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EAN : 9782290339831
92 pages
J'ai Lu (18/08/2004)
3.94/5   90 notes
Résumé :

Bel exemple d'amour conjugal !
La comtesse Serlan De Savigny, Isis noire aux yeux de diamant, majestueuse et superbe, avance, rayonnante, au bras de son mari. L'amour, la passion, le bonheur se lisent dans chacun des ses gestes...

L'autre, fille impudique, tassée dans le satin, belle à rendre fous les plus insensibles, bat sans relâche le pavé humide et gras des boulevards parisiens...

Deux femmes... Si différentes et pou... >Voir plus
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michfred
  14 juin 2016
Le Jardin des Plantes, une panthère noire dans sa cage et, devant elle, de l'autre côté des barreaux, un couple d'amoureux un peu androgynes et diaboliquement assortis. Deux observateurs, de loin, regardent la scène...
La femme, toute en noir, svelte, souple - féline !- frappe de son gant le mufle de la bête fauve...qui réagit, furieuse, et le lui arrache. Échange de regards, duel de sauvageries. « Panthère contre panthère ».
Un des observateurs, médecin, raconte alors à l'autre l'histoire ce couple fascinant et hors norme, qu'il a reconnu et fréquenté. Ce sont deux assassins impunis, deux grands fauves solaires et noirs lâchés dans la ville. Deux amants soudés par la passion et le crime. Et insolemment heureux.
Le Bonheur dans le crime est un bijou, -oui, un vrai « diamant noir »- sans conteste la plus belle nouvelle des Diaboliques- qui installe son pouvoir de captation dès les premières lignes.
La langue est belle, ciselée, choisie, pleine de ces élégances un peu décadentes qui font la marque des dandys comme Barbey.
Les personnages sont magnifiques, amoraux, agis par la violence de leur passion, aimantés invinciblement l'un par l'autre, mus par un désir qu'aiguillonne d'abord le feu de la joute dans la salle d'escrime -Hauteclaire Stassin est fille d'un maître d'escrime et joue du fleuret comme un homme- et bientôt le plaisir même de la transgression, le goût de la provocation et du scandale.
Rien ne les arrête : ni la décence, ni la limite imposée par l'époque à leur sexe ou à leur état- elle est femme et roturière, lui est noble et marié- ni la morale, ni la religion , ni la maladie, ni la mort…Ni le regard des pauvres mortels insipides qu'ils toisent du haut de leur amour.
Ni celui, vert et or, de la panthère noire du Jardin des Plantes…
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Nastie92
  27 novembre 2022
Je voudrais commencer ce petit avis par une déclaration.
Une déclaration d'amour à la langue française.
J'aime son vocabulaire riche qui permet de s'exprimer de façon précise et avec tellement de nuances ; j'aime ses noms, ses verbes, ses adjectifs qui, bien utilisés, permettent de construire à l'infini des phrases enchanteresses.
J'aime ses conjugaisons, ses modes et ses temps qui nous offrent une incroyable palette : non, le subjonctif n'est pas ringard, même à l'imparfait ; non, le passé simple n'est pas un temps inutile !
Les différentes formes verbales me réjouissent par leur sonorité et leur beauté.
Ce petit préambule pour dire que j'ai adoré la langue que Barbey d'Aurevilly a utilisée pour raconter son histoire.
On savait écrire au dix-neuvième siècle. Mazette, quel plaisir de lecture !
L'histoire semble a priori peu originale : un couple d'amants et une épouse encombrante. Une personne de trop.
Sur ce sujet usé jusqu'à la corde, l'auteur a pourtant réussi à faire du nouveau. Il adjoint au trio un médecin narrateur qui se retrouve moralement impliqué, et...
Et, rien du tout !
Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais tout vous dévoiler, non ?
En tout cas, Barbey d'Aurevilly a tellement bien réussi que son texte a choqué à l'époque de sa parution par l'immoralité des personnages et la complaisance de l'auteur.
"Dans ce temps délicieux, quand on raconte une histoire vraie, c'est à croire que le Diable a dicté..." peut-on lire en exergue.
Si vous voulez vous lancer, vous voilà prévenus : cette nouvelle est réellement diabolique !
Mais elle est divinement bien écrite. Alors, plus d'hésitations : vous y trouverez peut-être votre bonheur... même sans crime.
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bidule62
  26 août 2021
Comme c'est agréable de retrouver cette langue magnifique du XIXe siècle ! Un vrai régal de mots rares, de tournures désuètes, de subjonctifs.... le tout sur une histoire tellement moderne qu'elle a dû choquer à l'époque !
Un couple heureux, qui s'aime toujours après tant d'années de vie commune. Et caché, un secret, un meurtre...
Difficile de trop dévoiler l'intrigue de cette nouvelle qui a un côté cynique ou diabolique. Un vrai régal !
Je découvrais Barbey dAurevilly avec ce texte. Je pense bien continuer la découverte de son oeuvre !
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Unhomosapiens
  30 janvier 2022
Lu dans l'édition France Loisirs « courts romans et autres nouvelles » de 2004. Nous voici plongés dans une petite ville de Normandie au milieu du XIXe siècle. Une histoire d'adultère et de meurtre qui nous tient en haleine jusqu'au bout. L'intrigue prend son temps pour se dévoiler, racontée par l'intermédiaire d'un médecin, témoin de l'aventure. Questionnement autour du bien et du mal. L'amour peut-il s'accomplir dans le meurtre ? Les personnages sont puissants, l'écriture précise.
Barbey d'Aurevilly reste un grand maître de l'intrigue sociale.
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Zora-la-Rousse
  07 septembre 2022
Le bonheur dans le crime, une nouvelle de Jules Barbey d'Aurevilly délicieusement diabolique…
A Paris, au détour d'une promenade au Jardin des Plantes, le docteur Torty accompagné du narrateur, replonge dans ses souvenirs, ranimés par une rencontre furtive avec un couple des plus remarquables, de par leur beauté et l'amour manifeste qu'ils se portent mutuellement. Il entreprend alors de raconter à son compagnon du jour l'histoire du comte Serlon de Savigny et de son épouse HauteClaire Stassin.
Cette dernière, fille d'un maître d'armes reconnu, a pris la succession de ce dernier à son décès dans la région de V., en Normandie. Fine lame, elle enseigne son art et fait ainsi la rencontre du comte, devenant rapidement sa maîtresse. Celui-ci étant marié, la situation devient de plus en plus intenable pour les amoureux fusionnels. Ils élaborent alors un plan machiavélique pour pouvoir rester ensemble...et demeurer heureux.
La réflexion ou le questionnement qui sous-tend cette nouvelle et qui fit scandale à l'époque de sa parution est la suivante : peut-on savourer son bonheur en ayant commis le pire des crimes ? le couple Savigny, dorénavant officiel, dévoile en effet son amour sans remords,et ce, en toute félicité ; au grand dam du docteur Torty qui n' ignore point les détails les plus intimes de l'affaire, mais aussi en totale abstraction de la forte désapprobation de leur entourage.
L'amour, aussi puissant soit-il, peut-il justifier la transgression ultime ? Et que dire des contradicteurs, du docteur Torty lui-même, qui voit sa curiosité plus forte que tout à observer ce couple dans la progression de son histoire et dans son évolution vers l'indicible, sans réellement condamner ni surtout contrecarrer…Où se situe la « moralité » ?
Une longue nouvelle bien savoureuse...
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   14 juin 2016
(...) la femme, l'inconnue, était comme une panthère humaine, dressée devant la panthère animale qu'elle éclipsait ; et la bête venait de le sentir, sans doute, car elle avait fermé les yeux. Mais la femme — si c'en était un — ne se contenta pas de ce triomphe. Elle manqua de générosité. Elle voulut que sa rivale la vît qui l'humiliait, et rouvrît les yeux pour la voir. Aussi, défaisant sans mot dire les douze boutons du gant violet qui moulait son magnifique avant-bras, elle ôta ce gant, et, passant audacieusement sa main entre les barreaux de la cage, elle en fouetta le museau court de la panthère, qui ne fit qu'un mouvement... mais quel mouvement !... et d'un coup de dents, rapide comme l'éclair !... Un cri partit du groupe où nous étions. Nous avions cru le poignet emporté : ce n'était que le gant. La panthère l'avait englouti. La formidable bête outragée avait rouvert des yeux affreusement dilatés, et ses naseaux froncés vibraient encore...

« Folle ! » dit l'homme, en saisissant ce beau poignet, qui venait d'échapper à la plus coupante des morsures. Vous savez comme parfois on dit : « Folle !... » Il le dit ainsi ; et il le baisa, ce poignet, avec emportement.
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Nastie92Nastie92   27 novembre 2022
En effet, il déplaisait assez généralement quand on se portait bien, ce brusque original de docteur Torty ; mais ceux à qui il déplaisait le plus, une fois malades, lui faisaient des salamalecs, comme les sauvages en faisaient au fusil de Robinson qui pouvait les tuer, non pour les mêmes raisons que les sauvages, mais spécialement pour les raisons contraires : il pouvait les sauver !
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michfredmichfred   14 juin 2016
Cette femme prenait encore plus le regard que l'homme qui l'accompagnait, et elle le captivait plus longtemps. Elle était grande comme lui. Sa tête atteignait presque à la sienne. Et, comme elle était aussi tout en noir, elle faisait penser à la grande Isis noire du Musée Egyptien, par l'ampleur de ses formes, la fierté mystérieuse et la force. Chose étrange ! Dans le rapprochement de ce beau couple, c'était la femme qui avait les muscles, et l'homme qui avait les nerfs... Je ne la voyais alors que de profil ; mais, le profil, c'est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante. Jamais, je crois, je n'en avais vu de plus pur et de plus altier. Quant à ses yeux, je n'en pouvais juger, fixés qu'ils étaient sur la panthère, laquelle, sans doute, en recevait une impression magnétique et désagréable, car, immobile déjà, elle sembla s'enfoncer de plus en plus dans cette immobilité rigide, à mesure que la femme, venue pour la voir, la regardait ; et — comme les chats à la lumière qui les éblouit — sans, que sa tête bougeât d'une ligne, sans que la fine extrémité de sa moustache, seulement, frémît, la panthère, après avoir clignoté quel­que temps, et comme n'en pouvant pas supporter davantage, rentra lentement, sous les coulisses tirées de ses paupières, les deux étoiles vertes de ses regards. Elle se claquemurait.

« Eh ! eh ! Panthère contre panthère ! fit le docteur à mon oreille ; mais le satin est plus fort que le velours. »
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UnhomosapiensUnhomosapiens   30 janvier 2022
Il y a le phénomène d'un bonheur continu, d'une bulle de savon qui grandit toujours et qui ne crève jamais ! Quand le bonheur est dans le crime, c'est déjà une surprise ; mais ce bonheur dans le crime, c'est une stupéfaction, et voilà vingt ans que je ne reviens pas de cette stupéfaction-là.
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Nastie92Nastie92   15 décembre 2022
C'était une femme blanche, molle de tissus, mais dure d'os, au teint de lait dans lequel eût surnagé du son, car les petites taches de rousseur dont il était semé étaient certainement plus foncées que ses cheveux, d'un roux très doux.
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Enseignement 2016-2017 : de la littérature comme sport de combat Titre : Tropes de la guerre littéraire : Ami-Ennemi
Chaire du professeur Antoine Compagnon : Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie (2005-2020)
Cours du 17 janvier 2017.
Retrouvez les vidéos de ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon
Le condottiere radicalise le Bravo. Mentionné par Balzac dans sa Monographie de la presse parisienne (1843), il est le « gladiateur littéraire », l'exécuteur des basses oeuvres journalistiques, l'auteur des lâchetés anonymes de la guerre de librairie. Lucien de Rubempré en est un exemple, comme Andoche Finot, personnage de la Comédie humaine, tour à tour qualifié de « spiritue[l] condottier[e] », de «spéculateur », ou de « proxénète littéraire ». le mot est utilisé en premier par le Titien pour parler de l'Arétin, inventeur du chantage littéraire, qui fait payer les rois en échange de la sauvegarde de leur réputation. Dans le XIXe siècle français, deux figures l'incarnent particulièrement : Louis Veuillot (1813-1883) et Adolphe Granier de Cassagnac (1806-1880). le premier, polémiste catholique ultramontain, rédacteur en chef de L'Univers, est accusé – notamment par Sainte-Beuve – d'entretenir une guerre permanente des petits journaux contre les grands, qui freine le progrès littéraire au lieu de le soutenir. le second, journaliste virulent de la Monarchie de Juillet, député du Second Empire, est quant à lui le modèle du journaliste qui s'adapte aux régimes successifs. de même que Lucien dédouane Finot au nom de son courage au duel, Barbey dédouane Granier de Cassagnac au nom de son évitement constant du parti du Progrès, duquel il pouvait pourtant obtenir les plus grands avantages.
La Monographie de Balzac compte encore, comme équivalents du condottiere, eux aussi emprunts euphémisants à une langue étrangère : le guérillero, souvenir du maquisard des campagnes d'Espagne que Balzac utilise pour décrire Alphonse Karr (1808-1890), rédacteur des Guêpes ; le matador, homme de l'ombre à la fidélité incertaine.
À côté des hommes sur lesquels on ne peut pas compter, il y a ceux sans lesquels on ne peut rien faire. La littérature est un sport, y compris pour sa dimension collective, où l'opposition à un adversaire fonde la solidarité d'une équipe : c'est la dialectique forte de l'ami et de l'ennemi. Tout adversaire n'est pas ennemi, et ceux que l'on combat en duel ne sont pas ceux que l'on combat à la guerre ; il est une certaine adversité qui se rapproche de l'amitié. Réciproquement, une amitié mal conduite constitue la source des plus grandes inimitiés.
Baudelaire, dès ses Conseils aux jeunes littérateurs de 1846, analyse la dialectique « Des sympathies et des antipathies », et démontre qu'une sympathie doit être méticuleusement entretenue – signe aussi, étonnamment optimiste, qu'amitiés et inimitiés peuvent être choisies. Baudelaire lui-même est un attentif lecteur d'Illusions perdues, roman de la dialectique de l'amitié et de l'inimitié. Lucien n'a ni ami ni ennemi lorsqu'il arrive à Paris, mais c'est bien l'absence des seconds qui constitue le plus grand obstacle à sa gloire littéraire. Plus tard, il fait l'expérience de ce que la camaraderie du groupe de Lousteau peut lui offrir, par rapport à l'amitié purifiée du cénacle de Arthez. Lucien, avec le même Lousteau, finit par faire la découverte progressive de l'inimitié dans l'amitié.
Le mot de camaraderie apparaît dans ces années : Balzac attribue le néologisme à un article de Henri de Latouche en 1829, mais Janin le corrige en en attribuant la paternité à Mercier, en 1801. L'article de Latouche évoque une fatalité de dispute entre les anciens amis, réduits à se combattre mutuellement après avoir combattu ensemble. le terme a une connotation fortement négative : il désigne l'entente entre personnes aux intérêts communs, prend dans la langue le relais du compérage qui relie le charlatan de foire à son acolyte. La camaraderie désigne la même association lucrative, l'entraide facile entre éc
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