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Jean-Pierre Seguin (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080700636
182 pages
Éditeur : Flammarion (04/01/1999)
3.67/5   145 notes
Résumé :
Un des épisodes les plus romanesques de la Chouannerie et le premier volet de cette «épopée normande» que Barbey d'Aurevilly songea toute sa vie à écrire. Après des débuts littéraires incertains, l'auteur des Diaboliques trouve sa voie au moment où il retrouve son enfance, Valognes, Saint-Sauveur-le-Vicomte, le milieu familial où il a été élevé dans la nostalgie d'une culture qui est morte en 1789. C'est cette quête proustienne d'un temps, d'un monde perdu qui, par-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
3,67

sur 145 notes
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migdal
  01 octobre 2020
"Le portrait de Martin Sommervieu" m'a incité à relire une fois de plus le Chevalier des Touches et à ouvrir cette vieille édition de la fin du XIX, illustrée par Julien le Blant, que cinq générations familiales ont lu, annoté, corné, parfois taché, et assurément usé, en appréciant son éternelle actualité et son ancrage régional.
Le salon de Valognes m'évoque d'autres salons à Alençon, Lisieux, Mayenne et aussi en Bretagne, à Vannes, ou en Vendée, près des Lucs, à écouter devant une cheminée, celles et ceux qui nous ont précédé nous décrire des épisodes qu'ils ont vécus ou connus au fil des ans. Cette ambiance chaleureuse des maisons familiales, quasi inchangées au fil des années, rajeunit spontanément les mémoires et il suffit d'une retrouvaille ou d'un album photo pour lancer la conversation et revivre une des guerres mondiales, l'exode, le débarquement, le sauvetage d'un pilote allié abattu, d'un naufragé ou d'un proscrit. Quelle famille n'a pas à chaque époque son épopée et son Chevalier des Touches ? Qui n'a pas entendu Mai 1968, ou mai 1981 raconté et embelli et qui demain n'aura pas à réentendre évoquer telle action des Gilets Jaunes ou le drame du Bataclan ou de Charlie Hebdo ?
Et les Percy, l'amazone et l'abbé, je les ai croisés, ou plutôt j'ai eu la chance de connaitre leurs réincarnations et quelle famille n'a pas ces demoiselles de Touffedelys ? Ce sont nos grandes tantes qui eurent 18 ans en 1918 et restèrent célibataires suite à l'hécatombe de la grande guerre. Ce sont nos tantes dont les fiancés furent prisonniers en 1940 et massacrés ensuite en Allemagne.
J'ai passé les dernières soirées projeté dans ce salon de Valognes au milieu d'amis, qui certes n'ont connu ni la révolution ni l'empire, ni la restauration, mais ont vécu les épisodes suivants et accomplissent leur devoir de mémoire en transmettant ce qu'ils ont vécu.
Le Chevalier des Touches est intemporel, éternel, c'est le héros de chaque époque, de chaque province et c'est ce qui le rend si proche, si attachant, quoique ce chouan ne reculait devant rien comme l'illustre le terrible épisode du Moulin Bleu.
Une lecture qui dope la mémoire et excite l'imagination, voici ce que Barbey d'Aurevilly a eu le talent de nous offrir avec ce salon qui devient un écran laissant place à l'histoire et ses héros et héroïnes.
Un chef d'oeuvre que j'espère relire à l'avenir.
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Eric76
  22 mai 2016
« Et nous que la déroute a fait survivre, hélas ! » (P. Verlaine)
Qu'ils sont tristes, pathétiques, souvent grotesques et baroques, ces survivants d'un monde à jamais révolu, qui s'est effondré sur lui-même avant de tomber dans les oubliettes de l'Histoire. Tous ces « colonel Chabert », ces « Chevalier Des touches », qui errent comme des âmes en peine dans ce monde nouveau qu'ils ont combattu de toutes leurs forces, qu'ils exècrent… Une lente descente aux enfers pour ces vaincus de l'Histoire qui se demandent pourquoi ils ne sont pas morts avec leurs compagnons d'infortune.
C'est une nuit de décembre à Valognes, petite ville du Cotentin. Une nuit pluvieuse et sans lune. L'abbé Percy est seul dans la rue déserte. Il se rend chez ses amis pour leur causerie habituelle du soir quand le Chevalier Des Touches, héros perdu de la chouannerie que tout le monde croyait mort, apparaît soudainement devant lui avant de s'évanouir dans la nuit.
Secoué par cette apparition fantomatique, l'abbé raconte son histoire à son auditoire médusé, des vieillards tout comme lui, des survivants désabusés de la déroute, qui s'efforcent de croire au retour des valeurs de la monarchie. le Chevalier, ou son fantôme, est de retour à Valognes !
On remonte avec frénésie le passé, quand tous étaient jeunes et fringants. Mademoiselle de Percy, alors combattante du Roi, raconte de sa voix énergique l'expédition des douze. Douze guerriers, douze royalistes, douze chouans qui tenteront de libérer le Chevalier Des Touches, surnommé la Belle Hélène à cause de sa grâce quasi féminine, fait prisonnier par les soldats de la révolution.
C'est tragique, sanglant, et funèbre. C'est courtois. Les haines sont implacables et les vengeances terribles. C'est parfois totalement improbable. Comme tous les barouds d'honneur, c'est beau, c'est bruyant, et parfaitement inutile, car la révolution a déjà triomphé.
Puis la vieillesse et le désabusement reprennent le dessus. A quoi bon exhumer cette histoire que tout le monde a oublié à l'exception de ces vieux birbes assis frileusement autour d'un feu de cheminée ? C'est au moment où Mlle de Percy se décide à poser l'éteignoir sur cette triste épopée qu'elle voit ce jeune garçon oublié dans un coin d'ombre. Il regardait les yeux grands ouverts ces reliques du passé qui s'étaient souvenus de leur splendeur déchue ; il avait tout écouté de ses deux oreilles, bien décidé à empêcher l'histoire du Chevalier Des Touches de disparaître à jamais de la mémoire des hommes.
Challenge XIXème siècle 2016

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michfred
  21 juillet 2017
Il n'y a pas de bonnes histoires : il n'y a que de bons conteurs ! L'histoire du chevalier Des Touches ne serait qu'un épisode sanglant et mouvementé de la Chouannerie cotentinoise sans son conteur exceptionnel.
Ou plutôt sa conteuse, si l'on peut affecter ce féminin à quelqu'un qui , de son propre aveu, n' a jamais été femme « que sur les fonts de (son) baptême, et qui, hors de là, ne (fut) toute (sa) vie qu'un assez brave laideron, dont la laideur n'avait pas plus de sexe que la beauté du chevalier Des Touches n'en avait! » .
Barbe-Petronille de Percy, dite « le major » entreprend de conter l'histoire épique et violente du chevalier Des Touches, que l'on croyait mort, et dont on vient de croiser l'inquiétante silhouette dans le village, une nuit de veillée où elle reçoit dans son salon aristocratique retrouvé tout décati après l'Emigration, ses vieux amis – son frère l'abbé de Percy, le baron de Fierdrap, féru de chasse, deux antiques jumelles pâlottes et discrètes , les demoiselles Touffedelys- tout un programme !- et la très sourde et encore belle Aimée de Spens, héroïne, bien malgré elle, de cette histoire pleine de sang et de fureur.
Comme Aimée n'entend rien et fait benoîtement sa tapisserie au petit point, la conteuse et son public s'adonnent sans retenue aux charmes du récit et de ses interruptions –digressions, toujours hautes en couleurs !
Tout le plaisir de la lecture est dans cette atmosphère de veillée, son parler d'autrefois, volontiers gaillard, plein de couleur locale- celle du Cotentin de Barbey !
Un enfant traîne aussi dans les parages : c'est Barbey, justement, qui, des années après ce récit inoubliable mais incomplet- clos sur son mystère- lui apportera la dernière touche..(la dernière touche de Des Touches, il fallait y penser) , et elle est rouge comme le sang, cette touche, rouge comme le moulin sanglant, rouge comme les fleurs de l'asile d'aliénés et rouge comme la pudeur quand on la risque héroïquement !
Mais je n'en dirai pas plus : enfoncez-vous dans la bergère, là, près du feu qui chauffe, et écoutez Barbe-Pétronille aux prénoms pleins de mâles frémissements, mais femme pourtant, ex Chouanne de choc, ex major sur le front royaliste , vous raconter avec sa verve flamboyante et sans mâcher ses mots, l'histoire d'un chouan trop beau, trop féminin, surnommé la Guêpe, guerrier sans peur et sans pitié, grand chevaucheur de vagues, ravitaillant en armes venues d'Angleterre le maquis royaliste de la Chouannerie cotentinoise, qui fut pris par les Bleus, délivré par les siens au prix d'un grand massacre et sauvé in extremis par une femme…
Une histoire aux couleurs de cette République honnie par Barbey d'Aurevilly : blanc comme la fleur de lys , comme la virginité, blanc comme les habits de blatiers- vareuses blanches et larges chapeaux blancs dits « couvertures à cuve » , tout saupoudrés de poussière de farine- dont se travestissent les Douze, corps d'élite des Chouans dans leur opération contre la prison de Des Touches ; bleu comme l'habit de ces soldats républicains détestés, bleu comme leur moulin; rouge comme ce même moulin après l'expiation de son crime, rouge comme les joues de la belle Aimée - quand elle entendait encore, et qu'on prononçait devant elle le nom du Chevalier Des Touches…

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cmpf
  02 mai 2015
Ce pourrait être une pièce de théâtre classique. On y trouve effectivement l'unité de temps, une soirée, l'unité de lieu, un salon et l'unité d'action, le récit des aventures du vendéen des Touches.
Dans les dernières années de la Restauration, comme l'incipit le déclare, quelques vieux royalistes se réunissent ainsi qu'à l'accoutumée pour passer la soirée. Mais l'arrivée de l'un des participants, l'abbé, oriente la discussion. Il déclare avoir croisé l'espace d'un instant le chevalier des Touches que tout le monde croit mort. Commence alors le récit par Mademoiselle Barbe de Percy, vieille demoiselle qui n'a pas hésité à participer activement à la chouannerie, de l'histoire de ce chevalier.
Ce chevalier, nommé en réalité Destouches, en un seul mot, a réellement existé. Il faisait office de messager entre Granville et Jersey. Il fut arrêté, condamné à mort, délivré et se cacha plusieurs mois. Il repartit à Jersey mais devint fou. Estimé guéri, il fut relâché avant de finir sa vie à l'asile du Bon Sauveur à Caen, où Barbey d'Aurevilly l'a rencontré. Mais l'écrivain l'a largement magnifié tant au physique, qu'au moral et s'est librement inspiré de la réalité.
Le roman vaut, à mon avis surtout pour la peinture des personnages et l'atmosphère fin de règne que Barbey d'Aurevilly crée. On sent presque le feu de bois, la poussière retenue dans de lourds rideaux et des tapis. Son style régulièrement agrémenté d'expressions locales a pour moi beaucoup de charme.
Challenge 19ème siècle 2015
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Gwen21
  13 novembre 2020
En 1858, Jules Barbey d'Aurevilly rencontre Jacques Destouches alors interné à l'asile du Bon-Sauveur de Caen, "maison de santé" où il passa les trente-deux dernières années de sa vie. Mais qui est Jacques Destouches ? C'est un personnage historique, ancien Chouan ayant participé à la guerre des partisans en Normandie - car la Chouannerie a dépassé les frontières de la seule Vendée.
"Le chevalier des Touches" est un roman qui se veut biographique mais qui en vérité est assez éloigné de la réalité avérée par L Histoire. Arrêté à Avranches et condamné à mort à l'âge de dix-huit ans, Jacques Destouches sera délivré par ses acolytes à la suite d'une périlleuse expédition. le récit tourne donc entièrement autour du récit de ses aventures, narrées par une vieille fille ayant eu partie liée avec les révoltés au service des royalistes. Beaucoup d'aventures structurent donc la narration, servie par un style académique non déplaisant.
Balzac eut peu d'admirateurs aussi fervents que Barbey d'Aurevilly. On se rappellera sans doute que ledit Honoré écrivit en 1828 "Les Chouans", un roman aussi historique que politique puisque paru sous le règne de Charles X. Nul doute que Barbey d'Aurevilly s'inspira une fois encore du Maître au moment d'écrire "Le chevalier des Touches". Hommage certain, associé à sa propre curiosité qui lui fit rencontrer son sujet quelques années avant qu'il ne meure dans l'oubli. Là encore, est-ce le souci de l'hommage qui le pousse à sublimer dans cette fiction historique les vertus et capacités d'un loyal serviteur des Bourbon qui, s'il ne manqua certes pas de courage, sombra dans la folie au point qu'il fut envoyé au loin, jusqu'au Canada. le portrait que brosse Barbey d'Aurevilly du turbulent contre-révolutionnaire manque certes d'objectivité mais non de sentiment. A lire comme un simple récit d'aventures guerrières et sentimentales.

Challenge XIXème siècle 2020
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   18 mai 2016
Le moment était pour nous si solennel, monsieur de Fierdrap, que j'ai gardé les moindres impressions de cette nocturne entrée dans Coutances et le long de ces rues où nous avancions comme sur une trappe dont on se défie et qui peut s'ouvrir tout à coup et vous avaler, et que je me rappelle parfaitement une vieille dame en cornette de nuit et en serre-tête, le seul être vivant de cette ville ensevelie toute entière dans ses maisons comme dans des tombes, laquelle, à la fenêtre d'un haut étage, vidait, au clair de la lune, une cuvette avec précaution et mystère, et mettait à cela une telle lenteur, que les gouttes du liquide qu'elle versait auraient eu le temps de se cristalliser avant de tomber sur le sol, s'il avait fait un peu plus froid. Elle en accompagnait la chute de l'avertissement charitable : " gare l'eau ! gare l'eau !" prononcé d'une voix tremblotante, qu'elle veloutait pour n'éveiller personne, et qui disait à quel point elle était consciencieuse dans ce qu'elle faisait, et même timorée. A chaque goutte qui tombait ou qui ne tombait pas, elle répétait du même ton dolent son " gare l'eau " monotone... Nous nous rangeâmes contre le mur d'en face, craignant qu'elle ne nous aperçût... Mais trop occupée pour cela, elle continua d'épancher sa source éternelle, en diésant toujours son " gare l'eau ! "
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Eric76Eric76   16 mai 2016
L'abbé disait d'elle encore ce joli mot à la Fontenelle, pour exprimer le charme attachant de sa personne : " Autrefois, elle faisait des victimes ; à présent elle ne fait plus que des captifs. " Le foisonnant buisson de roses s'était éclairci, les fleurs avaient pâli et se dépouillaient, mais en se dépouillant, le parfum de tant de roses ne s'était pas évaporé. Elle était donc toujours Aimée... L'outremer de ses longs yeux de " fille des flots ", qui distinguait, comme un signe de race, cette descendante des anciens rois de la mer, ainsi que les chroniques désignent les Normands, nos ancêtres, n'avait plus, il est vrai, la radieuse pureté de ce regard de Fée, ondé de bleu et de vert, comme les pierres marines et les étoiles, et où semblaient chanter, car les couleurs chantent au regard, la Sérénité et l'Espérance ! Mais la profondeur d'un sentiment blessé, qui teignait tout de noir dans l'âme d'Aimée, y versait une ombre sublime. Le gris et l'orangé, ces deux couleurs du soir, y descendaient et y jetaient je ne sais quels voiles comme il y en a sur les lacs de saphir d'Ecosse...
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Eric76Eric76   11 mai 2016
- Le Chevalier Des Touches ! dit-elle comme se parlant à elle-même, bien plus qu'à ceux qui étaient là. Et, par la Mort-Dieu ! pourquoi pas ? ajouta t'elle, car elle avait rapporté des vieilles guerres, au clair de lune, des jurons et des mots énergiques qu'elle ne disait pas d'ordinaire, mais qui revenaient à ses lèvres quand quelque passion la reprenait, comme des oiseaux sauvages et effrontés reviennent à quelque ancien perchoir abandonné depuis longtemps. Après tout, ce n'est pas impossible ! Un homme qui a fait la guerre des Chouans et qui n'y est pas resté, à la vie dure. Au lieu de débarquer à Granville, il aura pris terre à Portbail ou au havre de Carteret, et il aura passé par Valognes pour retourner dans son pays ; car il est, je crois, du côté d'Avranches. [...] Mais, mon frère, si vous êtes sûr que ce fut lui, le Chevalier Des Touches, pourquoi l'avoir laissé vous quitter si vite et ne l'avoir pas contraint, du moins, à vous parler ?
- Suivi ! parlé ! répondit gaiement l'abbé au ton sérieux et passionné de mademoiselle de Percy ; mais on ne suit pas un coup de vent quand il passe, et on ne parle pas à un homme qui, comme un farfadet, pst ! pst ! est déjà bien loin quand on commence à le reconnaître...
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migdalmigdal   28 septembre 2020
C'était un vieil appartement comme on n'en voit guère plus, même en province, et d'ailleurs tout à fait en harmonie avec le groupe qui, pour le moment, s'y trouvait. Le nid était digne des oiseaux. A eux tous, ces vieillards réunis autour de cette cheminée formaient environ trois siècles et demi, et il est probable que les lambris qui les abritaient avaient vu naître chacun d'eux.
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Gwen21Gwen21   10 novembre 2020
La Hocson avait eu son fils tué par les chouans ; non pas tué au combat, mais après le combat, comme on tue souvent dans les guerres civiles, en ajoutant à la mort des recherches de cruauté qui sont des vengeances ou des représailles. Tombé dans une embuscade, après une chaude affaire, où les Bleus avaient couché par terre beaucoup de chouans, car ils avaient avec eux une pièce de canon, ce jeune homme avait été enterré vivant, lui vingt-quatrième, jusqu’à cet endroit du cou qu’on appelait dans ce temps-là la place du collier de la guillotine. Quand ils virent ces vingt-quatre têtes, sortant du sol, emmanchées de leurs cous, et se dressant comme des quilles vivantes, les chouans eurent l’idée horrible de faire une partie de ces quilles-là avant de quitter le champ de bataille et de les abattre à coups de boulets ! Lancé par leurs mains frénétiques, le boulet, à chaque heurt contre ces visages qui criaient quartier, les fracassait en détail…, et se rougissait de leur sang pour revenir les en tacher encore. C’est ainsi que le fils Hocson avait péri.
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Vidéo de Jules Barbey d'Aurevilly
Jules Barbey d’Aurevilly 4/4 : Une lecture historienne de Barbey (France Culture / La compagnie des auteurs). Photographie de Jules Barbey d'Aurevilly vers 1860 • Crédits : Photo by Hulton Archive/Getty Images - Getty. Une émission produite par Matthieu Garrigou-Lagrange et réalisée par Laurence Millet. Diffusion sur France Culture le 18 avril 2019. “La vengeance d'une femme”, l'une des “Diaboliques” de Barbey, fait l'objet d'une lecture historienne qui nous apprend sur les pratiques de lecture et les usages sociaux de l'auteur et de la société de son époque. Judith Lyon-Caen, directrice d'études et maître de conférences à l'EHESS, spécialiste des liens entre littérature et histoire, éditrice des “Romans” de Barbey dans la collection “Quarto” en 2013, a fait paraître chez Gallimard en 2019, “La griffe du temps. Ce que l'histoire peut dire de la littérature”. Elle s'intéresse en particulier à une nouvelle issue des “Diaboliques” de Barbey : “La vengeance d'une femme”. Dans cette nouvelle, qui raconte l'histoire de la femme d'un grand d'Espagne qui veut se venger après la terrible mort de son amant sous ses yeux, les couleurs tirent vers le rouge, l'ocre, le jaune. Notre invitée entend montrer “ce que l'histoire peut dire de la littérature”, en soulignant que le texte de Barbey offre un fin feuilletage temporel, et dit quelque chose d'un passé qui parvient jusqu'à nous. Ce passé, c'est celui des pratiques sociales et des usages en vigueur à l'époque de Barbey, notamment en ce qui concerne l'histoire de la prostitution. On assiste à la création d'un topos littéraire, depuis “La Fille aux yeux d'or” de Balzac, présente en creux dans le texte aurevillien, jusqu'à la “Nana” de Zola. La complexité de la temporalité à l’œuvre chez Barbey se cristallise dans l'image d'un mystérieux bronze ancien, qui rappelle également l'histoire des images licencieuses... Il faut aussi garder en tête le vers baudelairien, qui nous dit dans le poème “Le Cygne”, au détour d'une promenade parisienne, que :
« Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville Change plus vite, hélas ! que le cœur d'un mortel) »
La géographie parisienne porte l'empreinte silencieuse, le coup de “griffe” des grands travaux haussmanniens et la construction en creux d'une mémoire. À travers “La vengeance d'une femme”, l'on perçoit ainsi la construction d'une écriture romanesque lue au prisme des bouleversements historiques que connaît Barbey lui-même.
Jacques Bonnaffé termine cette semaine par un écho à Du Bellay, avec le recueil “Sans adresse” de Pierre Vinclair, qui propose des sonnets autour de l'exil du poète.
MUSIQUE GÉNÉRIQUE : “Panama”, de The Avener (Capitol) fin : “Dwaal”, de Holy Stays (Something in Construction)
MUSIQUE CHRONIQUE : “Self portrait” de Chilly Gonzales (Gentle threat)
Source : France Culture
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