Bronx amer se présente sous la forme de 13 courtes histoires. Cela fait plusieurs années que vous n`aviez pas écrit de nouvelles. Pourquoi avoir choisi ce genre littéraire pour parler du Bronx ?
Marie-Pierre Bay, mon éditeur au Mercure de France, m`a demandé pourquoi je n`avais pas écrit de recueil d`histoires sur le Bronx. Cela m`a directement renvoyé à mon passé. L`art d`écrire des histoires fut difficile à apprendre -c`est un art de bijoutier et j`ai essayé de l`apprendre.
Dans mon introduction, je raconte comment Robert Moses a ruiné le Bronx en faisant passer une autoroute en plein cœur du quartier. C`est ce qui m`a réellement inspiré dans l`écriture de ces histoires : treize aperçus d`un monde ruiné.
Ces personnages qui peuplent les treize nouvelles de votre recueil, pourraient-ils vivre ailleurs que dans le Bronx ? Qu`est-ce qui les rattache à ce quartier ?
Bon nombre d`entre eux ont essayé de fuir le plus loin possible du Bronx, mais ce quartier vit toujours en eux, telle une mélodie dans leur tête. Il faut voir le livre comme une sorte de chanson, avec différentes entrées.
Une place importante est accordée dans vos nouvelles aux escrocs et criminels en tous genres. Ce récit du Bronx est-il une façon pour vous de dénoncer les choses qui vous révoltent dans cet endroit ?
Pas du tout. Les petits criminels font partie de la sombre romance de ce monde, et lui prêtent leurs propres voix et désirs.
Dans ces nouvelles, vous racontez le Bronx que vous avez connu dans votre enfance, et dans lequel vous n`avez pas réussi à retourner pendant longtemps. le fait d`y avoir été confronté à nouveau, et d`avoir écrit ces nouvelles, change-t-il le rapport que vous avez avec cet endroit désormais ?
Oui, on regarde toujours en arrière à travers un prisme différent. Quels que soient ses défauts, le Bronx est devenu ma propre mélodie syncopée. Je me sens toujours fort chaque fois que j`y reviens.
Vous dites également avoir réalisé que votre écriture, votre imagination, provenaient dans une certaine mesure de ce que vous aviez vécu dans le Bronx. le fait de vous être rendu compte de cette influence primordiale change-t-il quelque chose à votre façon d`écrire à présent ?
Pas vraiment. le passé demeure comme une énorme écorchure à l`intérieur de la tête, une écorchure qui ne guérit jamais. Elle devient peut-être même plus profonde.
Pensez-vous que le Bronx d`aujourd`hui ait beaucoup changé par rapport à celui que vous avez connu ? N`avez-vous jamais eu envie d`y habiter à nouveau ?
Oui, avant l`affreuse autoroute construite par Robert Moses, le Bronx était une série de ghettos, certains dorés, d`autres non, mais où même dans les communautés les plus démunies, on trouvait de la vitalité plutôt qu`un désespoir absolu. Pendant un certain temps, dans les années 1980, le Bronx était l`endroit le plus dangereux du monde. On se faisait tirer dessus depuis les toits. Des gens se glissaient par la fenêtre et vous dévalisaient.
Y a-t-il une de ces nouvelles qui ait été plus ou moins plaisante à écrire (parce qu`elle vous rappelle un souvenir particulier…) ?
Toutes les histoires de ce recueil proviennent de souvenirs, et souvent de souvenirs malheureux, à l`exception de celle qui parle de Diane Arbus. Je suis un peu le « Géant » qu`elle a photographié : mes parents m`ont regardé de la même façon qu`ils ont regardé le Géant, en se demandant : « qui est ce putain de gosse ? »
Maintenant que vous avez écrit sur cet endroit qui est celui de votre enfance, avez-vous des projets de romans futurs ?
Oui, je suis en train d`écrire un roman à propos d`un quartier de Manhattan, le Lower East Side de 1913. Son titre provisoire est Manhattan Mayhem.
Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?
Lolita de Vladimir Nabokov, peut-être du fait de sa merveilleuse musique.
Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...)?
Au début, c`était James Joyce. Mais je n`ai plus peur de lui désormais.
Quelle est votre première grande découverte littéraire ?
Le Bruit et la Fureur de William Faulkner.
Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?
Gatsby le magnifique de Francis Scott Fitzgerald et Le Soleil se lève aussi d`Ernest Hemingway.
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?
Il est impossible de lire Marcel Proust en anglais. La magie n`y est pas. J`ai essayé de le lire en français avec un tuteur, mais nous n`avons pas pu aller au-delà de 10 pages. La langue était comme une fleur exotique qui ne pouvait jamais s`ouvrir et qui ne s`ouvrira jamais pour moi.
Et en ce moment que lisez-vous ?
Je suis en train de lire un livre sur Franklin et Eleanor Roosevelt, en préparation d`un roman sur Charles Lindbergh.
Voir
l`interview intégrale, en anglais.
Découvrez "
Bronx amer" de
Jérôme Charyn aux éditions
Mercure de France :

Jerome Charyn nous lit un passage de son livre
Johnny Bel-Oeil.
- Une bête, voilà ce que tu es Coen. On devrait te filer à la Brigade du zoo. Ta place n’est pas dans la rue.
Pour nous, un étranger, c'est un ami qu'on n'avait pas encore rencontré.
- Quand je dessine, je tente de saisir l'esprit qui se trouve dans les formes qui nous entourent. C'est l'esprit qui crée les formes et, comme un miroir, les formes renvoient son image...
“L'écriture, c'est comme le sexe. Sauf que rien n'est aussi bon que le sexe”
Bibliobs 19/10/2016
- Pourquoi veux-tu toujours me faire peur, Edmond?
- Mais parce que je t'aime, Missy. Et c'est comme ça qu'un magicien fait la cour à sa future femme.
"Vous savez bien que les gens ne sont pas semblables à l'image qu'ils donnent d'eux...Beaucoup ignorent tout de leur propre mystère."
"Nous sommes l'étoffe d'un rêve. La grâce du dessin nous donne le pouvoir de le modifier [...]."
" Je ressentis comme une malchance d'être si petite, si pâle, et pourvue de traits si irréguliers et si marqués. " Ainsi écrivait Jane Eyre, qui était aussi quelconque et petite qu'une certaine Emily Dickinson.
Deuxième partie
Seigneur, je ne sais ce qu'est l'amour, mais je suis pourtant amoureuse de Tom, si l'amour est une flèche bleue et un cœur capable de brûler la chair jusqu' à l'os.
Le Poète ne pouvait vivre sans noblesse d'esprit, et la Poésie en elle-même n'était pas plus le fait d'hommes que de femmes - les deux sexes pouvaient s'y adonner. Nulle hiérarchie en son sein, que sa propre excellence, chèrement acquise, lutte de toute une vie dans le Calvaire de l'écriture.