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EAN : 9782702180754
270 pages
Calmann-Lévy (31/03/2021)
3.74/5   42 notes
Résumé :
ET SI LA FIN DU MONDE AVAIT VRAIMENT LIEU?

Bienvenue à Greenloop, près de Seattle, petite communauté écolo privilégiée permettant à des ultra-riches de vivre au plus près de la nature, mais avec une technologie de pointe. Quand un proche volcan entre en éruption, Greenloop est soudain coupée du monde, et ses habitants jetés dans une épreuve de survie au jour le jour.

Kate Holland relate dans son journal intime comment son petit coin de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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JustAWord
  20 août 2020
Quatorze ans plus tôt, Max Brooks publie son premier roman (même s'il avait déjà publié un guide de survie à la fois drôle et ingénieux auparavant) : World War Z.
Véritable chef d'oeuvre du genre, le livre connaîtra par la suites les honneurs d'une adaptation filmique complètement loupée avec Brad Pitt dans le rôle principal pour un long-métrage d'action hollywoodien totalement à côté de la plaque.
Depuis, Max Brooks s'était fait discret si l'on excepte la publication en 2014 d'un (excellent) comic book sur les Harlem Hellfighters.
C'est en 2019 que l'américain annonce la sortie d'un nouveau roman avec Devolution : A Firsthand Account of the Rainier Sasquatch Massacre.
Oubliez les zombies, place aux Sasquatchs ou, Bigfoot, pour les intimes.
Welcome to Greenloop
Certainement le mythe nord-américain le plus fameux, le Big Foot est aussi devenu, au fil des ans, un monstre kitsch à souhait et adapté à toutes les sauces.
Avec Devolution, Max Brooks tente de réitérer l'exploit de World War Z : faire du neuf avec de l'ultra-cliché. Si son histoire d'apocalypse zombie utilisait un récit qui tenait plus du fix-up de nouvelles que du véritable roman, Devolution change (un peu) son fusil d'épaule et joue la carte de la found-letter pour explorer le mythe à la sauce survival/thriller.
C'est donc par l'entrelacement de deux récits que se construit le roman : celui du journal « retrouvé » de Kate Holland, l'une des survivantes du massacre de Greenloop, et celui de l'auteur lui-même qui enquête sur ledit massacre en interviewant Frank McCray (le frère de Kate) et la ranger Josephine Schell (qui enquête elle aussi sur la catastrophe de façon plus officielle) tout en glissant d'autres documents utiles (comme des interviews des habitants de Greenloop d'avant le drame ou des extraits de livres divers autour du Big Foot).
L'action se situe non loin de Seattle dans l'État de Washington où une communauté de quelques riches individus ont décidé d'expérimenter une nouvelle expérience de vie plus proche de la nature mais sans renoncer à la technologie moderne pour autant. Grâce à Tony Durant et à sa femme, une dizaine de personne s'installent donc à Greenloop.
Kate Holland et son mari débarque là-bas à la demande de son frère, Frank, qui n'a plus la possibilité d'y rester et qui entrevoit là un moyen pour aider sa soeur atteinte de TOCs (et d'un gros manque de confiance en elle). C'est aussi un moyen d'aider le couple tant Dan, le mari de Kate, semble de plus en plus apathique du fait de son sentiment d'inutilité devant son statut peu enviable d'entrepreneur-loser.
Surprise, avant d'être le récit d'un survival brutal et terrifiant, Devolution s'attarde d'abord sur cette petite communauté d'écolo-new age qui souhaite se rapprocher de la nature mais sans sacrifier le confort moderne pour autant (à coup de maisons intelligentes, de technologies propres et autres drones).
La plupart — Vincent et sa femme Bobbi, Effie et sa femme Carmen ainsi que leur fille adoptive Palomino, Alex Reinhart l'anthropologue idéaliste fin connaisseur du philosophe Rousseau et bien sûr le couple de bobos superficiels par excellence Yvette et Tony — n'ont en réalité qu'une très vague idée de ce qu'est la Nature, la vraie. du moins, pas une fois sortie des films et des documentaires TV qui pullulent aujourd'hui.
Reste Mostar, vieille artiste et sculptrice de verre… qui semble avoir un lourd passé l'empêchant de tomber dans la béate et naïve admiration dont font preuve les autres devant ce qui gronde au dehors.
Ce qui gronde au dehors d'ailleurs, c'est le Mont Rainier, un volcan qui choisit de s'éveiller brutalement au grand dam des petites villes autour…et de Greenloop, naturellement !
Le décor est planté, la tragédie en deux actes peut commencer.
Retour au réel
Avec l'éruption du volcan et l'isolement de Greenloop, les choses changent rapidement. La communauté si confiante se transforme soudain en une prison où l'on craint demain. Max Brooks utilise encore une fois le prisme de la fiction pour un message social et anthropologique.
Nous ne sommes pas prêts.
Dans un monde où tout s'obtient en un claquement de doigt (ou un clic de souris), rien n'est prévu sur le long terme (et ce qui explique aussi l'incapacité actuelle de lutter contre le réchauffement climatique). Insuffisance des stocks, confiance aveugle en un filet de sécurité qui s'est effiloché depuis longtemps, la société actuelle n'arrive pas à comprendre que sa capacité à vivre dans l'hyper-présent sera la véritable raison de son déclin futur.
Mostar est la seule à se souvenir (du fait d'un tragique passé) que tout peut changer du tout au tout en quelques heures et devient ainsi le seul rappel pour Kate que l'inertie sera fatale aux habitants de Greenloop.
Mostar serait-elle la métaphore de la mémoire collective humaine ? Peut-être.
Mais c'est surtout l'occasion pour Max Brooks de montrer que l'adaptation est encore possible et que l'homme n'évolue jamais autant que lorsqu'il est confronté au pire. du moins quand il accepte ENFIN de voir le pire.
La catastrophe agit comme un catalyseur de ce qui se cache au plus profond de chacun et personne, au final, n'est réellement ce qu'il semble être dans une société moderne qui a inversé les rôles.
Devolution aurait pu se contenter de cette formule catastrophe pour illustrer son propos mais Max Brooks avait une autre idée en tête, une idée plus extrême et plus roublarde pour secouer durablement le lecteur.
Passons donc au second acte.
Darwin en action
Après l'éruption et la redistribution sociale des cartes parmi les personnages pris au piège à Greenloop, Max Brooks réoriente son récit vers l'horreur en faisant entrer en scène un super-prédateur : le Sasquatch.
Sorte de singe-géant ayant évolué parallèlement (ou aux dépends…c'est selon) de l'homme, le Sasquatch s'affirme rapidement comme un danger bien plus redoutable que la famine ou les pumas des environs.
En mixant les interviews de spécialistes et les sources pourtant bien connues sur les rumeurs entourant Bigfoot avec les entrées de journaux de Kate, l'auteur américain passe la seconde et ne s'arrête plus.
Petit à petit la tension monte entre humains et créatures, et ce qui semble appartenir aux légendes devient une réalité aussi impitoyable que sanglante.
Poussant sa réflexion première dans ses retranchements, Max Brooks illustre la naïveté d'une société qui pense la Nature bienveillante et formidable. Alors que la Nature…c'est juste la Nature avec tout le côté impitoyable qui va avec.
Rapidement, Kate et les autres doivent choisir entre s'adapter ou mourir, une illustration parfaite de la sélection naturelle selon Darwin. Sauf qu'ici, ce qui condamne les hommes, c'est justement leur statut supérieur et leur technologie. Il faut donc réapprendre à « dévoluer » pour avoir la moindre chance. le confort moderne nous a ôté le privilège de super-prédateur de nos ancêtres et il est temps pour Kate, Dan, Effie et tous les autres de retrouver leurs rage primale.
Transformé en survival intense et émouvant, Devolution achève sa transformation en page-turner pour un crescendo d'action et de suspense qui se termine comme la légende du Big Foot elle-même : perdu au milieu de la forêt.
Max Brooks a encore frappé.
Après avoir dépoussiéré le zombie, l'américain sort le Sasquatch du placard pour un récit impressionnant et sous-tendu par une réflexion sociale et anthropologique scotchante. Jubilatoire, flippant et parfaitement addictif. Une immense réussite.
Lien : https://justaword.fr/devolut..
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gruz
  27 mai 2021
Max Brooks aime s'approprier des thématiques usitées jusqu'à l'outrance, en arrivant à les dépoussiérer de manière étonnante. Il l'avait fait avec les zombies (World War Z, adapté au cinéma avec Brad Pitt), le voilà qui s'attaque au mythe du Bigfoot. Cette créature est très ancrée dans l'imaginaire nord américain, même si on retrouve son pendant un peu partout dans le monde (le Yéti au Népal par exemple).
Sincèrement, je ne pensais pas un jour lire un roman autour de cet hominidé chimérique, qu'on retrouve davantage dans les séries Z. Et pourtant, je ressors emballé du roman de l'auteur américain. Épaté par sa manière de redonner vie à un thème éculé, avec intelligence et un formidable talent.
Il faut dire que le choix du Sasquatch (son nom amérindien) sert surtout à une analyse aussi pertinente que ludique de notre société moderne. le roman se compose d'extraits du journal intime d'une des protagonistes disparus, entrecoupés d'interviews et de textes officiels concernant l'affaire et le mythe du Bigfoot.
Cette manière de raconter rend immédiatement la lecture addictive, avant et après le point de bascule.
L'action se déroule autour d'une communauté écolo high-tech, créée par de riches bobos californiens qui souhaitent subitement se rapprocher de la nature, tout en gardant tout le confort (ils se font livrer en drones…).
Ces femmes et hommes, Brooks les décrit à la limite de la caricature pour mieux appuyer là où ça fait mal.
Cette nouvelle tendance à croire qu'on peut revenir au « naturel » tout en continuant à profiter des bienfaits modernes est une utopie, pour ne pas dire une illusion. La nature ne nous attend pas, elle est telle qu'elle est, et ne va en rien s'adapter à l'humanité.
Cette première partie est formidable de clairvoyance et en dit autant sur notre société, en quelques pages et entre les lignes, que nombre de romans plus « sérieux ».
Les relations sociales sont poussées à leurs limites au moment où se déroule un événement qui va chambouler toutes les règles mises en place : une éruption volcanique.
Le roman se transforme ensuite en un étonnant récit survivaliste, violent, jusqu'au-boutiste. C'est face à la pire adversité et aux pires moments de tension que le vrai caractère de chacun se révèle. L'homme moderne est-il encore capable de s'adapter ? La question de fond est la possible résilience.
L'auteur joue ensuite avec les codes des films d'horreur, mais toujours en élevant son traitement, toujours en mettant les personnages et leur adaptabilité au centre du jeu.
Dévolution est un thriller fantastique habile, clairvoyant tout autant que ludique. Max Brooks est malin comme un singe, et arrive à faire du neuf avec ce qui paraissait n'être qu'un cliché.
Et on plonge à fond dans cette cinglante démonstration de ce qu'a perdu l'homme, et de sa naïveté face à la nature. le tout sans jamais oublier la bonne et vraie dose d'émotions. Étonnant roman, le (grand) pied !
Lien : https://gruznamur.com/2021/0..
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Blok
  10 avril 2021
Un très bon roman d'horreur (je préférerais dire roman fantastique) avec une intrigue originale.
Tout part d'une petite communauté fondée au plus profond des forêts du Nord-Ouest des USA par un épigone d'Elon Musk ou Steve Jobs; ce personnage charismatique veut révolutionner la manière de vivre et d'habiter, et crée son utopie; un hameau de cinq maisons hyperconnectées, chefs d'oeuvre de domotique écologique, permettant -en principe - à leurs occupants de bénéficier de tous les avantages du confort moderne avec une empreinte carbone pratiquement nulle. L'isolement au bout d'un chemin à un endroit à des kilomètres de tout endroit habité n'est pas un problème: Internet est là, et on peut tout se faire livrer par drones. Et tout cela parait parfaitement cohérent et fonctionnel. Un mode de vie new âge, mais avec la technologie; rien ne peut aller de travers. Un paradis pour bobo californien.
Mais...une éruption volcanique catastrophique coupe provisoirement la communauté du monde extérieur; le téléphone portable ne fonctionne plus;, Internet est coupé; impossible de regagner le monde habité, même à pied; très peu de provisions (les drones sont là pour ça, mais justement ils ne viennent plus.)
Que faire? Nos sympathiques bobos craquent à des degrés divers, le fondateur et son épouse les premiers, mais pour eux c'est un effondrement total. Heureusement, l'une des résidentes, artiste en résidence d'origine bosniaque, est capable de réagir grâce aux épreuves qu'elle a connu pendant les guerres de Yougoslavie. Elle tient un moment le groupe à bout de bras, et tout pourrait aller à peu près.
Malheureusement les Big Foot (qui ne ressemblent pas du tout à celui qui illustre une publicité TV pour un papier-toilette)....
La narration est très habile; nous avons trois supports: le journal d'une des résidentes, les déclarations d'une ranger et celles d'un ex-résident de la communauté, qui alternent lors du déroulement de l'intrigue.
Les personnages sont intéressants et psychologiquement vraisemblables; on prend un réel intérêt à la peinture de leurs réactions et de leur évolution.
Leur psychologie est réaliste, car conforme à ce qu'ils sont, et ils ne sont caricaturaux que dans la mesure où leurs modèles le sont aussi.
Visiblement, Max Brooks ne les aime pas beaucoup , à l'exception de Mostar, la réfugiée bosniaque, et de Kate Holland, dont on nous donne à lire le journal et de son mari.
Car il y a une dimension de satire sociale de la société californienne et du type d'individus qu'elle produit; les réactions politiquement correctes de l'épouse du fondateur à l'égard des Big Foot (et d'un certain puma) sont amusantes jusqu'à un certain point. Lorsqu'elle se rend compte que la nature n'est pas bonne, que tout ce qu'elle croit est faux, elle se réfugie dans la quasi-démence.
Et aussi une question plus grave: comment peuvent réagir des individus très (trop?) civilisés lorsque tout s'effondre autour d'eux?
Car tout peut s'effondrer, très vite.
L'histoire est tragique et hélas de moins en moins de gens le savent. Cependant le message de l'auteur est (si l'on peut dire) optimiste : oui, certains peuvent s'adapter
Mais le prix à payer risque d'être élevé. Voir l'évolution finale de Kate.
"Entre la barbarie et la civilisation, il n'y a que cinq repas" (Winston Churchill)
Il y a une autre particularité du livre que je voudrais souligner : on sait que l'auteur est scénariste et metteur en scène, et très proche de l'univers du cinéma d'horreur. D'où un certain nombre de notations plus légères. Ainsi Kate Hollande note dans son journal qu'elle-meme et les autres protagonistes se conduisent aussi stupidement que les personnages de films d'horreur confrontés au danger, attaqués et poursuivis par le monstre. La partie du livre consacrée à l'attaque des résidents par les. Shaskatch est truffée de gimmicks et de citations de films horreur. Il serait intéressant que quelqu'un de plus au faîte que moi de cet univers entreprenne le décodage de ces citations. Il ne faut pas y voir une maladresse de l'auteur, mais un décalque voulu.
Je reviens un peu sur les personnages. Outre Mostar, qui tire sa résilience des terribles expériences qu'elle a vécu, les trois personnages qui supportent le changement ont déjà été blessés par la vie à des souffrances diverses. D'abord et surtout la petite Palomino, rescapée du massacre des Rohingas. Mais aussi Kate Holland et son mari, que le drame tirera de leur état dépressif. On sait que les guerres ont souvent un effet positif sur les personnes dans cette situation, dans la mesure où elles les obligent à sortir de leur stase interne pour affronter le monde et le réel. On sait aussi que c'est en temps de guerre qu'il y a le moins de suicide.
En revanche, les autres personnages, bien adaptés à la société où ils vivaient, sont incapables de renoncer à leurs certitudes.
Ainsi Yvette (l'épouse du fondateur) parfait exemple de gourou New âge, prend à partir Mostar qui vient de sauver Palomino en blessant le puma qui allait attaquait la petite avec un javelot improvisé. Yvette affirme que rien ne prouvait que le fauve allait attaquer l'enfant. Mostar l'envoie paitre et les deux mères de Palomino (il s'agit d'un couple lesbien) commencent à comprendre grâce à leur instinct maternel, plus fort que tous les conditionnements bien pensants.
L'attitude de Kate, qui prêtera aussi au départ de bonnes intentions aux Sasquatchs, rappelle celle des défenseurs du loup qui soutiennent mordicus que cet animal n'attaque pas l'homme, alors que le contraire est attesté et documenté par des siècles de cas référencés par les historiens (par exemple Jean-Marc Moriceau.
On voit donc la richesse et le nombre des thématiques que manie ce livre, qui vaut infiniment mieux que sa qualification réductrice de roman d'horreur.
Espérons que Brooks nous en donnera d'autres de la même trempe

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JonathanHerbrecht
  12 avril 2021
Très belle analyse, finalement - peut-être même plutôt un commentaire - du monde actuel dans son utilisation quotidienne d'un confort à outrance, face à la réalité pure et dure quand elle se retourne contre vous et vous confronte à une nature hostile mais nécessaire.
Loin des zombies de son premier roman, l'horreur est ici quasi pédagogique mais, ne vous laissez pas avoir, tout aussi terrifiante et implacable en ce qu'elle a de définitif. Un livre de survie, somme toute, mais avec la patte (haha) de Max Brooks ; il y a, comme souvent chez lui, beaucoup plus de choses entre ces lignes qu'une saga de milliers de pages.
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Bleuopale
  20 juillet 2021
Bienvenue à Greenloop !
Communauté écolo chic basée sur la technologie et son utilisation dans le respect de l'environnement, Greenloop a tout du petit paradis pour riches voulant vivre proche de la nature mais avec toute le confort que la technologie moderne peut procurer. Kate Holland et son mari sont les derniers arrivés dans cette petite communauté d'une douzaine de personnes. Kate tente de s'adapter à cette nouvelle vie alors que son couple bat de l'aile et qu'elle se sent mal à l'aise dans ses relations avec les autres, c'est à travers son journal thérapeutique que le lecteur découvre ce qu'il est advenu de la communauté suite à l'éruption du Mont Rainier.
Avec Dévolution, Max Brooks tente nous refaire le coup de WWZ : prendre un sujet vue et revu et y insuffler de la nouveauté. J'avoue, j'étais septique au départ même en ayant tellement adoré son précédent roman. le mythe du Bigfoot s'est non seulement pas nouveau mais en plus c'est un mythe qui ne m'attirait pas plus que ça, surement parce que je l'ai toujours trouvé mal traité. Mais Max Brooks étant Max Brooks, je me suis laissée tenter par ce nouveau roman. WWZ était (presque) moins un roman qu'un recueil de nouvelles sur la guerre contre les zombies. Un recueil de témoignages permettant de retracer la guerre et la façon dont elle avait été vécue à travers le monde. Dans Dévolution, Max Brooks choisit une formule un peu différente tout en restant dans le thème du témoignage : c'est le journal intime de Kate Holland retrouver dans les décombres du villages, les interviews du ranger-chef Joséphine Schell et de Franck Mc Cray Jr (le frère de Kate) qui constituent ce récit. Ce roman se présentent comme le travail de recherche d'un journaliste sur la catastrophe bizarre dans la catastrophe géante. Je suis absolument fan de ce genre de construction qui mélange les points de vue et les temporalités pour former le panorama complet des évènements, surtout quand c'est construit de manière intelligente
La découverte de la communauté de Greenloop via le journal de Kate, celle de la catastrophe de l'éruption du Mt Rainier via l'interview de ranger-chef puis celle de la disparition de Kate à travers l'interview de son frère, composent les chroniques d'une catastrophe. le Mt Rainier entre en éruption, une éruption explosive du type de celle du Mt St Helens. Les équipes de secours sont débordées par l'ampleur de la catastrophe et, tout comme à la Nouvelle Orléans en 2005, vont mettre plusieurs jours à atteindre les zones les plus touchées et des semaines à secourir toutes les personnes qui se sont retrouvées coincées lors de la catastrophe. Imaginez alors une petite communauté entièrement dépendante pour la vie quotidienne des techniciens, drones et autres service de sécurité se trouvant à plusieurs kilomètres d'elle, tout d'un coup devenus inatteignables après la catastrophe. Pas d'internet, pas de téléphone, c'est le début de l'automne et personne n'a de moyen de communication ou suffisamment de nourriture pour tenir plusieurs semaines coupés de tout.
C'est là que Max Brooks montre de nouveau tout son talent en nous proposant une critique de la société vantant l'écologie et le retour à la nature mais qui ignore comment survivre dans une nature souvent hostile. En plus de cette critique sociétale qui sonne affreusement juste, Max Brooks nous propose un récit fantastique horrifique qui tient en haleine le lecteur et fut pour moi un véritable page-turner. Addictif, prenant, avec des personnages qui se découvrent au fur et à mesure que la situation à Greenloop se modifie, nageant entre déni et instinct de survie, j'ai trouvé ce récit complètement fascinant. L'auteur a un regard acéré sur la société et certaines de ses dérives. La vision d'une écologie complètement déconnectée de la réalité au point de nier tout instinct de survie est dérangeante mais de voir également des personnes se révéler devant l'adversité est assez jouissif. Les personnages imaginés par l'auteur sont touchants, énervants et assez monstrueusement crédibles. C'est le regard de Max Brooks sur la société et sur le comportement humain qui, une fois de plus, a fait mouche avec moi.
Vous l'aurez compris j'ai adoré ma lecture et d'autant plus que plusieurs semaines après, je repense encore à ce récit et à ce que l'auteur a voulu mettre en avant de contradictions de nos sociétés modernes où la survie arrive à ne même plus entrer en ligne de compte quand on parle de vivre en pleine nature. Dévolution est un récit intelligent qui touche juste sur beaucoup d'aspects humains et qui, en plus, propose une intrigue solide et haletante. Pas aussi puissant, il est vrai, que WWZ mais pour moi une vraie réussite tout de même, le tout avec un sujet qui à la base ne me parler pas du tout. Max Brooks s'inscrit pour moi définitivement dans les auteurs incontournables que j'aurais plaisir à lire de nouveau.
Lien : http://chutmamanlit.fr/2021/..
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
BleuopaleBleuopale   20 juillet 2021
Bigfoot détruit un village. Voilà le titre d’un article qu’on m’a envoyé peu de temps après l’éruption du mont Rainier. J’ai pris ça pour un spam, conséquence inévitable de toutes mes recherches en ligne. A l’époque, je terminais un énième papier sur Rainier, l’analyse exhaustive de ce qui aurait dû être une catastrophe prévisible – et globalement évitable.
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okkaokka   01 août 2021
p.297.
« Dans l’origine des espèces, Darwin affirme que celui qui survit n’est ni le plus intelligent, ni le plus fort. Une espèce survit grâce à sa capacité d’adaptation, sa capacité à se fondre dans l’environnement changeant dans lequel elle évolue. »
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okkaokka   01 août 2021
p.261-2.
En passant devant la cuisine, j’ai entendu maman ranger la vaisselle. Difficile de lui en vouloir de ne pas avoir pris ma défense. Elle ne l’a jamais fait. Elle n’a jamais su qu’elle pouvait. Entre le claquement de la porcelaine et les bruits sourds des portes des placards, je l’entendais murmurer pour elle-même. Des paroles douces, régulières, musicales. Une prière.
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BleuopaleBleuopale   20 juillet 2021
Pourquoi auraient-ils eu besoin d’un téléphone satellite ou d’une radio bidirectionnelle ? Ce genre de technologie, c’est utile quan on est entièrement coupé du monde, mais ce n’était pas du tout le cas ici. L’intérêt de Greenloop était que ses résidents avaient le même accès internet que n’importe qui dans l’Upper East Side de Manhattan. Mieux, même. En tant que communauté de télétravailleurs, il fallait justement avoir la connexion la plus rapide, la plus sûre possible, surtout quand on connait les conditions météo dans le Nord-Ouest Pacifique. Les données de toute la communauté passaient par de solides câbles en fibre optique. Et pourquoi, comment, ce câble pouvait-il tomber en panne ?
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okkaokka   01 août 2021
p.21.
Pauvres bêtes. Elles semblaient effrayées, en colère. Et pourquoi s’en étonner ? Qu’avaient-elles ressenti quand une horrible personne les avait relâchées dans un environnement inadapté ? Et leurs petits ? Élevés dans un inconfort permanent, en contradiction avec leurs gènes. Chacune de leurs cellules vouée à un mode de vie qui ne lui conviendrait jamais. Ces oiseaux n’avaient rien à faire ici ! Rien n’avait rien à faire ici ! Difficile de saisir l’anormal quand on n’a jamais rencontré la normalité. Cet endroit, ces arbres immenses et ces joyeux colibris qui s’échangeaient des baisers... ici tout était à sa place.
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