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EAN : 9782221203323
544 pages
Éditeur : Robert Laffont (08/06/2017)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 3276 notes)
Résumé :
Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (729) Voir plus Ajouter une critique
lyoko
  09 mars 2017
La servante écarlate est une dystopie choc. Il traite a la fois d'une prise du pouvoir qui ne laisse aucune place a la liberté mais également à la place des femmes dans la société.
Ce livre est écrit d'une façon douce qui oscille entre passé et futur pour bien montrer l'évolution des lois et des moeurs.
La dictature est a son comble, la délation, la peur font que la population ,et plus surement les femmes ,ne prennent aucun risque et obéissent.
Un livre qui fait assez froid dans le dos, qui touche du doigt certains pays existants de nos jours quand à leur idéologie sur le role et le devenir des femmes. Ce roman montre aussi l'ennui et la déroute de toute la population face a un dogmatisme religieux et a sa pudibonderie.
Un livre fort, qui marque et qui blesse aussi bien par sa narration , que par la possibilité qu'une telle chose puisse arriver dans notre monde et mettre encore une fois la liberté quelle qu'elle soit en péril.
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michemuche
  10 novembre 2017
" C'était après la catastrophe, quand ils ont abattu le président, mitraillé le congrès et que les militaires ont déclaré l'état d'urgence".
Defred se souvient de l'ancien temps, de sa vie de femme libre de sa fille et de Luke son mari tous deux disparus lors de la tentative d'évasion vers le Canada.
Defred est son nouveau nom. Dans cette république de Gilead les femmes sont reléguées à divers tache, les plus chanceuses sont mariées à des dignitaires, elles sont vêtues de robes bleues, les marthas s'occupent de l'intendance, elles sont vêtues de vert, enfin les servantes écarlates dont fait parti Defred sont habillées de rouge avec une coiffe couvrant les cheveux et une sorte d'oeillères ressemblant à des ailes d'anges. Son rôle est la procréation. Dans un pays où la fécondité a fortement baissé chaque maison, chaque commandant a sa servante écarlate.
Je n'en dirais pas plus sur l'histoire de Defred.
" La servante écarlate" est parue en 1984. Comme "1984" de George Orwell le roman de Margaret Atwood est effrayant, cette dystopie a de quoi faire réfléchir, ce qui rend ce récit glaçant c'est la façon presque anodine de supprimer le droit des femmes, interdiction de travailler, d'avoir un compte en banque...
" La servante écarlate " est un monologue car à qui parler de ses angoisses, de ses peurs de ses espoirs dans un régime totalitaire où tout le monde suspecte tout le monde. Ne vous attendez à une histoire réjouissante pleine de rebondissement.
" La servante écarlate" est un roman coup de poing qui a pour but de nous faire réfléchir sur la fragilité de la liberté et surtout de la liberté de la femme, des femmes.
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LydiaB
  20 juin 2012

"Je veux un ventre !" s'était écrié Napoléon après son divorce d'avec Joséphine, cette dernière ne lui ayant pas donné l'héritier tant espéré. Vous allez me demander quel est le rapport avec ce roman de science-fiction. Il est bien là justement : la procréation. Margaret Atwood imagine une société américaine dans laquelle seule une certaine caste de femmes, les Servantes, auraient à donner la vie. Mères porteuses, elles sont attribuées à des couples en mal d'enfants et sont à la merci des Epouses (en bleu) et des Commandants. Nous sommes proches ici des romans d'Huxley et d'Orwell : hiérarchie, surveillance totale et constante (l'Oeil), société sous contrainte... Il s'agit du schéma type d'une contre-utopie mettant en scène l'absence d'espoir, de possibilité de changement. Atwood dénonce les dérives, notamment celles des régimes totalitaires. La déportation de celles qui faillissent à la règle n'est pas sans rappeler les heures sombres de notre histoire. S'ajoutent à ceci le rationnement, les différents codes, les tatouages sur les Servantes afin de les identifier, la propagande, les arrestations et les exécutions... Il serait bien difficile de ne pas y voir un lien. Mais le totalitarisme ne touche pas non plus que la politique. le puritanisme en prend aussi pour son grade si j'ose dire.

Defred fait partie de ces Servantes. C'est à travers elle que nous pouvons découvrir ce monde froid, hostile, où la peur a pris la place de la communication. Les sentiments n'ont pas leur place. La narratrice insiste sur le fait que si un seul grain de sable venait s'immiscer dans les rouages bien huilés de cette vie qui lui est donnée, ce serait la fin. Il est interdit à ces "ventres" d'être malades ou infertiles.

Defred oscille entre vie présente et souvenirs de ce monde passé où, comme elle le dit elle-même, les gens ne pouvaient pas savoir qu'ils étaient heureux. La phrase est répétée à plusieurs reprises. Tout est détruit pour elle : sa vie de couple avec Luke et leur petite fille, ses études avec sa copine Moira... L'Oeil est toujours là... Sa confession est à la fois poignante et révoltante.

Je n'ai pas pu me détacher de ce roman lu en quelques heures seulement. Au-delà de cette palpitante lecture, il donne à réfléchir sur tout ce qui pourrait enfreindre la liberté.

A lire absolument !
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Josephine2
  10 novembre 2017
Vous êtes une femme.
Imaginez que, du jour au lendemain, on bloque tous vos comptes et que vous n'ayez plus de liquide sur vous.
Imaginez que, du jour au lendemain, vous êtes licenciées comme des malpropres et gare à vous si vous faites un esclandre.
Imaginez que, du jour au lendemain, vous ne pouvez plus acheter quoi que ce soit.
Imaginez, que du jour au lendemain, vous vous retrouviez dans un « couvent » où on vous « apprend » à n'opposer aucune résistance.
Imaginez que, du jour au lendemain, vous n'avez plus aucune possibilité de vous distraire (lire, aller au cinéma, se promener, danser, écouter de la musique…)
Imaginez que, puisque vous avez déjà enfanté, vous en êtes réduite au rôle de « reproductrice ».
Imaginez que vous vivez chez un « commandant » et son épouse pour servir de « mère porteuse ».
Imaginez que vous vivez recluse dans une chambre dépourvue du moindre artifice.
Imaginez que, du jour au lendemain, votre seule possibilité est de sortir pour faire les courses, sans possibilité de vous sauver.
Imaginez, imaginez, imaginez… Mais ce temps redoutable est-il si loin que ça ? Croyez-vous que l'on pourra échapper à cet univers ?
J'avais vu le film, il y a très longtemps. Je ne l'ai jamais oublié, je l'ai toujours dans un petit coin de ma tête et j'y pense quelquefois. Je ne savais pas que c'était tiré d'un roman de Margaret ATWOOD. J'ai lu ce livre en apnée. J'ai mis du temps. Et je me dis quel avenir nous attend, nous les femmes ? Avec les pesticides qui coulent à flot sur notre terre, l'infertilité qui se répand, croyez-vous vraiment pouvoir échapper à cet enfer ? Ce monde existe déjà. Combien de couples vont en Inde chercher des mères porteuses ? Méfiez-vous Mesdames. Soyez sur vos gardes !
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le_Bison
  08 juin 2018
Un jour d'automne ou de printemps, peu importe la saison, le temps défile, la vie reste une putain de tranche de temps qui s'écoule ou pas, je déambule dans le village. le café de quartier que j'ai toujours vu s'est transformé en maison d'habitation. Où est-ce que les gens prennent-ils leur bière maintenant en sortant du boulot, ou le dimanche matin avant d'aller à la messe à l'église Saint-Martin ? Les cloches sonnent, quelle heure peut-il être, on en revient toujours au temps. Sous la place de l'église, je découvre le mystère du temps, un espace dédié à perdre son temps ou justement à vivre en dehors du temps : une nouvelle boite à livre. Il me faudrait un parasol et une bière pour flirter avec le temps et ma nouvelle découverte. Mais le café a fermé il y a des années. A la place, je ne trouve que de la poussière, poussière de ma vie qui s'envole au milieu de cette place sans café, sans hommes, sans jupes qui virevoltent.
Que j'adore la découverte de ces boites à livres, où je peux regarder et fureter ce que les gens, les vrais pas les pauvres types comme moi ou les bisons solitaires d'une plaine poussiéreuse, ont lu et veulent faire partager ou se débarrasser. Aujourd'hui, je découvre une vieille édition « J'ai Lu », classée dans le domaine S-F. Mon dieu, combien d'années n'ai-je pas lu de romans de science-fiction. D'ailleurs, je n'en lis jamais ou presque. Je pourrais les compter sur les orteils de mes sabots. Je ne suis pas un spécialiste du genre, même pas un ignare, pire que ça. le pauvre type. Mais pour une foi, je connais. Une série que je n'ai pas vu a remis au goût du jour ce texte qui date pour la version originale de 1985, une vieille dame canadienne que je ne connais pas encore l'a écrit comme pour décrire le monde dans lequel nous pourrions bientôt vivre. Quarante ans après, ce roman n'apparaît plus vraiment comme de la science-fiction, ni de la dystopie mais comme une réalité potentielle suivant les options choisies pour nous gouverner.
Je n'ai pas l'intention d'en dire plus sur Defred et son costume écarlate, sur les anges de la réalité ou de la fiction dystopique. Simplement, parce que si tu n'as pas lu le livre, tu as vu la série, si tu n'as pas vu la série, tu as lu le livre, si tu n'as ni lu le livre ni vu la série, tu vas te précipiter sur la boite à livre dans laquelle je déposerai cette vieille édition de la vieille Margaret Atwood – comme tous les livres que je récupère dans des boites à livre. Et en attendant l'accomplissement de la femme ou le fanatisme de ce monde, je finis les dernières gouttes de ma bouteille de Crown Royal.
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Citations et extraits (657) Voir plus Ajouter une citation
POY1POY1   10 juillet 2020
Je le souviens avoir déambulé dans une galerie d'art, parcourant le XIXeme siècle : l'obsession des harems qu'ils avaient alors. [...] Études de chair sédentaire, peintes par des hommes [...] Ces tableaux étaient sensés être érotiques [...] c'était une peinture de l'animation suspendue, une peinture de l'attente, d'objets inutilisés. C'était une peinture qui parlait de l'ennui.
Mais peut-être l'ennui est-il érotique pour les hommes, quand il est figuré par des femmes. [p.119]
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VALENTYNEVALENTYNE   19 septembre 2018
Les deux Gardiens lâchent les bras du troisième homme et font un pas en arrière. Il titube (est-il drogué ?) et tombe à genoux. Ses yeux sont recroquevillés dans la chair bouffie de son visage, comme si la lumière était trop éblouissante pour lui. Ils l’ont gardé dans l’obscurité. Il porte une main à sa joue, comme pour s’assurer qu’il est encore vivant. Tout cela se passe vite, mais donne une impression de lenteur.
Personne ne s’avance. Les femmes le regardent avec horreur, comme si c’était un rat à demi mort, qui se traînerait à travers la cuisine. Il louche alentour vers nous, notre cercle de femmes rouges. L’un des coins de sa bouche remonte, incroyable, un sourire ?
J’essaie de regarder à l’intérieur de lui, à l’intérieur du visage malmené, de voir à quoi il ressemble vraiment. Je pense qu’il a environ trente ans. Ce n’est pas Luke. Mais ç’aurait pu être lui, je le sais. Cela pourrait être Nick. Je sais que, quoi qu’il est fait, je ne peux pas le toucher.
Il dit quelque chose. Cela sort pâteux, comme s’il avait la gorge meurtrie, la langue énorme dans la bouche, mais je l’entends quand même. Il dit : « je n’ai pas… »
Il y a une poussée vers l’avant, comme dans la foule d’un concert de rock d’autrefois, au moment où l’on ouvrait les portes, une urgence qui nous parcourt comme une vague. L’air irradie l’adrénaline. Tout nous est permis, c’est la liberté, et dans mon corps aussi, la tête me tourne, le rouge envahit tout, mais avant qu’il ne soit englouti par cette marée de tissu et de corps, Deglen se fraie un passage à travers les femmes qui sont devant nous, se propulse à coups de coudes, de droite de gauche, et court vers lui. D’une poussée, elle le fait tomber sur le côté, puis lui envoie des coups de pied rageurs dans la tête, une, deux, trois fois, des coups secs et douloureux, bien ajustés. Maintenant il y a des bruits, des râles, une rumeur sourde comme un grognement, des cris, et les corps rouges culbutent en avant et je ne vois plus rien, il est masqué par des bras, des poings, des pieds. Un cri perçant monde de quelque part, comme celui d’un cheval terrifié.
Je reste en arrière, j’essaie de tenir debout. Quelque chose me frappe par derrière, je chancelle. Quand je retrouve l’équilibre et regarde alentour, je vois les Épouses et leurs filles penchées en avant sur leurs chaises, les Tantes sur l’estrade, à regarder au sol avec intérêt. Elles doivent avoir une meilleure vue, de là-haut. Il est devenu une chose.
Deglen est revenue à mes côtés. Elle a le visage fermé, impassible.
Je lui dis : « J’ai vu ce que tu as fait. Maintenant je recommence à éprouver : choc, outrage, nausée, barbarie. Pourquoi as-tu fait ça ? Toi ! Je croyais que… »
« Ne me regarde pas, dit-elle. On nous surveille »
« Ça m’est égal. » Ma voix monte, je ne peux pas me retenir.
« Maîtrise-toi. » Elle fait mine de me brosser le bras et l’épaule, pour accrocher son visage de mon oreille. « Ne sois pas idiote. Ce n’était pas du tout un violeur, c’était un politique. C’était un des nôtres. Je l’ai assommé. J’ai mis fin à son malheur. Est-ce que tu ignores ce qu’ils lui font ? »
L’un des nôtres. Un Gardien. Cela me semble impossible.
Tante Lydia donne un autre coup de sifflet, mais elles n’arrêtent pas tout de suite. Les deux Gardiens s’avancent, et tirent en arrière de ce qui reste. Certaines gisent sur l’herbe, à l’endroit où elles ont été frappées ou atteintes d’un coup de pied accidentel. Certaines se sont évanouies. Elles se dispersent par deux ou trois, ou toutes seules. Elles semblent hébétées.
« Retrouvez vos partenaires et mettez-vous en rang », dit Tante Lydia au micro. Peu lui obéissent. Une femme vient vers nous en marchant comme si elle cherchait son chemin, en tâtonnant avec les pieds dans le noir : Janine. Elle a la joue maculée de sang, et il y en a aussi sur le blanc de sa coiffure. Elle sourit, d’un tout petit sourire lumineux. Ses yeux sont devenus fous.
« Salut, dit-elle. Comment allez-vous ? » Elle tient quelque chose, solidement serré, dans sa main droite. C’est une touffe de cheveux blonds. Elle émet un petit rire nerveux.
Je l’appelle : « Janine ! Mais elle a décroché, complètement. Elle est en chute libre, elle est en crise de manque.
« Bonne journée », dit-elle, et passe devant nous, se dirige vers la grille.
Je la suis des yeux. Je me dis sortie facile. Je n’ai même pas de peine pour elle, et pourtant je devrais. Je me sent en colère. Je ne suis pas fière de moi, ni du reste. Mais là n’est pas la question.
Mes mains sentent le goudron chaud. J’ai envie de rentrer à la maison, de monter à la salle de bain, et de les frotter et refrotter avec le savon râpeux et la pierre ponce, pour débarrasser ma peau de toute trace de cette odeur. Elle me donne la nausée.
Mais aussi, j’ai faim., C’est monstrueux, mais c’est pourtant vrai. La mort me donne faim. Peut-être est-ce parce que j’ai été vidée. Ou peut-être est-ce le moyen, pour mon corps, de veiller à ce que je reste en vie, et continue à répéter sa prière fondamentale : je suis, je suis. Je suis, encore.
J’ai envie d’aller au lit, de faire l’amour, tout de suite.
Je pense au mot savourer.
Je pourrais avaler un cheval.
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colimassoncolimasson   21 décembre 2013
Serena Joy serre mes mains comme si c'était elle, et non pas moi, qui se faisait baiser, comme si elle trouvait la chose agréable, ou douloureuse, et le Commandant baise, à un rythme régulier de pas cadencé, une, deux, sans relâche, comme un robinet qui goutte. Il est absorbé, comme un homme qui fredonne sous la douche sans se rendre compte qu'il fredonne ; comme un homme qui a d'autres choses en tête. C'est comme s'il était ailleurs, à attendre de jouir, tout en tambourinant des doigts sur une table. Il y a une impatience dans sa cadence, à présent. Mais n'est-ce pas le rêve érotique de tout homme ? deux femmes à la fois? C'est ce que l'on disait. Excitant, disait-on. Ce qui se passe dans cette chambre sous le baldaquin argenté de Serena n'a rien d'excitant. Cela n'a aucun rapport avec la passion, ni l'amour, ni le romantisme, ni avec aucune des autres idées qui nous servaient à nous émoustiller. Cela n'a rien à voir avec le désir sexuel, du moins pour moi, et certainement pas pour Serena. Le désir et l'orgasme ne sont plus considérés nécessaires; ils ne seraient qu'un symptôme de frivolité, comme des jarretelles tape-à-l'œil, ou des grains de beauté : distractions superflues pour des écervelés. Démodées. Cela paraît étrange que les femmes aient jadis consacré tant de temps et d'énergie à s'informer de ces choses, à y penser, à s'en inquiéter, à écrire à leur propos. Il est tellement évident que ce sont des divertissements. Ceci n'est pas divertissant, même pour le Commandant.
Il s'agit d'une affaire sérieuse. Le Commandant, lui aussi, fait son devoir. Si j'entrouvrais les yeux, je pourrais le voir, son visage pas déplaisant suspendu au-dessus de mon torse, avec peut-être quelques mèches de ses cheveux d'argent lui tombant sur le front, absorbé par son voyage intérieur, ce lieu vers lequel il se hâte, et qui recule comme en rêve aussi vite qu'il s'en approche.
Je verrais ses yeux ouverts. S'il était plus beau, est-ce que je prendrais davantage de plaisir à ceci ?
Au moins il représente un progrès par rapport au précédent, qui sentait le vestiaire d'église par temps de pluie ; l'odeur de votre bouche quand le dentiste commence à vous curer les dents; l'odeur d'une narine. Le Commandant, lui, sent l'antimite, ou cette odeur est-elle une forme vindicative de lotion d'après-rasage ? Pourquoi doit-il porter ce stupide uniforme ? Mais est-ce que son corps blanc, hirsute, cru, me plairait davantage ? Il nous est interdit de nous embrasser. Cela rend la chose supportable.
On prend de la distance. On décrit. Il jouit enfin, avec un grognement étouffé comme de soulagement. Serena Joy, qui retenait son souffle, le laisse s'exhaler. Le Commandant, qui était arc-bouté sur les coudes, à distance de nos corps combinés, ne se permet pas de plonger en nous. Il se repose un instant, se retire, se rétracte, se rebraguette. Il fait un signe de tête, puis se détourne et quitte la pièce, en fermant la porte derrière lui avec un soin exagéré, comme si nous étions toutes deux sa mère souffrante. Il y a là quelque chose d'hilarant, mais je n'ose pas rire. Serena Joy me lâche les mains. «Vous pouvez vous lever, dit-elle. Levez-vous et partez. » Elle est censée me laisser me reposer, dix minutes, les pieds sur un coussin pour augmenter les chances. Elle est supposée consacrer ce moment à une méditation silencieuse, mais elle n'est pas d'humeur à cela. Il y a de la haine dans sa voix, comme si le contact de ma chair l'écœurait et la contaminait. Je me démêle de son corps, me lève; le jus du Commandant me coule le long des jambes. Avant de me détourner, je la vois lisser sa jupe bleue, serrer les jambes; elle reste étendue sur le lit à contempler le baldaquin au-dessus d'elle, raide et droite comme une statue.
Pour laquelle des deux est-ce pire, elle, ou moi ?
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le_Bisonle_Bison   08 juin 2018
La nuit m'appartient, c'est mon temps à moi, je peux en faire ce que je veux, pourvu que je reste tranquille. Pourvu que je ne bouge pas. Pourvu que je reste couchée immobile. La différence entre coucher et se coucher. Se coucher est toujours pronominal. Même les hommes disaient j'ai envie de me coucher et pourtant ils disaient partout j'ai envie de coucher avec elle. Tout ceci est spéculation pure, je ne sais pas vraiment ce que disaient les hommes. Je ne connaissais que leur parole.

Je suis donc couchée à l'intérieur de la chambre sous l’œil en plâtre du plafond, derrière les rideaux blancs, entre les draps, aussi lisse qu'eux, et je fais un pas de côté pour sortir de ce temps qui m'appartient. Sortir du temps. Pourtant c'est bien ceci le temps et je ne suis pas à l'extérieur.

Mais la nuit est mon moment de sortie. Où irai-je ?
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kathykathy   05 juin 2012
Pas un pissenlit en vue ici, les pelouses sont soigneusement épilées. J'ai la nostalgie d'un pissenlit, un seul, poussé au hasard, dans son insolence d'ordure, difficile à éliminer et perpétuellement jaune comme le soleil. Gai et plébéien et brillant pareillement pour tous. Nous en faisions des bagues, et des couronnes et des colliers, nous tachant les doigts de son lait amer. Ou j'en tenais un sous son menton : "Est-ce que tu aimes le beurre?" A les sentir, elle se mettait du pollen sur le nez. Ou montés en graine : je la vois, courant à travers la pelouse, brandissant un pissenlit comme une allumette japonaise, petite baguette de feu blanc, et l'air se remplit de minuscules parachutes. "Souffle, et tu pourras savoir l'heure". Toutes ces heures envolées dans la brise d'été. C'étaient les marguerites pour lire l'amour, et nous les effeuillions à l'infini.
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Daniel Tammet publie "Fragments de paradis" aux éditions Arènes. Né à Londres dans une famille de neuf enfants et atteint d'un trouble du spectre autistique, il a choisi l'exil pour dépasser sa différence. A la découverte d'autres langues et d'autres cultures il a pu trouver un sens à sa vie. Sur le plateau de la Grande librairie, l'écrivain raconte sa rencontre avec Margaret Atwood et sa conversion à l'âge de 23 ans.
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