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EAN : 9782877110495
179 pages
Jacqueline Chambon (30/11/-1)
5/5   2 notes
Résumé :
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Tricape
  25 septembre 2020
Andreï Biely (1880-1934), poète, écrivain, dramaturge, critique littéraire, auteur de science-fiction, philosophe et ami d'Alexandre Blok, est considéré comme l'un des plus grands écrivains russes du XXe siècle.

Il nous offre ici un très étrange ouvrage (curieusement baptisé roman), court texte écrit alors qu'il était encore tout jeune homme ; il avait vingt ans et se nommait Boris Nikolaïevitch Bougaïev.
L'auteur nous prévient d'entrée de jeu que la forme singulière de son texte "réclame quelques mots d'éclaircissement" car il a trois composantes : l'une est musicale, une autre satirique et la troisième philosophico-symbolique.
Comme dans une symphonie, il y a une succession de phrases reliées entre elles par un thème dominant (ou sous-jacent). L'éparpillement apparent du propos et l'utilisation volontaire de répétitions renforcent l'impression musicale recherchée.
Sans vergogne, l'auteur égratigne ce qu'il appelle les "excès du mysticisme" de son temps. Il avance que ses contemporains penseront qu'il exagère et prend les devants de cette critique en invitant ses détracteurs à mieux regarder le monde qui les entoure.
Les références à la philosophie viennent compléter l'ouverture sur le symbolisme.

Je ne connais pas suffisamment bien l'Apocalypse pour avoir pu apprécier toutes les allusions dont l'ouvrage est parsemé, cependant j'ai perçu les signes mystérieux que l'auteur nous adresse au travers de la femme revêtue de soleil (être humain ou fée ?), des morts qui sortent faire un tour avant de rentrer dans leurs tombes, du cavalier blanc sur le point de proclamer son règne (l'Antéchrist ?). J'ai croisé dans le rues de Moscou des cochers qui ressemblaient à Nietzsche, j'ai vu la lune courir derrière des nuages immobiles, un horloger éventrer une montre, des couchants aux lueurs étranges et inoubliables, j'ai entendu les chats sur les toits répondre au lion de Juda et des vagues de plomb déferler des crachats de la bête aux sept têtes et aux dix cornes qui s'approchait de l'Europe aux yeux morts et à la bouche édentée.
Cette lecture n'est ni un enchantement, ni un châtiment, mais elle exerce un envoûtement hypnotique procuré par une écriture et une construction très originales. On pense inévitablement à Joyce, contemporain de Biely et qui, lui aussi, explora des territoires d'écriture jusqu'alors vierges.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
PartempsPartemps   28 septembre 2020
Le temps était lourd et torride. La chaussée brillait d’un éclat aveuglant.
Les cochers de fiacre circulaient bruyamment, exposant leurs dos bleus et usés au brasier du jour.
Les balayeurs soulevaient des trombes de poussière sans prêter attention aux grimaces des passants. Leurs faces sales et bronzées ricanaient.
Des roturiers exsangues de chaleur et des bourgeois méfiants parcouraient les trottoirs.
Ils étaient pâles, et sur eux tous pesait la voûte d’un ciel tour à tour bleu, gris-bleu, gris ou noir, imprégné d’un ennui musical, d’un ennui éternel, avec l’œil du soleil planté au centre.
Qui déversait des flots d’incandescence métallique.
Chacun fuyait sans savoir où ni pourquoi et craignait de regarder la vérité en face.
Un poète écrivait un poème d’amour, mais n’arrivait pas à trouver la rime ; il fit une tache, regarda par la fenêtre, et l’ennui céleste lui fit peur. Le ciel gris-bleu à l’œil cyclopéen lui souriait.
..........
La vieille chapelle en pierre grise dressait sa silhouette sombre parmi les tombeaux ; la rosée couvrait déjà l’inscription gravée : « Paix à toi, Anne, mon épouse !... »
C’était une nuit sainte. Le dernier nuage s’était dissous dans le ciel émaillé.
Des étoiles d’or y brûlaient ; les rues étaient vides, propres et blanches.
Du balcon d’un immeuble à deux étages, on pouvait apercevoir deux rangées de feux dorés s’étirant le long des rues endormies.
Ils se fondaient au loin en un seul filet d’or.
Toute la nuit, la lueur demeura à l’horizon, comme si quelqu’un y avait allumé un cierge.
On eût dit que saint Jean y passait la nuit en prières, accomplissant un sortilège pourpre.
Un long nuage ambré zébrait le couchant.
La fée au cœur lourd s’assit sur le rebord de la fenêtre pour le regarder.
Ses cheveux roux étaient répandus sur ses épaules; les étoiles d’or lui brillaient au visage.
Elle devait quitter Moscou le lendemain et elle disait adieu à ses rêves.
...Un cierge semblait brûler derrière l’horizon.
On eût dit que saint Jean y passait la nuit en prières, accomplissant un sortilège pourpre.
C’était déjà le blanc lundi de la Pentecôte. Tous dormaient et leurs rêves étaient purs.
Seul, dans une maison de deux étages, un homme, ni vieux ni jeune, était sorti sur son balcon.
Il tenait une bougie qui brûlait d’une flamme blanche comme le jour qui se levait.
Soudain, il y eut un coup de vent, malgré le ciel qui était d’une pureté sans bornes.
Une poussière grise s’éleva en hautes volutes.
Les cheminées se mirent à geindre et la bougie s’éteignit.
On entendit nettement un bruit de trompe au-dessus de Moscou, et des trombes de lumière déferlèrent dans le ciel.
.......
Le jeune printemps arriva. Dans l’enceinte du monastère, l’église rose dressait ses coupoles blanc et or parmi les tombeaux de marbre et les chapelles.
Les arbres bruissaient au-dessus des défunts solitaires.
C’était le royaume des larmes figées.
De nouveau, comme l’an passé, le pommier fleurissait devant la petite maison rouge.
Ses fleurs blanches et parfumées apportaient l’oubli des souffrances et des peines ; c’étaient les fleurs des jours nouveaux…
Et de nouveau, la petite nonne allait s’asseoir sous l’arbre, serrant convulsivement son chapelet entre ses doigts.
De nouveau, la lueur rouge riait à l’horizon et envoyait un vent léger sur le pommier…
Et l’arbre répandait sur la petite nonne les fleurs blanches de l’oubli…
On entendait crier les martinets, et la nonne se consumait vainement sous les feux du couchant…
Une belle jeune femme en robe de printemps errait de nouveau parmi les tombes…
C’était la fée…
La petite nonne et elle se regardaient et se souriaient comme de vieilles amies.
Sans un mot, elles se disaient que tout n’était pas perdu, qu’il restait beaucoup de joies saintes pour les hommes de la terre…
Et que l’impossible approchait, doux et tendrement pensif…
La fée, comme ensorcelée, s’immobilisait parmi les sépultures pour écouter le bruissement des couronnes de fer agitées par le vent.
Le futur s’ouvrait devant ses yeux et la joie envahissait son cœur...
Elle savait.
Des lumières éclairaient les tombes çà et là.
La petite nonne allumait des veilleuses sur certaines d’entre elles, et pas sur certaines autres.
Le vent faisait bruire les couronnes de fer, et l’horloge marquait lentement les heures.
La rosée tomba sur la chapelle de pierre grise où étaient gravés ces mots : « Paix à toi, Anne, mon épouse ! »
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Vidéo de Andréi Biely
Rencontre en ligne avec Georges Nivat, à l'occasion de la parution, aux Éditions des Syrtes, de Kotik Letaïev, d'Andreï Biely.
Enregistrée le 10 juin 2021 *** Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes. Adepte de la théosophie de Steiner, l'écrivain, alors âgé de 35 ans, se sent revivre sa première naissance. Il couche cette expérience sur papier, avec comme résultat ce récit hors du commun, qui commence dès avant la naissance, dans le ventre de sa mère. *** Georges Nivat est historien des idées et slavisant, traducteur spécialiste du monde russe. Professeur honoraire à l'université de Genève, il a été l'un des traducteurs d'Alexandre Soljenitsyne. *** KOTIK LETAÏEV, d'Andreï Biely Roman traduit du russe par Georges Nivat 416 pages - 20 €
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