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Philippe de Monès (Autre)
ISBN : 2070366561
Éditeur : Gallimard (04/04/1975)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 445 notes)
Résumé :
Cet avertissement s'adresse à toutes les mères habitant les régions de Gehlenburg, Sensburg, Lötzen et Lyck ! Prenez garde à l'ogre de Kaltenborn ! Il convoite vos enfants. Il parcourt nos régions et vole les enfants. Si vous avez des enfants, pensez toujours à l'Ogre, car lui pense toujours à eux ! Ne les laissez pas s'éloigner seuls. Apprenez-leur à fuir et à se cacher s'ils voient un géant monté sur un cheval bleu, accompagné d'une meute noire. S'il vient à vous,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
05 février 2014
Abel Tiffauges est un garagiste persuadé d'avoir un destin grandiose à accomplir. « Ma vie fourmille de coïncidences inexplicables dont j'ai pris mon parti comme d'autant de petits rappels à l'ordre. Ce n'est rien, c'est le destin qui veille et qui entend que je n'oublie pas sa présence invisible mais inéluctable. » (p. 88) Doté d'une force physique hors du commun, Abel Tiffauges est fasciné par les jeunes garçons. Il les photographie, enregistre leurs voix et observe leurs jeux innocents. Son obsession pourrait lui valoir la prison, mais il y échappe quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Abel Tiffauges s'enrôle et se passionne alors pour les pigeons voyageurs. Rapidement fait prisonnier par les Allemands, il n'est pourtant jamais entravé dans ses mouvements et acquiert une position de choix dans un centre d'éducation pour les jeunesses hitlériennes. Là, il assouvit enfin la passion dévorante qu'il entretient à l'égard des jeunes garçons.
Abel Tiffauges est fasciné par les jeunes corps des garçons et il en entreprend une lecture systématique et révérencieuse. Tiffauges déchiffre les corps, leurs lignes, leurs pleins et leurs déliés, et il excelle à les catégoriser, dans une volonté maniaque de thésaurus. Abel Tiffauges est un ogre qui ne goûte jamais à la chair, mais qui tente de dérober les essences mêmes de ses proies. « Je compris que j'obéirais d'autant mieux à mes aspirations alimentaires que j'approcherais davantage l'idéal de la crudité absolue. » (p. 94) En collectionneur avide, il cherche toujours plus loin la pièce qui manque à son butin.
Dans son journal qu'il a intitulé Écrits sinistres, il célèbre aussi le mystère divin de l'acte de porter. Il appelle cette mission, sainte à ses yeux, la phorie et il l'entoure de respect et de religiosité. « Je saisis pour la première fois le sens tiffaugéen du sacrement du baptême : un petit mariage phorique entre un adulte et un enfant. » (p. 148) À l'instar de son travail sur les corps des jeunes garçons, il accumule obstinément les symboles sacrés ou païens qui célèbrent la phorie.
Il y aurait tant à dire sur ce superbe roman de Michel Tournier. L'auteur m'avait déjà éblouie avec Vendredi ou les limbes du Pacifique où il réécrivait le mythe de Robinson. Ici, il reprend un célèbre poème de Goethe : le Roi des Aulnes est un charmeur dévoreur d'enfants, terrible figure d'ogre s'il en est. le talent de Michel Tournier à extrapoler les mythes littéraires est sans égal à mes yeux. Dans le Roi des Aulnes, il mêle le mythe aux références bibliques et mythologiques et fait regorger son texte d'analogies, de symboles et de métaphores. L'intertextualité mise en oeuvre semble inépuisable et l'auteur fait montre d'une érudition qui n'a rien de vantarde, qui n'est qu'hommage aux classiques et volonté de les surpasser pour mieux les honorer.
Je m'attarde un instant sur le nom du protagoniste. Dans la Bible, Abel est le nomade assassiné par son frère Caïn : dans le Roi des Aulnes, Abel Tiffauges est sans cesse en mouvement et il progresse vers l'est, vers la lumière. Il échappe toujours à la mort et son initiation est continue auprès de différents maîtres. le frère assassiné est ici bien vivant et décidé à prendre revanche sur la vie. Quant au patronyme, Tiffauges, c'est le nom du château de Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc et assassin d'enfants. Son histoire a été reprise dans de nombreuses légendes présentant des ogres, dont le cruel Barbe-Bleue. Abel Tiffauges est donc un ogre en marche : courez, enfants ! Il vient pour vous !
La violente beauté du style de Michel Tournier m'émeut au-delà du dicible. Je suis sans voix devant les inventions lexicales de l'auteur : soucieux d'utiliser exactement le mot qui convient pour désigner la chose pensée, observée ou ressentie, il ne se contente pas de synonymes ou de périphrases, il crée des termes à la mesure des idées qu'il développe. L'épaisseur sémantique ainsi créée fait du texte un recueil unique de termes, un dictionnaire à lui seul. Michel Tournier crée le sublime à partir du prosaïque, voire du tabou. La sensualité de son texte est vicieuse, dépravée et souvent défécatoire, mais elle est sensualité pleine et entière.
J'arrête ici ce trop long billet en vous recommandant ce roman. Ne soyez pas rebuté par l'érudition du texte. Plongez les yeux fermés dans la spiritualité animale d'Abel Tiffauges !
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colimasson
27 septembre 2015
Pour devenir le Roi, il aura fallu jeter une femme, une profession, une image sociale, et s'enfermer à l'écoute des élans profonds de son être. Retrouver la beauté qu'on espère. Tiffauges aperçoit le diamant pur, encore intact, dans l'âme et le corps de l'enfant.

On craindrait de se perdre dans cet idéalisme qui sonne creux mais le parcours de Tiffauges procède d'un accomplissement qui a tous les attributs du matérialisme. Sa conversion est progressive. Sans crise mystique, elle ne résulte pas d'une crise consciente mais d'une épreuve de vie lentement destructive, érodée jusqu'à ce que l'ultime goutte d'aigreur ne vienne faire déborder un vase prêt à rompre. La seconde guerre mondiale représente cette rupture avec le monde précédent et donne la possibilité à Tiffauges d'embrasser une nouvelle vie. La réalisation spirituelle s'accomplit par le biais d'un matérialisme entier fait de corps en chair et en os, d'animaux puissants et de viande crue, d'appétit orgiaque, de fleuves de laits, de petites têtes tondues et de théorisation sanguine. Comme l'écrit Michel Tournier lui-même, ce parcours se fait comprendre comme « la destruction de toute trace de civilisation chez un homme soumis à l'oeuvre décapante d'une solitude inhumaine, la mise à nu des fondements de l'être et de la vie, puis sur cette table rase la création d'un monde nouveau sous forme d'essais, de coups de sonde, de découvertes, d'évidences et d'extases ».

La figure de saint Christophe, ce héros géant qui traversa une rivière en portant sur ses épaules un petit garçon -le Christ-, guide Tiffauges dans sa réalisation depuis sa rupture avec Rachel jusqu'à sa réalisation en tant que maître d'une Napola. Dans ces écoles paramilitaires du IIIe Reich destinées à la formation de jeunes garçons, Tiffauges apprendra qu'il ne s'était jamais connu jusqu'alors. Il n'était comme personne et il lui fallait connaître une vie comme aucune autre pour le savoir. Sa rupture avec Rachel, compagne à la fois tendre, brave et intelligente, figurait déjà l'instinct anticonformiste de Tiffauges. Ses illusions sur la sexualité et l'amour bourgeois étaient déjà mortes depuis longtemps mais il n'avait encore jamais réussi à en délaisser la pratique. Autre vie, autres moeurs. La guerre et le régime nazi lui font découvrir d'autres extases : l'alimentation crue, brute et animale, la défécation, la jouissance de se perdre jusqu'à se sentir soi, enfin la phorie. La phorie : porter littéralement et métaphoriquement, de jeunes garçons. Littéralement sur les épaules, se transformer en cheval vigoureux qui grise le cavalier. Métaphoriquement en maître, conduire le germe à son éclosion, l'enfant étant une promesse ouverte à une multitude de possibilités. En abandonnant la sexualité dans sa définition classique, Tiffauges découvre qu'il est possible de se lier plus authentiquement au monde. En vivant pour soi, rien que pour soi, sans femme qu'il faut aimer et dont il faut être aimé sous peine de perdre son sens, Tiffauges atteint la quintessence de la matière. A partir de là, la question de la révolution spirituelle ne se pose plus. Elle devient acte à son tour et nous convie à un banquet de belles chairs ondulantes, de reconnaissance pour la vie, de violence passionnée, rien qui ne contredira l'origine du nazisme mais tout qui condamnera la léthargie qui voulut s'y opposer, les compromis, et le sursaut alarmé.
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JeanPierreV
06 février 2016
Un auteur discret qui disparaît…rappelé à la mémoire de chacun par les librairies, les médiathèques qui mirent en avant ses ouvrages…Il n'en fallait pas plus pour que je lise « le Roi des Aulnes » . Quel plaisir de redécouvrir cet auteur dont j'avais lu il y a bien longtemps « Vendredi ou les limbes du Pacifique »….
Abel Tiffauges tient son journal « Écrits sinistres d'Abel Tiffauges » dont les premières pages remontent au début de l'année 1938. Dès le début, il prévient son lecteur « Tu es un ogre me disait parfois Rachel. Un Ogre? C'est à dire un monstre féerique émergeant de la nuit des temps.. »
L'enfance d'un gamin passif, peu rieur, dont nous ne connaîtrons pas grand chose de ses parents, une enfance avec un seul ami, le fils du concierge du collège. Un gamin dominé par un autre plus grand qui le brutalise …il se soumet à cette domination, un gamin qui très tôt regarde ses copains, aime leur contact quand il leur fait des tatouages…..un gamin souvent puni à l'école, qui grandit sans amourette, sans contact féminin jusqu'au jour où….Et alors il devient un ennemi de la société, contraint de s'engager dans l'armée.
Un engagement peu glorieux, dans les transmissions…. Il n'a pas le physique du héros, du vainqueur, du soldat : il a une tout petit sexe. Un soldat qui ne connaîtra pas les armes et les combats, fait prisonnier par l'armée allemande et transporté en Allemagne… C'est le début d'une nouvelle vie d'adulte de 5 ans, depuis 1939 jusqu'à la défaite des nazis vaincus par l'armée russe.
Abel Tiffauges va dès lors vouer une admiration croissante pour ce pays l'Allemagne, et pour ses hommes, ses soldats, sa culture ancienne et nazie…notamment pour Goethe,dont il admire son géant le roi des Aulnes…Un parcours au cours duquel il semble vouloir se venger de la vie, de son passé.
Une roman avec trois approches principales qui se croiseront, se chevaucheront, et qui m'ont souvent étourdi
Une approche de premier degré qui fera voyager son lecteur dans une époque, dans la vie qui aurait pu être banale d'un homme devenu soldat puis prisonnier de guerre….
Une deuxième approche de ce roman peut être faite. Un ouvrage écrit par un érudit, faisant souvent référence à l'histoire, la petite et la grande Histoire, de cette période…Faisant également référence à la mythologie, à la littérature allemande… Nous avons tous lu plus ou moins, des ouvrages sur cette deuxième guerre mondiale, des livres fourmillant d'anecdotes plus ou moins vraies…Michel Tournier m'a permis de découvrir des faits, des situations historiques, que j'ignorais totalement, sur le nazisme, des faits dont il nous donne l'origine dans les annexes….mais aussi des faits ou des cultures plus anodins et comme par exemple la colombophilie, les chevaux…Quel travail de recherche!
Un roman qui a aussi une très forte approche psychologique, psychanalytique du personnage, de cet ogre, par la taille et l'esprit, fasciné par les corps nus des enfants, un personnage troublant lorsqu'il se roule dans une mer de cheveux d'enfants. Un homme qui s'épanouit au contact des enfants, jusqu'à sa mort….une mort de Roi des Aulnes. Une sexualité non assouvie, jamais exercée, un désir tourné vers l'enfant, que Michel Tourner nommera « la phorie », mot qui donnera souvent naissance dans le roman à l'adjectif « phorique »…Des mots dont nous ne trouverons le sens que dans des analyses psychanalytiques du roman…Ces mots de l'auteur décrivant cette phorie, m'ont troublé….On a envie de haïr le personnage, mais de le plaindre aussi.
« le roi des Aulnes » est passionnant, je regrette de ne pas l'avoir découvert plus tôt…les hasards de la vie, les contraintes d'emploi du temps professionnelles m'en ont empêché…J'espère avoir le temps de le relire, afin d'en découvrir encore plus sur la personnalité d'Abel Tiffauges…Michel Tournier nous dit dans « Allemagne un conte d'hiver de Henri Heine » : “Pauvres fous qui cherchez dans mes bagages, c'est dans ma tête qu'il faut fouiller ! C'est là dans ma tête que se trouvent mes vrais bijoux, ma dentelle, mes livres subversifs et mes idées révolutionnaires !”
C'est sans aucun doute cette lecture, cette approche que nous devons avoir du « Roi des Aulnes »… : chercher dans la tête d'Abel Tiffauges
Ne vous privez pas de ce plaisir!
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Patsales
23 août 2016
Abel Tiffauges aime la chair fraîche et la viande crue. C'est un ogre.
On peut lire le Roi des Aulnes comme une variation sur le thème de Lolita, emporté par la logorrhée abjecte du pédophile qui justifie sa jouissance.
Mais l'esprit malade qui parle n'est pas une simple personnalité déviante, c'est l'idéologie nazie qui se révèle à nous dans ce soliloque inouï.
Le nazisme aime les enfants et les enfants l'aiment: le nazisme vante la joie des jeux guerriers dans l'exaltation des corps pré-pubères et la camaraderie des purs.
Abel renonce au sexe (en 1970, Tournier a imaginé un personnage qui se lançait dans la guerre pour ne plus avoir à faire l'amour...) et en renonçant à la génitalité s'enfonce dans une forêt de symboles: pour lui, tout est signe et la grande histoire n'existe que pour lui façonner un destin.
Tournier ose dire que le nazisme mêle exaltation et soumission, effacement de l'autre nié ou objectivé, (Abel recueillant des cheveux pour les tisser et s'en vêtir) et exaltation romantique du moi.
Vous voulez comprendre pourquoi deux jeunes crétins entrent dans une église pour égorger fièrement un vieillard? Lisez le Roi des Aulnes.
Mais puisque Tiffauges s'appelle Abel et non Caīn, il sera sauvé. Et qu'est-ce qui préserve du nazisme, de l'islamo-fascisme et de toutes les idéologies délétères? Pas de recette miracle: oublier les séductions abstraites du collectif et sauver une personne, une seule, peut-être, mais qui soit autre donc différente donc humaine.
Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un livre aussi éblouissant. La prochaine fois que quelqu'un me demandera de lui définir ce qu'est la littérature, j'aurai ma réponse toute prête: la littérature c'est la précision et le chatoiement du langage, c'est le mythe et son renouvellement, c'est le Roi des Aulnes.
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lecassin
25 janvier 2012
Le roi des aulnes : ici naît « l'ogre de Michel Tournier ».
Après avoir dévoré « Vendredi …». Quel choc !
« le roi des aulnes », c'est d'abord l'histoire d'Abel Tiffauges. Et quelle histoire : celle d'un homme que l'Histoire l'entraîne en Allemagne au moment crucial ou son histoire personnelle est en train de basculer du fait de son attirance pour les cours d'école… La France est vaincue ; Abel Tiffauges découvre une Allemagne imprégnée du romantisme de Goethe, Schiller, Hölderlin ; le « pays des essences pures où tout ce qui passe est symbole».
Symbole…? Tout est symbole dans ce texte tellement difficile à évoquer en peu de mots… A commencer par le prénom du « héros » : Abel, le nomade, qui dans la Bible fut victime de son frère Caïn, n'est-il pas présent en Tiffauges qui recrutera de jeunes enfants pour les former dans une napola, sorte d'école de la jeunesse nazie, pour finalement les envoyer vers une mort certaine… Ogre ?
Quant à son obsession pédé-phore ( porte enfant), n'y a t'il pas du Saint Cristophe (Christo phoros, porte Christ) dans sa tentative pour sauver le jeune Garçon juif en lui faisant traverser la rivière posé sur ses épaules…
N'est-ce pas Abel, tel probablement « le roi des aulnes » qui fut retrouvé dans une tourbière en 1942, intact et âgé de deux siècles, qui s'enfonce dans la rivière boueuse ?
Dès son deuxième roman, la langue de Michel Tournier s'affirme comme l'une des plus riches de la littérature du vingtième siècle : mythologique, étymologique, symbolique… Bien sur que le nouveau roi des Aulnes, c'est Abel Tiffauges, lui qui réussit à porter sur ses épaules l'histoire universelle sous les traits d'un enfant.
Le jury Nobel, n'a rien remarqué. Tant pis pour lui !
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Citations & extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson02 octobre 2015
Je compris que j’obéirais d’autant mieux à mes aspirations alimentaires que j’approcherais davantage l’idéal de la crudité absolue. […] J’ai compris ainsi l’attirance qu’ont toujours exercée sur moi ces étals et ces crochets qui exposent aux regards la farouche et colossale nudité des bêtes écorchées, les blocs de chair rutilante, les foies visqueux et métalliques, les poumons rosâtres et spongieux, l’intimité vermeille que révèlent les cuisses énormes des génisses obscènement écartelées, et surtout cette odeur de graisse froide et de sang caillé qui flotte sur ce carnage.
[…] Par ailleurs, la qualité de mon cœur sera attestée –s’il en était besoin- par un autre goût que j’ai, celui du lait. Ma gustation rendue à sa finesse originelle par la viande non cuite et non épicée, et qui sait découvrir des mondes de nuances sous la fadeur apparente des crudités, a trouvé matière à s’exercer dans le lait qui est devenu assez vite mon unique boisson. Il faut aller loin dans Paris pour trouver une crémerie dont le lait n’ait pas été tué par les pratiques infâmes de pasteurisation et d’homogénéisation ! En vérité, il faudrait aller à la ferme, à la vache, à la source même de ce liquide synonyme de vie, de tendresse, d’enfance, et sur lequel s’acharnent les hygiénistes, puritains, flics et autres pisse-vinaigre ! Moi, je veux un lait sur lequel flottent avec des remugles d’étable un poil et un fétu, signes d’authenticité.
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JeanPierreVJeanPierreV06 février 2016
Au demeurant, l'enfant exige impérieusement des jouets qui sont fusils, épées, canons et chars ou soldats de plomb et panoplies de tueurs. On dira qu'il fait qu'imiter ses aînés, mais je me demande si justement si ce n'est pas l'inverse qui est vrai, car en somme l'adulte fait moins souvent la guerre qu'il ne va à l'atelier ou au bureau. Je me demande si la guerre n'éclate pas dans le seul but de permettre à l'adulte de faire l'enfant, de régresser avec soulagement jusqu'à l'âge des panoplies et des soldats de plomb. Lassé de ses charges de chef de bureau, d'époux et de père de famille, l'adulte mobilisé se démet de toutes ses fonctions et qualités, et, libre et insouciant désormais, il s'amuse avec des camarades de son âge à manœuvrer des canons, des chars et des avions qui ne sont que la copie agrandie des joujoux de son enfance. (P. 309)
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colimassoncolimasson20 septembre 2016
Le mouvement de Wandervögel, c’était d’abord l’acte par lequel la jeune génération se désolidarisait de ses aînés. Cette guerre perdue, cette misère, ce chômage, cette agitation politique, nous n’en voulions pas. Nous jetions à la figure de nos pères l’héritage sordide qu’ils tentaient de nous faire assumer. Nous refusions pêle-mêle leur morale d’expiation, leurs épouses corsetées, leurs appartements étouffants, capitonnés de tentures, de portières et de poufs à glands, leurs usines fumantes, leur argent.
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colimassoncolimasson22 septembre 2016
L’introduction d’un genre neutre [dans la langue allemande] était un perfectionnement intéressant, à condition d’en user avec discernement. Au lieu de quoi, on voit se déchaîner une volonté maligne de travestissement général. La lune devient un être masculin, et le soleil un être féminin. La mort devient mâle, la vie neutre. La chaise est elle aussi masculinisée, ce qui est fou ; en revanche le chat est féminisé, ce qui répond à l’évidence même. Mais le paradoxe est à son comble avec la neutralisation de la femme elle-même à laquelle la langue allemande se livre avec acharnement (Weib, Mädel, Mädchen, Fräulein, Frauenzimmer).
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ChatDuCheshireChatDuCheshire18 août 2016
Quand on lit le début de la Genèse, on est alerté par une contradiction flagrante qui défigure ce texte vénérable. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit, et il leur dit: "Soyez féconds, croissez, multipliez, remplissez la terre et soumettez-là..." Ce soudain passage du singulier au pluriel est proprement inintelligible, d'autant plus que la création de la femme à partir d'une côte d'Adam n'intervient que beaucoup plus tard, au chapitre II de la Genèse. Tout s'éclaire au contraire si l'on maintient le singulier dans la phrase que je cite. Dieu créa l'homme à son image, c'est-à-dire mâle et femelle à la fois. Il lui dit: "Crois, multiplie", etc. Plus tard il constate que la solitude impliquée par l'hermaphrodisme n'est pas bonne. Il plonge Adam dans le sommeil, et il lui retire, non une côte, mais son "côté", son flanc, c'est-à-dire ses parties sexuelles féminines dont il fait un être indépendant.
(...)
Si telle est la vérité, il faut juger sévèrement la prétention du mariage, qui est de ressouder aussi étroitement et indissolublement que possible ce qui fut dissocié. Ne réunissez pas ce que Dieu a séparé !
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