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EAN : 9782708707306
223 pages
Editions Présence Africaine (31/05/2005)
3.73/5   30 notes
Résumé :
Dans un récit bouleversant et puisé aux sources d'un vécu authentique, ce livre raconte des destins croisés de femmes africaines prises dans des relations monogamiques "modernes" ou polygamiques "traditionnelles". Intellectuelle, "évoluée" sans vraiment être heureuse de l'être, malgré de grandes illusions initiales, la Narratrice-Personnage devient la 28ème épouse d'un marabout dont elle s'était d'abord prise d'amitié et qui habite un village quelque part dans le ce... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Troisième roman de la trilogie autobiographique de Ken Bugul, après « le Baobab fou » et « Cendres et braises », Riwan est le roman du retour au Sénégal et de l'apaisement.

Après avoir vécu en France pendant plusieurs années, Ken Bugul est revenue dans son village. Sans mari et sans enfants, elle n'y a pas sa place. Sa rencontre et son union avec le Serigne, haut responsable du mouvement religieux mouride et homme d'une grande spiritualité, dont elle devient la vingt-huitième épouse, lui font trouver cette place et arriver au bout du chemin chaotique de sa quête identitaire de jeunesse. Auprès de cet homme sage et d'une grande tendresse, Ken Bugul apporte un regard inattendu sur la polygamie.

Riwan est un témoignage précieux sur les femmes, un roman qui séduit par l'humanité du Serigne et de ceux qui le côtoient, avec des portraits de femmes d'une grande sensualité, un livre dans lequel les vagues de l'indignation (d'abord au sujet du sort fait aux femmes, le mariage imposé, qui les empêche de vivre libres, mais aussi contre la corruption et le gâchis des ressources à grande échelle) et de la sérénité progressent dans un même mouvement.
Néanmoins l'absence du travail d'un éditeur se fait sentir dans ce récit inégal qui aurait pu briller d'un éclat beaucoup plus important.

« Qui ne se souvenait pas de Djagua Sylla ?
La sublime femme que Mademba Seck avait épousée, alors qu'elle venait de perdre son mari un an avant.
Djagua Sylla !
Le teint si lumineux qu'il donnait envie de la toucher. Géante, potelée comme une bonne mangue de Banfora, le sourire et le rire faciles, les gencives bleu indigo, couleur obtenue par un tatouage régulier avec de la coque d'arachide grillée. Ce tatouage consolidait les gencives et donnait des dents éclatantes. Quand par mégarde ou exprès, son mouchoir de tête glissait de sa tête, on découvrait au milieu de ses tresses, des rangées d'amulettes dont certaines étaient en bronze, d'autres cousues dans du simili cuir de toutes les couleurs où un rouge vif rehaussait l'éclat du blanc et du noir. Ces amulettes étaient si bien agencées qu'on se demandait si elles étaient des amulettes normales ou des suggestions ensorcelantes. Cela devait être les deux à la fois. Assise, elle allongeait ses grandes jambes devant elle, les croisant et décroisant par moments pour laisser voir une peau encore plus lumineuse et encore plus lisse que recouvrait à peine un petit pagne fatal dont les deux pans ne pouvaient se toucher. Ainsi, quand vint pour Djagua Sylla l'heure de rejoindre le domicile conjugal, malgré ses quarante ans, ses co-épouses furent dans tous leurs états. »
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La narratrice est une jeune femme africaine qui a reçu une éducation européenne, qui a vécu un peu partout dans le monde, mais qui n'a trouvé de bonheur nulle part et qui revient dans son village africain, où elle n'a plus non plus sa place. Elle se rend tous les jours dans la demeure du Grand Serigne, une sorte de marabout très renommé et respecté. Elle assiste à la façon dont il guérit un homme fou chargé de chaîne, Riwan, qui va devenir son serviteur, le seul autorisé à aller dans la partie de la maison réservée aux femmes. Car le Serigne en a plus de vingt, et tous les deux ans il en épouse une nouvelle. Nous suivons le destin d'une d'entre elles, Rama. Et puis un jour le Sergne décide aussi d'épouser la Narratrice, qui sera sa 28eme épouse.

J'ai bien aimé au début le style de l'auteur, l'alternance entre des paragraphes très écrits, et des phrases très courtes, très haché qui reproduisent le langage parlé. Et les dons de conteuse de Ken Bugul sont évidents. Mais j'avoue que j'ai complètement décroché au moment où elle s'est mise à faire l'apologie de la polygamie au nom des traditions et des racines. Moi qui trouvait l'existence de ces femmes cloîtrées, remplacées systématiquement au bout de deux ans terrible, insupportable, je ne suis pas arrivée à croire que vivre comme cela était la seule manière de trouver le bonheur, dans l'acceptation, la soumission, l'attente. Et la fin de Rama est atroce. Cela ne me donne pas vraiment envie de continuer avec cet auteur.
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L'écriture de Ken Bugul est fluide, poétique et vive.
Le tableau brossé sur les vies polygames, le fonctionnement de certaines sociétés sénégalaises est magnifique et super instructif. Au travers des portraits de ces femmes on "voit" la vie, la société telle qu'elle se présente pour elles.
Et ce livre est particulier.
J'ai adoré le lire, tout en détestant certains messages sous-jacents.

La femme décrite est manifestement une blessée, aigrie, qui a subit surement - on le lit entre les lignes - une vie amoureuse chaotique lors de sa vie en Europe, et elle retrouve un second souffle en se réfugiant dans sa culture. de fait, on a l'impression qu'elle en sublime même les aspects les plus rétrograde !
Tout devient "superbe culture africaine" par ses mots.
Toutes les 28 femmes semblent "parfaitement heureuses de leur sort". A peine nous laisse-t-elle deviner que Sokhna Rama n'est pas si bien que ça, vu sa fin tragique, mais là encore, c'est presque par amour !
Très peu de mots sur le fait que ces femmes n'ont absolument pas eu le choix qu'elle a eu.
La narratrice a fait le choix de revenir dans cette société polygame (être la 28e femme par choix) où la place de la femme est toute tracée dans l'arrière-court à attendre son tour de nuit d'amour. Les autres n'ont eu aucun choix. Elles ont été "offertes" parfois à douze ans au "Sérigne" en signe d'allégeance spirituelle.
De plus, elle a la place, enviable, d'épouse "intellectuelle", donc particulière et qui joui des libertés que n'ont pas les autres femmes.

J'ai trouvé que ce livre était une ode au mouridisme que le meilleur agent de communication aurait pu faire.
Le fonctionnement de ce cloaque familiale fait penser à la pire des sectes Moon ou Raelien en tête, mais dans les pages de ce livre ça devient "valeur des cultures africaines"...
Et, connaissant les réalités de ce Sénégal traditionnel, Quid de l'excision ? Aucun mot. Pas une ligne sur cette pratique. Venant d'un livre qui parle de femmes, qui dresse leurs portraits dans un contexte culturel ouest-africain... je trouve ça limite. Très limite.

Et globalement mon sentiment de gêne vient de là. Très peu de critique, d'auto-critique des aspects négatifs de ces sociétés. le diable c'est l'occident et ses valeurs.
Sans cesse cette "comparaison" en formant d'attaque de l'occident (immigration, sans papier, discrimination) quand on préférerait que la narratrice restât sur ces portraits de femmes qui ne sauront sans doute jamais ce qu'est cette réalité. Mais l'on perçoit que cela vient des blessures de cette narratrice que la vie occidentale à trahie.

Au final, c'est un livre que je conseillerai à tous de lire car c'est une très belle lecture et une très belle plongée dans ce monde des mourides et dans la réalité des femmes de cette société. Avec toutes les réserves qu'il faut y mettre.
Lien : http://www.loumeto.com/spip...
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Une excellente réflexion féminine sur une certaine société africaine, la polygamie, la nature de l'être humain, les progrès qui restent à faire sur ce continent. Un style déconcertant parfois, mais qui reflète parfaitement un ailleurs et des modes de pensée qui nous sont inconnus.
Une agréable lecture, marquée par les pensées d'une Africaine ayant découvert le monde face à la société traditionaliste.
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C'est éducatif
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
_ Pourquoi te promènes-tu avec un livre ? Je me rendis compte que je n'avais aucune raison de sortir avec un livre. (...)
Avais-je besoin, par timidité, de tenir quelque chose à la main ? Peut-être étais-je simplement victime de cette manie de certains citadins aimant se balader avec un livre, quel qu'il soit, même parfois un petit dictionnaire.
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Comme je regrettais d’avoir voulu être autre chose, une personne quasi irréelle, absente de ses origines, d’avoir été entraînée, influencée, trompée, d’avoir joué le numéro de la femme émancipée, soi-disant moderne, d’avoir voulu y croire, d’être passée à côté des choses, d’avoir raté une vie, peut-être.
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Comment huit, douze femmes, pouvaient-elles partager la même chambre et avec le même homme ?
Moi qui appartenais à la classe de celles qu'on disait allées à l'école des Autres, je ne pouvais pas comprendre cela et encore moins l'admettre.
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Quel roman autobiographique, devenu un classique de la littérature africaine, raconte la désillusion d'une jeune sénégalaise venue étudier en Europe et qui voulait vivre à l'occidentale ?
« le Baobab fou », de Ken Bugul, c'est à lire en poche chez Présence africaine.
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