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Tahar Ben Jelloun (Traducteur)
EAN : 9782020317207
160 pages
Éditeur : Seuil (17/04/1997)
3.68/5   230 notes
Résumé :
Une famille, dans le Maroc des années 40, quitte le Rif pour Tanger. Afin d'échapper à l'écrasante tutelle du père, auquel ses enfants vouent une haine sans partage, le narrateur s'éloigne bientôt des siens. Il connaît la famine, les nuits à la belle étoile, et rencontre la délinquance, les amitiés nouées dans les bas-fonds de la ville, la sexualité, la prison, la politique. Quinze ans après la parution du Pain nu, la voix de Mohamed Choukri apparaît toujours comme ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
3,68

sur 230 notes

Roggy
  19 février 2021
L'écriture de Mohamed Choukri est comme une lame tranchante où les sentiments sont étalés à vif.
Dans cette narration initiatique autobiographique, le langage du romancier marocain, à la fois cru et poétique, n'a d'égal que les épreuves de sa vie dans une extrême pauvreté imbibée de violence, de délinquance, des drogues consolatrices et de prostitution compensatrice.
Dans le pain nu, l 'analphabète devenu l'un des écrivains majeurs de la littérature marocaine actuelle se livre dans un style brut, crachant les mots de la misère, de la haine, de la colère, de l'envie de vengeance et de revanche.
« Seul dans le miroir de son âme » Mohamed Choukri ouvre son coeur et son âme sans aucun artifice.
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Under_the_Moon
  20 juin 2014
Le Pain Nu est le premier récit autobiographique de l'auteur.
La première partie du livre est consacrée à son enfance dans le Riff, région pauvre du Maroc - surtout au début du 20ème siècle. On comprend très vite que Mohamed Choukri n'est pas né sous une bonne étoile et le peu qu'il a eu pourrait servir à un manuel de sociologie - du type "comment mal démarrer dans la vie" ou pour utiliser des mots plus savants : le déterminisme social et schémas de reproduction sociale.
Dans ces premiers chapitres, la misère morale, économique et sociale est l'invitée invisible de la famille. Et avec la misère, sa compagne la violence ne tarde pas à se montrer … le père, soldat dans l'armée espagnole, déserte, est rattrapé et mis en prison. La mère est une femme battue. Et un jour, le père tue le petit frère de Mohamed, chose dont l'auteur ne se remettra jamais et qui alimentera sa haine de la figure paternelle.
Ce "trop plein" de violence domestique sera à l'origine de la fuite de Mohamed et de son errance dans les bas-fonds des villes où il échoue.
En revanche, arrivée dans la partie de l'adolescence… On tombe dans le " kif , alcool et prostitution ". Et là … c'est LONG ! C'est répétitif , à tel point qu'on dirait volontiers à l'auteur " on avait bien compris la première fois". le récit de ces expériences est livré dans une langue rêche et parfois crue qui augmente la lassitude du lecteur - même le mieux attentionné. Bien sûr, ce type d'écriture ajoute à la violence qui nous est narrée, mais était-ce nécessaire ? Pour ma part, je dirais que les faits parlent d'eux-mêmes - mais cet avis n'engage que moi.
Au final, la multiplication des visites au bordel n'amène rien de plus dans la narration , et la fin arrive comme une délivrance.
Malgré ça, le livre fini quand même sur une note d'espoir qui suscite la curiosité du lecteur. A sa sortie de garde à vue, Mohamed admire et envie un de ses amis, un érudit, qui lui parle du Coran aussi bien que des nouvelles du journal. de quoi attirer l'attention de tout " livrophile " qui se respecte.
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dido600
  29 décembre 2019
Ecrit en 1973
Le Pain nu a un statut important dans la littérature arabe, car il est l'un des premiers livres qui touche des thèmes tabous dans la société maghrébine de l'époque, comme la drogue, la violence ou la sexualité
. Il raconte l'enfance et l'adolescence de Mohamed, qui a suivi sa famille dans son exode depuis le Rif jusqu'à Tanger. le recit reprend la figure du père, figure , alcoolique, virulent, . Mohamed sombre peu à peu dans l'alcool et la drogue. Il connaît la vie des rues et décrit la violence qu'il vit au jour le jour. Il fréquente le milieu de la prostitution. La description de ses fantasmes sexuels, à propos de viols de jeunes filles, ou bien de son viol d'un jeune garçon, sont les passages qui expliquent la censure du texte. Les passages descriptifs présentent au lecteur le Maroc des années 1930 aux années 1950, mentionnant la domination française et les troubles qu'elle engendre, la soumission au régime espagnol, ou bien la famine qui fait des ravages dans le peuple marocain. La fin du roman voit Mohamed, analphabète jusqu'à ses 20 ans, demander à entrer dans une école pour apprendre à lire et à écrire.
Un roman captivant tout simplement.
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Luniver
  19 juillet 2014
Dans ce roman autobiographique, Mohamed Choukri raconte son enfance et son adolescence au Maroc. L'auteur n'a pas été gâté par la vie : issu d'une famille très pauvre qui subit de plein fouet la famine en cours dans le pays, battu par un père tellement violent qu'il finira par tuer son petit frère dans un accès de rage, exploité dans tous les petits boulots qu'il trouvera.
Mohamed se tourne alors vers les consolations habituelles : drogue, alcool, sexe. Ces occupations le porteront naturellement vers le monde de la contrebande. Manquant d'autres références, il reproduira le comportement de ses parents, le seul intelligible à ses yeux.
Le livre a été censuré à sa sortie au Maroc jusqu'en 2000. Choukri aborde en effet tous les thèmes dont on ne doit pas parler. le récit est certes très dur, mais tourne quand même vite en rond, malgré ses 150 pages seulement.
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visages
  10 juillet 2019
Ce roman est une autobiographie singulière par le fait que son auteur n'ait appris à lire qu'à 21 ans, l'âge auquel on le quitte à la fin de son récit. le livre a été interdit au Maroc et pour cause, il dénonce de façon crue et sans aucun artifice l'injustice sociale, la violence de cette société, l'existence d'une prostitution courante mais cachée, et de plus il s'attaque à l'image sacrée du père et de la famille. L'histoire commence alors qu'il n'a que 6 ans, il vit dans le Rif qui subit alors une famine destructrice, nous sommes dans les années 40. le pain nu est le récit d'une enfance misérable, misère sociale, affective, educative et bien sûr matérielle. Une mère impuissante face à la violence de son mari, un père haineux, barbare et pervers qui ancrera chez son fils une colère envahissante qui l'habite comme une possession. La sexualité semble être le seul échappatoire ponctuel et récurrent à ce démon intérieur.Sa libido est presque compulsive. Et pourtant elle n'est pas dénuée également de poésie, le regard que M.Choukri porte sur les femmes est proche de la fascination et il y a de très belles images. S'il ne parle jamais d'amour on sent pourtant que ces rapports charnels sont bien plus que cela mais qu'il n'est pas permis d'en prendre conscience ou de s'avouer une quelconque faiblesse. Sa vie est jalonnée de violence, d'érrance, de faim, de peur. On termine la lecture sur l'ouverture vers un autre possible puisqu'un ami lui remet une lettre afin qu'il puisse se présenter dans une école afin d'apprendre à lire.
La préface de Tahar BenJelloun est très belle et introduit ce texte dans un profond respect de l'auteur.
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critiques presse (1)
ActuaBD   10 février 2020
Une véritable aventure humaine, motivée par un profond désir de transmission, jalonnée de rencontres impromptues lui ayant notamment permis de retrouver les ayants droit de Mohamed Choukri. Avec cette publication, la maison d’édition marseillaise insuffle une seconde vie à l’œuvre de l’auteur et conclut une épopée transgénérationnelle débutée dans les geôles espagnoles du nord du Maroc.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   21 avril 2018
Je m’imaginais toute la planète dans sa nudité : les arbres perdant leurs feuilles, les hommes abandonnant leurs habits, les animaux quittant leur chevelure. Nu. Tout l’univers se mettant nu. La robe glissa sur le corps d’Assia. Toute nue. Assia complètement nue. La fille du propriétaire du jardin était nue ! Un corps d’une blancheur lumineuse. Une chevelure d’un noir splendide. Une poitrine ferme. Le bout des seins bien visible. La toison de son pubis est trop noire. Je sentis une douleur dans ma verge. Elle avança sur les marches du bassin. Se retourna. Ma douleur s’amplifia. Ses cheveux lui couvraient tout le dos. Elle se baissa et son dos se découvrit. Sa chevelure, en se penchant, glissa sur ses épaules. Je découvris aussi ses fesses traversées par un fil de poils bruns. J’avais l’eau à la bouche, le miel à la bouche. Tout mon corps était secoué par un tremblement de plaisir. J’étais las, heureux sur la branche du figuier. Assia continuait sa descente dans le bassin. Lentement, évitant de glisser sur la verdure moisie. Elle contemplait l’eau et le jardin. Elle se mouillait les seins, l’aine et son bas-ventre avec crainte et prudence. Elle sursautait. Je descendis de l’arbre et, fier de moi, je regrimpai et attendis. Je mangeai les figues avec appétit. J’avais oublié mes petites affaires. Assia nageait, plongeait, jouait avec l’eau, comme une sirène. Elle apparaissait et disparaissait. Le jardin s’enveloppait des cris et chants des animaux. Tout était beau. Elle jouait avec son corps, se mettant sur le dos, sur le côté, les jambes en l’air, la tête dans l’eau… Quelle merveille ! Quelle beauté ! J’étais seul à la contempler.

Tremblante elle sortit de l’eau, une main sur les seins l’autre sur son pubis. Craintive et égarée. « Va, meurs ma bien-aimée ! » Elle retrouva sa robe qu’elle enfila à toute vitesse et disparut. « Va, meurs, belle… ! » La blancheur éblouie quitta ainsi le jardin pendant que moi j’éclatai d’un rire nerveux et fou. De nouveau l’âne se mit à braire. La nuit je rêvai d’Assia. Nue. Tantôt ailée, survolant l’espace, tantôt sirène ambiguë dans l’eau du bassin. Je l’ai suivie dans ses mouvements, nos corps mêlés, enlacés pour un doux sommeil au fond de l’eau, un sommeil où nous cessions de respirer sans mourir.

Je fus longtemps habité par cette image : le corps nubile dans sa nudité révélé. Assia restera dans ma mémoire. Image fugitive et initiation visuelle.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   23 mai 2014
Alors je demandais à ma mère :
- Mais pourquoi Dieu ne nous donne-t-il pas un peu de chance comme aux autres ?
- Dieu seul sait. Nous, nous ne savons rien. Ce n'est pas bien d'interroger Dieu. Lui sait. Nous, nous ne savons rien. Il est au-dessus de nous tous.
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SamASamA   09 novembre 2010
Nous étions plusieurs enfants à pleurer la mort de mon oncle. Avant je ne pleurais que lorsqu'on me frappait ou quand je perdais quelque chose. J'avais déjà vu des gens pleurer. C'était le temps de la famine dans le Rif. La sécheresse et la guerre. Un soir j'eus tellement faim que je ne savais plus comment arrêter mes larmes. Je suçais mes doigts. Je vomissais de la salive.
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RoggyRoggy   20 février 2021
Donc mon père nous exploitait. Le patron du café lui aussi m’exploitait, car j’ai su qu’il y avait d’autres garçons mieux payés que moi. J’avais décidé de voler toute personne qui m’exploiterait, même si c’était mon père ou ma mère. Je considérais ainsi le vol comme légitime dans la tribu des salauds.
Commenter  J’apprécie          270
LuniverLuniver   18 juillet 2014
Donc mon père nous exploitait. Le patron du café lui aussi m'exploitait, car j'ai su qu'il y avait d'autres garçons mieux payés que moi. J'avais décidé de voler toute personne qui m'exploiterait, même si c'était mon père ou ma mère. Je considérais ainsi le vol comme légitime dans la tribu des salauds.
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