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Antoine Blondin (Préfacier, etc.)Victor Liona (Traducteur)Bernard Frank (Préfacier, etc.)Jean-François Revel (Préfacier, etc.)
EAN : 9782253007906
250 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/04/1976)
  Existe en édition audio
3.84/5   4413 notes
Résumé :
Dans le Long Island des années vingt, la fête est bruyante et la boisson abondante. Surtout chez Jay Gatsby.
Aventurier au passé obscur, artiste remarquable par sa capacité à se créer un personnage de toute pièce, Gatsby, figure solaire par son rayonnement, lunaire par le mystère qu'il génère, est réputé pour les soirées qu'il donne dans sa somptueuse propriété. L'opulence, de même que la superficialité des conversations et des relations humaines, semblent ne... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (443) Voir plus Ajouter une critique
3,84

sur 4413 notes

Nastasia-B
  05 juin 2014
Je n'avais jamais rien lu de F.S. Fitzgerald avant d'aborder le grand Gatsby, il y a quelques années déjà. de prime abord, j'avais trouvé son style plaisant mais pas transcendant et le fond pas non plus désagréable mais pas davantage à baver d'allégresse, d'où une impression moyenne " à la normande " (normal me direz-vous, je suis normande).
L'histoire se déroule durant l'été 1920 aux États-Unis (à ce titre il peut être intéressant de le comparer à un roman tout à fait contemporain comme Manhattan Transfer). L'auteur nous y décrit le monde très prout-prout de l'époque.
À y réfléchir maintenant et avec quelques années de recul, indépendamment d'un battage médiatique lié à la sortie du film qui en est issu, je trouve que ce livre de Francis Scott Fitzgerald a aujourd'hui une valeur documentaire sur la vie et les moeurs de cette période si spéciale de l'histoire qu'on nomme, les années folles (peut-être est-ce la raison secrète pour laquelle l'ouvrage a plus de succès de nos jours qu'à l'époque de sa publication où chaque lecteur connaissait cette époque puisque c'était la sienne) et qu'il est, en ce sens, plus intéressant qu'il n'y paraît à première vue.
Gatsby est touchant de délicatesse à l'égard de son aimée. Les personnages secondaires féminins sont, il faut bien le reconnaître, assez caricaturaux mais très intéressants. J'ai beaucoup aimé la façon que l'auteur a de nous endormir dans le feutre du récit pour mieux nous bousculer, ainsi que ses personnages, dans le coup de tonnerre final.
Fitzgerald nous livre également une réflexion sur la réussite sociale et le bonheur. Que ceux qui ne veulent rien de rien savoir avant de l'avoir lu arrêtent la lecture de mon commentaire ici, pour les autres, sans trop de spoil, voici une idée du synopsis :
Nick Carraway, un jeune homme du Middle West américain atteignant la trentaine, se rend à New York pour travailler dans la finance comme agent de change. Par hasard, il trouve à louer une petite bicoque à Long Island, zone résidentielle très huppée et snob de la banlieue new-yorkaise.
Sa demeure, presque invisible, est située dans West Egg entre deux énormes et luxueuses villas. de là, la vue est imprenable sur East Egg, l'endroit le plus cossu et sélect de toute la zone. C'est là qu'habite Daisy, sa cousine germaine et Tom Buchanan, son mari, issu de la même promotion que Nick à l'université Yale.
Nick se rend un soir chez les Buchanan, qu'il connaît à peine, sur invitation de Daisy. Tom, beau et riche colosse, mais quelque peu bourru paraît végéter auprès de Daisy, laquelle semble tout autant s'ennuyer ferme avec son mari. Elle passe le plus clair de son temps avec son amie Jordan Baker, une joueuse de golf professionnelle.
Tom, peu de temps après, demande à Nick de l'accompagner pour lui présenter sa maîtresse, Myrtle Wilson, la femme d'un garagiste sur la route qui relie New York à Long Island. Nick, témoin de l'inconstance de Tom, de l'enlisement du couple qu'il forme avec Daisy, n'aurait guère d'intérêt à fréquenter les Buchanan s'il n'y avait le rapprochement de plus en plus sensible avec la belle Jordan. Celle-ci s'étonne qu'il ne connaisse pas Gatsby puisqu'il habite West Egg, comme lui, et qu'on ne parle que de cet homme à la richesse fabuleuse.
Gatsby, justement, c'est son voisin. C'est lui qui possède l'immense maison très animée qui occulte la misérable de Nick. Gatsby donne fréquemment des réceptions somptueuses qui accueillent des centaines de convives. Mais qui est Jay Gatsby ? D'où vient-il ? Que fait-il ?
Les rumeurs les plus folles circulent sur son passé et sa fortune, même au sein de sa propre maison. C'est ce que Nick brûle de découvrir lorsqu'un jour il reçoit une invitation pour passer la soirée chez Gatsby. Et c'est ce que moi je brûle de ne pas vous dire afin de vous laisser jouir de l'étonnante histoire qui va lier Nick, Tom, Gatsby, Jordan, Myrtle et Daisy...
Un roman doux-amer, avec une sorte de petit caillou qui crisse sous la plume feutrée de Fitzgerald, pour nous dépeindre son Amérique, telle qu'il l'a perçue. Peut-être pas un incontournable, mais un bon livre baromètre d'une époque, aujourd'hui révolue et appartenant au fantasme vintage. Voici un avis, un parmi tant d'autres, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Malabar_
  30 janvier 2013
Ça y est, j'ai lu Gatsby. Un peu fébrile il faut bien l'avouer, avant d'ouvrir ce roman dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée. J'avais peur de me retrouver face à vieux chef-d'oeuvre ampoulé à l'intrigue tarabiscotée et au dessein abscons. Peur d'être déçu, d'être trop jeune pour apprécier. Et puis il faut bien l'avouer peur de m'emmerder, car si certains classiques restent géniaux, d'autres deviennent sérieusement indigestes. Bref, pas serein le gars. J'avais tort.
L'histoire met bien un peu de temps à démarrer, mais une fois passée ce cap, la claque!
Prenez une dose de mystère, ajoutez-y une dose de luxe et de paillettes, un Gatsby nonchalant et charismatique à souhait et vous obtenez normalement un roman à l'eau de rose génialement lénifiant.
Normalement, car au pays de Fitzgerald tout n'est que désillusion. Les paillettes ne brillent pas éternellement, le mystère n'est présent que pour cacher une réalité bien plus sordide et les hommes ne sont pas des modèles de vertu. Via les yeux du jeune Carraway (un narrateur plus spectateur qu'acteur, une des grandes forces du récit), on assiste impuissant et médusé à la destruction de ce monde factice.
Une des précédentes critiques fait allusion à la tragédie grecque revisitée, je pense que tout est dit. Ne soyez pas rebutés comme j'ai moi-même pu l'être par la réputation du livre et l'aspect « amours bourgeoises et problèmes de riches ».
Vous découvrirez, en plus d'une intrigue universelle parfaitement menée, une écriture un rien surannée mais très poétique, une des plus belles qu'il m'ait été donné de lire jusqu'ici.
Un livre qui mérite des relectures et que je relirai forcément. En un mot, un classique. Un vrai.
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Gwen21
  28 mai 2014
Whaou, whaou, whaou ! Place au coup de coeur !
Premier roman de Francis Scott Fitzgerald qui me passe entre les mains et je suis conquise à la fois par le style de l'auteur (je précise que j'ai lu la traduction de Victor Llona), par la construction du récit et par le récit lui-même.
J'ai immédiatement adhéré à cette histoire tellement pleine de notre humanité : vouloir réaliser un rêve, aimer un être tout en se croyant aimé et réaliser trop tard qu'on s'est douillettement enraciné dans un rêve idyllique sans se préparer à la déception, à la souffrance et à la réalité, se confronter au manque d'idéal ou de fidélité des autres, mentir pour se valoriser, jouer un rôle, chercher à se hisser au niveau chimérique de ceux qu'on admire, chercher à atteindre un sommet et pour cela ne reculer devant aucune bassesse ni aucune manigance...
***ALERTE SPOILERS***
Le roman commence par ces mots qui m'ont tout de suite séduite :
"Quand j'étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit :
– Quand tu auras envie de critiquer quelqu'un, songe que tout le monde n'a pas joui des mêmes avantages que toi." et s'achève avec ces mots tout aussi forts :
"C'est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé".
Le passé, le présent et l'avenir... l'existence, construire sa vie, voilà le fil rouge du récit, vouloir se réaliser et placer au point culminant de sa vie l'amour même si celui-ci est inaccessible, bancal, mensonger, perdu et ne garantit pas le bonheur. Les illusions et la force de l'auto-persuasion vibrent chez Gatsby comme chez Nick, Jordan, Myrtle, Daisy comme des cordes sensibles...
Ce court roman au rythme très enlevé et qui noie ses protagonistes dans une fête ininterrompue largement arrosée de Champagne prend souvent des allures de pièce de théâtre. J'ai ressenti l'émotion et la personnalité de chaque personnage, leur drame individuel m'a habitée chacun à sa manière. L'approche psychologique des hommes comme des femmes, tout en finesse et en sobriété, offre également un témoignage réaliste et cru de la mentalité des Blancs américains pendant les Années Folles.
Gatsby, ce nouveau riche plein de paradoxes, qui avance dans l'ombre tout en faisant scintiller les étoiles de tous les excès, cet amoureux transi au sang-froid affecté et qui pense sincèrement qu'on peut changer le passé en misant sur le présent et en décidant de son propre avenir, offre une figure touchante et pathétique qui a éveillé ma compassion et mon affection.
On pourrait être tenté de réduire la morale de cette histoire à l'adage "l'argent ne fait pas le bonheur" or ce récit est riche d'une foule d'autres enseignements sur la nature humaine et dépasse largement le seul thème de l'arrivisme.
Je recommande chaudement la lecture de ce grand petit roman.
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michemuche
  17 mai 2014
F. Scott Fitzgerald " le magnifique" auteur du merveilleux roman "Gatsby" n'a pas fini d'émouvoir le lecteur, moi le premier.
Ce n'est pas tant l'histoire qui m'émeut quoique...
Les histoires d'amours finissent mal en général c'est ce que dit la chanson.
Donc le narrateur Nick Carraway diplômé de Yale débarque de son middle-west natal pour embrasser la carrière de courtier en assurance à New-York.
Les retrouvailles avec sa cousine Daisy et son mari Tom Buchanan va l'entrainer dans un univers de strass, de paillettes, mais aussi de rumeur.
Rumeur sur un étrange personnage Jay Gatsby.
Arrêtons nous justement sur ces personnages; d'abord Nick, le brave type toujours prêt à rendre service, le confident de Gatsby bref le genre de personne que l'on aimerait avoir pour ami. Ensuite Daisy, cousine de Nick fille bien née, immature que l'oisiveté n'arrange pas, son mari Tom Buchanan parfait prototype du "WASP" cynique, violent, raciste, coureur de jupon.
Gatsby, homme affable, discret et secret de lui nul ne sait rien. Et miss Jordan Baker , garçonne en tenue de golf, fière, hautaine...
Tout ce petit monde va se retrouver dans des fêtes somptueuses entouré de profiteurs, d'alcooliques, de starlettes. ce côté kitch de ces soirées.
Peut à peut l'ambiance bascule de la légèreté vers le côté triste du roman.
On va découvrir le destin croisé de Jay et Daisy, l'amoureux transi face à une femme frivole.
Mon plus grand regret c'est d'avoir vu le film avant d'avoir lu le livre, d'où cette critique un peut légère.
j'ai aimé le roman et j'ai adoré le film, cela vaut bien quatre petites étoiles, qu'en pensez vous?
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Ode
  08 mai 2013
Sous les paillettes des Années folles, en à peine 200 pages, Francis Scott Fitzgerald dépèce un des plus grands mythes américains, la réussite du self-made man, illustrant au passage un adage vieux comme le monde : l'argent ne fait pas le bonheur.
Qui est Jay Gatsby ? Qui se cache derrière ce bel aventurier qui étourdit la jet-set new-yorkaise de ses somptueuses réceptions ? C'est ce que va nous aider à découvrir son voisin Nick Carraway, le seul à approcher Gatsby de près et à recueillir ses secrets.
La réussite ostentatoire de Gatsby n'a qu'un but : reconquérir la belle et délicate Daisy. C'est la brûlure de cet amour de jeunesse au-dessus de sa condition qui l'a poussé, par son engagement dans la Grande guerre et d'autres moyens plus troubles, à gravir l'échelle sociale. Lorsque son argent lui permet enfin de se fabriquer un personnage digne de côtoyer le milieu de Daisy, la jeune femme est déjà mariée au riche et arrogant Tom Buchanan, qui la trompe sans vergogne. Gatsby va donc solliciter son voisin Nick Carraway, qui est aussi le cousin de Daisy, pour revoir la jeune femme. Mais un malheureux enchaînement de circonstances va transformer les retrouvailles en tragédie...
Formidable roman d'ambiance, Gatsby le Magnifique nous transporte dans le quotidien de la jeunesse dorée des années 20, qui noie son ennui dans l'alcool, les clubs, les virées en voiture dans les palaces et une certaine forme de libertinage... Ce vernis d'insouciance n'arrive cependant pas à masquer les fêlures de l'âme et, dans le cas de Gatsby, une solitude au goût de désespoir. Tout en profitant de la générosité de Gatsby, la haute société de Long Island – Tom Buchanan en tête – le méprise comme un parvenu. Et aucun bien de ce monde ne pourra acheter son idéal : ravir le coeur Daisy et l'épouser. À la fin du livre, la rencontre de Nick Carraway avec le père de Gatsby, qui lève le voile sur son enfance, est un moment poignant qui ne s'oublie pas.
J'aime comparer Gatsby au Grand Meaulnes, les ayant découverts tous deux à l'adolescence. Malgré l'écart de style, d'époque et de culture, ces deux destins tragiques contés par un sage narrateur-confident sont pour moi aussi intenses et mystérieux. Comme François Seurel avec Meaulnes, Nick Carraway observe Gatsby se brûler les ailes à la flamme de ses rêves. Avec une différence notable cependant : la profonde amitié de Seurel permet à Meaulnes de survivre au désenchantement, tandis que l'inclination polie de Carraway et sa prise de conscience tardive ne suffisent pas à sauver Gatsby.
Chaque livre a été magnifiquement porté à l'écran et dans mon souvenir, Gatsby aura à jamais les traits de Robert Redford, amoureux fou de Mia Farrow dans le film un peu irréel de Jack Clayton. A contre-courant de la tendance actuelle, je n'ai pas envie d'en altérer l'image par une version plus moderne.
« C'est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé ».
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Citations et extraits (350) Voir plus Ajouter une citation
ChouchaneChouchane   13 septembre 2012
Il m'adressa un sourire (...). Un de ces sourires rare, source d'éternel réconfort, comme on n'en rencontre que quatre ou cinq fois dans sa vie. Un sourire qui défiait -ou semblait défier - brièvement le monde entier, puis se focalisait sur vous comme s'il vous accordait un préjugé irrésistiblement favorable. Qui vous comprenait dans la mesure exacte où vous souhaitiez être compris. Qui croyait en vous comme vous auriez voulu croire en vous même.
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JoohJooh   25 août 2012
Il a dû sentir qu'il venait de perdre à jamais son ancien monde de lumière, que c'était le prix à payer pour avoir trop longtemps vécu prisonnier d'un seul rêve. Il a dû s'étonner d'apercevoir, entre les feuillages devenus hostiles, un ciel qu'il n'avait jamais vu; trembler de découvrir à quel point la rose était un objet grotesque, à quel point le soleil criard écrasait les jeunes pousses de gazon. Un monde nouveau, concret et pourtant irréel, où de mornes fantômes, ne pouvant respirer qu'à travers leurs songes, dérivaient au hasard - tel ce personnage surnaturel, au visage de cendres, qui glissait vers lui parmi les troncs informes.
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JoohJooh   24 août 2012
Le visage clair de Daisy se levait lentement vers lui, et il sentait son cœur battre de plus en plus vite. Il savait qu'au moment où il embrasserait cette jeune fille, au moment où ses rêves sublimes épouseraient ce souffle fragile, son esprit perdrait à jamais l'agilité miraculeuse de l'esprit de Dieu. Il avait alors attendu, écouté encore un moment la vibration du diapason qui venait de heurter une étoile, puis il l'avait embrassée, et à l'instant précis où ses lèvres touchaient les siennes, il avait senti qu'elle s'épanouissait comme une fleur à son contact, et l'incarnation s'était achevée.
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JoohJooh   24 août 2012
Il avait tendu la main désespérément, pour tenter de saisir une dernière poignée de vent, d'emporter un dernier fragment de ces lieux qu'elle lui avait permis de tant aimer. Mais le train roulait trop vite, tout s'embrouillait devant ses yeux, et il sut qu'il avait perdu cette part de lui-même, la plus pure, la meilleure, à jamais.
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Jones_CrystalJones_Crystal   27 novembre 2019
Quand je descendis le perron, je vis que la soirée n'était pas tout à fait terminée. À vingt mètres de la porte, une douzaine de phares éclairaient une scène étrange et chaotique. Dans le fossé qui bordait la route, encore d'aplomb, mais amputé d'une roue, gisait un coupé neuf qui avait quitté l'allée de Gatsby à peine deux minutes avant. L'arête du muret avait dû arracher la roue, qui faisait maintenant l'objet d'une attention soutenue de la part d'une demi-douzaine de chauffeurs curieux.
Cependant, comme ils avaient abandonné leurs véhicules, bloquant ainsi le passage, ceux qui étaient restés dans la cour klaxonnaient à tour de rôle, et amplifiaient encore la violente confusion de la scène.
Un homme vêtu d'un long cache-poussière était descendu de l'épave et se tenait maintenant au milieu de la chaussée, promenant ses regards de la voiture au pneu, puis du pneu au cercle des spectateurs, avec une perplexité réjouissante.
« Regardez ! expliquait-il. En plein dans le fossé. »
La situation le remplissait de surprise, et je reconnus d'abord cette inhabituelle aptitude à l'émerveillement, puis l'individu — c'était l'ivrogne qui faisait pénitence dans la bibliothèque de Gatsby.
« C'est arrivé comment ? »
Il haussa les épaules.  
« J'y connais rien, de toute façon, à la mécanique, dit-il d'un ton assuré.
— Mais comment est-ce arrivé ? Vous êtes rentré dans le mur ?
— Me demandez pas, dit Œil-de-Hibou, se lavant les mains de toute l'affaire. Je connais vraiment pas grand-chose à la conduite — quasi rien. C'est arrivé. C'est tout ce que je sais.
— Eh bien, si vous n'êtes pas bon conducteur, vous ne devriez pas essayer de rouler de nuit.
— Mais je n'essayais même pas, gémit-il, indigné. Je n'essayais même pas. »
 Silence respectueux dans l'assistance.
« C'était une tentative de suicide ?
— Vous avez de la chance que ce ne soit que la roue ! Un mauvais conducteur, et qui n'essaie même pas !
— Vous ne comprenez pas, protesta l'accusé. Ce n'est pas moi qui conduisais. Il y a quelqu'un d'autre dans la voiture. »
L'assistance, d'abord tétanisée par cette déclaration, fit entendre un interminable « Oh-h-h ! » en voyant la portière du coupé osciller puis s'ouvrir lentement. La foule — il y avait foule maintenant — ne put réprimer un mouvement de recul, et, lorsque la portière finit par s'ouvrir
en grand, il y eut une pause macabre. Puis, très progressivement, petit bout par petit bout, un individu blafard émergea en titubant de l'épave et posa prudemment sur le sol, à tâtons, un grand pied élégamment chaussé.
Aveuglée par la lumière éblouissante des phares et déconcertée par le mugissement croissant des klaxons, l'apparition tangua encore un moment avant d'apercevoir l'homme au cache-poussière.
« Queski s'passe ? s'enquit-il avec calme. A pus d'essence ? »
« Regardez ! »
Une demi-douzaine de doigts lui désigna la roue amputée — il la fixa quelque temps, puis regarda en l'air comme s'il suspectait qu'elle fût tombée du ciel.
« Elle a été arrachée », expliqua quelqu'un.
 Il hocha la tête.
« J'me suis pas rendu compte tout d'suite qu'on était arrêtés. »
Silence. Puis il prit une longue inspiration, redressa le buste et fit remarquer d'une voix décidée :
« Me demande si quelqu'un peut m'dire où y a une station d'essence. »
Une douzaine d'hommes au moins, dont certains un peu moins saouls que lui, se mirent en devoir de lui expliquer qu'il n'y avait plus de relation physique entre la roue et la voiture.
« Et en r'culant, suggéra-t-il au bout d'un moment. En f'sant une marche arrière.
— Mais il lui manque une roue! »
Il hésita.
« Coûte rien d'essayer! » dit-il. 
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Julie Wolkenstein traductrice de "Beaux et maudits", de Francis Scott Fitzgerald - éditions P.O.L - où Julie Wolkenstein tente de dire pourquoi et comment elle a traduit "Beaux et maudits" de Francis Scott Fitzgerald ("The Beautiful and Damned"), et de quoi et comment est composé "Beaux et maudits", et où il est aussi notamment question de Gatsby (le magnifique), de "The Crack-up (La Fêlure) à l'occasion de sa parution aux éditions P.O.L, à Paris le 10 mai 2021
"New York dans les années 1910. Anthony Patch a vingt cinq ans. C'est un orphelin mélancolique et cultivé qui n'attend rien d'autre de la vie que l'héritage d'un grand-père milliardaire. Il rencontre Gloria, la Beauté incarnée. Ils s'aiment, se marient, se détruisent. Fitzgerald explique ainsi leur naufrage : « Leur tort n'était pas d'avoir douté, mais d'avoir cru. Ils avaient poussé à l'extrême l'exquise perfection de leur ennui, leur élégante insouciance, leur inépuisable insatisfaction – jusqu'au désastre. Voilà tout. »
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