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Hubert Juin (Autre)Jacques Petit (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070369102
Éditeur : Gallimard (21/01/1977)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 195 notes)
Résumé :
Lors de la traversée de la lande de Lessay, le narrateur, accompagné de Maître Tainnebouy, entend dans la nuit des cloches sonner. Son compagnon lui apprend que c'est la cloche de l'abbaye de Blanchelande, qui sonne la messe de l'abbé de la Croix-Jugan. Il lui conte alors la terrible histoire de Jeanne-Madeleine de Feuardent et de l'abbé de La Croix-Jugan, ancien chouan...
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  02 juillet 2016
Amateurs de sensations fortes, vous avez trouvé votre récit, amoureux de l'art d'écrire, vous avez trouvé votre conteur!
L'ensorcelée vous emmène sur la lande cotentinoise, normande, certes, mais déjà un peu bretonne par ses prieurés abandonnés, ses cloches funestes, ses bergers errants et un peu sorciers...
Dans un système savant de récits emboîtés où la forte langue d'un conteur populaire- le sympathique Maître Louis Tainneboy- toute mâtinée de patois - ainsi dit-on "tousée" pour "tondue", par exemple- se mêle à la langue élégante, recherchée et truffée d'archaïsmes- "fieffée" pour "louée", voilà qui fait furieusement ancien régime - d'un Barbey plus dandy et hors norme que jamais, de parler en parler, et de parenthèse en parenthèse, donc, L'Ensorcelée nous entraîne , et nous embobine mieux qu'un sortilège dans une histoire farouche où les passions impriment sur les visages leur marque de feu.
C'est le visage torturé du Moine soldat, Jéhoël de la Croix-Jugan- un nom magnifique!- , c'est le visage marbré de taches d'une "couleur violente, couperose ardente de son sang soulevé" de Jeanne-Madelaine le Hardouey née de Feuardent- un nom prédestiné!
Mais ce sont loin d'être des passions partagées!
Passion politique pour l'un - la Chouanerie est encore bien vivante sur cette terre catholique et monarchiste- et passion amoureuse pour l'autre.
En tous les cas, rien de très chrétien dans ce moine suicidaire et violent, criant vengeance et représailles, et tout encapuchonné de noir, qui fait à la fois penser à celui de Lewis et au tableau de Zurbaràn..(d'ailleurs Barbey doit lui aussi avoir ce tableau en tête quand il décrit, du point de vue des paysans, son moine diabolique " la bouche en feu du four du diable, disaient ces paysans qui savaient peindre avec un mot, comme Zurbaràn avec un trait" )....
Le charme de ce récit, donné pour véridique et rattaché de toutes ses fibres aux coutumes, moeurs, histoire, conflits locaux et régionaux, vient de ce qu'il flirte très ostensiblement avec la magie, l'irrationnel, le diabolique.
Même le paysage semble habité d'une vie envoûtante et volontiers maléfique: haies qui ont des oreilles, creux masqués d'ombre où se couchent les brigands, feux de tourbe des jeteurs de sort de grand chemin, sources claires d'un lavoir où flottent blanche coiffe et triste noyée, coucher de soleil orange comme la géhenne...
Les personnages secondaires sont inoubliables: la Clotte, vieille belle au passé sulfureux dont Barbey fait, par goût de la provocation, la voix de la "morale" que personne n'écoute et qu'on fera taire violemment, Nônon Cocouan, alerte commère à la langue bavarde, Louisine-à-la Hache-, belle guerrière aguerrie, Maître le Hardouey, ancien "Bleu" et acquéreur des biens de l'Eglise, et le Pâtre, enfin, insolent et insaisissable, ensorceleur de troupeaux et de brebis perdues...
Prenez, prenez donc la route de la lande, mais surtout perdez-la, allez à la male herbe, sur les sentiers dangereux où l'on croise des chats qui parlent et des brigands qui se taisent, des Moines qui jurent comme des diables et des épouses infidèles chaudes comme des garces!

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5Arabella
  15 janvier 2018
Je dois avouer qu'en littérature j'aime les excès. le presque trop, à la limite du kitch, si on veut. Ou le presque rien, le dépouillement extrême. Barbey d'Aurevilly, de par son style, si imagé, si plein de termes excessifs semble de plein droit appartenir au premier type. Mais les choses sont plus compliquées.
Je m'explique. Dans l'Ensorcelée, il y a comme deux livres, écrits chacun selon leur logique et leur cohérence propre. le premier, serait le récit réaliste des événements survenus à Blanchelande, quelque part autour de 1804 (mort du duc d'Enghiens, le seul événement historique datable que j'ai repéré). Ces événements sont relativement courts à résumer, très linéaires, très prévisibles, les choses sont annoncées d'avance, et ne se détourent pas de ce que l'on attend, très simples en fait.
Une femme mal mariée, à un homme plus âgé, qu'elle n'aime pas et même méprise, alors qu'elle est encore jeune, mais au moment où elle va cesser de l'être, développe un amour malsain pour un prêtre défiguré. Ce dernier se sert de cet amour pour utiliser Jeanne comme agent dans ses activités de Chouan. Une fois qu'il n'en a plus l'usage, il la laisse tomber. Elle en meurt, probablement en se suicidant. le mari, qui aime sa femme, et déteste le prêtre, se venge en tuant ce dernier.
Et dans ce récit réaliste, tout est en suggestions et dans les choses à demi-dites, mais en même temps très limpides. La personnalité de Jeanne, tout en frustrations, et dont le coeur et encore plus le corps, se révoltent contre la vie qu'elle doit subir, et que l'on devine même si Barbey ne nous donne aucun détail, mais la courte partie dans laquelle il précise les circonstances du mariage sont très parlantes. le dégoût, l'insatisfaction morale et physique de la vie qu'elle mène avec son mari, font que dans cette période de sa vie où sa jeunesse est en train de finir, elle se lie follement, à quelqu'un qui d'une certaine façon la ramène à son passé, à un moment où tout était possible. Mais ce « choix » amoureux pose aussi la problématique du masochisme du personnage. Aimer un prêtre, un homme dont la laideur est effrayante, et un homme d'un orgueil monstrueux c'est forcement se condamner à souffrir, et ne pas pouvoir vivre une véritable relation amoureuse. le rapport dominé-dominant dans une relation de type amoureux est suggérée dans le récit, même si là encore Barbey n'insiste pas et laisse son lecteur deviner les choses. de même l'amour malheureux de Thomas pour sa femme, est lisible entre les lignes. Il l'a épousé sans dote, elle semble faire à peu près ce qu'elle veut chez elle, il lui fait confiance, cela ne devait pas être si courant à l'époque. Et il tue l'homme qui au-delà d'être le responsable de la mort de se femme, est celui qui elle aimait. Un triangle amoureux, voué à la souffrance, pervers au possible, comme Barbey les dresse dans pratiquement tous ses livres. Il est un observateur impitoyable de la nature humaine dans ce qu'elle a de plus trouble, et ses constats sont froids et sans appel.
Ce premier roman contenu dans l'Ensorcelée est finalement plus que sobre et dépouillé, presque rien, et les choses sont bien plus suggérées que dites de façon explicite.
Mais par-dessus ce récit si simple, un autre se superpose. Et celui-ci est baroque au possible. Il y a du fantastique, de la sorcellerie, de mystérieuses cloches qui sonnent, des visions dans un miroir, des morts qui célèbrent des messes maudites. Et plein de personnages pittoresques, qui avec leur accent et leur bonhomie racontent des histoires. Et racontent l'histoire de Jeanne en expliquant les événements par des envoûtements, des bergers sorciers, et autres diableries. Parce que c'est finalement plus rassurant de croire que ce sont des interventions de ce type qui sont la cause de ce qui s'est passé, et non pas le désir, le goût de la souffrance, la perversité qui se cache dans le coeur de chacun d'entre nous. Plutôt que de croire qu'une femme à priori sensée, une riche et excellente maîtresse de maison, peut se prendre de malsaine passion pour un être monstrueux, de corps et d'esprit, jusqu'en mourir, il vaut mieux se dire que c'est la vengeance de bergers sorciers. Et Barbey se délecte visiblement dans les descriptions fantastiques, les bergers démoniaques et les sortilèges, il en rajoute sans vergogne dans le climat trouble. Sachant très bien que ses lecteurs vont adorer. Malgré tout, sauf la scène ou maître Thomas voit son coeur mangé à la broche, peu de faits réellement surnaturels sans aucun doute se produisent. Plus une ambiance et une menace qui plane que des véritables événements.
Et si on suit bien le récit, à aucun moment le narrateur ne dit clairement s'il croit à la version fantastique de l'histoire. La vérification définitive, serait d'assister à une des messes de l'abbé de la Croix-Jugan célébrée après sa mort. Mais :
"Plus tard, j'ai voulu me justifier ma croyance, par une suite des habitudes et des manies de ce triste temps, et je reviens vivre quelques mois dans les environs de Blanchelande. J'étais déterminé à passer une nuit aux trous du portail, comme Pierre Cloud, le forgeron, et à voir de mes yeux ce qu'il avait vu. Mais comme les époques étaient fort irrégulières et distantes auxquelles sonnaient les neuf coups de la messe de l'abbé de la Croix-Jugan, quoiqu'on les entendît retentir parfois encore, me dirent les anciens du pays, mes affaires m'ayant obligé à quitter la contrée, je ne pus jamais réaliser mon projet."
Cette façon d'imbriquer les choses, d'avoir plusieurs niveaux du récit, de suggérer, de laisser dans l'ombre les aspects les plus essentiels du livre, tout en donnant l'impression de conter quelque chose de très truculent, patoisant, est tout simplement génial. Et fait que l'on peut relire le livre plusieurs fois, et y trouver des éléments différents à chaque lecture. Les côtés emphatiques et très baroques, qui frappent au premier abord, ne sont qu'une première couche, qui cache bien d'autres aspects, si on se risque à la gratter. Et on arrive très vite à quelque chose de très dur et froid. Barbey d'Aurevilly, c'est le feu et la glace en même temps.
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Woland
  14 juillet 2014
Après "Les Diaboliques" et avant "Une Vieille Maîtresse", "L'Ensorcelée" est probablement le roman le plus connu de Barbey. C'est en tous cas, au niveau de la construction narrative ainsi que pour l'utilisation du fantastique dans l'histoire, un roman pour ainsi dire parfait. S'ajoute à ces caractéristiques, et c'est la première fois, une dimensions historique, celle de la Chouannerie vendéenne, qui contribue à donner à cette "Ensorcelée" une épaisseur de trame qui nous confirme que l'écrivain s'est enfin trouvé et qui sait où il va.
Nous avons eu déjà l'occasion de le faire remarquer : Barbey d'Aurevilly est un conteur né. Il aime lorsque les récits s'enchâssent l'un dans l'autre, lorsqu'une voix succède à une autre, ce qui lui permet, comme dans "Une Vieille Maîtresse", de faire entendre au lecteur des points de vue différents, voire contradictoires, dans le but, non avoué mais évident, de l'inciter à trouver lui-même sa propre voie.
"L'Ensorcelée" débute ainsi par le récit d'un premier narrateur, en qui l'on discerne sans peine, même s'il s'efface pendant la plus grande partie du récit, le "maître du jeu" qui va bâtir en fait le roman et ordonner sa construction dans le sens voulu par l'auteur. Est-on obligé d'y voir Barbey ? Certainement moins qu'à l'habitude, le personnage n'ayant absolument pas les effets dandys qui sont propres à ses incarnations habituelles : Barbey n'intervient ici qu'à titre de créateur, un créateur hanté à l'époque par l'idée d'écrire plusieurs romans historiques à la Walter Scott, se déroulant au coeur de sa région natale, la Normandie. Nous sommes loin, très loin des salons parisiens et de leur élégante préciosité. L'écrivain va même jusqu'à utiliser ici toute une foule d'expressions pâtoisantes qui font d'ailleurs très "couleur locale" et comblent le lecteur tant elles sont toujours fort bien amenées.
A ce narrateur d'origine normande mais qui ne fait que passer dans son pays d'origine, se substitue très vite maître Louis Tainnebouy, riche fermier cotentinais avec qui il traverse de nuit une lande dotée d'une très mauvaise réputation (brigands et apparitions diverses, en gros), la lande de Lessay. C'est Tainnebouy qui, sa jument s'étant blessée au sabot, va, durant les heures de repos forcé qu'il passera sur la lande avec son compagnon, nous conter la mystérieuse histoire de l'abbé de la Croix-Jugan dont, pour son malheur, va tomber amoureuse Jeanne-Madelaine le Hardouey, née de Feuardent - tout un programme. Pour son malheur disons-nous car la jeune femme est retrouvée un jour noyée dans un lavoir. Meurtre ou suicide ? On pencherait volontiers pour le dernier mais il y a à vrai dire tant de tensions, tant de bizarreries dans l'air ambiant, tant de commérages aussi sans oublier la foule de non-dits mais surtout de "trop-dits" et de sous-entendus, que le premier n'est peut-être pas à écarter tout-à-fait ...
Au lecteur de se faire son opinion. de même, lui faudra-t-il choisir entre le paranormal carrément malveillant et le pragmatisme le plus sûr de sa science s'il lui prend fantaisie de vouloir expliquer ces pâtres-bohémiens qui vont et viennent sur la lande, chassés de partout ou presque et maudissant solennellement à tour de bras quiconque leur porte tort - Madelaine, tout comme son époux, avait reçu cette malédiction - et surtout ce que Barbey voulut un temps donner comme titre à son roman, c'est-à-dire "la messe de l'Abbé de la Croix-Jugan", une messe spectrale, une messe qui célèbre plus la damnation d'une âme que sa rédemption, une messe qui se déroule dans un flamboiement rougeâtre des plus spectaculaires et à laquelle assista une nuit - troisième récit, celui-là indirect, qui apporte à "L'Ensorcelée" sa touche finale et somptueusement infernale - le malheureux Pierre Cloud, lequel avait été mêlé d'assez près à l'affaire des le Hardouey.
Pierre Cloud, reconnaissons-le, ne s'endormait pas devant les bonnes chopines. Mais doit-on pour autant taxer ses dires de billevisées d'ivrogne ? ...
Barbey a passé tout son roman à nous préparer à cette fin. Il a fait monter crescendo en un premier temps le malaise simple, qui vous donne un petit frisson, mais sans plus, avant d'embrayer avec l'angoisse franche, qui vous glace les réflexes et le raisonnement, les deux marinant dans l'horreur, celle-là bien réelle (oh ! que c'est habile, cette réalité sauvage, impitoyable, gorgée de violence, qui a conduit un homme deux fois aux abîmes de la Mort avant de le ramener à la vie, changé à jamais - ou peut-être inchangé au contraire, ce qui se révèlerait bien pire ) puisqu'elle est due aux excès de la guerre civile, qui, en l'An VI de la République française, s'abat sur le destin de la Croix-Jugan, personnage aussi fascinant que rebutant. Non en raison de ses traits complètement défigurés mais plutôt parce qu'il semble que son âme - ou son esprit, là aussi, choisissez ce qui vous gêne le moins :evil: - ait été, dès le départ, marquée par le sceau du Mal. Un Mal au sens large, un Mal qu'on préfère ne pas avoir à définir, le Mal abstrait à l'état pur dont la puissance presse comme un citron quiconque se laisse séduire par lui avant de le rejeter en le vouant au suicide ... ou au crime. L'abbé de la Croix-Jugan, qui parle si peu, est en lui-même - et restera - un mystère car Barbey ne lui donne jamais l'occasion de nous exprimer son point de vue : le faire eût sans aucun doute privé le personnage des trois-quarts de, sinon de toute, son authenticité.
Fait exceptionnel, ce "Méchant" - le plus achevé de son auteur - qui tient pourtant du bon vieux mélodrame par bien des points dont son impassibilité de surhomme avant l'heure, ne nous paraît jamais outrancier ou incroyable, et certainement pas ridicule. Plus on s'enfonce dans le roman, plus La Croix-Jugan nous fait peur. Même si l'on ne sait absolument pas où il est allé ni ce qu'il a réellement fait ou pas, l'orgueil luciférien que nous lui découvrons, constante de son caractère jusque sous les baïonnettes des Bleus, nous assure qu'il est allé trop loin et qu'il a fait beaucoup trop. On a de lui l'image d'un être quasi mutique, plein de mépris et de hauteur, homme du monde encore quand il se retrouve parmi les aristocrates du temps jadis, mais c'est avant tout un "maudit" de très grande classe et l'un des meilleurs en ce genre qu'ait jamais produit la littérature française et même mondiale. Un maudit à la Barbey d'Aurevilly, c'est-à-dire un mélange de romantisme byronien et de matérialisme pur, un personnage qui, en bonne logique, ne devrait pas s'imposer avec une telle puissance au lecteur d'abord sans méfiance, puis de plus en plus hérissé et enfin sursautant à chaque bruit qu'il perçoit dans un coin de sa chambre. Oeuvre réaliste et cependant lyrique, roman historique et roman de terroir si l'on y tient, "L'Ensorcelée" est avant tout une époustouflante histoire de fantômes qui n'en sont pas et d'humains qui sont des fantômes. En cela réside toute l'insidieuse la magie de ce livre que je vous conseille de ne jamais lire après minuit. ;o)
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Fortuna
  02 juillet 2018
Par une nuit sans lune du début de l'automne, deux hommes cheminent à cheval à travers la sauvage et aride lande normande de Lessey. Forcés de s'arrêter car une jument se met à boiter, il leur semble alors entendre les neufs coups de cloche d'une église dans les profondeurs des ténèbres. Maitre Tainebouy y reconnait celle de Blanchelande et entreprend de conter à son compagnon l'histoire de son étrange abbé de la Croix Jugan dont s'était éprise d'une fatale passion Jeanne le Hardouay, née de Feuardent, déchue par son mariage au rang de roturière. le décors est dressé.
Comment cet ancien chouan, ce prêtre à la gueule cassée par ses propres balles, cet être orgueilleux et impassible, entièrement voué au service de deux causes, Dieu et la monarchie, a t-il pu inspirer un tel amour ? Amour profondément tragique que nous narre Barbey d'Aurevilly avec cette puissance d'écriture et ce don de raconter ces histoires terrifiantes qui nous tiennent en haleine jusqu'à la fin. Rien n'arrête la cruauté des hommes, leur faiblesse face à la destinée et aux forces qui les dépassent, leur désir de vengeance, leur croyance dans les sortilèges dont l'amour fait parti, étroitement lié à la mort. D'où le terme d'ensorcellement dont est victime Jeanne plus que coupable.
L'auteur nous plonge à nouveau dans un récit où le romantisme s'allie au fantastique, au plaisir des légendes murmurées au coin du feu, sur le fond réel de la terrible guerre des Chouans qui se sont opposé jusqu'au bout à la République, laissant des traces profondes dans les esprits, et nous peint des personnages en proie à des tourments qui évoquent les flammes de l'enfer...Tout en gardant cette fraicheur et cette actualité qui font que nous frémissons encore aujourd'hui à ces faits d'un autre temps...Ensorcelant !
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Aaliz
  17 avril 2013
J'ai fait la connaissance de Jules Barbey d'Aurevilly lorsque j'étais encore au lycée. Notre prof de français nous avait demandé de lire Une vieille maîtresse. Je me souviens d'avoir beaucoup apprécié cette lecture malgré une première moitié du livre ennuyeuse à mourir et qui aura eu raison du peu de courage de mes camarades de classe de l'époque. Mais pour les quelques rares téméraires qui ont poursuivi la lecture jusqu'au bout, leur volonté aura été récompensée par une deuxième moitié absolument passionnante pour laquelle je me rappelle mon enthousiasme.
Je n'avais pas renoué avec Barbey depuis lors, bien que ma bibliothèque comptât parmi ses rayonnages deux autres oeuvres de cet auteur. J'ai donc proposé l'une d'entre elles, L'ensorcelée, en lecture commune. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre et j'ai abordé ce roman sans aucun a priori. Et la surprise fut plutôt agréable.
L'ensorcelée est un roman qui oscille entre le fantastique et le réel. Barbey y a mis tous les ingrédients caractéristiques d'un roman fantastique : des personnages énigmatiques, une lande désolée et lugubre, des scènes étranges, des légendes et des superstitions, un brin de sorcellerie bref … un véritable cocktail détonnant.
Et parmi ces personnages énigmatiques, on compte surtout l'abbé de la Croix-Jugan, cet homme mystérieux qui fait tourner les têtes et le coeur des femmes jusqu'à leur complet dépérissement.
L'auteur l'assimile souvent à la figure du Diable, de par son aspect physique tout d'abord mais aussi par son comportement froid et distant. le lecteur est pourtant dans la confidence et connaît l'histoire de l'abbé contrairement aux autres personnages. Mais malgré ça, il est resté quand même pour moi doté d'une aura mystérieuse tout au long du récit car finalement on ne sait pas tant de choses que ça sur son compte. Tantôt on le croit sans coeur et tantôt on le voit voler au secours d'une pauvre vieille mourante.
C'est une façon assez cruelle pour l'auteur d'aborder le thème de l'amour non partagé. La pauvre Jeanne n'est pas la première victime de l'abbé ce qui lui donne une dimension mystérieuse supplémentaire, comme si l'abbé avait le pouvoir d'ensorceler ses admiratrices. Que le lecteur ne s'imagine pas obtenir une explication à tout ça, il devra se contenter de son imagination et de ses propres suppositions.
Cette histoire de l'abbé de la Croix-Jugan nous est rapportée par le narrateur qui la tient lui-même d'un fermier rencontré au hasard d'un voyage et complétée ensuite par ses propres recherches. le procédé est intelligent car il excite la curiosité du lecteur. Qui n'aime pas qu'on lui raconte les vieilles histoires, les légendes d'un village ou d'une région ?
Qui plus est, Barbey nous relate tout ça dans un style magnifique où il n'hésite pas à utiliser le patois local normand ce qui donne encore plus d'authenticité et de réalisme au texte.
Il ancre son récit dans un contexte particulier qui est celui de la chouannerie normande. Il est vrai qu'en ce qui concerne la chouannerie, on pense surtout à la Vendée et j'ai trouvé très intéressant que Barbey nous parle de ce qu'il en était de ce mouvement contre-révolutionnaire dans une autre région ( la sienne et aussi celle où j'ai grandi ). le contexte lui donne d'ailleurs l'occasion de nous exposer ses vues politiques : clairement royaliste, Barbey nous dresse un portrait très sombre et pessimiste de la France sous la République puis l'Empire.
J'ai donc beaucoup apprécié cette lecture, son côté à la fois fantastique et réel, le savant dosage des éléments fantastiques qui nous fait parfois douter, l'immersion dans la vie d'une région au temps de la chouannerie, le fait que Barbey soit très cru dans les faits qu'il raconte. Violence des actes et violence des sentiments, il n'épargne en rien le lecteur.
Un roman très fort, puissant où l'on ne s'ennuie pas à un seul instant. Il ne me reste plus qu'à sortir Les Diaboliques de ma bibliothèque.

Lien : http://booksandfruits.over-b..
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   11 mars 2015
Il n'y avait que lui à l'autel... Ni répondant, ni diacre, ni chœuret. Il était seul. Il sonna lui-même la clochette d'argent qui était sur les marches quand il commença l'Introibo. Il se répondait à lui-même comme s'il avait été deux personnages ! Au Kyrie eleison, il ne chanta pas... C'était une messe basse qu'il disait... et il allait vite. Moi, je ne pensais rien qu'à regarder. Toute ma vie se ramassait dans ce trou de portail... Tout à coup, au premier Dominus vosbicum qui l'obligea à se retourner, je fus forcé de me fourrer les doigts dans les trous qui vironnaient celui par lequel je guettais, pour ne pas tomber à la renverse... Je vis que sa face était encore plus horrible qu'elle n'avait été de son vivant, car elle tait toute semblable à celles qui roulent dans les cimetières quand on creuse les vieilles fosses et qu'on y déterre d'anciens os. Seulement les blessures qui avaient foui la face de l'abbé étaient engravées dans ses os. Les yeux seuls y étaient vivants, comme dans une tête de chair, et ils brûlaient comme deux chandelles. Ah, je crus qu'ils voyaient mon œil à travers le trou du portail, et que leur feu allait m'éborgner en me brûlant...
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VALENTYNEVALENTYNE   26 février 2017

Elle avait été belle comme le jour à dix-huit ans : moins belle cependant que sa mère ; mais cette beauté, qui passe plus vite dans les femmes de la campagne que dans les femmes du monde, parce qu'elles ne font rien pour la retenir, elle ne l'avait plus.
Je veux parler de cette chair lumineuse de roses fondues et devenues fruit sur des joues virginales, de cette perle de fraîcheur des filles normandes près de laquelle la plus pure nacre des huîtres de leurs rochers semble manquer de transparence et d'humidité. À cette époque, les soins de la vie active, les soucis de la vie domptée, avaient dû éteindre au visage de Jeanne cette nuance des larmes de l'Aurore sous une teinte plus humaine, plus digne de la terre dont nous sommes sortis et où bien nous devons rentrer : la teinte mélancolique de l'orange, pâle et meurtrie. Grands et réguliers, les traits de Maîtresse Le Hardouey avaient conservé la noblesse qu'elle avait perdue, elle, par son mariage. Seulement, ils étaient un peu hâlés par le grand air, et parsemés de ses grains d'orge savoureux et âpres, qui vont bien, du reste, au visage une paysanne. La centenaire comtesse Jacqueline de Monsurvent, qui l'avait connue, et dont le nom reviendra plus d'une fois dans ces Chroniques de l'Ouest, m'a raconté que c'était surtout aux yeux de Jeanne-Madelaine qu'on reconnaissait la Feuardent. Partout ailleurs, on pouvait confondre la femme de Thomas Le Hardouey avec les paysannes des environs, avec toutes ces magnifiques mères de conscrits qui avaient donné ses plus beaux régiments à l'Empire ; mais aux yeux, non ! il n'était plus permis de s'y tromper. Jeanne avait les regards de faucon de sa race paternelle, ces larges prunelles d'un opulent bleu d'indigo foncé comme les quinte-feuilles veloutées de la pensée , et qui étaient aussi caractéristiques des Feurdent que les émaux de leur blason. (page 112)
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FortunaFortuna   30 juin 2018
Je sais qui c'est, ma chère dame, - dit Nônon Cocouan, avec cet air ineffable et particulier aux commères. Et ceci n'est point une injure, car les commères, après tout, sont les poétesses au petit pied qui aiment les récits, les secrets dévoilés, les exagérations mensongères, aliment éternel de toute poésie ; ce sont les matrones de l'invention humaine qui pétrissent, à leur manière, les réalités de l'Histoire. -
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michfredmichfred   02 juillet 2016
Était-ce l’heure à laquelle un croyant à cette épouvantable vision me la racontait ? Était-ce le théâtre de cette dramatique histoire, que nous foulions alors sous nos pieds ? Étaient-ce les neuf coups entendus et dont les ondes sonores frappaient encore à nos oreilles et versaient par là le froid à nos cœurs ? Était-ce enfin tout cela combiné et confondu en moi qui m’associait à l’impression vraie de cet homme si robuste de corps et d’esprit ? Mais je conviens que je cessai d’être un instant du XIXe siècle, et que je crus à tout ce que m’avait dit Tainnebouy, comme il y croyait.
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michfredmichfred   02 juillet 2016
— Quoi ! – reprit la Clotte avec un sentiment d’étonnement, – Jéhoël de La Croix-Jugan n’a plus son beau visage de saint Michel qui tue le dragon ! Il l’a perdu sous le fer du suicide, comme nous, qui l’avons trouvé si beau, nous, les mauvaises filles de Haut-Mesnil, nous avons perdu notre beauté aussi sous les chagrins, l’abandon, les malheurs du temps, la vieillesse ! Il est jeune encore, lui, mais un coup de feu et de désespoir l’a mis d’égal à égal avec nous !
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Videos de Jules Barbey d'Aurevilly (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jules Barbey d'Aurevilly
Jules BARBEY D’AUREVILLY– Les Diaboliques, Œuvre intégrale (FR)
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