appuyé suffit chez les primates), il leur est à tous deux extrêmement difficile, sinon impossible, de faire machine arrière. Les protagonistes sont littéralement aspirés dans le conflit par un mécanisme psychologique très ancien et très stable. 
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Chacun veut la loi pour les autres et la liberté pour soi, pas vrai ? L'ensemble compte plus que l'individu.
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À la vue de son menton qui s'est mis à trembloter, Magali retient Émilien pour laisser Andrew tranquille. Le vieil homme plonge les mains dans ses poches, extrait des poignées de sable mouillé qu'il a dû ramasser sur la plage, les aplatit grossièrement sur la croix, essaie de combler les rainures des lettres gravées dans le marbre. Il essuie la surface avec le plat de sa manche pour retirer le surplus. Le nom de LEE J. GARNETT apparaît en lettres dorées, alors il sanglote pour de bon, la poitrine soulevée de hoquets.

Fatigué de rester immobile, Êmilien échappe à la vigilance de sa mère et se rapproche. Andrew lui attrape la main et ils restent quelques instants côte à côte, le vieillard et l'enfant, offrant à Magali le spectacle inattendu de leurs deux silhouettes asymétriques, de leurs peines indicibles, l'un devant la tombe de son camarade perdu, l'autre devant celle, imaginaire, de son père disparu.
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Les parachutistes du 82e étaient ébahis de voir les paysans continuer de travailler dans les champs autour de Sainte-Mère-Église bombardée. Elle devine maintenant ce qui peut l’expliquer, surprise par la force d'inertie de l'intendance quotidienne et par l'asile provisoire qu'elle lui offre. Elle ressent un pincement d’anxiété au moindre ralentissement, dès que ses pensées vagabondent. Pendant un arrêt à un feu qui s'éternise, seule dans sa voiture, la question revient toujours : qu'est-ce qu'elle n'a pas vu ? Qu'est-ce qui lui a échappé ? La question est assise à l'avant de la voiture pendant chaque trajet, tapie derrière chaque arbre, chaque haie. A la maison, elle l'accompagne dans chaque pièce. La nuit, si elle entend du bruit dans la cuisine, elle se dit qu'elle va la surprendre en train de chercher quelque chose à manger dans le frigo. Elle porte en elle la question comme elle a porté ses enfants.
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Il ne sait pas qu'ils n'ont jamais tiré que sur des cibles en papier. Comment pourrait-il imaginer que, la première fois qu'elle a sorti son arme en service, elle a appelé ses parents pour le leur dire ? Il a le regard vide des torturés auxquels on a ravi à jamais la possibilité de faire confiance.
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