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EAN : 9782072879173
320 pages
Gallimard (06/02/2020)
4.25/5   134 notes
Résumé :
« C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. J’éprouve dans ces moments le besoin d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
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« Celui qui fut le gardien du nom, la mémoire vivante de ce théâtre équestre, ne revit jamais Aubervilliers. du New Jersey ne revint que ce bocal de faïence noire. Il est là, sur mon bureau, devant le dessin à l'encre de Chine d'Ernest Pignon-Ernest, le montant assis, antérieurs tendus, l'encolure en arc-en-ciel, l'air pensif. le couvercle est entouré d'une tresse de ses crins. Il contient des petits éclats d'os et des cendres….. Elles attendent patiemment de rejoindre les miennes. »

Il s'appelait Zingaro et il fut celui qui inspira ce théâtre équestre !

Quel bonheur que cette lecture ! Complètement assommée par un rhume et de la fièvre, il me fallait trouver un récit facile, fluide, qui ne demandait aucun effort intellectuel ! Dans la famille, la condition animale nous tient à coeur, nous ne pouvons nous passer de nos amis à quatre pattes, chien ou chat. Je ne pratique pas l'équitation, j'aime la beauté du cheval qu'il soit pure sang ou de trait. Je suis entourée de passionnés d'équitation, de ma fille à ma nièce en passant par ma belle-fille, ma petite fille, le cheval tient une grande place dans notre milieu familial. Si moi je pleure d'émotions devant le Lac des Cygnes ou Carmen, ma fille et ma mère se disputent un mouchoir devant les prestations du Cadre de Saumur.

Alors qu'elle ne fut pas mon coup de foudre devant l'écriture poétique de Clément Marty, nom de scène Bartabas. Cet homme qui fuit ses semblables pour se réfugier auprès de ses chevaux où il se sent à sa place, s'exprime, selon moi, beaucoup plus facilement à l'écrit qu'à l'oral. C'est un amoureux des mots qui nous offre une magnifique découverte de ses rencontres passionnées et passionnantes avec ses partenaires équins. C'est tellement beau ce qu'il évoque, sa manière de décrire ses chevaux, ses rencontres, ses coups de coeur. Il écrit avec son coeur et c'est contagieux. Il raconte ses compagnons chacun avec son tempérament, ses blessures, son histoire, son nom. Ce sont souvent des chevaux sauvés des mains d'un maquignon peu sympathique, d'un abattoir. J'ai démarré la lecture les larmes aux yeux et je l'ai terminé de la même façon tant l'écriture de cet homme m'a touchée. J'étais sans filtre devant ce sondeur d'âme, devant ce chant d'amour aux équidés, cet homme qui sait si bien disparaître pour laisser s'exprimer l'animal, lui donner toute sa place.

Il y a des moments émouvants, des moments plein de tendresse. Il sait nous dessiner ses chevaux avec poésie, faire partager sa vision de l'oeuvre d'art que deviendra le cheval dès qu'il sera en confiance avec l'homme et il tisse sous nos yeux l'oeuvre artistique. Il y a aussi une grande sensualité qui se dégage de ces descriptions, je sentais sous mes mains les muscles du cheval, la texture et l'odeur de sa robe. Je ressentais la relation charnelle entre l'homme et l'animal, cette fusion entre les deux animalités.

Ce fut vraiment un enchantement, c'est un très bel hommage que rend l'auteur à tous ses compagnons de route. Un véritable chant d'amour avec l'animal ! Bravo l'artiste ! Et merci Kawane pour son billet !

« Zingaro, mon sang, ma chair, ensemble nous nous sommes appris, nous éduquant l'un l'autre, jusqu'à inventer un langage seulement connu de nous. Ce fut long et laborieux parfois. Tant de maladresse d'abord, de tâtonnements, de vaines tentatives pour se chercher, se comprendre, acquérir tous les gestes qui me fondent aujourd'hui. Nous nous sommes construits petit à petit en marge du voyage, par tous les temps, par tous les lieux, jamais loin des arènes qu'elles soient de Nîmes ou de Madrid. A toute heure du jour et même de la nuit, nous nous sommes donnés sans nous préserver, comme un premier amour. »
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J'avais prévu de ne jamais lire ce livre. Parce que je suis cavalière, et que je ne retrouve jamais totalement mes sensations dans les mots des autres, qui ne sont au demeurant que des mots, peinant d'être à la hauteur de tout ce que la relation humain-cheval peut nous apporter. Parce qu'un accident m'a interdit de continuer d'exercer ce qui aurait dû finir par devenir mon métier, et que tout ce qui me rappelle ce que je ne pourrai plus jamais avoir et ressentir ne me rend pas particulièrement joyeuse. Mais pour m'occuper et me remonter le moral cet été après une blessure, j'ai assisté à un cabaret équestre. Vous me voyez venir : je n'aurais jamais dû assister à ce spectacle. Parce que forcément j'en suis ressortie éblouie ; Parce que forcément, et même si c'est un peu douloureux, ça m'a fait replonger dans un tas de souvenirs et sensations. Et que j'en ai voulu plus. Mais que je ne pouvais pas avoir plus… Sauf par la littérature. Alors, je me suis résolue à prolonger mes sensations par la lecture de ce centaure, qui me paraissait le seul à pouvoir me faire toucher du doigt ce que j'avais envie de vivre. Bartabas comprend assez bien les chevaux pour pratiquer une équitation plus naturelle, où le spectacle s'adapte aux chevaux et non l'inverse. Restait à savoir s'il saurait l'exprimer de manière à me le faire vivre : « Je suis un passeur d'expériences », nous annonce-t-il. Ça tombait à pic !


De son côté, c'est aussi pour fixer et prolonger ses souvenirs que Bartabas a écrit ce livre : « Les aventures de théâtre ne sont-elles pas les premières à disparaître de la mémoire des hommes ? Restent nos sensations, plus prégnantes ; je les porte encore d'un cheval l'autre. » C'est donc après avoir accompagné un énième compagnon cheval dans sa belle mort, que Bartabas éprouve le besoin d'écrire ce livre : « Je dois les faire revivre en moi, revivre seul à seul, pas à pas ce que nous avons vécu, pour qu'ils se dressent à nouveau, qu'ils dansent encore un peu. Un carrousel de morts-vivants… le dernier tour de piste. » Hommage.


Une danse des souvenirs où le contact - charnel, visuel, mental - prend toute la place. A raison d'un cheval par chapitre, Bartabas nous donne un aperçu de ce qu'est la relation humain-cheval. Vécu et philosophie s'entremêlent, offrant un contenu riche en émotions. A condition de s'y intéresser, ce livre est abordable par tous : Peu de technique (quelques allures que vous pourrez googliser pour visualiser), juste des mots simples, poétiques mais imagés qui vous offrent instantanément la vision des tableaux qu'il décrit ; et des anecdotes ciblées qui permettent, en très peu de pages à chaque fois, de présenter sa première rencontre avec chaque cheval, et ce que chacun d'eux lui a apporté de plus précieux. Car s'il enseigne à ses chevaux, il apprend tout autant d'eux, de la même manière que l'on apprend de chacune de nos rencontres humaines. Alors il conclut chaque chapitre par une phrase qui s'adresse au partenaire dont il parle :


« Vinaigre, tu m'as appris à fermer les yeux et à devenir l'instrument de ton désir. Chaque soir j'ai joui de ton onde, perché sur un nuage ondulant entre mes cuisses. Grâce à toi, j'ai goûté à la plénitude du centaure ».


A travers ces portraits frôlant l'oraison funèbre, on voit bien que c'est la personnalité de chaque cheval et sa relation avec lui qui lui inspire les mises en scène de ses spectacles : Il n'essaie pas de les plier à une idée préconçue, ni de les façonner pour entrer dans une case qu'il aurait préfabriquée. Et la magie opère à la lecture, car son écriture ciselée permet de visualiser immédiatement ses explications ou descriptions. le fait de procéder par chapitres courts en passant d'un cheval à l'autre évite de se lasser ; d'un autre côté, pour prendre la mesure de l'évolution de la relation homme cheval, ça m'a contrainte à revenir sur les chapitres précédents d'un même cheval pour ne pas me tromper, parce qu'il y en a une tripotée. Ensemble, ils forment la caravane de ses nuits : un long chapelet de noms qu'il égraine durant ses insomnies.


Un peu à fleur de peau en ce moment, j'ai refermé ce livre avec les larmes aux yeux. D'abord parce qu'il me rappelle des souvenir inatteignables. Mais surtout parce qu'après nous avoir, pour chaque cheval cité, évoqué leur rencontre, puis ce que chacun lui a appris, Bartabas ne peut éluder leur séparation. Retraite, mort, blessure… Rien ne dure toujours. Même pas les souvenirs. C'est sur cette note mélancolique que l'auteur refermera ce livre, en évoquant son âge propre qui dépasse désormais la soixantaine. Lui qui dit ne pas savoir communiquer avec les humains sait en tous cas les toucher et les chatouiller de sa plume charnelle et sensuelle - comme l'est la pratique de l'équitation pour tout amoureux du cheval - mais aussi extrêmement poétique, et légère comme sa main de cavalier. Sa sensibilité vient de me faire changer d'avis : J'ai finalement envie de renouer un peu avec ce milieu, à commencer par aller voir les spectacles qu'il nous offre, sûrement féériques, que je m'interdisais jusqu'alors. J'espère y croiser la fameuse oie, Monsieur Marty… ;-) La fin m'a fait prendre conscience que la roue continue de tourner pour tout le monde, alors il faut que je me dépêche avant qu'il ne s'arrête à son tour… Un livre aussi humain qu'animal ; Parfois triste, mais toujours d'une beauté inouïe. Mention spécial au dialogue imaginé entre plusieurs chevaux qui l'observent !


« Après tant d'années de pratique, je ne sais plus grand chose. Tout mon savoir, les chevaux l'ont emporté avec eux. »
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Je ne connais pas suffisamment les chevaux pour savoir bien en parler, mais ils me fascinent. Ma pratique équestre est relativement limitée, mais j'en garde des souvenirs enthousiastes et parfois cocasses. Ainsi, il y a très longtemps, avec quelques amis tout aussi aguerris que moi à l'exercice, nous étions partis galoper dans le Bois du Névet tout près de Locronan, accompagnés d'un guide. Un moment donné, ma jument s'emballa ayant pris peur, je crois me rappeler que la personne devant moi avait perdu son foulard qui ondula au sol tel un serpent. La jument affolée m'emporta à l'intérieur de la forêt aux arbres serrés, nous éloignant du chemin sur lequel nous étions.
Le guide me cria : « Bernard, accroche-toi au plus vite à une branche sinon tu vas avoir les genoux broyés ! » C'est vrai, les chevaux savent bien évaluer la distance entre deux arbres où ils peuvent se frayer un chemin, mais j'ai découvert ainsi qu'ils ne savent pas forcément apprécier le passage nécessaire pour tenir compte de la présence du cavalier... J'ai donc obtempéré jusqu'à ce qu'une âme charitable vienne me décrocher de ma branche. J'ai peut-être raté une carrière d'écuyer acrobatique qui aurait pu commencer dès ce jour-là...
D'un cheval l'autre, j'ai aimé entendre ici des chevaux cavaler, ruer, péter, s'ébrouer, hennir... J'ai aimé leurs odeurs, leurs écumes, leurs regards aussi, j'ai caressé leurs crinières, leurs flancs, leurs croupes. J'ai vu la brume du matin sortir de leurs naseaux... Bartabas m'a simplement appris à les contempler avec humanité, c'est bête, non ?
Bartabas, poète des compagnons sabotés, nous invite à découvrir ici tour à tour un bestiaire, une fresque épique, un carrousel, un opéra équestre, à entrer dans la danse, à venir dans le cercle de sable, sous la grande cathédrale de toile, la piste aux étoiles balayée par les lumières des projecteurs à moins que ce ne soient déjà nos yeux émerveillés qui courent sur les pages comme des lucioles.
D'un cheval l'autre, j'ai ressenti la beauté et les tourments que peut susciter un tel amour pour les chevaux. D'un cheval l'autre, Bartabas nous invite à découvrir l'histoire des Zingaros, ses chevaux splendides, mais c'est son histoire aussi que Bartabas nous délivre ici, sa passion, ses chagrins, ses rêves.
« J'ai vu parfois, dans le regard du cheval, la beauté inhumaine du monde avant le passage des hommes. »
Bartabas est un taiseux qui se confie à nous. Il se fait intime pour nous, tandis qu'il veut mesurer le monde avec ses chevaux. Et il le fera, avec grâce, simplicité et générosité.
« Cette nuit-là, nous avons fait un pacte, un pacte pour la vie : j'allais contaminer son animalité et il allait me permettre d'exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie. »
D'un cheval l'autre, Bartabas nous fait entrer dans son humanité. Son coeur est immense, c'est un cirque à lui tout seul.
Il nous parle de Zingaro comme d'un frère, cet ange saboté qui inspira ce magnifique théâtre équestre et lui donna son nom.
Souvent, les chevaux de Bartabas s'appelleront Zingaro.
Il nous fait rencontrer ses autres frères : Hidalgo, Chapparo, Vinaigre, Quixote, Lautrec, Felix, Dolaci, Micha Figa, Horizonte...
C'est un livre d'une beauté solaire.
« Comme Don Quichotte,
je veux que l'imaginaire soit vrai. »
Vivre avec les chevaux, ce sont des heures inlassables de dressage, d'éducation... C'est inventer des mots que l'animal sera seul à comprendre, c'est tâtonner dans cet apprentissage à la fois grandiose et parfois décourageant, espérer, trébucher, se relever, il faut s'apprivoiser, grandir ensemble avant d'entrer dans la lumière des autres...
Aimer les chevaux, c'est se donner à chaque instant comme dans un premier amour.
« Il est présomptueux de croire que les chevaux sont nés pour les hommes, et vain de chercher celui que l'on voudrait parfait. Il me faudra toujours les accepter tels qu'ils sont, les adopter, m'appliquer à faire éclore les trésors qu'ils recèlent et parfois même célébrer leurs défauts. Cette philosophie guidera désormais mon approche des chevaux… et des hommes. »
J'ai aimé ainsi la philosophie de Bartabas.
Bartabas a parcouru le monde, mais ses voyages les plus fabuleux sont les histoires qu'il a écrites avec ses chevaux, des histoires intimes faites de longs apprentissages, de tendresse, de douleurs aussi lorsque le cheval fourbu par les âges tremble dans le cercle de sable, puis tire sa révérence un soir dans la pénombre du jour. Qui de l'homme ou de la bête apprend le plus de l'autre ?
« Je me suis immergé jusqu'au plus profond de toi-même, j'ai récupéré ton animalité et l'ai faite mienne. de cela nous avons fait sens, nous étions prêts à affronter le monde. »
J'ai aimé ce chant d'amour, fraternel, sensuel, charnel, animal, touchant d'émotions.
« Et parce que nous fûmes deux amants se devinant du regard, les yeux dans les yeux à hauteur d'homme, je me suis toujours interdit de l'enfourcher comme un cheval. »
J'ai découvert un écrivain, un vrai, qui nous entraîne à folle allure dans un imaginaire débridé.
Ce livre m'a fait prendre conscience de la finitude de la vie, mais aussi de ses magnifiques vertiges.
Je referme le livre et j'entends encore quelques hennissements, ceux de Zingaro, ceux de ses frères entrés dans la lumière, qui l'ont quittée parfois aussi tandis que le chagrin de Bartabas nous étreignait.
J'ai juste envie de me retourner, revenir là-bas encore un peu, perdre mes pas dans ce cercle de sable désormais vide et me pincer les lèvres pour ne pas pleurer.
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Petite, j'aimais aller chez mon oncle qui possédait des chevaux de course. J'aimais les voir courir dans le pré, et curieux, venir à ma rencontre. J'aimais leur souffle chaud sur ma main posée sur leurs naseaux. J'aimais la douceur et la profondeur de leur regard.
Qu'ils étaient beaux, eux immenses et moi si petite.

Après la magnifique critique d'Onee que je vous invite à découvrir, j'ai eu envie de retrouver ces souvenirs d'enfance que je pensais perdus. Ils sont revenus avec une force émouvante. Et à ces images qui ne peuvent s'effacer, se sont mélangées celles de Bartabas.
Instants d'intimité et de bonheur.
Tristesse d'une vie qui n'est plus.
Les chevaux de mon oncle ont quitté le pré depuis bien longtemps maintenant.

Les mots de Bartabas ont résonné en moi, par leur douceur, leur peine, et par cette douce nostalgie qui se glisse entre les pages.

*
Je n'ai jamais vu de spectacles de Bartabas, j'aimerais beaucoup. En prenant ce livre dans mes mains, je me posais des questions quant au bien-être et au respect animal.

« Il est présomptueux de croire que les chevaux sont nés pour les hommes, et vain de chercher celui que l'on voudrait parfait. Il me faudra toujours les accepter tels qu'ils sont, les adopter, m'appliquer à faire éclore les trésors qu'ils recèlent et parfois même célébrer leurs défauts. Cette philosophie guidera désormais mon approche des chevaux… et des hommes. »

Les mots de Bartabas me rassurent.
Les mots de l'auteur m'ont touchée, m'ont bouleversée. Plusieurs fois, mes larmes ont coulé sans que je puisse les retenir.
L'amour que j'ai ressenti entre Bartabas et ses chevaux ne peut être feint.
C'est beau, c'est douloureux.

« À cheval je n'ai pas besoin de mots.
C'est une étreinte charnelle qui alimente mes rêves. »

*
Ils sont tous là, prêts à entrer sur la piste
Encore dans l'ombre
Ils attendent que j'ouvre le livre à la première page.
Chevaux artistes,
Chevaux danseurs.

« Ici, pas de rôles ni de romances,
personne ne se déguise
en autre chose que lui-même.
Ce sont de vraies gens et de vraies bêtes
qui se jouent de la vie. »

Lorsque le rideau se lève enfin,
un à un, ils viennent à moi,

« Pour éteindre l'insomnie, je les épelle un à un. Longue caravane, sans tambours ni musique, ils défilent lentement dans ma nuit et m'emmènent vers le sommeil, enfin. »
Chaparro, Pantruche, Horizonte, Micha Figa, Lautrec, Quixote, Vinaigre, le Caravage, Zingaro
et tant d'autres.

Dans leur robe d'apparat, d'ébène ou de lune,
chacun porte dans son regard et ses mouvements
le poids de son histoire personnelle.
Certains avancent confiants, majestueux, princiers,
Alors que d'autres, inquiets, s'approchent
avec timidité.
D'autres encore, la peur ancrée
dans leurs yeux immenses,
me fixent sans se dérober.

Sous la lumière des projecteurs
Un à un, ils entrent dans la danse.
Accord parfait entre l'homme et le cheval

« Jouer à se faire peur, jouer avec la peur des autres, jouer à se défier violemment puis me lover dans son corps assis en signe de soumission pour qu'enfin le public entrevoie tout l'amour qu'il avait fallu partager pour en arriver là. »

Force et fluidité
Patience et douceur
Grâce et sensualité
Complicité et amour
Respect et confiance
Se livrer et se libérer
Se comprendre et les comprendre

« Tu te nommes Dolaci et tu m'as appris à faire mes gammes.
Avec toi, j'ai compris que dresser un cheval ne peut se résumer à la compréhension de sa locomotion et à la résolution de ses résistances physiques. Je dois aussi sonder son âme. »

Le cheval et son cavalier se rejoignent,
s'enlacent dans une valse sensuelle
Un contact d'une infinie douceur
Deux êtres en parfaite communion
Bartabas murmure à l'oreille de ses chevaux.

« Zingaro, mon sang, ma chair, ensemble nous nous sommes appris, nous éduquant l'un l'autre, jusqu'à inventer un langage seulement connu de nous. »

Caresser, regarder, écouter, se chercher, se trouver, rassurer, soigner, partager, apprendre,
un lien se crée.
Instant magique.

*
J'aimerais m'approcher doucement, sans gestes brusques,
Une main tendue, je les laisserais m'effleurer,
Je les laisserais m'apprivoiser.

« J'approche mes lèvres du bout de ton nez, il est doux comme la chair d'un coquelicot. Tu sens l'âtre et l'automne, la feuille brûlée et la réglisse aussi. de tes naseaux s'échappe un soupir qui m'invite au voyage. »

Et puis, le spectacle s'achève,
Les lumières des projecteurs s'éteignent, le rideau tombe.
La nuit s'avance ne laissant qu'un vide endeuillé,
une douleur profonde, un sentiment d'inachevé.
Mes yeux s'emplissent de larmes.

« J'avance au hasard.
J'ai du mal à me suivre.
Je suis attelé à un cheval mort. »

*
« D'un cheval l'autre » n'est pas un roman, mais plutôt des tranches de vie, des instants privilégiés, des moments d'intimité entre l'homme et ses chevaux. Après avoir fait la connaissance avec chacun d'eux, le lecteur découvre leur passé, souvent triste, leur personnalité. On les voit devenir des artistes accomplis, guidés sans brusquerie, chacun à leur rythme, avec respect.

Ce lien invisible qui lie Bartabas à ses compagnons de route est magnifique. Son écriture est belle, poétique, sensible, sensuelle. J'aime beaucoup sa façon de s'effacer pour laisser l'animal maître des lieux.

« Toujours à l'écoute, il assoit son galop, en cadence je l'accueille au creux de mes reins, j'instruis mes vertèbres. Nous sommes faits l'un pour l'autre. »

Que dire de plus ?
J'ai aimé ce livre.
Un coup de coeur ?
Oui.
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C'est un livre que je conseille à tous ceux et toutes celles qui ont l'amour du cheval avec un grand A. Les passionnés de cet animal vont se régaler.
J'ai vu, il y a fort longtemps un des spectacles de Bartabas "Tryptik". J'avais vraiment beaucoup aimé et c'est avec ce souvenir que j'ai eu envie de lire un de ses bouquins.
Il relate sa vie et son grand amour avec ses chevaux. Chaque chapitre est consacré à un cheval, tous aussi différents les uns des autres par leur caractère mais aussi par leur origine.
Dans l'ensemble j'ai bien aimé son récit. J'ai beaucoup appris de mots concernant le vocabulaire équestre. Certains chapitres étaient difficiles pour moi quand il raconte l'abattage des chevaux ou la maltraitance de leurs anciens propriétaires qui n'avaient pas de respect pour eux. Heureusement que ces chapitres ne sont pas nombreux. On ressent bien l'amour passionné et respectueux à la fois de ses amis équins. J'ai beaucoup aimé également son écriture : poétique et apaisante.
Les amoureux des chevaux vont se régaler avec ce livre.
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critiques presse (1)
LeFigaro
13 février 2020
Bartabas passe des rênes au stylo comme on pirouette. Ce diable d’homme sait tout faire y compris la rodomontade. Cette fois, il évite. Se confie comme un cheval cède. Trace ses souvenirs avec la pointe du cœur.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
J’approche mes lèvres du bout de ton nez, il est doux comme la chair d’un coquelicot. Tu sens l’âtre et l’automne, la feuille brûlée et la réglisse aussi. De tes naseaux s’échappe un soupir qui m’invite au voyage. Ma main remonte sur le mur de ton chanfrein impassible. Je m’y baigne du bout des doigts.
Je rampe sous ton toupet et franchis le col entre tes deux oreilles dressées comme des piliers d’un arc. Me voilà entre la tempe et la nuque, derrière le rocher des salières. J’effleure ce creux qui palpite et se gonfle au-dessus de chaque oeil.
Ta gorge est un ravin baigné de lumière. Ma main descend sur ce versant propice et, la joue contre ton encolure, je laisse mon bras glisser sous les festons de ta crinière nattée. Sur ton épaule, ma main est un radeau ondulant au gré des vagues rocheuses ; muscles striés recouverts d’un fin tapis doré aux reflets changeants.
Plus bas, mes doigts s’écartent pour contourner ta châtaigne, récif de corne incongrue, et descendre en rappel la colonne de ton membre. Du bout des doigts, je peux sentir tes tendons s’émacier jusqu’à l’os du canon. J’épouse la rondeur du boulet, néglige l’ergot et le fanon pour emprunter la voie du paturon et atteindre ta couronne. Elle sacre la lisière du sabot qui comme un socle de marbre porte ta bête immense. Sous sa crête palpite le sang qui te nourrit.
Me voilà aérien, je parcours l’étendue de tes flancs, je franchis tes côtes une à une, le paysage défile sous mes doigts, j’éprouve et je vagabonde. Je dessine des cercles sur ta prairie isabelle. L’herbe y est courte, noire, dorée ou blanche.
Tu sembles apprécier que je me hisse et m’attarde sur ton garrot. Il est le roc surplombant le vaste plateau de ton dos, steppe brûlée, balayée par les vents. Je suis sur ton empire et avec le pouce et l’index je chevauche la chaîne dynastique de tes vertèbres. De chaque côté du sillon, je sens sous ta peau la sève de tes muscles.
Plus haut, plus loin ! Voici ta croupe et la pointe de ta fesse. Allègrement, je franchis la dune d’Aden avec l’envie partagée de « trafiquer dans l’inconnu ». Maintenant il faut que tu sois docile. Me voilà dans la vallée de tes songes, j’engage mes bras entre tes cuisses. Douces sont les parois du couloir obscur. Je les caresse, tête baissée et paupières closes.
Parce que tu es mon nouveau maître et pour tes reflets clair-obscur, je te nomme Le Caravage.

Ce sera lui, ce sera lent, je sais que nous n’aurons pas trop de ce qu’il nous reste de vie pour nous apprendre.
Cette nuit, allongé nu sur mes draps, je respire mes doigts brouillés d’odeur. Longtemps mes mains se souviendront de ce voyage. 
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Endormi la journée comme les bons chevaux, Dolaci s'animait à l'approche des préparatifs. Ce soir-là, debout sur mon tabouret, je lui tressais les crins pour y poser ses rubans de spectacle quand sortit de la radio à côté de son box l'ouverture de Carmen. En l'entendant, il releva la tête, pointa les oreilles et tira violemment au renard.
Il tremblait de tout son être et de son corps en eau. Jamais encore je n'avais vu un cheval dans cet état. Je me suis précipité pour éteindre le poste. Il lui a fallut un long moment, beaucoup de caresses et de murmures, pour retrouver son calme. Ce mouvement célébrissime était invariablement joué lors du "paseo" de toutes les corridas à cheval du sud de la France.
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Je me souviens qu’à l’hôpital, après les premiers réconforts, très vite les visites de convenance m’étaient apparues incongrues. Je supportais mal l’impudeur d’avoir à se dire, à se plaindre ou à faire mine de s’intéresser dans ce contexte obligé. J’en ai gardé un penchant pour la solitude, j’aime me draper dans ce linceul qui me protège. 
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C’est l’aube… enfin ! Dans le barn, je les entends tout autour. Ils s’étirent un à un, lâchent des soupirs résignés. Ça tousse et pète comme une chambrée qui s’éveille. Dehors, le chant des oiseaux, timide, par intermittence.
Il est allongé là, nu sur les copeaux, tout éteint, sa tête sur mes genoux, mes doigts sans vie sur son chanfrein et son œil qui ne me voit plus. Il est parti… Encore un, parti… Ils sont tous partis, comme on s’endort, sans peur… Et moi je reste.

(Incipit)
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De nature timide, il m'a fallu apprendre les mots de Bartabas pour me cacher derrière et assumer mon rôle.
Mais les mots, les vrais, ceux qui s'écrivent, doivent avoir de la noblesse, et sur les lèvres par leur sonorité honorer l'animal.
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