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ISBN : 2266283510
Éditeur : Pocket (11/10/2018)

Note moyenne : 4.24/5 (sur 51 notes)
Résumé :
A Katharz, ville-prison dans laquelle sont expédiés les criminels, le meurtre est légal et même récompensé. Ténia Harsnik, la dirigeante, y règne par la terreur et aime jouer de la guillotine. Non qu'elle soit cruelle, mais il lui faut coûte que coûte maintenir le nombre d'habitants sous le seuil des cent mille âmes. Le dépasser conduirait hélas à la fin du monde, et ça serait désagréable.

Bien entendu, les enjeux sont secrets. Bien entendu, le marcha... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
Dionysos89
  27 octobre 2016
« Un jour de plus ! » Voilà comme on se salue à Katharz, ville de débauche et de criminalité en tout genre. Les Poisons de Katharz, c'est le premier roman d'Audrey Alwett qui officie déjà dans la bande dessinée (notamment la série Princesse Sara, particulièrement appréciée dans les CDI de nombreux collèges).
Vivre à Katharz est très étrange, puisque la majorité des habitants a en fait été rejeté des trois principautés environnantes qui, régulièrement, balancent leurs criminels les plus notoires dans cette cité-prison. En fait, Katharz c'est Guantanamo, mais en mieux, puisqu'eux au moins, sont dirigés par une jeune femme très intéressante mais un peu trop colérique à mon goût. En l'occurrence, quand on s'appelle Ténia Harsnik et qu'on représente donc deux façons de souffrir par les deux bouts du système digestif, on devrait avoir la colère discrète, mais évidemment c'est l'inverse qui nous attend. D'ailleurs, à côté de Ténia Harsnik, Émile Louis c'est l'abbé Pierre ! Elle zigouille, elle trucide, elle pend aussi de temps à autre, et surtout elle déjoue plusieurs tentatives d'assassinat par nuit ! Mais bon, elle a des circonstances très atténuantes, elle fait cela car elle a un but difficile à atteindre : il faut maintenir Katharz sous le seuil des 100 000 âmes ! Tout le souci est de savoir pourquoi.
Pourtant, si le roman est titre « Les Poisons de Katharz », c'est aussi et surtout à cause de la flopée de personnages qui gravitent autour de ce nid de serpents sans jamais vraiment faire baisser le niveau global de « fils-de-puterie », D'abord, le sénateur Mâton dit l'Ancien s'échine à faire raser la cité-prison afin de pouvoir écouler son énorme stock d'armes à vendre et dans ce but, il manipule son prince par l'intermédiaire de sa nièce dévergondée et pas très farouche. D'ailleurs, Alastor, le prince de Malicorne, entend bien profiter d'une éventuelle guerre pour marquer l'histoire de son prénom, même s'il est particulièrement connu pour son côté benêt. À l'intérieur même de Katharz, d'autres malotrus veulent renverser le pouvoir et Sinus Maverick compte bien y mettre son gros grain de sel, notamment grâce à un arsenal de sortilèges aussi délirants les uns que les autres. Enfin, je nous ai gardé la terreur du coin pour la fin : Dame Carasse s'est installée à Katharz de son plein gré et cultive tant bien que mal sa magie en gardant bien caché son familier et en consommant des apprentis comme d'autres mangent des Dragibus (par fournée).
Malgré ce contexte et ces personnages, le fond du roman réside dans bien d'autres artifices. Curieusement, le coeur de l'intrigue n'est en fait pas contenu dans tout ce que j'ai déjà pu dévoilé jusque-là, mais réunit finalement toutes ces sous-intrigues dans un combat final épique. L'humour est omniprésent (mais vraiment tout le temps). Bien sûr, il faut accrocher aux dialogues volontairement très terre-à-terre et aux répliques en-dessous de la ceinture, mais même si quantité d'éléments pourront sembler un peu lourds ou déplacés, l'esprit déconneur vient là dédramatiser l'apocalypse à venir. Les allusions à la dynamique drôlatique de Terry Pratchett sont pleinement assumées, à l'image de cette Dame Carasse aux forts accents de la Mémé du Disque-Monde, avec peut-être une petite touche de Tintin (cf. Les Cigares du Pharaon) pour la scène des comploteurs, de la franchise Troy (Christophe Arleston est un proche) et de Kaamelott pour l'esprit général. Enfin, les références antiques et surtout romaines sont « légion », à commencer forcément par Mâton l'Ancien que tout lecteur un brin latiniste adorera crier en plein séance du Sénat de Purpurine « Katharz delenda est ! ». À l'envi, vous trouverez aussi les sept collines de Rome, la rivalité avec Carthage, etc.
Un petit mot pour terminer sur l'enrobage de ce roman : déjà merci quand même à l'éditeur de ne pas en avoir fait des tonnes sur « l'humour pratchettien » dans le quatrième de couverture, c'est bienvenu, tout comme l'intrigue n'est pas du tout dévoilée. le roman d'Audrey Alwett, qui dirige cette nouvelle collection Bad Wolf, a en outre l'avantage de s'être offert une couverture étrange de Jean-Baptiste Andréae, entre autres dessinateur de la série Azimut qui brille par ses graphismes affriolants de personnages hauts en couleurs : l'original de l'illustration de cette « Ténia sous la guillottine » était sur fond rouge et s'accordait peut-être moins avec la charte graphique désirée.
Ce sont ces derniers aspects qui font des Poisons de Katharz un coup de coeur personnel. Cela se lit vite et bien, même si certains éléments sont à améliorer pour un prochain roman, le plaisir de lecture est au rendez-vous.
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Lunartic
  30 novembre 2018
Bonjour mes petits amis ! Aujourd'hui, je vais vous parler d'un roman de fantasy à l'humour délicieusement truculent, Les Poisons de Katharz. Je remercie d'abord chaudement le site Babelio et les éditions Pocket pour l'envoi de ce livre dans le cadre d'une masse critique qui portait sur le thème des "mauvais genres". Vous savez, ces genres littéraires tels que le polar ou justement la fantasy qui ont su s'imposer au cours de la seconde moitié du vingtième siècle essentiellement et qui ont longtemps été considérés comme des "sous-genres", comme n'étant pas de la "vraie littérature" ? Encore aujourd'hui, les réfractaires de ce type de récits qui ont su séduire un bon nombre de lecteurs dans le monde entier refusent d'admettre leur échec et les critiques infondées ont ainsi toujours la peau dure. Il y aurait de quoi faire se retourner J.R.R. Tolkien dans sa tombe, c'est moi qui vous le dis ! Ou encore un certain Terry Pratchett, vu que c'est de cet immense auteur à l'héritage foisonnant en matière de fantasy dont s'inspire l'autrice de ce roman, Audrey Alwett. En tout cas, je remercie encore sincèrement Babelio de m'avoir accordé leur confiance ainsi que d'avoir mis à l'honneur au cours de cette masse critique des genres littéraires à qui l'on mène encore la vie dure alors qu'ils n'ont pourtant plus rien à prouver ! Leur succès toujours grandissant si cela est possible et la qualité de l'écriture et de l'imagination de leurs auteurs parlent pour eux. En parlant de plume, j'étais qui plus est très curieuse de découvrir celle d'Audrey Alwett, que je connaissais au fond déjà mais en tant que scénariste de la superbe bande-dessinée Princesse Sara, dont la trame se base sur une histoire qu'on ne présente plus, celle de la Petite Princesse de Frances Hodgson Burnett. J'apprécie vraiment le travail d'Audrey Alwett sur cette saga de bandes dessinées car elle a su à la fois rester extrêmement fidèle à cette histoire intemporelle qu'on connait depuis l'enfance et qui nous a tous, j'en suis persuadée, profondément marqués, tout en y rajoutant sa touche personnelle avec un soupçon de steampunk tout à fait le bienvenu en cette fin de dix-neuvième siècle, incarné par les troublants automates produits par la compagnie du père de Sara, Ralph Crew. Audrey Alwett a parfaitement su capturer l'essence de notre petite princesse adorée, ainsi que du reste des nombreux personnages qui l'entourent et prennent part à sa folle aventure (parce que oui, être élevée dans un tel pensionnat que celui de Miss Minchkin, cela relève de la plus coriace des aventures que la vie peut nous offrir !), et je suis donc pleinement satisfaite de son travail de scénariste. Après, vous concéderez qu'entre écrire et scénariser, cela fait une grande différence. D'autant plus que, dans le cas de Katharz, il s'agit d'une fiction sortie tout droit de la tête de son autrice, et ce dans son intégralité. La réussite allait-elle être au rendez-vous avec ce premier roman ? Eh bien oui, assurément. Je n'en ai même pas douté un seul instant.
L'histoire se passe dans une contrée immense composée de pas moins de quatre royaumes/cités-états, la Terre d'Airain (rien que le nom en jette !), et l'ambiance du récit, ainsi que le mode de vie des habitants de ce monde, n'est pas sans rappeler l'époque du Moyen-Age. Vous savez, cette période où, ce que l'on craignait avant toute chose, c'était le Jugement Dernier. Eh bien, je peux vous dire que notre Seigneur a été envoyé aux oubliettes dans ce récit ! Ce n'est pas que celui-ci a été totalement oublié, non... Disons qu'autrefois, il y a fort, fort longtemps (on aurait pu mettre fort, fort lointain dans le temps aussi), les anges, envoyés de Dieu, s'aventuraient sur Terre pour sauver les hommes, nous pauvres pouilleux. Il faut dire que les démons, ces renégats, ne nous laissaient guère en paix et faisaient de sacrés ravages (je n'ai pas fait exprès d'employer cet adjectif !) sur la Création du Tout-Puissant. Bref, il fallait que les anges interviennent, c'est évident. Grâce à leur bienveillance et leur grande aide (sans eux, on était foutus), la paix est revenue sur Terre. A tel point que cela fait bien longtemps qu'ils ne sont pas passés nous faire un petit coucou. Les suppôts de Lucifer non plus d'ailleurs. All is well pourrait-on dire, et les anges et autres créatures bibliques ont été ainsi relayés au rang de légendes enracinées mais fort peu crédibles dans l'esprit du commun des mortels avec le temps (va, tout s'en va... Humhum.) Mais vous connaissez l'adage : "Hell is empty, and all the devils are here". Et quel démon mes aïeux...
Audrey Alwett nous plonge dans un univers extrêmement riche et absolument fascinant, où l'horreur se succède aux situations les plus grotesques et à l'hilarité la plus franche. En effet, avec pour seul repère chronologique "J-/H- avant l'Apocalypse", difficile de ne pas en avoir des sueurs froides et de ne pas être en même temps exalté par cette course contre la montre folle au point que le coeur lâche ! Dans un même temps, cette angoisse croissante est fréquemment (pour ne pas dire à toutes les pages) coupée par des moments tout bonnement jouissifs où les personnages du récit se tournent les uns les autres en ridicule, s'envoient des joutes verbales bien salées, et nous offrent ainsi des instants mémorables, de pure anthologie ! Audrey Alwett a une telle manière d'écrire son histoire qui fait qu'on a la sensation que les personnages et elle-même ne prennent pas cette histoire et ce monde au sérieux. La plume de l'autrice met en effet à chaque fois les pieds dans le plat, avec cette franchise désarmante et ce sarcasme tranchant comme la plus affutée des épées. C'est foudroyant, c'est autant de claques et de coup de poing qu'on se prend dans la figure à chaque page qui se tourne, cela nous fait avoir des soubresauts de pure rigolade même durant les scènes les plus moroses et les plus sombres. J'ai justement adoré ce mélange entre cette tension permanente, cette gravité qui plane au-dessus de nos têtes telle une épée de Damoclès, cette épouvante qui nous glace le sang à chaque fois qu'on nous rappelle qu'IL peut se réveiller dans son antre et nous massacrer tous ensuite (surtout qu'IL n'attend que ça, le beau diable ! Beau, il ne l'est certainement pas mais diable oui, et de tout son être !), avec un pessimisme exprimé par les différents personnages qui en devient franchement comique. J'ai beaucoup aimé le fait qu'il n'y a de faux-semblants de la part d'aucun des personnages, même quand ils essayent de sauver les apparences et de mener à bien leur sombre projet, leur véritable nature finit toujours par reprendre le dessus, et qu'est-ce que c'est drôle ! On est censé ressentir une peur qui nous en fait froid dans le dos, être en proie aux plus terribles des cauchemars rien que de penser à ce IL, et pourtant, on passe des larmes d'effroi au rire le plus démentiel, et ce toutes les cinq minutes ! Honnêtement, je ne m'attendais pas à une telle force comique de la part de la plume de l'autrice, qui ne manque pas de verve, bien loin de là ! Surtout que le côté presque (autant dire carrément) grotesque du récit est amené de façon toute naturelle, on ne le remet même pas en question. Cela ne fait absolument pas déplacé mais lui apporte contraire toute sa saveur. Cet humour noir savamment dosé et tout à fait irrésistible, c'est l'ingrédient secret de cette recette concoctée par une main maîtresse en la matière !
En même temps, la production de cet humour spectaculaire et magique qui nous en rendrait presque ivre à force de faire naître des larmes dans nos yeux et de fendre un sourire jusqu'aux oreilles sur nos visages ne serait pas possible sans l'élaboration de personnages tout plus intéressants et bien fournis les uns que les autres. Bien fournis dans tous les sens du terme, notez bien ! La plupart d'entre eux ont beau être des gredins sans scrupules, on ne peut s'empêcher de s'y attacher et de même les aimer au vu de toute l'euphorie qu'ils nous procurent. Étant donné que la personnalité de chacun semble clairement être influencée par son environnement, laissez-moi vous présenter les deux principaux lieux de l'histoire : Katharz et Malicorne, deux des états faisant partie de l'alliance de la Terre d'Airain, et les deux étant mis en avant dans ce récit. On ne pouvait pas faire contraste plus flagrant ! D'un côté, celle qui est au coeur de l'action et de tous les ressentiments, Katharz la terrible. Vous vous doutez bien que, s'étant érigée au-dessus de la grotte d'un fucking démon, Katharz ne peut guère aspirer au bonheur et à la prospérité. Enfin si, si vous parlez de la prospérité en matière de têtes coupées, de corps assassinés et de mercenaires engagés par les autres régions alliées, alors là, Katharz se porte comme un charme. A l'image du monstre qu'elle retient prisonnier, cette ville est gargantuesque, sale, ternie par la couleur rouille du sang qui a déjà séché depuis longtemps, friponne et regardée comme le chewing-gum qu'on a collé sous la chaussure : indésirable et méprisé de tout notre être. On ne se fait guère d'illusion : on a besoin de la main d'oeuvre meurtrière de Katharz pour ne pas avoir à se salir les mains soi-même mais en attendant, on considère ce nid à vipères et à bandits comme n'étant pas moins qu'un trou à rat, une sale engeance à exterminer de la surface de la Terre d'Airain. En tout cas, les Malicorniens n'en pensent pas moins et, si aucun d'entre eux n'ose clairement former cette opinion de vive voix, l'hypocrisie étant légion au sein de ce royaume, l'un de ses sénateurs, lui, ne s'en cache pas : il déteste Katharz avec un acharnement presque admirable et répète à qui veut l'entendre (à force, personne) que Katharz delenda est. le message est passé, merci. Ce sénateur Mâton est sûrement l'être le plus méprisable du roman (il représente une compétition sérieuse pour notre démon, si,si !) mais il a au moins le mérite d'être honnête. La noirceur de ses intentions contraste clairement avec la pureté supposée inviolable du reste des habitants de cette principauté qui, quant à eux, donnent l'impression d'être blancs comme neige, à l'image de leur devise « Notre honneur est immaculé », en latin quelque chose dans ce goût-là. In fine, c'est le sénateur Mâton qui montre patte blanche parmi ces fieffés coquins. Son avidité de pouvoir en crève presque les yeux tant cela transparaît dans ses actes et dans ses paroles. C'est à se demander si les Malicorniens n'ont pas de la boue dans les yeux sous leurs apparences proprettes ! Ou alors, ils aiment à être bernés et cela les rend encore plus méprisables et à être des sujets propices à être tournés en ridicule ! Pour ma part, je me suis beaucoup amusée à rire d'eux, j'en ai carrément pris mon pied. le prince Alastor Ier, dit affectueusement Totor Ier, étant assurément la cerise sur le gâteau, the cherry on the cake, c'est le cas de le dire ! Ce n'est pourtant pas un mauvais bougre, j'en voulais même presque à cet ignoble Mâton de vouloir ainsi lui prendre son trône en déclenchant une guerre inutile de surcroît. Cet appel à la violence et au matage (Mâton - Matage, comme quoi cela va bien ensemble. Révélation !) d'une population m'a proprement indignée. Peut-être que les intérêts d'Alastor se trouvent sous la ceinture mais lui au moins, il demande juste à être pépère et à voir les licornes en action. Oui, j'ai bien dit les licornes. Vous croyiez quoi, que Malicorne tenait son nom de nulle part ? C'est évident qu'il s'agit en réalité de la contraction de "Ma licorne chérie" (révélation numéro deux !). le nom de ce royaume correspond bien à la bonhomie toute enfantine de son dirigeant, à sa part de rêverie, et j'ai trouvé ça beau au milieu de tant d'idiotie (ouh, que je suis vilaine !). Mais, à y bien y réfléchir, qui est le véritable idiot dans cette histoire ? Totor le Prince Indolent qui, comme son titre péjoratif l'indique, souhaite juste se laisser vivre et admirer la beauté des licornes sans faire de mal à une mouche, ou bien Mâton, qui instille la haine là où elle n'a nulle raison d'être (serait-ce là le véritable Poison mentionné par le titre du roman ? C'est ce que je pense en tout cas) qui traite sa propre nièce comme une traînée (je ne vous spoile pas ce passage mais il nous amène clairement à réfléchir sur la perception que les hommes peuvent avoir des femmes en les considérant comme des objets et des tentatrices n'ayant aucune morale) et la faire agir contre sa volonté dans le seul but d'arriver à ses fins et que tout le monde abhorre sans vouloir l'avouer ? A sérieusement méditer.
Vous l'aurez compris, malgré le fait que Malicorne soit le royaume des licornes justement, ce qui aurait pu être un argument majeur en sa faveur, c'est clairement Katharz qui a ma préférence. Oui, malgré le IL qui gronde sous le sol même sur lequel elle a été fondée, malgré les assassins qui n'attendent que de vous tomber dessus pour recevoir la Légion d'honneur du meurtre à chaque coin de rue (rassurez-vous, tuer des innocents est sérieusement puni), malgré la crasse, la puanteur, la misère, l'animosité ambiante et la condescendance répugnante des pays alliés, oui, malgré tout cela, Katharz n'en reste pas moins une ville de battants et c'est pour ça que je l'aime tant. En plus d'en avoir pour son argent avec tous les événements croustillants qui se déroulent durant une simple journée passé à Katharz, cette dernière abrite aussi en son sein des habitants des plus intéressants, complexes et attachants. A commencer par la tyranne de cette cité, j'ai nommé la seule et unique Ténia Harsnik ! Je vous parlais plus tôt d'un passage au message féministe sous-jacent et je trouve justement que Ténia incarne cette thématique fondamentale à merveille. Héritière d'un fardeau dont elle se serait bien passée (ou quand votre ancêtre fait une belle bourde en pactisant avec le diable par simple folie d'ascension sociale), l'innocence émouvante de la petite Ténia a vite été détruite car son père a dû la forger pour le rôle qu'elle aurait à jouer adulte, et non des moindres : celui de tyranne de Katharz, devant à tout prix garder le nombre de citoyens de la ville sous le seuil fatidique des dix mille âmes. Sacré programme me direz-vous ! Et je peux vous le garantir, Ténia remplira son rôle à merveille. La magnifique couverture de cette nouvelle édition parue chez Pocket et révisée par l'autrice elle-même en atteste : beauté blonde et froide, toute de rouge sang vêtue, Ténia n'a pas besoin d'appartenir au sexe dominant pour faire respecter sa loi. Bien au contraire, ce sont ces messieurs qui sont bien décontenancés lorsqu'ils se retrouvent face à elle. Et pour cause : Ténia, du haut de ses vingt-deux ans (si je me souviens bien de son âge ; en tout cas, elle est très jeune), est tout bonnement impressionnante. Elle assure clairement sa féminité, ses courbes voluptueuses, elle sait user de ses charmes à la manière d'une femme fatale tout en gardant en elle, bien secrète, une vulnérabilité bouleversante digne d'une petite enfant. Il faut dire qu'IL ne lui laisse aucun répit ! Ce n'est pas parce qu'il est enfermé sous terre qu'il en a perdu ses pouvoirs colossaux, et Ténia en paye le prix chaque jour. Elle sait simplement parfaitement le dissimuler et, malgré le fait qu'elle se sente souvent impuissante et dépassée, il n'en paraît rien : Ténia va se battre jusqu'au bout, défendre Katharz bec et ongles parce qu'après tout, c'est SA cité et elle n'a pas l'intention de courber l'échine face aux hurluberlus de Malicorne et encore moins face à ce IL qui mériterait de rôtir en Enfer (qu'il y retourne d'ailleurs, ça nous ferait les pieds !). Bref, j'aime énormément Ténia, elle a un sacré caractère et une poigne de fer. Respect, c'est tout ce que j'ai envie de dire.
J'ai aussi beaucoup aimé le personnage de Dame Carasse, l'alliée de Ténia dans cette galère sans nom et sorcière attitrée de Katharz. Sa réputation n'est plus à faire. Voilà un autre personnage féminin fort du roman, une sorcière carrément badass qui ne s'en laisse pas conter et dont les méthodes afin de régler ses différents avec ses interlocuteurs sont pour le moins... innovantes et tout bonnement jouissives. Sous son apparence de femme froide que vous n'avez résolument pas envie de contrarier (je ne m'y essayerais même pas !), Dame Carasse a son sens de la justice bien à elle et j'approuve totalement ! Cette femme est loin d'être une sans-coeur et elle va le prouver à bien des moments du récit, et j'en frissonnais juste d'excitation et de plaisir assouvi à chaque fois. IL n'a qu'à bien se tenir face à un duo de femmes si exceptionnelles ! Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié la relation presque mère/fille entre Dame Carasse et Ténia. La première fait décidément office de seconde mère et de mentor pour la seconde qui, malgré sa ténacité d'ores et déjà légendaire et toutes les qualités dont elle recèle à un si jeune âge, reconnait cependant qu'elle a besoin d'aide et qu'elle ne peut pas apporter de véritable solution à l'épineux problème d'IL. A ce niveau-là, elle remet sans réserve son destin entre les mains expertes de Dame Carasse. Savoir admettre qu'on ne peut pas porter toute la misère du monde sur ses épaules et prendre en considération les aptitudes d'autrui par rapport à soi, c'est une preuve de maturité, de sagesse et de force tout ce qu'il y a de plus évidente. Bref, ce tandem qui incarne à la perfection le girl power est juste irrésistible ! Un autre duo m'a aussi tout simplement fait fondre, et cela me permet d'enfin introduire mon personnage préféré du roman dans cette chronique : Azarel et l'isba. Je ne vais pas trop épiloguer sur Azarel, même si cet adorable jeune homme mériterait d'avoir sa chronique à lui tout seul. Pour commencer, ce que j'ai trouvé très intéressant, c'est que son prénom ne soit pas très agréable en bouche, n'a pas une très jolie musicalité (personnellement, ça me fait penser à "Gargamel" ou bien encore à un certain elfe franchement pas sympathique et aux cheveux bleus du jeu Eldarya...) mais en revanche, sa signification est splendide : « avec l'assistance de Dieu ». Azarel en a d'ailleurs bien eu besoin car cet adolescent est loin d'avoir eu une vie facile : élevé dans un orphelinat des plus atroces puis envoyé chez Justin Pitipot comme employé payé pour trois fois rien dans une fabrique de balais (pour les sorcières, bien entendu !), on aurait pu s'attendre à ce que notre jeune homme en soit devenu extrêmement aigri et pessimiste. Il n'en est rien ! Azarel est au contraire un personnage solaire, qui n'a que de bonnes intentions et dont la bonne humeur et l'optimisme sont à proprement parler contagieux. Azarel, c'est ce sympathique petit gars qui fait toujours de son mieux, qui ne rechigne jamais à la tâche, qui a toujours le sourire aux lèvres et le coeur gonflé d'espoir. Il le porte sur lui ! Je l'aime du plus profond de mon petit coeur et je suis bien contente que Dame Carasse l'ait arraché à son quotidien des plus moroses en le prenant comme apprenti. Encore un duo auquel je me suis profondément attachée et qui marche du tonnerre ! Quant à l'isba, elle n'est ni plus ni moins que la maison de Dame Carasse ! J'ai adoré le fait qu'elle soit un personnage à part entière et qu'elle ne manque pas de répondant ni de caractèr
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Tatooa
  16 octobre 2017
Heureusement pour moi, en même temps que je lisais le très dur "Women in Chains", je lisais celui-là !
Aussi léger qu'une plume d'ange, dirais-je ! Muarf !
C'est frais, c'est bien écrit, ça fait rire, ça soulage là où ça fait mal. Et pourtant c'est pas une histoire légère du tout à la base, voire même carrément horrible, c'est quand même dingue...
Avec beaucoup de talent, l'auteure nous embarque dans son monde plus ou moins inventé et plus ou moins "fantasyque", qui repique des idées un peu partout et les entremêle avec bonheur ! On ressent très fortement l'influence de Pratchett, j'ai retrouvé aussi "le château de Hurle" dans l'ambiance et l'isba qui se balade, lol.
C'est franchement réjouissant alors qu'on nous parle de complots, de démons très méchants et d'humains très pourris, de la raison d'Etat, de meurtres légalisés voire récompensés, de donneurs de leçons de morale corrompus jusqu'à la moelle, et autres joyeusetés...
J'ai passé un très très bon moment de lecture avec ce bouquin qui se prend pas la tête mais la fait tourner parfois, voire même la met à l'envers ! Les personnages sont vraiment sympathiques, même s'ils auraient gagné à un peu plus de profondeur, le portier zombie est hilarant !
Il m'a cependant manqué un petit quelque chose pour avoir un vrai coup de coeur, mais là de suite je n'arrive pas à savoir ce que c'est exactement. Si ça me vient je le rajouterai ici, sinon, bah tant pis !
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Davalian
  07 décembre 2016
A Katharz (non pas Alcatraz mais bien à Katharz), la vie est pour le moins difficile et pour cause : il s'agit d'une ville-prison dans un pays purement imaginaire fait de magie et d'humour. Cette base prometteuse a été imaginée par Audrey Alwett avec Les poisons de Kathraz. Cet univers rafraîchissant a pu être découvert grâce à la dernière édition de Masse Critique et je tiens à remercier Babelio pour cette opportunité.

A l'image de la collection Bad Wolf, cette histoire respire la jeunesse et l'originalité. le format du livre est à mi-chemin entre le livre de poche et le grand format. La première de couverture est plutôt bien fichue, bien qu'assez peu révélatrice de l'ensemble. L'édition est de qualité et soignée.

Il s'agit ici a priori d'un one-shot, autrement dit une histoire qui se tient en un volume. de plus, il s'agit d'une auteure française. Autant d'arguments qui peuvent donc retenir l'attention, surtout pour un lectorat qui est à la recherche d'un roman original. Cela dit, certaines pistes peuvent servir d'amorce pour une suite possible, mais la lecture peut également s'achever ici car l'histoire est belle et finie.

L'humour est omniprésent sans en faire de trop et c'est plutôt bien vu car l'équilibre est difficile à tenir. L'hommage à l'oeuvre de Terry Pratchett (qui est décédé au cours de l'élaboration du roman) est évident. Les clins d'oeil aux Annales du disque-monde sont légions. Leur lecture n'est pourtant pas indispensable, car l'hommage fait surtout référence à la forme plus qu'au contenu. D'ailleurs, il est ici vraiment question d'humour français ou du moins d'une forme d'humour que se distancie de son inspirateur. le style est personnel, conférant un caractère original bienvenu.

L'on s'amuse beaucoup en lisant ce roman assez long et surtout au début. Par la suite le rythme va commencer à évoluer. L'intrigue va ainsi peu à peu privilégier l'orientation fantasy. Pour autant, la dimension humoristique et divertissante reste présente par petites touches, notamment dans les moments les plus calmes. le style de Audrey Alwett est fluide et agréable, l'on suit avec plaisir quelqu'un qui a de l'imagination et qui nous prouve déjà qu'elle a de la suite dans les idées.

Les personnages sont bien campés et offrent un casting franchement bien étoffé : un héros qui s'ignore, une sorcière qui assoit son pouvoir d'une manière originale, une tyranne qui massacre les gens pour le bien de l'humanité, un magicien vendeur de bonbon, un fonctionnaire zombie (mon préféré !), sans oublier le démon Salbëth et l'intrigant Maton. Ah et oui forcément ; l'isba, comment l'oublier cette coquine ! Les participants sont nombreux et certains font référence à des films et séries bien connues et la liste est très longue.

Le scénario est plutôt classique mais son dénouement mérite le coup d'oeil. le fait de rire, de se lâcher, d'être surpris pour tel ou tel retournement de situation imprévu et osé, tout cela fait la force de cet ouvrage qui vise à une seul chose : faire rire en mode fantasy. le pari est réussi. Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre après une première lecture rapide de la quatrième de couverture, l'ambiance de la ville prison ne sert que de cadre général. Une ouverture est assurée vers d'autres lieux, tout aussi originaux. L'ennui n'est donc pas au rendez-vous.
Malgré cette richesse, l'auteure nous propre une lecture à plusieurs niveaux. Elle aborde de nombreux thèmes qui peuvent paraître innocents mais qui sont loin d'être neutres : le principe de guerre juste, les magouilles politiques, l'ineptie de politiques s'affichant comme trop respectueux, le poids des croyances, le système carcéral, l'immigration... Tout cela est habilement inséré dans un texte déjà bien étoffé.

Assurément, il s'agit ici d'un cadeau idéal pour un(e) adepte de fantasy, surtout si la personne est blasée. Il y a ici de quoi lui redonner le sourire. Il faudra toutefois privilégier quelqu'un qui apprécie l'humour dit de second degré et les blagues potaches. A défaut, le roman reste une piste idéale pour accompagner un voyage ou mettre ses méninges au repos !
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Ewylyn
  13 novembre 2018
Cela faisait un moment que ce titre me tentait, parce que l'autrice on lui doit le scénario de la bande dessinée Princesse Sara, mais je n'avais pas eu le loisir de découvrir ce roman. Chose faite grâce à la maison d'édition et au site Babelio via une Masse Critique. Je ne le regrette pas une seule minute, parce que ce fut une excellente lecture, je suis curieuse de voir la suite de ces chroniques.
Je n'ai pas lu de Terry Pratchett à qui le roman fait honneur, référence, est comparé... Ce n'est pas l'envie qui manque, je vous rassure de suite, juste un manque d'occasion. En tout cas, si ce roman est un aperçu, un avant-goût de ce que l'auteur peut offrir dans ses propres romans, je signe immédiatement ! L'autrice m'a donc donné encore plus envie de me précipiter dans l'univers du grand maître de la fantasy et de l'humour. Je ne pourrais pas juger de la qualité de l'hommage rendu, mais je suis fan de la démarche et j'espère pouvoir lire Pratchett un jour.
Maintenant, parlons de ce super roman ! Franchement, il est pétillant, drôle, moderne dans son écriture, incisif et très attractif. J'avais ce petit goût de Kaamelott en le lisant, un humour absolument corrosif, de belles références et des codes de la fantasy tournés en dérision, une pointe de cruauté teintée en parodie. C'est un roman parfait pour rire sur le genre, sur les personnages, c'est un humour maîtrisé et élégant, on ne tombe pas dans le lourd, c'est très plaisant et j'en garde un sourire aux lèvres rien qu'en pensant à certaines scènes.
J'ai su que j'allais adorer ce roman dès le prologue qui est à mourir de rire avec ce démon et cet ange, avec cette prophétie liant le monstre à sa prison. le démon est maintenu prisonnier tant que Katharz ne dépasse pas les 100 000 âmes, c'est une condition qui engendre un récit passionnant à lire. Mais là, l'instant T où je suis tombée amoureuse du récit, c'est cette référence à Jeanne Mas et sa chanson « En rouge et noir ». Là, je me suis dit que je n'allais pas m'ennuyer à lire le récit, qu'en plus de situations rocambolesques et de personnages hauts en couleur, je n'allais pas être déçue de la plume.
Le style d'Audrey Alwett est léger. On est loin d'être simpliste, mais il y a ce petit truc qui fait qu'on accroche, qu'on reste à fond dedans. J'ai dû lire les trois quarts d'une seule traite tellement j'étais dedans. Il faut dire qu'au-delà d'un humour maîtrisé, les dialogues sont truculents, les péripéties extraordinaires, les émotions sont là et l'action ne fait aucunement défaut. Même l'attendu devient surprenant, même quand tu sais qu'il pourrait se passer tel ou tel événement, l'autrice montre qu'elle maîtrise son histoire, qu'elle sait la rendre captivante et originale.
J'ai bien aimé l'histoire ainsi que l'univers des terres d'Airain. La politique est très intéressante à suivre, j'ai adoré découvrir Malicorne ou Katharz, leurs coutumes ; pareil pour la magie, c'était un bonheur de suivre Dame Carasse et ses apprentis. Mine de rien, l'histoire n'a rien de facile ou de léger, on parle de meurtres, de vie et de mort, de guerre et d'accusations gratuites, des rumeurs et de leur pouvoir, on évoque énormément la féminité et les conditions féminines, des sujets déjà évoqués via Princesse Sara. C'est un monde qui dépeint pas mal les travers de notre monde à travers une société très fantasy. Je terminerais avec les personnages pour dire à quel point ils sont géniaux, principaux comme secondaires, ils sont drôles, horribles et sympathiques, avec des apparences trompeuses. Ils sont attachants et j'ai mes petits chouchous comme Azarel, Dame Carasse, Ténia ou encore Sinus et son domestique. Je vous laisse la surprise de les rencontrer, de les voir évoluer et de découvrir leur destin, ça vaut la chandelle !
En conclusion, ce roman il est génial. de A à Z, je l'ai adoré et je signe pour lire la suite directement ! La couverture est magnifique, tout est maîtrisé, soigné et fluide, très agréable à lire. J'ai passé un chouette moment avec ces personnages inoubliables et captivants, un univers riche et une intrigue rocambolesque, un style aux petits oignons. L'ensemble est délicieux à découvrir, je le relirais très volontiers, les thèmes abordés sont sérieux et traités tant avec justesse qu'avec un humour corrosif, piquant. le tout s'avère divertissant, passionnant.
Lien : https://la-citadelle-d-ewyly..
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critiques presse (1)
Elbakin.net   16 juillet 2015
Audrey Alwett fait preuve d’une certaine maîtrise de la langue française et fait usage d’humour protéiforme.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
LAULAULALAULAULA   31 octobre 2015
Craquez les, heu... les bonbons bleus avec un flocon blanc ! Il en puisa lui-même un dans sa cartouchière et le déchira. En un instant, les dalles qui étaient encore mouillées par l’ondée nocturne se couvrirent de glace. C’est sur cette magnifique patinoire que cent-cinquante chevaux firent leur entrée au galop. Une petite vingtaine s’écrabouilla avec violence et ridicule sur la masse invisible, qui en recula sous l’impact. Emportées par leur élan, les montures qui avaient passé la porte se vautrèrent dans les grandes largeurs. Les sabots patinaient, tâchant de garder l’équilibre coûte que coûte, avant d’échouer pour partir en tous sens, offrant le spectacle d’une souplesse douloureuse. Tandis que la cavalerie illustrait l’expression « se retrouver les quatre fers en l’air », Sinus vit le moyen d’aggraver encore leur posture.
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ZoelectriceZoelectrice   25 janvier 2017
— Excusez-nous, mais ça vient de votre pipe, cette fumée marron, là ?
— Oui, c’est notre tabac. Nous le fabriquons nous-même. Est-ce que nous voulons tirer une bouffée ou deux ? Et la sorcière lui tendit sa pipe. Jusquin dut faire appel à toute sa volonté pour empêcher son repas de lui remonter dans la gorge. (...) La fumée était si épaisse qu’elle commençait à enduire les murs. Ça dégoulinait en boucles épaisses jusqu’au sol. Jusquin en avait les yeux qui piquaient. Il plaqua sa cravate de soie sur son nez.
— Et à part ça, vous partez quand ? demanda-t-il à la sorcière. Il avait laissé tomber le nous pour de bon, il ne voulait plus regarder dans la même direction, il voulait que cette sorcière se tire avant que sa fumée pestilentielle n’ait définitivement imbibé les lieux.
— C’est que nous avons très mal aux genoux. C’est l’âge. Nous sommes vieille, à présent.
— Ah bon ? Vous en avez pas l’air.
Dame Carasse eut un soupir agacé. C’était le problème d’être entre deux âges. Aujourd’hui, elle n’avait qu’une grosse cinquantaine, les jours de petite soixantaine étaient mieux. Il n’était jamais commode d’avoir l’air jeune. On était moins pris au sérieux.
— Oui. Bon. En tout cas, nous ne sommes pas sûre de pouvoir nous relever avant un moment.
— Un moment long comment ?
— Ouh lou lou ! Alors là, ça peut durer des jours. C’est l’arthrose, nous comprenons ?
— Mais... mais vous n’allez pas rester ici pendant des jours, quand même ?!
— Il est très confortable ce fauteuil.
Jusquin avait envie de crier. Il était hors de question d’accorder à cette femme les égards dus à l’âge. Il avait lui-même franchi le demi-siècle depuis un bon moment et il n’allait pas admettre qu’il était vieux ! Non, cette vieille bique n’était pas vieille du tout. Sa courbure d’échine était artificielle et son corps encore plein de vigueur. Il suffisait de comparer avec ses employés pour s’en rendre compte ! Ah, la bougresse ! Sans doute pouvait-il ordonner à son service d’ordre de la jeter dehors, mais son instinct de survie protestait. On ne badine pas avec les sorcières.
La fumée, d’une densité telle qu’on pouvait la palper, gagnait à présent le reste de la manufacture. À travers la vitre qui donnait sur l’atelier, Jusquin voyait ses employés s’écrouler derrière leurs établis et chercher l’air en se penchant aux fenêtres. Elle allait lui plier son rendement du jour. Mais à la table des négociations, il avait remporté trop de batailles pour ne pas savoir reconnaître une défaite. Ses dents grincèrent une dernière fois pour la forme, puis il desserra les mâchoires :
— Bien sûr. C’est douloureux, les genoux. Honnêtement, je pense qu’il vous faudrait un balai. Avec un balai de qualité, vous n’auriez plus besoin de marcher. Peut-être le modèle tout simple que vous avez vu tout à l’heure... ? Cadeau de la maison, bien entendu.
— C’est-à-dire que nous ne sommes pas sûre de pouvoir tenir dessus toute seule. Nous aurions sans doute besoin d’un coup de main...
Ah, la vieille bique.
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Dionysos89Dionysos89   20 novembre 2016
- Hastard Double-Hache, pour avoir exterminé seul et à coups de tranchoir une quinzaine d’assaillants dans l’avenue Brin Harsnik, pour avoir décapité le banquier Beuneupeu troisième du nom dans ses propres bureaux…
- Y voulait pas m’rendre mon or…
Ténia ignora la voix fluette.
- Enfin, pour avoir fendu le crâne de Chaina la Barbare à cinquante mètres de distance, je vous remets aujourd'hui le titre de Chevalier des Arts du Meurtre. J’y ajoute mes félicitations personnelles, puisque l’une de vos victimes est revenue témoigner post-mortem de l’efficacité létale de vos coups. « Une technique mûre, des armes qui assurent », ce sont ses mots.
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TatooaTatooa   11 octobre 2017
Il y eut un soir, et il y eut un matin. Le démon Sälbeth, qui estoit le dernier de sa race à cause de ce qu'il dormait pendant la Guerre Céleste, se leva et eut faim. Alors, il mit à feu et à sang la Terre d'Airain, dévorant sur son passage les humains, les troupeaux et les petits enfants. Et il vit que cela était bel et bon, surtout les moutons.

Sälbeth était grand et puissant. Dans son dos estoient sept cornes immenses. Son souffle estoit poison, son pas faisoit trembler la terre et son vol semait la mort au-dessous de lui. Aussi, nul n'osait se mesurer à lui.

Mais une femme se leva et dit : "en vérité je vous le dis, nous ne pouvons laisser Sälbeth poursuivre son oeuvre de destruction, car ça commence à bien suffire."
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ZoelectriceZoelectrice   05 août 2015
En effet, Dame Carasse avait un chat noir. Quant à l'appellation de vieille bique, ça dépendait du sens qu'on donnait au mot bique. Et au mot vieille. Selon les jours, Dame Carasse se donnait cinquante ans bien tassés, ou la petite soixantaine, ce qui lui convenait bien car elle n'avait aucun talent pour la jeunesse. Elle avait la ride noble qui vous pose un regard. Mais ce qui la rendait reconnaissable à cent mètres, c'était une paire de maxillaires étonnamment musclée qui vous douchait les insolences comme un rien. Elle aimait qu'on la redoute, c'était pratique au quotidien, c'est d'ailleurs pourquoi elle était devenue grande, avec une solide carrure. Elle s'habillait de noir, sobrement, refusant de gâcher du temps dans la coquetterie. Sous certains angles, elle était peut-être belle, mais personne ne se serait risqué à le penser. Très intelligente, mais pas au point d'avoir appris à le cacher, on aurait pu briser des briques sur son ego sans craindre de l'égratigner.
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Vidéo de Audrey Alwett
Avec Jim C. Hines, Sofia Amatar et Audrey Alwett Écoutez l'intégralité de la conférence sur : http://www.actusf.com/spip/Imaginales-2017-Livres-et-lecteurs.html
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