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Liliane Sztajn (Traducteur)Corinne Julve (Traducteur)
EAN : 9782207258941
240 pages
Denoël (26/10/2006)
3.82/5   336 notes
Résumé :
Secrets de famille, déchirures cachées, enfance gothique, anxiétés sexuelles et grande littérature...
Une autobiographie familiale à l'humour sombre et à la lucidité éblouissante...

Bruce Bechdel enseigne l'anglais dans une petite ville de Pennsylvanie tout en dirigeant le " Fun Home ", le salon funéraire familial. Sa sensibilité, sa passion des livres, son raffinement s'expriment tant dans l'embaumement des corps que dans la restauration obs... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
3,82

sur 336 notes

marina53
  13 mai 2015
Aînée de deux frères, Alison vit dans une famille d'artistes, parents talentueux qui se soucient du paraître bien plus que de l'être. Son père a repris l'entreprise familiale de pompes funèbres, "Fun home", tout en restant professeur d'anglais. Père tyrannique et distant, il se réfugiait dans les livres mais aussi dans la décoration florale et la restauration de la maison familiale. Il est mort en 1980, renversé par un camion, alors qu'Alison n'avait que 19 ans. Elle pense toujours à un suicide même si d'autres parlent d'accident. Quelques jours avant sa mort, elle lui a révélé son homosexualité. Y aurait-il un lien entre ces deux événements? C'est ensuite qu'elle apprendra que son père a entretenu des relations homosexuelles avec de jeunes hommes...
Alison Bechdel revient sur son passé, surtout son enfance puis son adolescence. Aux côtés de ses parents, notamment son père, figure imposante qu'elle juge trop distante, et de ses deux frères, l'auteure décrit la relation qu'elle entretenait avec lui. Une relation entretenue grâce à la littérature et qui évoluera. Elle dévoile sans concession la part sombre de son père, son penchant pour les hommes mais aussi la découverte de sa propre homosexualité, le mariage raté de ses parents ou ses tocs. L'auteur a dû puiser dans sa mémoire pour retranscrire autant de souvenirs et s'est par là-même sûrement délesté d'un poids. le texte est riche et dense, très bien écrit avec de nombreuses références littéraires. le noir et blanc siéd à cette période 70-80.
Bienvenue à Fun home?
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Patsales
  12 mars 2022
A quoi sert l'art? Dans cette troublante et cérébrale autobiographie, Alison Bechdel donne de nombreuses réponses. Son père fait vivre sa famille dans un musée: meubles d'époque, tapisseries d'époque, encyclopédies rangées dans le Canterbury et ciseaux à retrouver dans le Chippendale. On peut penser que le lecteur se gondole plus que la gamine à qui on assène un « Pas de bol » laconique quand elle prétend détester les rideaux roses de sa chambre, final touch non négociable pour un décor parfait. Ce n'est pas pour rien que l'artisan de cette maison-témoin est également thanatopracteur: restaurant les cadavres pour les conformer à une vie disparue, restaurant la maison pour retrouver une époque moins révolue que mythique, celle d'une famille heureuse. L'art , donc, qui recherche la perfection et qui la fige: l'art qui combat la vie en poursuivant la beauté.
La mère, elle, joue: qu'elle s'installe au piano ou répète Oscar Wilde avec une troupe amateur, elle fuit dans un monde qui lui est propre et la place hors d'atteinte d'une réalité contraignante et parfois sordide.
L'art est aussi une posture morale qui rehausse votre prestige et vous donne des envies de Pygmalion: les livres quittent le Canterbury, prêtés à des jeunes gens en mal de conseils intellectuels qui, s'ils avaient lu Platon plus tôt, auraient su que les mentors s'intéressent aussi à l'enveloppe charnelle de leurs protégés.
L'art peut aussi devenir langage oblique, message codé, rébus rétractable dont l'expéditeur peut toujours feindre ignorer le double sens: Colette et Joyce pour se dire homosexuel à qui pourra ou voudra le comprendre.
Mais surtout la littérature déroule son fil d'Ariane. Alison Bechdel enquête sur sa famille dysfonctionnelle avec pour boussole les livres: indices laissés par les annotations des livres du père, récitation par la mère de son poème préféré… Mais surtout relecture de sa propre vie par l'intermédiaire des romans. Quand Proust permet à Alison de comprendre pourquoi elle a tenté de changer son prénom pour « Albert », Homère la convainc que le spécialiste de Joyce est un avatar de la déesse Athéna. Et Scott Fitzgerald devient un coupable idéal pour expliquer la mort du père.
Être lecteur de roman, c'est généralement découvrir qu'on est sur la liste des personnages et que l'auteur parle de nous, ou, plus exactement, que les mots du livre peuvent dire à la fois leur histoire et la nôtre, et qu'ils nous offrent une réalité moins alternative qu'englobante. le fun home du titre est bien un établissement funéraire mais aussi la maison d'une famille en bien des points heureuse (« Pour maman, Christian et John. On s'est bien amusé malgré tout. »). le sous-titre « A family tragicomic » évoque le comic strip mais aussi le tragi-comique de toute vie. La mort du père est un accident tout autant qu'un suicide. À entrelacer les romans et la vie, à croiser tous les sens possibles, Alison Bechdel parvient à renouer avec son père, à l'arrimer solidement à sa propre existence, à accepter qu'il ait été idéal et salaud et nous laisse ébahis de constater qu'elle nous dit tout cela par la grâce d'un art graphique où texte et dessin se complètent jusque dans leurs divergences.
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Shan_Ze
  16 octobre 2016
Fun home est une bande dessinée autobiographique. Alison Bechdel raconte son enfance à Beach creek, en Pennsylvanie dans les années 1970-1980. Alison décortique sa relation avec son père qui tenait les pompes funèbres et était professeur d'anglais. Ses deux frères et sa mère sont plutôt en retrait dans cette autobiographie mais tiennent quand même leurs rôles. Cet homme est tellement mystérieux, il semble absent et distant avec sa fille et ses enfants en général même si on observe quelques rares moments avec eux. Fun home est comme une spirale temporelle, on revient sans cesse aux mêmes instants mais avec plus ou moins de recul pour essayer de comprendre cette relation complexe entre le père et la fille. Ce père qui est mort dans un accident peu de temps après l'annonce de l'homosexualité de sa fille alors que lui-même entretenait des rapports avec des jeunes hommes. Son enfance-adolescence est disséquée, analysée à travers plusieurs livres : A l'ombre des jeunes filles en fleur, des livres de Colette, de Fitzgerald ou l'énorme Ulysse de James Joyce (j'ai d'ailleurs appris quelques détails intéressants sur le livre). Son récit perd en continuité pour gagner en psychanalyse. J'avoue que la dessinatrice-scénariste m'a, à plusieurs fois perdu dans ses explications et les liens entre sa vie et celles des héros des oeuvres précitées. Même si le titre joue sur les mots (fun home pour funeral home), les textes et dessins m'ont paru assez pesants. Il a néanmoins l'intérêt d'interroger le lecteur sur sa relation avec son père/sa père.
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trust_me
  15 novembre 2013
Un abandon. le genre de truc qui ne m'arrive jamais avec la BD mais là, pas moyen. Premier chapitre, je suis surpris par la gravité du ton. On n'est pas là pour rigoler, Alison Bechdel donne dans l'autobio sérieuse (qui a dit chiante ?), sa vie est loin d'être une comédie. Elle décrit avec force détails sa relation complexe au père, un homme qui soumet les siens à une effroyable dictature esthétique et transforme le manoir familial en reproduction à l'identique d'une maison gothique du 19ème siècle. Un papa à la fois distant et très proche, qui mourra à 44 ans, écrasé par un camion et dont on ne saura jamais si la disparition relève de l'accident ou du suicide. Puis elle revient sur son entrée à la fac, la découverte de son homosexualité, qu'elle qualifie d'abord de « purement théorique ». Suivront quelques pages sur son passage aux travaux pratiques avec Joan, une poétesse féministe « pro-matriarcat ». La suite, je ne sais pas parce que j'en suis resté là.
Pas moyen d'accrocher à cette écriture boursouflée, faussement littéraire, et à cette narration confuse. Alison Bechdel cite Fitzgerald, Camus, ou Joyce, elle en fait des caisses autour de son « éducation livresque » et accouche au final d'un texte aussi intello qu'imbuvable, froid et prétentieux. Quand je lis une phrase telle que « Sans doute ma froide distance esthétique traduit-elle, mieux que n'importe quelle comparaison littéraire, le climat arctique de notre famille » j'ai envie de me sauver en courant. C'est ce que j'ai fait d'ailleurs.
Graphiquement, le dessin est passe-partout, sans aucun charme. Les cases sont petites, assez surchargées et presque toujours surmontées de récitatifs donnant l'impression de peser de tout leur poids sur l'image, comme s'il était nécessaire d'alourdir encore le propos.
Un album qui relève pour moi de la branlette intellectuelle. Et je ne suis vraiment pas adepte du genre. Pour Time Magazine c'est une « brillantissime autobiographie en bande dessinée. » La presse américaine dans son ensemble a crié au génie et a comparé Fun Home au Maus de Spiegelman (ne me dites pas que c'est vrai sinon jamais je n'ouvrirai Maus !). Pour nombre de critiques professionnels, c'est un chef d'oeuvre. Pour moi simple lecteur lambda, c'est une BD somnifère et pompeuse. Je veux bien être traité d'indécrottable ignare incapable de reconnaître une éblouissante oeuvre d'art mais je n'en démordrais pas, je trouve ça très mauvais.

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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colimasson
  01 septembre 2012
Le lecteur avide aurait souvent tendance à croire qu'un livre lui revient de pleins droits. Fun Home lui rappelle vivement la réalité : le livre est avant tout la propriété de celui qui l'a créé ; il s'inscrit en lien direct avec l'expérience et la personnalité de l'écrivain, et s'il trouve un écho chez le lecteur, on peut saluer le caractère miraculeux de la coïncidence et tenter de l'expliquer plus rationnellement qu'en invoquant une simple connivence.
Ainsi, Fun Home est avant tout un récit autobiographique d'Alison Bechdel. Virant souvent à la psychanalyse, la dessinatrice se focalise essentiellement sur ses années de jeunesse et d'adolescence, essayant d'expliquer le développement de sa personnalité à l'aune des figures impénétrables et lointaines de ses parents. Bloqués sentimentalement, rétifs à tout signe d'affection, ils forment un couple d'artistes talentueux mais rigides. Eliminez tout de suite l'image des créatifs excentriques et délurés, et remplacez-la plutôt par l'image de professeurs implacables usant de l'art comme d'un moyen obsessionnel de se détourner de la réalité de leurs existences. le père domine la famille, figure de la perfection qui ne tolère pas le moindre écart, et passe ses journées à surcharger la décoration de la maison dans un recueillement clérical ; à chérir un débordement luxuriant de plantes et de fleurs ; à se recueillir dans des lectures explicites –Proust, Fitzgerald, Camus, Joyce…- qui apparaissent comme autant de moyens de communication implicite.

"Ces allusions à James et Fitzgerald ne sont pas qu'un procédé descriptif. C'est en termes de fictions que mes parents m'apparaissent les plus réels. Et sans doute ma froide distance esthétique traduit-elle mieux que n'importe quelle comparaison littéraire, le climat arctique de notre famille."

Piégée dans cette gangue de retenue, Alison tâtonne, cherche quel sera le meilleur moyen de communiquer avec ce père incompréhensible qui –comble de l'ironie- lui laissera bien peu de temps pour mener à bien cette tâche puisqu'il mourra (on soupçonne un suicide) lors de la vingtième année de sa fille. Troubles obsessionnels compulsifs, écriture dans un journal intime gorgé d'amulettes sémantiques, aide au funérarium… Lorsqu'Alison prend conscience de son homosexualité, tout devient limpide : voici la révélation qu'elle attendait, celle qui lui permettra de se rapprocher de son père, dont elle comprend soudainement l'homosexualité refoulée. Mais alors qu'elle espérait des retrouvailles émues, Alison se heurte seulement à la frustration de sa mère et à la honte de son père. le seul moyen de communiquer demeure encore l'esthétique : le livre. Alison et son père essaient de tisser un dialogue fragile à travers la comparaison, l'analyse et la citation des livres qui emplissent leurs vies, qu'il s'agisse de l'Ulysse de Joyce, de la biographie de Fitzgerald ou de l'oeuvre de Proust.

Alison Bechdel restitue le climat de vide émotionnel et de perfection esthétique qui l'enveloppa tout au long de sa jeunesse sur un ton juste qui élimine tout reproche ou toute complaisance malsaine dans la souffrance. Son entreprise n'est pas de dénoncer mais de comprendre l'imbrication des facteurs qui sont à l'origine de la composition de cette atmosphère si particulière. En choisissant de s'exprimer par le biais de la création, Alison Bechdel retrouve les schèmes bien assimilés de l'expression esthétique, mais en s'exprimant avec une sincérité entière et totalement dénuée de honte, ne cherchant jamais à se lier avec le sentiment de culpabilité. Elle réussit ainsi à dépasser tous les interdits longuement inculqués au cours de son enfance. Sans jamais se décrire comme telle, elle apparaît pourtant comme l'élément salvateur de sa famille : celle qui parvient enfin à briser la malédiction du silence et de la honte en osant analyser les mécanismes qui semblaient pourtant la rendre éternelle.

Alison Bechdel a écrit Fun Home avant tout pour sa propre compréhension. La magie de l'expression esthétique fait le reste et ne devrait pas peiner à conquérir entièrement son lecteur.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation
alouettalouett   03 décembre 2013
[En parlant de ses parents] « Leur concentration extatique ravive chez moi un ressentiment familier. Il est sans doute puéril de leur contester les bienfaits de leur solitude créative. C’était la seule chose qui les nourrissait. De ce fait, elle dévorait tout. Suivant leur exemple, j’appris vite à me sustenter seule. C’était toutefois un cercle vicieux. Plus nous trouvions de gratification dans nos génies respectifs, plus nous nous isolions. Notre maison était une colonie d’artistes. Nous mangions ensemble mais consacrions le reste du temps à nos quêtes personnelles. Et dans cet isolement, notre créativité prenait un tour compulsif »
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colimassoncolimasson   03 septembre 2012
Mes frères et moi nous ne pouvions pas rivaliser avec les lampes astrales, les girandoles et les chaises Hepplewhite. Elles étaient parfaites. J’en vins à détester sa façon de traiter ses meubles comme des enfants et ses enfants comme des meubles. Très tôt, une préférence marquée pour l’épuré et le fonctionnel apparut chez moi.
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colimassoncolimasson   06 septembre 2012
On pourrait soutenir que la mort est intrinsèquement absurde et que le sourire n’est pas une réponse inappropriée. Absurde dans le sens ridicule, déraisonnable. Quelqu’un est là, et la seconde d’après il n’y est plus.
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colimassoncolimasson   05 septembre 2012
Pendant des années après la mort de mon père, quand on me parlait de mes parents, je transmettais l’information de la manière la plus plate…
- Mon père est mort. Il s’est jeté sous un camion.
…avide de détecter chez l’autre le tressaillement du chagrin qui se dérobait à moi. L’émotion que j’avais refoulée devant le cadavre béant resta refoulée.
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colimassoncolimasson   10 septembre 2012
Notre maison était une colonie d’artistes. Nous mangions ensemble mais consacrions le reste du temps à nos quêtes personnelles et dans cet isolement, notre créativité prenait un tour compulsif.
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Videos de Alison Bechdel (41) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alison Bechdel
Rencontre-projection animée par Amandine Schmitt - Interprète : Marguerite Capelle
Alison Bechdel, autrice saluée internationalement, dont le nom est aussi associé au célèbre test qui permet de mesurer le degré de féminisme des films, revient avec un nouveau roman graphique consacré à sa formation physique et intellectuelle. Elle observe sa culture (corps et esprit) à travers le prisme de différentes expériences (sportives, littéraires ou philosophiques) et s'interroge sur l'interdépendance des êtres, avec l'acuité, l'humour et la sincérité qui font sa géniale patte.
À lire - Alison Bechdel, le secret de la force surhumaine, trad. de l'anglais (États- Unis) par Lili Sztajn, Denoël Graphic, 2022.
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