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EAN : 9782290380628
288 pages
J'ai Lu (02/11/2022)
  Existe en édition audio
4.17/5   3128 notes
Résumé :
Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.

Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l'époux de Safira, tandis que Hindou, sa soeur, est contrainte d'épouser son cousin.

Patience ! C'est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu'il est impensable d'aller contre la volonté d'Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (566) Voir plus Ajouter une critique
4,17

sur 3128 notes

*** Rentrée littéraire #36 ***

Les Impatientes est un livre important. Djaïli Amadou Amal est la première auteure africaine à aborder le thème douloureux du mariage forcé. C'est un livre de révolte et de combat qui va droit au but et aborde frontalement la question, sans tabou.

Djaïli Amadaou Amal est camerounaise, peule et musulmane. Elle a été mariée de force à 17 ans à un cinquantenaire polygame qui a fini par la répudier. Elle a été remariée et a fini par fuir suite à des violences conjugales qui menaçait sa vie et celle de ses enfants. Elle s'est reconstruite et dans sa résilience a fondé en 2012 l'association Femmes du Sahel qui aide les jeunes femmes à obtenir l'indépendance par les études.

Pour son roman, forcément inspiré de sa vie, elle a fait le choix d'un roman choral dénonçant la condition des femmes en Afrique sahélienne à travers les destins croisés de trois femmes mariées de force. Et la réalité décrite donne envie de hurler ! L'auteure parvient à décrire un processus « traditionnel » avec beaucoup de force et de subtilité. Car un mariage forcé, c'est beaucoup plus subtil que ce qu'on peut imaginer de l'extérieur. Dans le Nord Cameroun, un enfant n'est pas que l'enfant de ses parents mais de toute sa famille, notamment des oncles qui, dans le roman, décident de donner leurs nièces pour des intérêts personnels présentés comme familiaux.

Surtout, les jeunes filles sont persuadées, suite à un chantage affectif intense, à donner leur accord. Depuis le plus jeune âge, on leur inculque les règles à suivre pour ne pas être rejetées de la communauté : le sens de la dignité, la honte d'avoir honte et le munyal, la patience. Ce qu'elles acceptent avant de déchanter.

Voici ce que dit la communauté sur les violences conjugales que subit Hindou : « Ce n'est pas un viol. C'est une preuve d'amour. On conseilla tout de même à Moubarak de refréner ses ardeurs vu les points de suture que ma blessure nécessita. On me consola. C'est ça le mariage. La prochaine fois, ça ira mieux. Et puis, c'est ça la patience, le munyal dont on parlait justement. Une femme passe plusieurs étapes douloureuses de sa vie. Ce qui s'était produit en faisait partie. Il ne me restait qu'à prendre des bains de bouillies agrémentées de natron afin d'accélérer mon rétablissement. (... ) Goggo Diya m'a avoué plus tard qu'elle avait eu honte de moi tant j'avais crié : tout le monde avait dû m'entendre. A l'hôpital, j'avais continué à hurler. J'avais été impudique. Elle était tellement embarrassée pendant ma nuit de noces quelle avait failli s'en aller. Même mon père et mon beau-père avaient dû savoir que mon mari me touchait ! Quelle honte ! Quelle vulgarité ! Ce moment était secret. Comment allais-je désormais affronter le regard des autres ? Quel manque de courage, de munyal ! »

L'écriture est très simple, sobre. Je me suis plusieurs fois demandée si ce récit relevait du témoignage, saisissant et nécessaire, ou de l'oeuvre littéraire. Après l'avoir refermé, il est évident que oui, Les Impatiences est une oeuvre littéraire à part entière. L'auteure déploie un dispositif implacable pour soulever l'indignation et faire bouger les consciences. Si les mots semblent choisis et assemblés « simplement », c'est pour éviter toutes scories lyriques ou trop expressionnistes : la dénonciation n'en ressort que plus rigoureuse sans passer par le prisme d'une émotion trop directe et envahissante. C'est au lecteur de se faire sa propre idée.

La construction en trois parties successives est remarquable par la chronologie proposée, construction à la fois prémonitoire et sans issue : d'abord le chapitre centré sur la jeune Ramla, 17 ans et sur l'avant mariage forcé afin de décrypter les mécanismes de la persuasion insidieuse ; puis c'est celui sur sa cousine Hindou qui raconte son calvaire une fois mariée ; et enfin celui narrée par Safira, la première épouse, obsédée par l'idée de se débarrasser de Ramla, la deuxième épouse. Trois destins pour une même vie. Chaque chapitre est rythmée par le leitmotiv du munyal, patience, un mot qui revient comme une lame lancinante qui déchire la vie de ses femmes. Ce mot, on en vient à ne plus pouvoir le lire, le supporter.

Mais au delà de ce réquisitoire entêté et entêtant, ce qui ressort et désole, c'est de voir comment les femmes perpétuent les violences qui leur sont faites, la polygamie créant des rivalités impitoyables entre femmes, les emprisonnant dans des chaînes qui se transmettent de génération en génération, là où la sororité pourrait être un réconfort et une arme pour mettre à bas ce système.

Un roman terrible qui explose les tabous. Djaïli Amadou Amal a trois filles. Ces dernières ont bien de la chance d'avoir une telle maman.

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Les impatientes, de Djaïli Amadou Amal, est un livre dur, terrible et pourtant bien réel puisque l'autrice a vécu ce qu'elle raconte, à Maroua, dans le nord du Cameroun.

Tout ce qui est décrit ne s'est pas passé au Moyen-Âge mais bien à la fin du XXe et au début du XXIe siècle. Comme cela dure encore, il faut lire et faire lire Les impatientes, roman qui a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens 2020 après avoir été justement récompensé du Prix Orange du Livre en Afrique, en 2019, sous son premier titre : Munyal, les larmes de la patience.

Pourtant, si Pauline ne m'avait pas confié ce livre, je serais passé à côté. Je la remercie bien sincèrement pour cette lecture si essentielle.

Djaïli Amadou Amal avait donc d'abord mis le mot munyal dans le premier titre car munyal est le mot qui revient le plus souvent dans son texte. Munyal veut dire patience et c'est ce que tout l'entourage des trois femmes qui s'expriment, répète constamment, malgré toutes les horreurs commises par ces hommes sous couvert de tradition et de religion.

Ramla, élève de terminale scientifique, a dix-sept ans, aime Aminou, jeune de son âge, mais sa famille a conclu un mariage avec un riche homme d'affaires de la ville, déjà marié. Ce même jour, Hindou, sa soeur, doit se marier aussi avec son cousin, Moubarak, jeune homme qui boit, se drogue et dont elle ne veut absolument pas.

Avec beaucoup de précision, des termes de la langue locale, Djaïli Amadou Amal m'a plongé dans la culture de la polygamie et fait découvrir les concessions, sortes de domaines entourés de hauts murs avec un vestibule pour les visiteurs, une importante villa pour le père, un hangar pour les invités et des habitations pour les épouses.

J'ai été surtout impressionné et choqué par le rôle des oncles, toujours présents et à l'autorité qui ne se discute pas. Chaque famille, dans ce milieu aisé, resserre les rangs autour du père, des oncles et n'hésite pas à sacrifier ses filles pour faire des affaires, défendre l'honneur, mot-valise qui permet de tout accepter.

Malgré toutes les souffrances infligées à ces jeunes filles obligées de se marier contre leur gré, c'est la fête, les youyous résonnent, le défilé en ville fait connaître la bonne nouvelle et les invités profitent des agapes. Pendant ce temps, Ramla et Hindou pleurent, supplient mais rien n'y fait.

Déjà victimes de cette toute puissance masculine, les autres femmes compatissent peut-être mais prolongent les traditions, ne savent que dire munyal et obligent les plus jeunes à subir les mêmes traumatismes. Hindou est même battue par Moubarak qu'elle déteste mais elle n'obtient aucun soutien de son père ou de ses oncles.

Enfin, la troisième personne à s'exprimer apporte un éclairage très complémentaire puisqu'il s'agit de Safira, la première épouse d'Alhadji Issa. Elle voit débarquer Ramla qui a l'âge d'être sa fille. Très belle, beaucoup plus jeune, elle lui prend son mari qu'elle devra partager, ce qu'elle n'accepte pas.

Ainsi, après les souffrances, les terribles déchirements des jeunes filles contraintes au mariage arrangé par leur famille, l'autrice donne la parole à une première épouse qui décrit bien ce qu'elle ressent. Prête à tout pour reconquérir son riche mari et surtout pour chasser l'intruse, elle n'hésite pas à faire appel aux marabouts, aux imams, aux guérisseurs et autres sorcelleries qui lui coûtent beaucoup d'argent.

D'une écriture soignée, ce roman n'épargne rien à son lecteur. Il m'a appris énormément sur ces traditions qui ont détruit et détruisent encore des vies de femmes. Tout cela se passe dans un milieu assez aisé se donnant des allures de respectabilité faisant illusion vu de l'extérieur.

Pour cela, je suis immensément admiratif devant le courage de Djaïla Amadou Amal. Non seulement, elle a réussi à fuir ce cauchemar incroyable et bien réel mais elle a su tout raconter, tout détailler, tout faire partager avec un talent d'écriture qui mérite le respect. J'espère seulement que ce livre a pu un peu faire évoluer cette société pour que ces jeunes femmes puissent enfin vivre la vie qu'elles ont choisie.


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Avec cette première phrase : « Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie », phrase prononcée par le père de Ramla et Hindou qui se marient le même jour, l'écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal introduit parfaitement Les impatientes, cette fiction inspirée de faits réels.

En effet, la patience, la patience et encore la patience, ce sera le seul conseil donné à ces trois femmes, Ramla, Hindou et Safira par leur entourage lors de leur mariage ou ensuite lors de leurs déboires conjugaux. Un leitmotiv qui, en l'occurrence ici, n'a rien de musical, hélas.

À la lecture de l'énumération des derniers conseils donnés à la future mariée par l'oncle, on ne peut déjà que frémir, être outré et se révolter. En voici deux pour exemples :

« Soyez soumises à votre époux.

« Soyez pour lui une esclave et il vous sera captif. »

D'autres suivent du même acabit.

Ramla, une belle adolescente douée, dont le désir est de devenir pharmacienne est arrachée à son amoureux. Son père obéissant à son frère, exige qu'elle épouse un riche homme d'affaires quinquagénaire déjà marié à Safira, la polygamie étant autorisée. Safira, quant à elle, amoureuse comblée vivant auprès de cet homme depuis vingt ans, profondément blessée va tout tenter pour faire fuir cette rivale, cette seconde épouse. Hindou, la demi-soeur de Ramla est contrainte d'épouser son cousin Moubarak, un voyou « devenu non seulement alcoolique, mais il s'était mis à se droguer au Tramadol, un puissant antalgique qui faisait ravage dans la population de Maroua » et dont elle a peur de la violence.

Ces trois destins vont donc former les trois parties du roman, trois portraits de femmes bouleversants.

Ramla, Hindou et Safira, ces femmes africaines ont appris dès leur naissance que seule la patience leur permettra d'être de bonnes épouses.

Impossible de ne pas être terrifié en comprenant l'engrenage effroyable dans lequel ces femmes sont prises, engrenage mis en place par les hommes, les hommes de leur propre famille.

C'est la condition féminine dans le Sahel avec la domination absolue des hommes sur les femmes que Djaïli Amadou Amal a mis en évidence, brisant les tabous en dévoilant le mariage forcé, le viol conjugal, la polygamie avec un récit extrêmement fort et sans fausse pudeur ; le viol d'Hindou, lors de sa nuit de noce est absolument glaçant.

Ramla, Hindou et Safira ont en commun un refus du sort qu'on leur impose et vont tenter de se rebeller face à cette patience, maître-mot de leur vie. Rude combat pour ces femmes camerounaises et rude bataille pour essayer de trouver la liberté.

Ce récit qui se déroule au sein des « concessions », terme par lequel on désigne ces domaines familiaux qui pratiquent la polygamie est un véritable combat contre l'obscurantisme. Il laisse le lecteur abasourdi et révolté contre cet esclavagisme des temps modernes. Un livre qui prend vraiment aux tripes et qu'il est impossible de lâcher.

De nombreux mots en peul dont le fameux Munyal, Patience, émaillent le texte et lui donnent encore plus de force et de véracité.

Je ne peux qu'applaudir cette grande écrivaine qui, en mettant beaucoup de sa propre vie dans son ouvrage, réussit un livre remarquable sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Djaïli Amadou Amal a été lauréate du Prix de la meilleure auteure africaine 2019, du Prix Orange du livre en Afrique 2019 et du Prix Goncourt des lycéens 2020, récompenses amplement méritées, pour ce roman Les impatientes que je vous recommande tout particulièrement.

Je remercie chaleureusement Pauline qui m'a permis de le découvrir !


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Selon la tradition peule en cette partie sahélienne du Cameroun, leur famille a décidé de leurs mariages : Ramla devient la seconde épouse d'un riche commerçant, tandis que sa soeur Hindou est unie à l'un de ses cousins. Arrachée à son amour pour un jeune homme de son âge, Ramla, qui se rêvait pharmacienne, se retrouve enfermée entre les quatre murs de sa nouvelle demeure, soumise à la volonté d'un homme qu'elle ne connaissait pas jusqu'ici, et exposée à la vindicte d'une coépouse, Safira, prête à tout pour récupérer l'exclusivité conjugale. Hindou, désespérée, tombe sans recours sous le joug d'un homme violent, qui met bientôt sa vie et sa santé mentale en danger.

Reflet de la propre expérience de l'auteur, le texte décrit l'effroyable sort réservé aux femmes dans cette partie de l'Afrique. Tandis que la tradition des mariages forcés et de la polygamie légitime sans recours viols et violences au sein des foyers, la condition féminine y relève du pur esclavage, dans une organisation sociale et familiale sans échappatoire. le moindre comportement « déviant », la plus petite velléité de rébellion féminine, y ont de telles répercussions sur les autres femmes de la famille, que toutes s'unissent pour y contrevenir et s'éviter ainsi les foudres des hommes du clan : tout plutôt que le déshonneur, l'exclusion et la misère. Derrière la façade de l'incontournable « Munyal », cette valeur souveraine de patience et de soumission féminines, se cachent par ailleurs d'impitoyables étripages entre coépouses, chacune manoeuvrant sans vergogne pour assurer son avenir et celui de ses enfants. Au joug masculin s'ajoutent ainsi la pression des femmes alliées et la férocité des rivales, achevant de transformer en enfer l'intimité apparemment harmonieuse des immenses maisonnées de ces familles parmi les plus aisées du pays.

Sans détour, la voix de Djaïli Amadou Amal s'élève calmement au fil d'un récit terrifiant. Au travers des épouvantables destins de Ramla, d'Hindou et de Safira, transparaît l'autobiographie d'une femme impressionnante de courage et de résistance, qui, non seulement est parvenue à s'arracher d'un sort tout tracé, mais qui se fait aujourd'hui le porte-parole de toutes celles qui continuent à vivre un enfer silencieux. Héritage d'une tradition entretenue par une certaine interprétation religieuse, capable de donner bonne conscience à une population masculine sans aucun doute attachée à son pouvoir et à sa bonne fortune, cette situation semble d'autant plus inextricable que les femmes elles-mêmes en sont réduites pour leur survie à contribuer à son maintien et à sa transmission. L'on ne dénoncera jamais assez cet état de fait, si indigne de la condition humaine, et qu'on aimerait classer comme une anomalie anachronique si elle ne concernait encore tant de femmes de par le monde, dans ce pays ou dans d'autres.

Ce livre se dévore avec émotion et compassion, dans une sidération d'autant plus horrifiée et indignée que l'on y comprend la profondeur du mal qui, dans certaines régions du monde, continue à maintenir en esclavage la moitié féminine de la population. Une lecture incontournable et un auteur qui, au-delà du Goncourt des Lycéens 2020, mérite de figurer au panthéon des grandes féministes de l'histoire.


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Véritable reportage sur la vie dans un harem africain, le témoignage de Djaïli Amadou Amal est d'autant plus fort qu'elle a personnellement vécu ce qu'elle décrit.

A 51 ans, Alhadji ISSA las de son épouse Safira, 35 ans, 6 enfants, épouse Ramila 17 ans. Celle-ci rêvait épouser Aminou, mais l'avis d'une femme importe peu comme l'illustre son témoignage.

Safira n'accepte pas l'arrivée de Ramila, emploie tous les moyens pour lui nuire en faisant appel à des marabouts et en la laissant accuser de vol. Elle emporte la bataille contre Ramila mais a-t-elle vaincu Alhadji ?

Enfin Hindou, autre victime, est mariée de force à un cousin alcoolique et drogué qui la violente et la trompe publiquement…

Ce roman choral laisse successivement Ramila, Hindou et Safira raconter leurs calvaires respectifs dans un style factuel, sans effet littéraire. Leurs destinées sont celles de nombreuses femmes, et pas seulement au Sahel, soumises aux mariages forcés et à la polygamie.

Djaïli Amadou Amal rappelle que soumission et islam sont synonymes et que les femmes, dans l'univers islamique, doivent être « patientes », c'est-à-dire soumises aux traditions séculaires et à la domination masculine.

Récompensé du prix Goncourt des lycéens, « Les impatientes » est un témoignage fort. Puisse-t-il ouvrir les yeux et l'esprit des lecteurs et des lectrices afin que notre pays n'ait pas à subir ce totalitarisme.

Dans un contexte où l'UNEF, principal syndicat étudiant, est aujourd'hui présidé par une islamiste voilée, la condition féminine apparait incertaine, menacée et dévoyée vers les futiles débilités de l'écriture inclusive.

Ce livre remet les pendules à l'heure et dans la lignée du Bilqiss de Saphia Azzeddine souligne que la patience a ses limites !

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critiques presse (11)
OuestFrance   29 mars 2021
Avec son roman "Les impatientes", qui aborde les mariages précoces et forcés, la polygamie subie et le viol conjugal au Sahel, l'auteure et militante Camerounaise Djaïli Amadou Amal, vit un véritable tourbillon.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
LeDevoir   21 décembre 2020
Mariages forcés, viols conjugaux et polygamie: «Les impatientes» brise les tabous de la condition féminine au Sahel.

Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaPresse   07 décembre 2020
L'écrivaine féministe camerounaise Djaïli Amadou Amal, qui entend « porter la voix des femmes du Sahel », a séduit les jeunes jurés du prix Goncourt des Lycéens avec Les impatientes, un roman à forte dimension autobiographique, qui explore mariage forcé et polygamie.

Lire la critique sur le site : LaPresse
LeFigaro   07 décembre 2020
La Camerounaise peule et musulmane signe avec «Les Impatientes» (Éd. Emmanuelle Colas) un roman courageux sur les violences faites aux femmes dans son pays.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeSoir   07 décembre 2020
L'écrivaine camerounaise évoque la difficile condition des femmes de son pays dans «Les impatientes».


Lire la critique sur le site : LeSoir
LeSoir   07 décembre 2020
L'écrivaine camerounaise évoque la difficile condition des femmes de son pays dans «Les impatientes».


Lire la critique sur le site : LeSoir
LaPresse   07 décembre 2020
[Ce livre] a finalement remporté le Goncourt des lycéens, une récompense amplement méritée pour ce livre à la fois terrible et magnifique.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs   27 novembre 2020
Dans « les Impatientes », la romancière camerounaise Djaïli Amadou Amal défend la cause des femmes dans un courageux roman choral.

Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique   12 novembre 2020
Un très beau roman, finaliste du prix Goncourt, dénonce cette réalité aujourd'hui encore dans le Sahel.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   09 novembre 2020
Djaïli Amadou Amal, écrivaine camerounaise reconnue comme l'une des grandes plumes de l'Afrique actuelle, décrit dans son ouvrage, "Les impatientes", l'effroyable condition féminine dans certaines parties de l'Afrique. Mariages forcés, polygamie, viols et violences physiques : derrière les murs de certaines maisons "aisées" se cache un esclavagisme des temps modernes auquel il est difficile pour une femme d'échapper.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaCroix   03 novembre 2020
Récompensé du prix Orange du livre en Afrique et en lice pour le Goncourt, ce roman âpre de la Camerounaise Djaïli Amadou Amal plonge dans l'enfer des mariages forcés et de la polygamie au Sahel.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (336) Voir plus Ajouter une citation
J’ai grandi dans une maison peule, semblable à toutes les autres
concessions aisées de Maroua, au nord du Cameroun. Mon père,
Alhadji Boubakari, fait partie de la génération des peuls sédentarisés
qui ont quitté leur village natal et se sont installés en ville,
diversifiant ainsi leur activité. C’est aujourd’hui un homme
d’affaires comme le sont ses frères. Cependant, il a conservé à
Danki, son village d’origine, un cheptel de bœufs qu’il a confiés à
des bergers encore attachés à la tradition de la transhumance. Car le
bœuf fait le peul. Et ma famille ne déroge pas à la règle.
Mon père est un bel homme, la soixantaine alerte. Digne en
toutes circonstances, toujours impeccablement vêtu, il porte une
gandoura amidonnée et un bonnet assorti.
La coutume impose la retenue dans les relations entre parents et
enfants au point qu’il est impossible de manifester une émotion, des
sentiments. C’est ce qui explique qu’il n’est pas particulièrement
proche de nous. La seule preuve que j’aie de son amour paternel est
celle d’exister. Je ne sais pas si mon père m’a déjà portée dans ses
bras, tenue par la main. Il a toujours gardé une distance
infranchissable avec ses filles. Et il ne m’est jamais venu à l’esprit
de m’en plaindre. C’était ainsi, et ça ne peut être autrement. Seuls
les garçons pouvaient voir mon père plus souvent, entrer dans son
appartement, manger avec lui et même, parfois, l’accompagner au
marché ou à la mosquée. En revanche, ils ne pouvaient pas
s’attarder à l’intérieur de la concession, qui restait le domaine des
femmes. La société musulmane définit la place accordée à chacun.
Nous sommes une famille nombreuse. Mon père la tient d’une
main de fer. Quatre épouses lui ont donné une trentaine d’enfants
dont les aînés, en majorité des filles, sont mariés. Baaba ne
supportant pas les conflits, chacune de ses épouses se garde bien de
lui rapporter les petits incidents ou disputes qui ne peuvent manquer
de troubler un foyer polygamique. Aussi notre grande famille
évolue-t-elle dans une atmosphère apparemment harmonieuse et
sereine.
Nous habitons dans ce que nous appelons au Cameroun
septentrional une concession. Entourée d’une enceinte de très hauts
murs, qui empêchent de voir à l’intérieur, elle abrite le domaine de
mon père. Les visiteurs n’y pénètrent pas ; ils sont reçus à l’entrée
dans un vestibule que, dans la tradition de l’hospitalité peule, nous
nommons le zawleru. Derrière s’ouvre un espace immense dans
lequel se dressent plusieurs bâtiments : d’abord l’imposante villa de
mon père, l’homme de la famille, puis le hangar, une sorte de
portique sous lequel on reçoit les invités, enfin les habitations des
épouses où les hommes ne pénètrent pas. Pour parler à son mari, une
épouse ne peut passer que par la coépouse dont c’est le tour.
Mes cinq oncles habitent dans le même quartier. Aussi, nous
n’avons pas une mais six concessions. Et, si nous ajoutons à la
trentaine d’enfants de mon père ceux de toute la famille réunie, nous
sommes facilement plus de quatre-vingt enfants. Nous, les filles,
vivons avec nos mères respectives pendant que nos frères ont leurs
propres chambres à l’extérieur des appartements maternels dès la
préadolescence. Et, bien sûr, filles et garçons ne font que se croiser,
s’adressant à peine la parole.
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Les jours et les nuits se succédaient et se ressemblaient dans la
monotonie de la grande concession de mon oncle. Je respectais les
habitudes familiales, immuables depuis des lustres.
Mon oncle était devenu mon beau-père. Et je devais
soigneusement l’éviter, me déchausser avant de passer à côté de lui,
baisser les yeux et fléchir le genou pour le saluer. Et je devais garder
mon voile sur la tête en la présence de ma tante, devenue ma bellemère. Je ne pouvais ni boire ni manger devant elle. Il me fallait
éviter aussi de parler, de bavarder ou de rire. Mon cousin Moubarak
était devenu mon époux. Je lui devais soumission et respect.
Je me levais tôt au chant du coq pour la première prière
quotidienne. Toute la maisonnée se réveillait à la même heure et
chacun avait une tâche bien définie. Les femmes, quand elles
n’étaient pas attelées aux corvées de cuisine, nettoyaient leur
appartement. Des jeunes filles, employées comme domestiques
balayaient les espaces communs. Les enfants, qu’ils soient
scolarisés ou non, commençaient leurs journées par la lecture du
Coran sous la surveillance d’un maître-marabout – excepté le jeudi
et le vendredi, jours du week-end islamique.
Oncle Moussa veillait personnellement à ce que tout le monde
soit debout à l’aube et n’hésitait pas à toquer à la porte des
récalcitrants. La chance appartient à ceux qui se lèvent tôt, ne pas
respecter cette vérité apportera de la malchance voire une terrible
calamité ! tempêtait-il.
Pour la cuisine, nous, les quatre épouses de mon oncle, celles de
mes cousins et moi-même, avions à faire des rondes. Le defande, le
tour de cuisine, pour chacune durait vingt-quatre heures : il
commençait par le repas du soir et se terminait après le déjeuner du
lendemain. Si nos belles-mères nous laissaient préparer les repas,
elles se chargeaient de la répartition des plats pour chaque groupe de
la famille. Il s’agissait surtout d’éviter que notre manque
d’expérience ne nous fasse commettre des erreurs de distribution. Le
plat le plus important, destiné aux hommes, était servi au zawleru,
puis celui des femmes, enfin celui des enfants par genre et par
catégorie d’âge. Chaque bru avait aussi pour devoir d’aider sa bellemère quand c’était le tour de celle-ci. Généralement, elle finissait
par la remplacer pour tous les travaux domestiques.
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Ma mère est la quatrième épouse de mon père – la seule instruite.
Avec ses coépouses, elle entretient un climat de conflit et de jalousie
permanent. Elle ne veut donc pas que mes déboires soient portés à la
connaissance de la famille car mes marâtres témoigneraient leur
solidarité en apparence mais n’hésiteraient pas à en faire des gorges
chaudes en privé, ce qui entamerait l’orgueil et l’honneur de ma
mère. Il ne faut pas que ses coépouses l’apprennent, du moins pas
pour le moment. Elles seraient si contentes des difficultés de la
dernière épouse et favorite. Car, même si en apparence les
coépouses font semblant de bien s’entendre, il règne entre elles une
sourde rivalité, qui se répercute sur les enfants. On ne se contente
pas de détester sa coépouse mais on hait aussi toute sa progéniture.
On ne souhaite pas seulement son infortune, mais aussi celle de tous
les siens. Il ne faut surtout pas que le père remarque l’un d’entre eux
et lui accorde une attention particulière.
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Deux jours avant la date fatidique, je tente un dernier recours
auprès de ma mère venue me tenir compagnie :
« Diddi, si vous m’obligez à l’épouser, je me suiciderai !
— Si tu te suicides, tu iras droit en enfer et, si tu continues à faire
la tête, je te jure que je ferai une crise. Je vais mourir – et ce sera de
ta faute. Au mieux, je serai répudiée. C’est ce que tu veux ? Si
encore il ne s’agissait que de moi. Mais tes petits frères ? Tes petites
sœurs ? Ils sont trop jeunes pour vivre sans protecteur dans ce
repaire de loups. Es-tu prête à les sacrifier juste pour ton soi-disant
bonheur ? On ne t’envoie pas en enfer, Ramla. Bien au contraire. Tu
vas épouser un homme auprès duquel tu ne manqueras jamais de
quoi te nourrir, de quoi t’habiller et tu auras plus de biens que tu ne
pourras en désirer. Regarde ta demi-sœur, Maïmouna. Son époux
peine à assurer le nécessaire et elle doit encore attendre que votre
père la nourrisse et l’habille. C’est ça que tu veux vivre ? Jamais je
ne te laisserai affronter la pauvreté.
— Tu ne me comprends pas, Mère ! Je voulais dire… »
Elle m’interrompt d’un geste de la main, baissant encore plus la
voix. Un pli sévère barre son front encore lisse.
« Tu dois savoir une fois pour toutes que tes décisions
n’influencent pas que ta vie. Grandis, nom de Dieu ! Cela s’est
passé de la même manière pour moi, pour tes tantes, pour toutes les
femmes de la famille. Que veux-tu prouver ? Déjà, tes jeunes sœurs
risquent de ne plus être inscrites à l’école par ta faute. Tu as réussi à
donner une idée négative de l’instruction par ton comportement.
Ressaisis-toi, Ramla. Estime-toi heureuse de ton sort et remercie
plutôt Allah de ne pas te donner pire destin. Préfères-tu épouser ton
cousin Moubarak, ce voyou ?
— Bien sûr que non ! dis-je d’une petite voix.
— Parce que crois-moi, la mère d’Hindou, elle, serait prête à tout
pour que ce soit sa fille qui devienne la femme d’Alhadji Issa.
Pourquoi veux-tu à tout prix m’humilier ?
— Je ne pourrai jamais t’humilier, Diddi. Tu ne m’as pas
comprise. Je dois accepter ce mariage, tout le monde me le dit. Mais
moi, ce que je ressens ne compte pas ? Qui est-ce qui se soucie de
moi ? Je ne veux pas me marier. Je voulais continuer mes études.
— Tu as déjà terminé tes études. Tu ne serais pas en train de te
marier que tu serais restée à la maison. Jamais ton père n’aurait
permis que tu ailles à l’université. Ni ici ni encore moins ailleurs.
— C’est aussi pour cela que j’avais accepté d’épouser Aminou.
Avec lui, j’aurais pu continuer, et je l’aime.
— Alors ton amour est impuissant et inutile car il n’est plus
réciproque, fait-elle impitoyablement. Arrête tes caprices une fois
pour toutes sinon je me désolidarise de toi ! N’as-tu pas de dignité,
Ramla ? Où as-tu perdu le sens de l’honneur qu’on t’a inculqué ?
— Qu’est-ce que tu en sais si Aminou m’aime ou pas ?
Elle éclate d’un rire triste :
— S’il t’aime, comme tu veux le croire, alors dis-moi une chose !
Où est-il ? »
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Nous passions beaucoup de temps entre femmes pour travailler
dans le grand hangar, placé devant les appartements de nos bellesmères, qui servait alors de lieu commun à toutes les femmes de la
maison. C’est là que l’on bavardait, décortiquait les arachides ou
coupait les légumes, que l’on tressait ou dessinait, pendant des
heures, sur nos mains et nos pieds, des tatouages au henné. Nous
pouvions aussi regarder la télévision mais uniquement les chaînes
arabes. Car, un jour qu’il avait surpris ses épouses absorbées dans
une série où les baisers occupaient l’essentiel du scénario, oncle
Moussa avait interdit les chaînes occidentales et africaines. Fou de
rage, il avait aussitôt fait appeler un technicien à qui il avait
demandé de crypter ce qu’il désignait comme les « chaînes du
diable ». L’homme avait quand même réussi à nous laisser l’accès
aux films bollywoodiens, dont les histoires d’amour romantiques
nous enchantaient lorsque le maître des lieux était absent. Mais, dès
qu’il rentrait, la seule chaîne qu’on entendait redevenait celle de la
Mecque – la voix des imams.
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Vidéo de Djaïli Amadou Amal
Djaïli Amadou Amal est l'une des voix les plus importantes de la littérature camerounaise. Par ses romans, elle nous raconte sa culture et sa société, elle en brise les tabous, et elle donne voix, surtout, aux femmes qui la composent. C'est en 2010 qu'est paru son premier roman au Cameroun. En France, nous l'avons découverte en 2020 avec la parution du roman "Les Impatientes" aux éditions Emmanuelle Collas, une fiction inspirée de faits réels, qui conte le destin de trois femmes, confrontées au mariage forcé, au viol conjugal, à la polygamie. C'est un livre qui a connu un destin extraordinaire : sélectionné sur la dernière liste du prix Goncourt, lauréat du prix Goncourt des lycéens, il a rencontré un très grand nombre de lecteurs.
Au cours de cette rencontre, Djaïli Amadou Amal nous parle de son deuxième roman publié en France, "Coeur du Sahel", un nouveau roman sur la condition de la femme au Sahel dans lequel elle donne voix aux domestiques.
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/20331021-coeur-du-sahel-djaili-amadou-amal-emmanuelle-collas
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairie.dialogues FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues TWITTER : https://twitter.com/Dialogues LINKEDIN : https://www.linkedin.com/company/dialogues-brest
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