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ISBN : 2370490349
Éditeur : La Volte (23/02/2017)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Le travail qui vient : thème majeur de nos sociétés occidentales, enjeu canonique des élections présidentielles, première cause de mouvements sociaux lors de la Loi El Khomri et de dossiers dans la presse. Et si la fiction s’en mêlait à son tour ?
Entre disparition et retour au plein-emploi, les écrivains de science-fiction prennent parti. Lorsque les éditions La Volte lancent, le 1er mai 2016, en pleine ébullition de « Nuit Debout », l’appel à textes qui con... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Horizon_du_plomb
  27 janvier 2018
C'est une conférence d'Alain Damasio qui m'a donné envie de lire ce livre. Il en a parlé quand il posait la question de la vraie créativité, celle que ne pourront pas mimer les algorithmes d'écrivains. En plus, je me sens proche de ses thèmes majeurs: évolution du travail en lien avec l'essor de la technologie, revenu universel, précarité et exclusion.
« L'ironie et l'insolence pour votre triade. Une certaine nonchalance brillante aussi (…)
- Mon rôle ici est d'être un agenceur de talents, un point pour vous. Je ne suis pas un brainstormeur, ni un animus, je suis un chaosorg.
-Combien de balles, monsieur Chaorg ?
- Suffisamment pour te noyer.
- On commence quand ?
- La réponse était six, coupe Sayo. Vous êtes trois hommes, une paire chacun. Un égo pour douze mètres carrés, c'est déjà tendu.
- Je vous épargne qui a la plus longue, on verra dans huit mois. »
Les nouvelles de ce recueil sont aussi diversifiées que leurs brillants auteurs et sont souvent en lien avec des problématiques déjà présentes dans notre présent mais prolongées. On sent souvent les influences communes sur certains textes (les drones délivreurs, les bots, la coeve, les meeting-coaching, …) . Inévitablement, plus que du travail (qu'on devrait d'ailleurs appeler emploi), elles parlent de l'identité de l'Homme, des ses interactions sociales. On a ici vraiment affaire à « un collectif de l'inadaptation » qui crée du contenu pas facile, déstabilisant mais toujours intéressant et ici, au moins, on ne propose pas un livre à picorer aux pigeons (aka bring your own brain reader). Il faut noter en corrélât que le vocabulaire utilisé est moderne et peut déstabiliser une personne peu en lien avec l'informatique ou le monde du travail actuel. Tout le long du livre, à cause de la technologie, on perçoit un retour au symbole, mème, au gimmick institutionnalisé.
Je vais dégager des sensations et faire une petit classement final. J'ai aussi essayé de classer les nouvelles même si c'est difficile vu le type court et totalement subjectif.
Dufour: Non mais postuvailler quoi ! C'est du cendrillon 2.0. Une nouvelle pétillante et dense, les phrases bankables virevoltent. 4 étoiles.
« Regarder une realskin de 22 centimètres me ressortir par le scrotum à la suite d'une mauvaise programmation, j'évite aussi. »
Beauverger: 3 sur 5, un coté trop procès allié au « loft story ».
Berrouka: C'est un énième version de dystopie (et dont Hollywood nous resserre à l'envie le propos basé sur les « classes »), petit coté deus ex machina (avec l'ordinateur qui peut tout), la richesse est clairement le questionnement d'un homme face à une rencontre 2,5.
« L'histoire n'est pas souhaitable, car elle est le témoin d'une évolution. »
Delporte: C'est une nouvelle « La Horde du contrevent » revisitée, un coté fantasy poétique (qu'on pense aussi à « Un pont sur la brume ») qui nous prouve que quand on parle race, on parle classe aussi. 3,5
« Ces pensées interdites me submergent, comme ces marées d'antan dont nous parlent les ménestrels, qui font rouler les vagues vers le rivage dans une écume blanche, sur des plages de sable fin. »
L.L Kloetzer (donc le duo): le travail à la chaîne version SF avec son aliénation inévitable. Un texte où on ose parler ingénierie sociale. Une nouvelle qui fait d'ailleurs partie du monde futuriste créé par le duo. J'ai aimé le réalisme du final mais l'ai trouvée un peu longuette. 3 étoiles
« Le monde est en reconstruction, il restera toujours en reconstruction. Rien ne s'efface. »
Steward: L'extension prévisible de la zone d'influence des réseaux sociaux. 3 étoiles
Merjagnan: Et si on se mettait à s'intercoter en permanence ? « Le cercle » paraît bien pâle face à cette nouvelle.
On brasse les idées, on parle blockchain. 4 étoiles
« La connaissance ne se divise pas, vois-tu, elle se multiplie au contraire (…) La monnaie ne devrait pas se diviser. (…) La monnaie à somme positive a un fonctionnement orienté. Sa particularité, c'est qu'elle prend de la valeur proportionnellement au nombre de coopérations dont elle supporte le financement. » (proche de l'information de Shannon)
Li-Cam: J'ai beaucoup aimé le coté « religion institutionnalisée » qui m'a rappelé le Coran. le texte semble simple, voire avec un peu du racoleur des séries version profileur, mentaliste, caméléon mais il cache la profondeur de notre besoin de social. 3,5 étoiles
« Mieux vaut une chimère cauchemardesque qu'une réalité pitoyable. »
Damasio:
« Les gens croient qu'on les fabrique à notre image mais c'est l'inverse. On les fait comme nos ombres. Ils sont l'esclave que le XXIe siècle ne peut se permettre d'exploiter, d'avoir chez lui » (parlant des robots)
La scène de transmission du père au robot est intéressante sauf que je pense que l'observation suffira et donc l'espionnage-profilage, c'est d'ailleurs le principe des majors de la Silicon Valley qui s'empressent de mettre les objets capteurs interactifs dans notre quotidien.
Une nouvelle qui parle finalement assez bien de l'auteur (HEC, père « classique », idées et sentiments échangés lors de meetings …). Une nouvelle qui m'a rappelé une argumentation de Damasio durant sa conférence. Selon lui, pour faire bouger les choses, il faut arrêter avec l'argumentatif (où tout a quasi déjà été dit et répété) et passer à l'émotif, au pulsionnel lié au corps. (La coévalutation étendue au fight club en quelque sorte comme il le dit dans sa nouvelle ).
4 étoiles
Luvan: Trop disparate à mon goût. 2,5 étoiles
On nous parle marché des bots, du deep learning, de grande maîtrise sur les cotations de la bourse et de relaxation du futur consommateur, mais dans ce livre on dévoile les AI clandestines.
« Elle connaît le sens du mot « reflet ». L'a toujours su. C'est une dimension moins réalisée. (…) Des êtres mangent leur ombre en s'allongeant au sol, dos nus. Plus bas, l'eau forme une incertitude sombre dont elle tranche le monde. »
« Par cet interdit posé aux A.I. de nous surprendre, au lieu de s'inventer une compagnie nous servant de miroir, comme le conseiller Wei Zheng le fut pour l'empereur Tang Taizong, nous avons rendu notre séjour sur Terre plus solitaire encore, et désamorcé une partie de nos mécanismes d'apprentissage. »
Henry:
J'avoue que j'ai eu du mal avec le « texte ». L'allégorie sur la bourgeoisie et l'écrivain engagé est facile mais, petit à petit, on la dépasse, on passe au méta et j'y ai finalement pris beaucoup de plaisir (en fait, cela a été le premier texte où j'ai vraiment pleinement ri avec celui de Calvo après), comme une AI dissèquerait nos imperfections et nos oeillères. D'ailleurs, la question des AI « engagées » est un fil conducteur du livre. Un texte perturbant comme sait l'être l'intelligence du détail. J'avoue que j'ai utilisé son sommaire final comme échafaud à ma lecture.
«  Si l'on avait compris l'éducation sentimentale, rien de tout cela ne serait arrivé »
«  L'histoire peut-elle servir dans un même geste, l'immortalité des manuels scolaires aux uns et aux autres une forme polie de censure par l'oubli ? »
Cette nouvelle, c'est un écrivain qui se fait solidaire de ses lecteurs, qui abandonne les planches d'un théâtre pour les barricades.
Un texte génial que certains esprits assidus de la touche « con  » qualifieront encore de dégénéré. 4 étoiles, limite 4,5.
Calvo: Une nouvelle qui offre « une plus grande clarté en ces temps obscurs » ( c'est ouf du pompon; la poire, elle est fendue façon dégustation gratuite du service le Market (pas encore tout à fait Karouf) ) 3 étoiles.
« Je me délecte déjà de ces petites pépites, noix, et autres trésors au chocolat que l'on trouve parfois dans ces plages pleines d'esprit et que je butine tel un écureuil albinos dans une ruelle de Montréal » (notez le clin d'oeil à Toxoplasma)
Postface de Hiet: Au delà de quelques références justificatives qui ne sont pas vraiment nécessaires même si elles font académiques, la conclusion émerge naturellement: celle d'une économie du temps de vie, d'un sens à faire émerger en permanence. 3 étoiles.
Bref, mes nouvelles préférées sont celles de Dufour, Merjagnan, Damasio et Henry.
Celles que j'ai le moins aimées: Berrouka et Luvan
Un livre qui se finit avec une perspective toujours aussi angoissante alors qu'elle n'a rien de neuf: poser la question du travail demeure encore poser la question de la liberté d'existence, tendre la toile de la chaosmose.
Un livre disruptif qui nous parle de ce monde aux mille questions mais sans aucun bore-out.
Un livre qui nous rappelle que la créativité est un champ ouvert, global qui se brise sur l'abîme d'un risque mais toujours tendu vers la totalité, c'est une générosité offerte.
Au final, j'avoue que j'ai regretté de ne pas me faire dédicacer ce livre à la conférence malgré le temps perdu (sauf que la possession n'est pas l'intégration me dit mon captcha en griffonnage philosophique, sauf que la décroissance aussi est une valeur, sauf que … :o) )
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Igguk
  02 juin 2017
En ces périodes électorales, on voit bien que le travail (ou son absence) est au coeur des préoccupations. Devant toutes les incertitudes, les nuits debout, les lois travail et les actions sociales, La Volte a pris les devants et a demandé à un paquet d'auteurs leur vision du travail de demain, et ça donne Au bal des actifs, demain le travail.
A travers 12 histoires d'anticipation, un bien joli panel d'auteurs nous propose de découvrir leur vision de notre avenir, côté boulot. Oui, y'a du beau monde dans le recueil : Stéphane Beauverger, Karim Berrouka, Alain Damasio et leurs copains composent cette belle brochette « All-star » de la SF made in chez nous. Les nouvelles ciblent et extrapolent les tendances du monde du travail d'aujourd'hui pour en faire des récits souvent glaçants, parfois rigolo, toujours plutôt bien vus. Ça nous raconte l'hyper-précarité, l'indignité, la mise en compétition, l'évaluation constante, l'élitisme, etc…
Pour moi, la plus prenante est sans aucun doute Vertigeo d'Emmanuel Delporte qui raconte la construction de tours vertigineuses à plusieurs dizaines de milliers de mètres d'altitude grâce à des ouvriers qui ne voient jamais le sol. Elle est percutante et rudement bien contée, tout en tenant un propos fort. D'autres nouvelles sortent du lot évidemment, comme Pâle Mâles de Catherine Dufour ou coêve 2051 de Norbert Merjagnan, qui arrivent à passer un message pertinent par une narration subtile et bien amenée. D'autres jouent autant avec le fond qu'avec la forme, et parfois ça marche plutôt bien, comme Alive de Ketty Steward, et parfois ça m'est passé complètement au-dessus, ou à côté, ailleurs en tous cas. Plusieurs nouvelles jouent avec le graphisme, la mise en page ou les typos, et l'ebook ne restitue pas tout très bien.
Dans l'ensemble, Au bal des actifs surfe sur les préoccupations de ces dernières années, notamment soulevées par la Loi travail. C'est très focalisé autour de la politique actuelle de notre gouvernement et les tendances des grosses firmes d'aujourd'hui qu'on va extrapoler dans un sens, souvent le même, et c'est peut-être voulu mais c'est aussi ce qui m'a un peu dérangé. Pour un recueil d'anticipation, y'a rien de vraiment surprenant dans le fond. Les grandes problématiques sont globalement les mêmes sur une majorité des textes, on retrouve les problèmes de l'évaluation permanente dans 3 ou 4 nouvelles, le renforcement des écarts entre le commun et les élites dans quasiment toutes, la manipulation des travailleurs aussi, etc… Mais tout ça est très attendu, même si on partage la vision commune des auteurs, aucun texte ne nous retourne le cerveau par son fond, ou une vision qu'on avait pas vu venir.
Quand on enchaine les douze nouvelles en quelques jours, elles se mélangent un peu toutes, elles se recoupent, se répondent, se confondent, surtout parce qu'elles parlent globalement toutes de la même chose, presque de la même manière. Les textes marquants surnagent surtout par leur forme ou leur narration, ou une petite idée sympa planquée dans un coin. Même le texte d'Alain Damasio, s'il est très agréable à lire, finit sur un twist hyper-cliché, voire un peu ridicule. D'ailleurs on sent l'influence de Damasio sur tout le reste, les idées développée dans sa Zone du dehors transpirent clairement un peu partout. La lecture devient un peu ennuyeuse, et c'est sur les deux derniers textes qu'on retrouve le sourire et un côté très ludique : Léo Henry nous propose une réflexion sur le travail d'auteur en mêlant le fond et la forme d'une manière amusante, et David Calvo se lâche pour le bouquet final, lui aussi sur le métier d'écrivain à travers une correspondance surréaliste entre un auteur et ses collaborateurs.
Il faut souligner le côté très cynique et pessimiste de la plupart des textes, vaut mieux passer votre tour si vous êtes plutôt déprimé. Même si certains textes twistent sur une petite note d'espoir, c'est le négatif et l'angoisse qui dominent. Les textes sont très focalisés sur le cynisme des grosses boites, des élites à chaussures pointues, sur une vision très « Paris-La défense » du monde du travail. Ils oublient peut-être un peu vite qu'il y a d'autres villes, des campagnes, des gens qui y vivent et réinventent aussi le monde à leur manière, et souvent plus vers le positif. Mais bon, la SF sur les initiatives citoyennes ou les milliers de gens qui réinventent leur travail de manière constructive, c'est peut-être moins vendeur.
Au bal des actifs : Demain le travail est un recueil au concept très intéressant, avec quelques coups de maitres dans ses pages. Il souffre juste d'une homogénéité des thématiques qui peut lasser même si on partage l'orientation politique sous-jacente du bouquin. On lui collerait bien des stickers #nuitdebout ou #onvautmieuxqueça partout tant il surfe sur ces idées, mais c'est justement là son point faible. C'est attendu, ça manque de folie, d'idées renversante, de vision inédite.
Lien : http://ours-inculte.fr/fr/ba..
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Le_chien_critique
  28 mai 2018
Ah, le futur imaginé par nos chers auteurs de SF : des lendemains qui chantent, des voitures volantes, les villes sur la Lune ou Mars, le travail libéré... Un avenir espéré et attendu par nombre de lecteurs.
Mais nous ne sommes plus dans les années 50, fini la vie en rose, l'espoir a été douché, ratiboisé et passé au sanibroyeur. Reste des lendemains qui déchantent, des voitures uberisées, des villes gentrifiées et du travail oppressant et oppresseur.
Si vous avez encore espoir à des lendemains meilleurs, La Volte a demandé à douze auteurs francophones d'écrire sur le futur du travail de doucher toutes vos hypothétiques espérances.
Du bon, du moins bon, du très bon dont le Damasio qui vient de rafler le GPI pour sa nouvelle. Certains textes se répondent, le travail de coordination se fait sentir.
Certaines nouvelles sont agréables, même si elles restent assez classiques dans leur forme : on découvre peu à peu le monde, le hiatus advient par un des personnages qui s'interroge sur le monde et la dystopie survient... D'autres arrivent à dépasser leurs illustres précurseurs., comme Ketty Steward, Norbert Merjagnan ou Li Cam
Suit Serf-Made-Man ? ou la créativité discutable de Nolan Peskine d'Alain Damasio qui a reçu récemment le Grand Prix de l'Imaginaire pour cette nouvelle. Trois creative consultant insolent et cynique doivent unir leur force pour avoir la seile place disponible dans une entreprise. La sranxe pour les hôtels est du pur génie créatif, on s'y croirait et on a envie d'avoir un aussi bel accueil.
Relation homme robot, art et artisanat, idée et copie. Damasio souffle le chaud et le froid, nous fait aimer ses persos cyniques pour nous les montrer dans tout leur monstruosité la page d'après.
Des fulgurances, des petites notes d'humour noir et ce texte m'a même fait penser par moment aux plus beaux textes de Léo Ferré. Au vue de l'univers, j'ai l'impression qu'il se déroule dans le même que son futur roman Les furtifs. Seul ombre au tableau, un final décevant.
On finit par les nouvelles de Léo Henry et de Sabrina Calvo qui préfèrent s'attarder sur le travail de l'écrivain. Léo Henry nous fait partager son travail sur la correction de son texte, de la première ébauche au final. Une nouvelle qui intéressera les écrivains en herbe, ce qui n'est pas mon cas.
Sabrina Calvo prend le relais pour fournir ce texte à l'éditeur, une situation kafkaïenne au possible. Très drôle, mais pas assez pour me faire oublier le lien ténu avec la thématique du recueil.
Le tout se termine par une préface de Sophie Hiet.
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malecturotheque
  06 août 2017
Demain le travail est un recueil comprenant 12 nouvelles d'anticipation dont la thématique principale est le travail. Une façon pour nous de découvrir ce que les auteur.rices imaginent pour notre futur. Entre l'accumulation de petits boulots, sans savoir si demain on gagnera suffisamment, ou au contraire le travail étant réservé à une élite, autant vous le dire tout de suite : ce n'est ni glorieux, ni optimiste ! Mais voilà, chacun de ces récits nous fait réfléchir, nous touche différemment. Si je me souviens de mon appréciation de chacune des nouvelles, il y en a qui m'ont toutefois moins marquée et je ne me souviens de l'histoire que grâce à mes notes. En parcourant le net, j'ai vu que pour d'autres personnes, ce ne sont pas les mêmes nouvelles qui nous ont impactés. Pour ma part, ce sont les premières et les dernières que j'ai le plus apprécié et dont je me souviens également le plus. J'ai d'ailleurs eu une très bonne surprise avec le Parapluie de Goncourt qui traite du « labeur de l'écriture » (p.466) : on y découvre un premier texte, des échanges avec des correcteurs, l'éditeur, etc. C'est vraiment très intéressant ! Pâles mâles et Canal 235 m'ont également beaucoup touchée ; la précarité des héros ne peut laisser indifférent.e.
Je ne vais pas vous parler de toutes les nouvelles individuellement (quoique si vous voulez un retour sur une nouvelle en particulier, je peux le faire en commentaire) ; j'ai trouvé qu'elles étaient bien écrites, chaque auteur.rice ayant son propre style, une narration et un angle d'attaque du sujet différents. le recueil est dense et certaines histoires sont assez dures à digérer ; il faut alors un temps pour laisser la réflexion faire son bonhomme de chemin.
J'imagine qu'il y a eu des échanges entre les écrivain.es car certains textes font écho les uns aux autres. Alors oui, Vertigeo ne ressemble en rien à Parfum d'une mouffette, mais les textes sont présentés de façon logique ; rien ne semble avoir été laissé au hasard. de plus, oui, ce sont des nouvelles, c'est donc moins développé que pour un roman, et pourtant chaque histoire se déroule de façon cohérente, est suffisamment étoffée pour qu'on puisse d'y plonger pleinement. Quant aux fins, qu'elles soient ouvertes ou non, elles sont bien amenées et les histoires ne s'arrêtent ni trop tôt ni trop tard.
Au bal des actifs. Demain le travail est un ouvrage réflexif riche, proposant des visions différentes quant au monde du travail de demain. Ce n'est pas le genre de livre qui se dévore en quelques jours, non, c'est le genre de livre que l'on prend le temps de découvrir, qui nous fait réfléchir.
Une bonne découverte que je recommande vivement, mais pas à n'importe qui. Demain le travail ne vous fera pas rire, ne vous fera pas passer un moment plaisant. Ce qui ressort le plus, d'après moi, est vraiment la réflexion autour du travail.
Lien : https://malecturotheque.word..
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A2livres
  20 mai 2017
Cette anthologie de 12 nouvelles est une tuerie. En même temps, avec les noms au sommaire, on ne pouvait pas s'attendre à moins. D'autant plus, chez l'éditeur La Volte qui nous a habitués à beaucoup de belles et percutantes lectures.
On se situe évidemment dans de la science-fiction, de la SF qui fait cogiter, de la SF qui fait vibrer notre système limbique, de la SF sociale et humaniste… de la bonne science-fiction tout simplement.
Dès les premières pages, ça envoie du lourd et ça ne s'arrête pas avant la 600ième et quelque.
S'il y a de l'humour par ci par là, il y aussi beaucoup de noirceur dans ce laborieux avenir. La plupart des récits décrivent un paysage professionnel bien sombre, avec un final souvent sordide pour les héros travailleurs. Certaines histoires laissent cependant passer davantage de lumière, d'espoir, tandis que l'une d'entre elles montre un monde du travail conçu pour le bien-être des humains dans une organisation sociale toutefois sous-tendu par le mensonge.
Le secret et la manipulation sont d'ailleurs des thèmes récurrents. La problématique du sens du travail qui revêt un rôle de paix sociale en est un autre. Et cette question du travail est envisagée autant sous l'angle de la question de société que sous celui de l'identité individuelle.
On pourrait parler des heures des thématiques abordées dans cette anthologie et creuser bien des aspects à la lumière des sciences économiques et sociales, ainsi que des sciences humaines.
Mais je vais m'arrêter là et juste préciser qu'il s'agit d'une lecture plutôt complexe, même pour quelqu'un qui travaille dans le domaine de l'orientation scolaire et professionnelle et détenant une certaine maîtrise du jargon des ressources humaines, de l'évolution du travail, de ses formes émergentes, etc. Autant dire que les auteurs sont vraiment bien documentés et savent de quoi ils parlent. Je me demande même si un glossaire n'aurait pas été utile…
N'ayez toutefois pas peur d'aborder cet ouvrage car, à n'en pas douter, chacun pourra tirer parti de cette réflexion, parfois ardue, mais nécessaire voire salutaire, qui sous-tend ces fictions sur le futur du travail.
La créativité est largement au rendez-vous, aussi bien sur le fond que sur la forme. Les nouvelles présentent des structures variées. On y trouve par exemple des codes, des tableaux, des pages de blog, des échanges de courriers, et même différentes versions d'une nouvelle avec les corrections proposées par des auteurs, éditeurs ou encore membres de la famille. Attendez-vous donc à être surpris de pages en pages !
Enfin, que dire de la prose, sinon que chaque plume est singulière, admirable, puissante.
La chronique complète en vidéo avec des lectures en cliquant sur le lien ci-dessous :

Lien : https://youtu.be/Gag7AHV0B_Q
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   22 février 2017
« Incotable ! fit le palembarq.
– Ah, c’est que, s’enchanta Locq, Monsieur Ore est une figure locale, un excentrique ! Un ancien de la finance, je crois.
– Du négoce, précisa Ganz.
– Un peu… marginal. On peut dire ça, Ganz ?
– Mais incotable ? persista l’embarqué comme s’il était tombé sur un poilu de la Première Guerre. Vous êtes sociophobe ? Un datactiviste ? »
Cocktail d’un soupçon de mépris et d’un quart de menace, lot banal de l’invective. Les gens suivaient leurs changements. Ne pas évoluer leur semblait une sorte de crime.
Et de fait, rien n’avait plus été pareil depuis le Grand Reflux des années 30, la vague de désemploi qui avait recouvert les cartes les mieux éclairées du monde. Presque trois décennies de Ressource Universelle d’Existence (mais tout le monde disait la RUE) et quinze ans de cotation globale : les esprits avaient mué. Ils étaient devenus plus impénétrants encore que par le passé, aveugles aux brèches, réticents à la marge. Alors ! Qu’un ancien négociant en pétroles devienne un SDF trader, un vendeur d’actions à la petite semaine ! Et par-dessus le marché, non cotable. Impossible à évaluer. Ça n’entrait pas dans le cadre. Ganz Ore prenait un malin plaisir à l’étonnement des autres. En réalité, il n’était pas tout à fait certain de comprendre ses propres raisons. Peut-être simplement que le monde n’avait plus besoin de lui.
(Norbert Merjagnan, « coÊve 2051 »)
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Charybde2Charybde2   22 février 2017
– J’ai tout compris, soupira Evette en tapotant sur son écran. Je suis une déesse de la poisse. La poisse m’aime, tu vois ? Elle m’adore. Elle me trace, elle me comble, elle me couve.
– Hm, compatit Adzo. Allongé à côté d’Evette sur le futon fatigué, il tapotait aussi.
– Déjà, je décroche mon bac + 6 en intermédiation grand-européenne la veille du démembrement de la Grande Europe, c’est quand même une preuve solide, non ?
-… court en bouche mais solidement charpenté, marmonna Adzo.
– Depuis, comme 360 millions de couillons d’ex-grands-européens, je seekfind – je trime chaque jour comme une réfugiée climatique tout en cherchant un autre travail pour le lendemain. Et tu sais comment l’Académie française veut nous appeler ?
– Ça existe encore, ce truc-là ?
– Des postuvailleurs. Qui postuvaillent. Elle vient d’inventer le verbe postuvailler pour remplacer seekfinder, l’Académie française. Postuvailler ! [néol.] Mot-valise signifiant le fait de postuler en travaillant.
– … une belle robe framboisée et un nez très tanin…
– Tu fais quoi ?
– Je farcis le site wines.biz d’avis dithyrambiques sur le nouveau beaujolais nouveau, cette pisse d’âne. Dix euros les trente. Et toi ?
– Des captchas pour Europeana. Vingt euros les cinq cents signes parce que c’est du cyrillique d’avant 1917. Je savais que le russe me servirait un jour.
(Catherine Dufour, « Pâles mâles »)
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Charybde2Charybde2   22 février 2017
Quand Martha entre, les gémissements cessent. L’enfant est en bout de table. Une table sans angle, poncée. On ne blesse pas. C’est la première règle.
Les aliments sont tièdes. Martha les humecte avant de les fourrer dans la bouche aux dents si équarries qu’elle semble une bouche sans dents, seulement pavée de cailloux blancs.
Elle engrosse l’enfant docile, enregistre la composition nutritive du repas puis se retire, la faim au ventre.
Dehors, on a protégé les cerisiers des corneilles, geais et autres pies par des filets aux mailles noires. Ne rien perdre. C’est la deuxième règle. Martha chemine sous le linceul rapiécé. Le soleil est absent de l’allée. Martha salive par réflexe, mais n’envisage plus de grimper aux troncs malingres pour cueillir un fruit.
Ne rien partager.
Quelques cueilleuses cueillent, juchées sur des sièges aéroporteurs jaunis par les ans, rosis par le jus. Leurs doigts lestes comme s’ils racontaient la Bible à un sourd. Martha les regarde un moment.
Un long moment.
Enfin, on lui notifie un cinquième enfant.
Il est plus grand et maigre que les autres. Ses gémissements cessent lorsqu’elle entre. Martha vérifie sa notification. Est-ce un enfant ? N’y a-t-il pas d’erreur ?
(luvan, « Miroirs »)
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Charybde2Charybde2   22 février 2017
Un cauchemar réveille Alyn et reste présent un long moment après qu’elle a ouvert les yeux dans le noir : tous les servants de la ligne ont disparu. Les servants humains, bien sûr, parce que les machines continuent à pousser, vibrer et tirer, les élévateurs tournent et se rassemblent comme de grosses fourmis idiotes, le Main Display affiche un état absurde, effrayant et risible, 147 rouge, elle se surprend à penser que même au plus fort de la Grande Grippe on n’est pas arrivé à un tel niveau de déviance. Elle sait bien que ce n’est qu’un rêve angoissant, mais elle ne parvient pas à s’en dégager tout à fait malgré la présence de Ioulia tout contre elle, l’odeur de sa peau et de ses cheveux longs. Alyn perçoit tout en vue panoptique, comme au travers de la supervision générale, mais sans filtre, avec le sentiment de pouvoir tendre la main et toucher les dégâts qui s’accumulent. D’abord les longues boîtes vides, venant les unes contre les autres avec chacune son état, sa classification, son espérance, s’entassant dans le hall d’accueil, empilées par les élévateurs suivant les règles compliquées de la Priorité.
(L.L. Kloetzer, « La fabrique de cercueils »)
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Le_chien_critiqueLe_chien_critique   28 mai 2018
Dans l’avenue Trump, le ballet des bus autonomes et des voitures sans chauffeur chorégraphiait une forme de silence. Le ciel était couleur de mood board gothique sous un filtre Rothko mal codé. S’y décalquaient mal la nuée triste des drones s’autoévitant, lesquels erraient dans le vide, aussi frénétiques et tracés, aussi paumés que moi dans ce brouillard brownien d’insectes en plastique qui volaient de boîtes en balcons comme je volais de boîtes en missions. Pour qui au juste, pour quoi ? L’atmosphère grésillait désagréablement. Où étaient les oiseaux ?
Serf-Made-Man ? Ou la créativité discutable de Nolan Peskine, de Alain Damasio
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