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Giorgio Colli (Éditeur scientifique)Mazzino Montinari (Éditeur scientifique)Jean-Claude Hémery (Traducteur)
EAN : 9782070325573
338 pages
Gallimard (13/03/1990)
3.93/5   190 notes
Résumé :
Il est peu question du Christ dans cet ouvrage tardif (écrit en 1888, quelques mois avant que Nietzsche ne sombre dans la folie, il ne sera publié qu'en 1895), mais beaucoup du christianisme. Illusion, fiction, Idéal négatif parce que nourri de la faiblesse et du ressentiment, le christianisme désigne, pour Nietzsche, le pouvoir du mensonge. Il escamote la réalité et c'est pourquoi il ne faut pas seulement le réfuter ; il faut aussi le combattre. D'où une nécessaire... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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HenryWar
  27 août 2021
L'extrême proximité, cette accointance de l'esprit et du coeur, cette sympathie si étroite qui m'unit à Nietzsche en tant qu'il fut l'un des derniers !... Un des derniers quoi ? demandera-t-on. Un des derniers hommes dignes, élevés, un des derniers explorateurs de la pensée, cela va sans dire ! un des derniers individus proprement et en cela l'un des derniers penseurs à pouvoir nous apprendre encore quelque chose sur le monde tel qu'il est resté à peu près inchangé depuis lui puisque justement il n'y a guère eu d'autres facteurs d'évolution notables intellectuellement. Sa façon de bravoure impolie et insistante ; sa courtoisie du méthodique sonneur de cloches au marteau, du donneur d'épée même dans l'eau ; sa menace tranquille faite à tout ce qui paralyse et dévie, à tout ce qui est faible et corrompu, inhumain, trop humain, en-deçà de la mesure de l'homme ; son superbe et terrible blasement provoqué par la vie tout comme l'intolérable et fatidique ignorance jalouse dont il fut l'objet et que lui valut notoirement sa priorité morale accordée à la recherche de la pureté au détriment des mignardises scolaires et bienséantes et de toutes formes de dédicaces ; sa certitude devenue farouche, intégrée, résignée, de sa solitude devenue compagne en lui au même titre qu'un alien qui arpenterait une terre étrangère ; enfin sa conscience presque désespérée qu'il n'y avait plus d'auditeur pour la vérité, que la vérité était déjà au-delà de la préoccupation générale, au-delà du confort bourgeois de l'avenir, jusqu'à atteindre au désintéressement redoutable d'écrire pour ne pas être lu et comme par nécessité inutile ! Tout aliène Nietzsche que son siècle rejette avec persistance malgré ses tentatives pour le rejoindre : il n'est pas maudit pourtant, nul n'a à subir ce raccourci de la malédiction qui n'est qu'un reliquat bête de vision romantique de la destinée ; c'est que le siècle n'en veut pas, ce que démontre l'obstination du siècle, après tant de publications, à ne pas le considérer jusqu'à ce qu'il puisse devenir à toute force un animal superficiellement et mensongèrement politique – avant cela, il ne sera pas du siècle, promesse du siècle ! étant senti d'emblée trop iconoclaste et ambitieux, humiliant et inactuel, difficile et douloureux comme Bloy ! le siècle à présent a mieux à faire que s'appesantir au génie difficultueux ! C'est ainsi qu'il devient prophète d'une contemporanéité qui dorénavant trouve mieux à faire que réfléchir, mieux à valoriser que l'art : pas assez ludique ou mondain, tout cela, ce sont de vieilles lubies élitistes et sérieuses, vestiges d'une autre ère empesée de dignité, comme les blasons du monarchisme, comme ses nobiliaires fiertés dont tout le monde se fiche à présent. Nietzsche, intempestif avec évidence à une époque où déjà l'Europe connaît le déclin littéraire – et son apogée tout ensemble, c'est logique –, car elle annonce et pervertit tout bien humain en marchandise pour foules, en prêt-à-porter ou en prêt-à-apprécier, en dérisoire-des-valeurs. Ce qui a de la valeur, c'est dorénavant ce qui se vend, et dans l'aimable folie du divertissement où l'on plonge, il n'y a que ce qui est distrayant qui fait recette.
Au fait, cet « avant-propos » ! j'en suis si intime, si familier, que je crois bien que j'en ai écrit bien des similitudes, que je l'assume comme mien, et qu'on dira même certainement que je l'ai ici ou là recopié ! Il constitue en soi la définition de ce qu'est un « hyperboréen », un esprit probe et libre et disponible, une faculté ouverte à lire Nietzsche : je veux m'approprier cette définition pour l'appliquer à mes propres lecteurs ou, devrais-je dire, à mon lecteur. Tout le génie de Nietzsche – et son style – est synthétisé dedans ; aussi, à défaut de lire L'Antéchrist, puisqu'il faut à tous des digests pour gagner le temps des vacances : lire son avant-propos : un vent d'altitude court sur ces lignes ; on n'a rien écrit de plus direct, de plus juste, de plus exact : c'est la boussole de l'esprit.
L'Antéchrist est la toute dernière charge de Nietzsche contre le christianisme – et je ne prétends pas expliciter en détails en quoi elle consiste, cela est trop connu et je me refuse aux explicitations pour étudiants type Folio Plus. Toujours seulement, c'est la religion des faibles – comme le philosophe tâche d'en établir la généalogie (nul autre, je crois, n'a tâché d'établir avec autant de « psychologie de l'homme » la généalogie d'une pensée) –, celle de la pitié, celle qui, en incitant à la destruction de tout ce qui est fort et audacieux, prétend faire le monde à la mesure effrayée des humbles qui peuvent ainsi continuer à nourrir la bonne conscience de leurs minables vertus : le christianisme est en cela une doctrine du malheur et du renversement des valeurs naturelles où triomphe celui qui n'a pas d'élan ni de volonté propre ; c'est l'apologie de la mauvaise santé physique et spirituelle. Celui que le christianisme vante et élit, c'est celui qui, sans cette structure pour le conforter et le soutenir, ne survivrait pas : le christianisme est le mépris de la hiérarchie vraisemblable des êtres. Sans parler de ses mensonges délibérés, de ses déformations éhontées, de sa démence vindicative, de ses harcèlements incommensurables, de ses travestissements de la vérité jusque dans ses textes, et en particulier de sa négation de cette réalité que le christianisme consiste exactement en un discours de l'absence de réalité, que la réalité est toujours pour lui un embarras, qu'il lui faut absolument le recours de l'imaginaire, raison pour quoi il a besoin de recourir systématiquement aux allégories et aux affects : le christianisme comme antiphilosophie à laquelle le monde s'est tristement habitué – et comment entendre ses niaiseries du point de vue de la réalité comme : « Ne juge point et tu ne seras point jugé » : beau précepte pour un jury de cour pénale ! d'autant que Nietzsche rappelle justement : « Mais ils expédient en enfer tout ce qui se met en travers de leur chemin » (page 98). Au grand surplus, le christianisme comme religion antichristique, le Christ n'ayant fait que l'exemple d'une attitude d'abandon de toute volonté de puissance – lire la preuve éclatante que Nietzsche, a compris mieux que personne, mieux même qu'un Chrétien, l'essence du Christ et sa « doctrine en actes » à travers l'aphorisme 35 –, tandis que le christianisme effectif est tout au contraire l'organisation d'une institution du rapport de force où le prêtre veut s'arroger tout pouvoir sur la société et les personnes qui la composent : le règne organisé et inféodé du royaume de Dieu sur Terre est en cela antithétique de la parole et de la geste du Christ. St Paul notamment est un grand infidèle par la violence même de sa ferveur, par le principe même de son prosélytisme : Jésus jamais n'imposait ni ne résistait.
Le christianisme, au lieu d'un dévouement, est une déviation. Rien n'y est droit, il ne s'y trouve aucune rectitude intellectuelle mais la béatitude des illusions – pléonasme : la vérité est toujours une difficulté. le christianisme a eu raison en un sens de faire grand cas du monde intérieur, du monde spirituel et de l'après-monde : ce lui était un opportunisme nécessaire, une occasion indispensable, car il est incapable de voir le monde réel tel qu'il est : il n'a pas d'autre choix stratégique que de détourner l'esprit du croyant sur ce qui n'est pas, allégorie, hypothèses, affects sans cause, artificialités oratoires de toutes sortes. Et même philologiquement c'est-à-dire quand il s'efforce de comprendre scrupuleusement ses propres évangiles, le christianisme est toujours une mauvaise foi : n'importe quel prêtre interprète à sa façon les textes « sacrés », pour autant que ce soit valorisant personne ne trouve à redire de ce qu'on leur fasse exprimer des contradictions : le Chrétien n'en a cure, il est au-dessus de cela, c'est-à-dire – de la vérité, c'est-à-dire de cette honnêteté du fait, pourvu que sa croyance soit consolidée et qu'il soit lui-même justifié. Ils sont encore nombreux, après tout et même parmi les « fervents », à croire que l'Immaculée Conception s'applique à la naissance de Jésus : cette déformation ne fait pour eux aucune différence, comme les autres.
Ce combat contre le christianisme n'est pas, comme Michel Onfray le prétendait encore récemment depuis qu'il s'est résolu, par politique, à ménager les communautés les plus vastes, un combat d'arrière-garde, une façon d'acculer des malheureux à la dernière extrémité de leurs forces en extinction : c'est qu'on n'a pas compris que la morale contemporaine est foncièrement chrétienne, se défiant de scientificité et de dialogisme, s'appuyant socialistement sur la défense du misérable, réfutant l'argument au profit de la conviction qui n'est que la foi sous un autre nom, incapable de débattre et d'accéder à des lumières qui lui soient initialement extérieures. Comme le Chrétien, le Contemporain refuse d'apprendre quelque chose qu'il ne sait pas déjà : il faut que toute vérité soit une révélation venue de l'intérieur. L'absence de caractère personnel d'un fait – l'effacement de l'individu au profit exclusif d'une solidarité de foule suffisant à accréditer –, est un motif profondément chrétien, tout comme la déformation éhontée de la vérité (ce que les Chrétiens validèrent sous l'appellation latine de « pia fraus » ou « mensonge pieux », artifice argumentatif non seulement qu'on permet mais qu'on incite à défaut de pouvoir rétorquer au « Mal »), l'auto-justification (ou bonne conscience pour l'estime de soi, le Chrétien ayant avant tout besoin d'avoir raison pour le seul profit de se sentir bien), et la position du porte-parole ou détournement de la responsabilité (l'autorité est ailleurs, c'est à elle qu'il faut demander des comptes, on n'a pas à argumenter soi-même, on ne fait que respecter la parole d'un grand) ; au même titre, le Chrétien est celui qui prie, c'est-à-dire qui ne fait rien, au mieux il manifeste en façon d'évangélisation : la société où nous sommes souffre exactement de tous ces vices, incluant cette absence d'engagement à l'action. Au même titre encore : l'obéissance et la crainte relativement à la morale qu'il n'est plus jamais question de réinterroger et de rétablir : une peur superstitieuse du « législateur » comme substitut du prêtre, et une défiance presque systématique de la parole du scientifique.
Notre époque pâtit, d'une certaine façon, d'une recrudescence du christianisme sous une forme ontologique. La raison contemporaine ne s'est pas remise de ce choc ancien dont elle a tant conservé l'atavisme erroné qu'elle ne s'aperçoit même plus qu'il l'infeste encore. Elle nie l'esprit rationnel, toute recherche structurée et autonome de vérité, toute possibilité même d'avoir raison à part et contre une majorité. Elle se contente d'appliquer des sentiments passés pour affirmer des réalités qui ne dépendent nullement du sentiment. Elle est tout d'affect et d'affectation comme le christianisme, et inapte à démontrer, sans méthode pour cela : elle n'a pas de « bon sens commun », contrairement à l'affirmation péremptoire de Descartes. Elle veut persuader, mais elle ignore convaincre. Elle n'a que le goût de ne pas perdre la face, et elle s'y empresse avec une fébrilité et une fureur tout chrétiennes qui servent plutôt de preuve à son manque de fondement, à son instabilité, à son peu de fiabilité. Elle voudrait bien mieux, si elle le pouvait encore, faire périr par l'opprobre et par l'ignominie, plutôt, tous ceux qui ne sont pas de son avis, façon décidément « d'expédier en enfer » : c'est plus simple, cela contrebalance et supplante l'agacement d'être utilement contredit.
Comme le christianisme, notre époque exige l'uniformité des opinions fondées sur la loi.
Il n'y aura pas d'avancée déterminante des civilisations – et j'affirme qu'il n'y en a pas eu depuis Nietzsche – tant que la question du christianisme et de son insidieuse persistance ne sera pas définitivement et consciemment traitée par ces civilisations.
Nous sommes gréco-romains, à ce qu'il paraît, et Nietzsche prétend que ce qui a servi principalement de sape à cette magnifique structure sociale de l'Antiquité est le christianisme avec sa morale de l'esclave – en quoi nous serions post-gréco-romains : une civilisation même chrétienne plutôt que judéo-chrétienne. Eh bien ! si nous aspirons à être encore au-delà de cela, il faut nous débarrasser du ferment de christianisme qui nous paralyse et nous encombre. Où il reste des vestiges du christianisme non dépassés, nous végétons, nous stagnons. Il y aurait, sans cela, de quoi redresser l'humanité et la dignifier pour longtemps ! Notre société est devenue peut-être pire encore, dégradée, déchue, car elle maintient son christianisme sans y croire ; elle est bâtarde et hypocrite ; elle conserve son socle par intéressement, pour asseoir toutes ses fois, mais elle ne croit plus : elle se sert des procédés rhétoriques de la foi chrétienne pour discuter et disputer – notamment toutes les formes dites « argumentées » du socialisme où des valeurs jamais réinterrogées et absolument tabou tiennent lieu de fonds – mais elle n'a plus la foi chrétienne. Nous avons gardé la mièvrerie, la compassion, la tolérance, l'amour poisseux, la passion des compromis et de l'universalité, l'impersonnalité des motifs, l'absence de probité et maintes traditions afférentes, mais nous n'avons plus le détachement de passivité, l'absence de lutte ni le courage de subir patiemment la gifle des forts que personnifiait le Christ résigné… en qui nous ne croyons d'aucune façon bien ferme. Après nous être construits de faussetés et d'illusions, nous sommes aujourd'hui bâtis de la ruine de ces faussetés et illusions, ce qui est encore moindre. Pire : à présent, nous le savons ; ainsi, toute notre posture est fabriquée d'une incohérence volontaire.
Nous sommes un pays d'athées avec un système argumentatif chrétien. On croit toujours avoir raison pour la raison qu'on le sent – les arguments viennent après le sentiment qu'à présent on nomme conviction : et l'on prétendrait faire de la parole contemporaine une force ? Même, tout ce que le peuple déplore dans sa politique vient de là : on sait une chose a priori (qu'on a bien agi, qu'on a raison, que le fait est tel qu'on se le représente…), par conséquent on doit y trouver des arguments non seulement pour répandre cette idée mais pour l'instituer – c'est dans ce sens vicié que se réalise aujourd'hui encore toute réflexion y compris politique. Tout citoyen qui s'inquiète de l'irrationnalité hypocrite de ses élus doit en tout premier lieu s'interroger sur l'origine curieuse de ce travers : or, ne sont-ils pas, ne se sentent-il pas précisément, des Élus ? Il y a là un mode de pensée très chrétien si l'on y songe : celui qui gouverne les hommes leur est supérieur non par la Raison, mais par ses raisons, c'est à peine s'il a à se justifier ; il y aurait en soi de quoi définir l'origine et la forme mêmes de ce qu'on appelle « l'ambition » dans notre civilisation. le règne, le « roi », est toujours fondamentalement, foncièrement, inconsciemment le Christ en notre société et, s'il a tort, c'est que Dieu a tort : rien ne peut vraiment changer d'un régime avec cette conception-là dont nous sommes les héritiers et qui demeure sinon en nos gènes, du moins en un patrimoine que nous n'avons toujours pas véritablement renié, dont nous nous flattons même bien souvent tantôt comme d'une fatalité, tantôt comme d'un avantage, et tantôt comme d'une fierté.
Nous sommes héritiers de chrétiens, sans nul doute, et il importe pour notre grandeur ou ne serait-ce que pour notre saine croissance que cet héritage ne soit pas de nouveau transmis ; or, tant il persiste et contamine effectivement, il l'est même faute d'y réfléchir : c'est comme un palimpseste dont le premier écrit revient toujours faute d'être raturé et gratté jusqu'à la trame du parchemin. En quoi le dernier débat, l'ultime controverse, la dispute finale de la philosophie et de la pensée humaine est bien, à défaut d'avoir innervé le monde, le sujet de Nietzsche en 1896 : rien après, que des émanations chrétiennes pas encore évacuées, pas encore digérées et « déféquées », toujours des reprises, des repousses, des bourgeonnements ultérieurs, fondés sur ce mode, tardifs, obsolètes et sans cesse réactualisés, tant que la sève coule. On regreffe et c'est tout : le mal repart. Il n'y a pas de nouvelles pensées depuis lors, car le poison y coule toujours.
Lien : http://henrywar.canalblog.com
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Klasina
  08 juillet 2018
L'un des derniers écrits de Nietzsche.
Il se veut être une critique du christianisme. Nietzsche, contre l'homme moderne, modèle type de la décadence, se soulève : son hypocrisie à l'égard du christianisme. Les dirigeants se disent chrétiens pour simple apparence. La musique Wagnérienne n'est-elle pas lourde et endormante ?
Plus globalement, la religion chrétienne est décadente. Elle nie tout simplement la volonté de vie. En effet, pendant deux millénaires, quel dieu nouveau a été vénéré, pourquoi d'autres religions n'ont-elles pas vu le jour ? C'est que le christianisme, a étouffé la volonté. Elle s'est tue dans une inertie quitte à amoindrir les facultés créatrices de l'homme. Non, il ne veut plus façonner le réel. Il ferme les yeux au monde « tel qu'il est », à sa beauté, à la vie qui est la seule noblesse à vénérer. La négation de la vie, telle a été l'ère du christianisme, « religion de la compassion », qui incite à souffrir, d'abord pour l'autre et pour soi. La « moraline » a épuisé les forces de l'homme.
L'Eglise s'est arrogé le monopole de la Vérité. « Elle a fait de toute valeur une non valeur, de toute vérité en mensonge, de toute sincérité une bassesse d'âme". (guerre aux valeurs aristocratiques et à la volonté).
La philosophie, le savoir s'en trouvent dès lors condamnés. Son « tu dois » tait le « je veux »… Elle opère une négation de la volonté personnelle au profit d'une volonté impersonnelle, égale à toute.
Nietzsche montre que le savoir a été pris à reculons. Toute l'ignorance de l'homme, « sa bassesse » l'ont conduit à saper les bases existantes du savoir depuis l'Antiquité : les méthodes, les savoirs gréco-romains, sciences, de la nature, les mathématiques… « Un travail du monde antique en pur perte », un édifice détruit par le christianisme. Alors qu'ils était déjà là !
Son refus de l'esprit scientifique amène Nietzsche en dire qu'elle « un truquage du réel », un « arrière monde ». Par là, elle n'est que mensonge, car elle consiste en un refus « de voir ce que l'on voit ». le savoir n'est pas permis hors celui qui est de Dieu. Nietzsche se réfère à des épisodes bibliques « Tu ne connaitras point », l'auteur en dit que le prêtre est à l'origine de ce complot contre le savoir, connaitre revient à devenir l'égal de Dieu, ce qui n'est pas concevable. L'histoire du Christianisme n'aurait été qu'un « mensonge ». Il a trompé le réel.
Montrant ce qu'a été le christianisme dans l'histoire, Nietzsche se rabat sur les hommes d'église, pour ensuite s'intéresser à l'image de Jésus Christ. Commençons par la critique amère qu'il adresse aux prêtres, qui sont le pro type du nihilisme. le prêtre prend la volonté de dieu selon son intérêt, imposteur, il parle au nom de Dieu, mais derrière le nom de Dieu, se cache sa volonté propre. Il exige, pour ses honneurs, pour sa richesse : mais où est la Vérité dans son coeur, dans son esprit ?
Nietzsche va montrer que le christianisme d'église a été une totale mécompréhension du message originel en opérant une focale sur Jésus Christ. Jésus Christ n'était-il pas celui qui prônait la non violence ? Ainsi n'est- il pas étonnant que Nietzsche en dise qu'il ne ressentait aucun ressentiment à l'égard des dirigeants en place. C'est donc une erreur que de croire, que Jésus, a été un messie qui a voulu renverser l'ordre établi, en révolte contre ce monde. Jésus « n'attache aucune importance à rien d'établi, la lettre tue, tout ce qui fixe ». Par conséquent, il n'écrit pas. Nietzsche voit en lui « l'esprit fort ». le « Royaume de Dieu n'est pas de ce monde » : les biens des prêtres, l'ordonnancement de l'église n'est pas conforme, en vérité, à ce royaume de Dieu, au règne de Dieu. C'est dit-il « une expérience d'un coeur », des « réalités intérieures ». C'est le monde intérieur qu'il s'agissait de changer. Il y a par là « déformation du symbolisme originel ». La mort du Christ, aurait été perçue, de la part de premiers chrétiens, soient les disciples, apôtres, sous le signe de vengeance. On a voulu vengé Jésus Christ. On l'a qualifié de « rebelle » contre les dirigeants. Mais Jésus ne prônait-il pas la non violence. « Aime tes ennemis ? ». Dès lors c'est l'homme du ressentiment qui a biaisé le message originel. St Paul, selon Nietzsche est vraiment à l'origine du truquage du message du Christ.
Nietzsche termine par la mise en procès du christianisme. Inversion de toutes les valeurs, il doit y avoir. - le calendrier peut commencer le dernier jour du christianisme. Ainsi s'achève l'Antéchrist ( suivi d'une loi contre le christianisme). le jour où la volonté de vie est délivrée de son bourreau !
A présent, il est encore tant de bouger, de sculpter le temple gréco-romain de la vie ! Soyons créateurs !
De quoi réfléchir sur l'histoire du christianisme, sa place dans l'histoire, son rôle et ses influences, et la nécessité d'avoir un esprit critique et libre face à ce qui est dit. Ce livre est aussi une guerre contre ce que Nietzsche combattait dont l'exemple parfait est le christianisme : le nihilisme !
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Luniver
  24 février 2012
"L'antéchrist" est une charge insolente contre le christianisme, ou plus précisément contre ce qu'est devenue la morale chrétienne à l'époque de Nietzsche. Il accuse notamment les prêtres d'avoir perverti le message original du Christ, de constituer en idéal la négation de la vie et de quitter le monde réel pour se réfugier dans un monde imaginaire et mensonger.
J'ai commencé la lecture de ce livre un peu trop tôt : je n'avais lu que "Ainsi parlait Zarathoustra", un des premiers livres de Nietzsche, et "L'antéchrist" est l'un de ces derniers. Les références à ses oeuvres précédentes sont nombreuses, et j'ai eu l'impression d'être un mauvais élève qui a mal appris ses leçons pour pouvoir suivre la démonstration du maître. Les commentaires du traducteur ont cependant un peu comblé mes lacunes.
En tout cas, le style de Nietzsche est particulier et agréable à lire : souvent impertinent et effronté, parfois fulminant et injuste, recours aux jeux de mots et à l'ironie, tout cela facilite l'accès à ses oeuvres aux "non-initiés".
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GuillaumeTM
  29 mars 2013
C'est l'un des tous derniers livres que Nietzsche rédigea avant de sombrer dans la folie à Turin, écrit en 1888 mais publié en 1894.
Le philosophe consacre donc tout un ouvrage à cette religion qui prédominait encore dans tous les esprits de son époque. Il commence par fustiger la philosophie de Kant et montre clairement de cette manière qu'il est vraiment dans la filiation directe de Spinoza.
Puis il élabore, en bon philologue qu'il était, une réinterprétation de la vie de Jésus, qui fut, pour lui, déformée par certains de ses apôtres comme Saint Paul. Il considère, in fine, que Jésus fut le seul chrétien véritable et qu'il exaltait la bonté,la vie et non la mort comme le feront plus tard les prêtres, qui sont pour Nietzsche les pires calomniateurs de l'Eglise, en réprimant les instincts naturels de l'être humain, en passant par la détestation du corps; ce qui est cause, comme la déjà démontré le philosophe, de beaucoup de névroses.
Le livre se termine par la transvaluation des valeurs. Mais il reste assez polémique sur certains passages qui pourraient être mal interprétés, heureusement le livre est plutôt bien construit, ce qui change d'autres de ses bouquins écrits sous formes d'aphorismes, qui donc pourraient paraître aux premiers abords désordonnés alors qu'il n'en est rien.
Une vision du christianisme somme toute assez personnelle mais pas moins intéressante et instructive.
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Palindrome1881
  28 mai 2021
Souvenir d'une lecture jubilatoire où Nietzsche ferraille avec la chrétienté. Il en découd avec 2000 ans d'histoire religieuse.
Il porte au pinacle Dyonisos,l'anti ou anté Christ, dieu des plaisirs, des (ré-) jouissances, de l'hédonisme, sans pour autant les mettre dos à dos. Car Nietzsche critique vivement, non pas le Christ, mais ce qu'en ont fait les religieux: un symbole falsifié de la pitié, du sacrifice, de la peur, de l'obéissance, plus encore en instrumentalisant sa mort, ils ont plongé le monde chrétien dans le ressentissement (poison des nations).
Comme dans certains de ses autres essais et ouvrages, il propose à l'individu de se responsabiliser, devenir acteur de sa vie, et arrêter de se reposer sur le groupe, l'institution, la religion pour lui servir de guide. L'Art, la connaissance sont des outils qui permettraient à l'homme de se libérer des chaînes de la religion, du fanatisme. La finalité serait la création de sa propre vie (but existentiel nettement plus enrichissant et moteur que le ressentiment).
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Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   20 avril 2015
Par ma condamnation du christianisme je ne voudrais pas avoir fait tort à une religion parente qui le dépasse même par le nombre de ses croyants : le bouddhisme. Tous deux se valent en tant que religions nihilistes — ce sont des religions de décadence — mais tous deux sont séparés de la plus singulière manière. Le critique du christianisme est profondément reconnaissant aux indianisants d’être à même de les comparer maintenant. — Le bouddhisme est cent fois plus réaliste que le christianisme, — il porte, comme héritage, la faculté de savoir objectivement et froidement poser les problèmes, il vient après un mouvement philosophique de plusieurs siècles ; l’idée de « Dieu », dans sa genèse, est déjà fixée quand il arrive. Le bouddhisme est la seule religion vraiment positivite que nous montre l’histoire, même dans sa théorie de la connaissance (un strict phénoménalisme —) il ne dit plus « lutte contre le péché », mais, donnant droit à la réalité, « lutte contre la souffrance ». Il a déjà derrière lui, et cela le distingue profondément du christianisme, l’illusion volontaire des conceptions morales, — il se trouve placé, pour parler mon langage, par delà le bien et le mal. — Les deux faits physiologiques qu’il prend pour base et qu’il considère sont : d’abord, une hypertrophie de la sensibilité, qui s’exprime par une faculté de souffrir raffinée, ensuite une hyperspiritualisation, une vie trop prolongée parmi les idées et les procédures logiques, ou l’instinct personnel a été levé en faveur de l’impersonnalité. (— Deux états que du moins quelques-uns de mes lecteurs, les « objectifs » comme moi, connaissent par expérience.) En raison de ces conditions physiologiques, une depression s’est produite, une dépression que Bouddha combat par l’hygiène. Il emploie, comme remède, la vie en plein air, la vie ambulatoire, la tempérance et le choix des aliments, des précautions contre les spiritueux, contre tous les états affectifs qui font de la bile, qui échauffent le sang : point de soucis, ni pour soi ni pour les autres ! Il exige des représentations qui procurent soit le repos, soit la gaieté, — il invente le moyen de se débarrasser des autres. Il entend la bonté, le fait d’être bon. comme favorable à la santé. La prière est exclue, tout comme l’ascétisme ; pas d’impératif catégorique, aucune contrainte, pas même dans la communauté claustrale — (on peut de nouveau en sortir —). Tout cela n’est considéré que comme moyen pour renforcer cette trop grande sensibilité. C’est pourquoi le bouddhisme n’exige pas la lutte contre les hérétiques ; sa doctrine ne se défend de rien autant que du sentiment de vengeance, de l’aversion, du ressentiment (— « l’inimitié ne met pas fin à l’inimitié » : c’est le touchant refrain de tout le bouddhisme… ). Et cela avec raison : En considération du principal but diététique, ces émotions seraient tout à fait malsaines. Il combat la fatigue spirituelle qu’il trouve à son arrivée, une fatigue qui s’exprime par une trop grande « objectivité » (c’est-à-dire affaiblissement de l’intérét individuel, perte de l’équilibre, de « l’égoïsme ») par un sévère retour, même des intéréts spirituels, sur la personnalité. Dans l’enseignement de Bouddha, l’égoïsme devient un devoir : la « seule chose nécessaire ». La façon de se dégager de la souffrance règle et délimite toute la diète spirituelle (— qu’on se souvienne de cet Athénien qui déclarait également la guerre à « la science pure », de Socrate qui, dans le domaine des problèmes, éleva l’égoisme personnel à la hauteur d’un principe de morale). (#20)
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LuniverLuniver   21 février 2012
Il ne faut pas enjoliver et attifer le christianisme : il a livré une guerre à mort contre ce type supérieur d'homme, il a excommunié tous les instincts fondamentaux de ce type, il a pris tous les instincts pour en faire le concentré du mal, LE méchant : - l'homme fort comme le type du réprouvé, de l'«homme dépravé». Le christianisme a pris le parti de tout ce qui est faible, bas, raté, il a constitué en idéal l'opposition aux instincts de conservation de la vie forte ; il a vicié la raison même des natures les plus fortes en esprit, en enseignant à ressentir les valeurs les plus hautes de l'intellectualité comme pécheresses, comme trompeuses, comme des tentations. L'exemple le plus pitoyable : la corruption de Pascal, qui croyait à la corruption de sa raison par le péché originel, alors qu'elle n'était corrompue que par son christianisme !
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LuniverLuniver   23 février 2012
Quand on déplace le centre de gravité de la vie non pas vers la vie, mais vers l'«au-delà» - vers le néant - on a enlevé à la vie tout centre quel qu'il soit. Le grand mensonge de l'immortalité personnelle détruit toute raison, toute nature de l'instinct, - tout ce qui, dans les instincts, est bienfaisant, favorise la vie, garantit l'avenir, désormais suscite la méfiance. Vivre de telle manière que vivre n'ait plus de sens, voilà désormais qui devient le «sens» de la vie...
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4shgoth4shgoth   04 janvier 2016
Le bouddhisme est cent fois plus réaliste que le christianisme — il a dans le sang l'habitude acquise de poser les problèmes froidement et objectivement, il vient après un mouvement philosophique qui a duré des centaines d'années — la notion de « Dieu » est déjà abolie quand il survient. Le bouddhisme est la seule religion positiviste que nous montre l'Histoire, et même dans sa théorie de la connaissance (un strict phénoménisme) — il ne dit plus « guerre au péché », mais rendant à la réalité ce qui lui est dû : « guerre à la souffrance ». Il a déjà laissé derrière lui — et c'est ce qui le différencie radicalement du christianisme — l'automystification des conceptions morales ; il se trouve, pour employer mon langage, outre bien et mal.
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HenryWarHenryWar   27 août 2021
C’est à cette pitoyable flagornerie de la vanité personnelle que le christianisme doit sa victoire, – c’est avec cela qu’il a gagné à sa cause justement tout ce qui est raté, tout ce qui est porté à la sédition, tout ce qui est déshérité, toute la lie et le rebut de l’humanité. Le « salut de l’âme » – traduction allemande : « le monde tourne autour de moi »… Le poison de la doctrine : « égalité de droits pour tous » – c’est le christianisme qui l’a semé au premier chef par principe ; le christianisme a livré une guerre à outrance, issue des recoins les plus secrets des mauvais instincts, à tout sentiment de respect de distance d’homme à homme, c’est-à-dire à la condition de l’élévation et de la croissance de la culture – il s’est servi du ressentiment des masses pour forger son arme principale contre nous, contre tout ce qui est noble, gai, généreux sur terre, contre notre bonheur sur terre… L’« immortalité » accordée à Pierre et à Paul a été jusqu’ici le plus grand, le plus astucieux attentat contre la noblesse de l’humain. – Et puis, n’allons pas sous-estimer le funeste malheur qui, venu du christianisme, s’est insinué jusque dans la politique ! Personne n’a plus aujourd’hui le courage des privilèges, des droits souverains, du sentiment de respect envers soi et envers ses pairs, – d’un sentiment de la distance… Notre politique est malade de ce manque de courage ! – L’aristocratisme des opinions a été miné de la façon la plus souterraine par le mensonge de l’égalité des âmes ; et, s’il est vrai que la foi dans le « privilège du grand nombre » fait et fera des révolutions, c’est le christianisme, qu’on n’en doute pas, ce sont les jugements de valeur chrétiens qui sont traduits en sang et en crime par tout révolution ! Le christianisme est un soulèvement de tout ce qui rampe bas sur le sol contre ce qui est élevé : l’évangile des « humbles » rend bas et humble…
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