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François Hirsch (Traducteur)
EAN : 9782020484954
448 pages
Éditeur : Seuil (03/02/2001)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 254 notes)
Résumé :
Dans les années 1850, un gamin de quatorze ans part au Texas rejoindre une bande de chasseurs payés pour exterminer les Indiens. Au milieu du désert, la loi n’existe plus. À ce jeu de massacre, seuls survivent ceux qui parviennent à éveiller la plus profonde et la plus intime sauvagerie... Avec cet anti-western basé sur des faits réels, l’auteur nous livre l’un de ses plus grands romans: noir, lyrique et violent.

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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  11 octobre 2015
« Méridien de sang » : titre terrible et magnifique. Un méridien c’est une ligne abstraite, mais c’est pourtant bien sur cette ligne sanguinolente que l’Amérique a achevé au mi-temps du 19ème siècle son projet d'expansion territoriale en traçant ses dernières frontières à grand renfort de massacres d’Indiens et de Mexicains, sans oublier les millions de bisons et autres animaux sauvages.
Dans ce road movie sombre, jonché de cadavres et de carcasses et ponctué de scènes d’une violence ahurissante, McCarthy dévoile la face la plus obscure de la conquête de l’ouest dans toute sa brutalité : êtres sans foi ni loi lâchés à loisir dans l’immensité d’une terre de non droit qui tuent pour l’argent autant qu’ils brutalisent à plaisir.
Une conquête des confins bien loin de l’image d’Epinal de pionniers conquérants et glorieux, qui révèle « ce qu'il y a de pire dans le caractère américain : la cupidité et la violence" (Isabel Allende dans « Fille du destin ») et qui, sous la plume tranchante et désenchantée de McCarthy, revêt un caractère désespérant tant il s’attache à démontrer que cette violence est consubstantielle à l’homme. C’est en tout cas ainsi que j’interprète (rien n’est vraiment explicite dans le roman) le personnage du Juge, sorte de démon immortel et surpuissant qui affirme, une ombrelle faite d’os et de peau humaine à la main, que « la guerre est le jeu suprême parce que la guerre est en fin de compte une manifestation forcée de l’unité de l’existence. La guerre, c’est Dieu ».
S’il y a sans doute quelque chose de pénible et d’inhibant dans cette immersion lourde dans la langue au plus près du vivant, âpre, noire et sans concession de McCarthy, c’est aussi une expérience de lecture profondément enrichissante que de tutoyer le niveau d’exigence de vérité de cet auteur intransigeant, à côté duquel par exemple le « Comanche Moon » de Larry McMurtry, un western centré sur la même période, c’est « Oui-Oui défend l’Amérique » : la réalité est, comme toujours, bien plus cruelle que le mythe.
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Arakasi
  05 août 2013
Le gamin a quatorze ans, pas de famille et pas d'amis, mais assez de sauvagerie et de rage de vivre pour enflammer l'Amérique tout entière. En 1850, il met pour la première fois les pieds au Texas – terre de sinistre réputation s'il en fut – et rejoint une bande d'exterminateurs d'indiens. En compagnie de ses « chasseurs de scalps » et sous les ordres d'un tueur dément et d'un érudit sanguinaire, le juge, il va s'enfoncer dans la zone désertique qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Là, au milieu des rochers, du vent coupant et des étendus de sable sans fin, la loi n'existe pas. C'est un territoire cauchemardesque où règnent la folie, la haine et la soif de sang. Heureusement pour lui, le gamin ne manque pas de ces douteuses qualités et il est prêt à se battre pied à pied, meurtre après meurtre, pour revenir vivant de ce Tartare terrestre.
Oulala, qu'il est gai ce roman… Sans rire, si vous souhaitez lire des aventures de cowboys généreux et courageux se promenant dans des paysages paradisiaques, mieux vaut passer votre chemin : « Méridien de sang » vous retournera l'estomac plus efficacement qu'une tranche de viande avariée. Mais si vous avez des nerfs solides et voulez découvrir un portrait du Far West sans concession d'une amoralité et d'une noirceur quasi-hypnotiques, tentez donc votre chance ! Vous serez alors happé par un univers à la limite du fantastique, un monde où les villages ne semblent être là que pour être brulés, les hommes pour être massacrés et les rares arbres pour ployer sous le poids des pendus. La violence y est universelle et ne se cantonne pas un camp ou un autre ; peaux-rouges, mexicains et hommes blancs n'y sont que des bêtes à visage humain, tous égaux dans leur brutalité, pour qui l'on peinerait à avoir la moindre trace de sympathie. La lecture sera donc âpre, dure, parfois même pénible – impression renforcée par un style à la fois lyrique et saccadé – mais, la dernière page tournée, vous ne regretterez pas le voyage aussi terrible fut-il. Pas une lecture pour les coeurs trop sensibles, mais une sacrée expérience tout de même.
Alors, un petit tour aux enfers, ça vous tente ?
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Jdo
  28 décembre 2011
Que reste-t-il d'une oeuvre qui nous a bouleversés après que d'autres de plus en
plus nombreuses soient venues se glisser entres elle et nous, déposant leurs propres alluvions, enfonçant leurs racines singulières?
Que remonte-t-il d'elle dès l'instant où on évoque son titre et qui surgit à la surface avant même qu'en apparaissent à nouveau les personnages, leur silhouette et leur destin et la trame des mots et les paysages du texte, comme ces impressions fugaces mais prégnantes qui résistent au réveil, à peine un bruissement, un émoi, une angoisse, mais qui nous semblent alors porteuses d'une réalité bien plus essentielle et intime que celle de ce quotidien tout neuf qui vient s'offrir à nous, qui sont comme un fil par lequel parfois, rarement, on parvient à tirer tout le tissu d'un rêve, mais qui le plus souvent s'effilochent et se délitent dans nos doigts dès qu'on tente de les saisir, laissant le rêve sombrer, englouti par le néant comme le piano d'Ada MacGrath, emportant dans les profondeurs ses secrets qui ne peuvent être autres, on le sait, que des secrets de famille ?
De « Méridien de Sang », ce qui ainsi spontanément me vient c'est la sensation de la couleur rouge. Non pas celle du sang de son titre, mais celle ardente de la lave en fusion qui sourd et siffle d'entre les fractures de l'écorce terrestre, celle du magma originel que ne contient plus des millions d'années de sédimentation.
Le rouge d'un enfer barbare au-delà, ou plutôt en deçà de la loi et de l'ordre que l'homme civilisé venu de la côte Est installe comme un rêve de conquête porté depuis la vieille Europe le long d'une frontière qu'il ne cesse de repousser devant lui et qui est l'histoire, presque toujours la même, que raconte tous les westerns dans leur grande époque, car « Méridien de sang » est aussi un western. Mais dans celui-ci la frontière a désormais cessé de reculer et l'Histoire de la civilisation de s'écrire. Ceux qui la traversent vont en enfer. Au-delà est une terre que nulle carte ne décrit. Un de ces espaces laissés en blanc sur les Atlas dont l'appel exaltait le jeune Marlow avant qu'il ne découvre que c'est au coeur des ténèbres qu'ils s'enfoncent. Même le déferlement avide d'une horde sauvage y trouve infiniment plus sauvage qu'elle. Une sauvagerie primitive, irréductible, sans foi, sans loi, sans ambition ni malice et sans la moindre pitié pour qui la défie.
Une sauvagerie brasillant sur la frange extérieure de l'humanité dont on ne peut revenir qu'ayant de toujours pactisé avec le malin, ce que certainement fit le Juge qu'on imagine l'avoir rencontré encore enfant derrière un chariot en flammes ou une église mormone incendiée dont chaque paroissien aurait été crucifié tête en bas enfoncée dans la cendre, véritable âme damnatrice et visionnaire, bien plus que ne l'est Glanton, leur chef engoncé comme fossilisé dans ses gloires militaires passées, de cette bande de mercenaires éradicateurs d'indiens et collecteurs de scalps qui chevauche enivrée de sa propre décimation, maître érudit auprès duquel seule peut s'apprendre l'horreur, celle-là même expirée dans un dernier souffle par le Colonel Kurtz comme une délivrance du plus haut mal, apprendre à la faire sienne, son intime, le battement de son sang, mais par laquelle cependant nul, pas même celui si peu contaminé encore qu'on l'appelle le Gamin, ne trouvera rémission.
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JaneEyre
  21 avril 2014
Méridien de sang n'est pas un livre facile. Tout d'abord, c'est du Cormac McCarthy. Ça ne se lit pas comme un roman de gare. Monsieur McCarthy aime les longues phrases, le style travaillé et le vocabulaire riche.

Ensuite, c'est sanglant. Pas "juste un peu sanglant". Réellement sanglant. À tel point qu'en le lisant, on grimace et on se surprend à refermer le livre quelques secondes, le temps de reprendre son souffle et d'échapper aux visions d'horreur que l'auteur nous impose. Et c'est d'autant plus brutal que l'on sait que cela s'est passé, ou tout du moins aurait pu se passer.

Voilà donc un livre dont on ne ressort pas tout à fait indemne. C'est une oeuvre d'une rare violence, et il convient d'en être informé avant de commencer à lire.

Pour ma part, et même si je n'ai pas toujours adhéré à cette ultra-violence omniprésente, j'ai été captivée. J'adore le style McCarthy. Cet auteur écrit avec une telle force, une telle puissance lyrique! J'ai rarement lu des descriptions aussi visuelles, aussi poétiques. Les descriptions des plaines désertiques, des ruines... On sent presque l'odeur des chevaux, la chaleur du soleil, le bruit des coups de feux. Il y a vraiment du génie dans sa façon d'écrire. On sent que les mots sont toujours choisis avec beaucoup de minutie, c'est poétique, puissant... Je suis restée scotchée!

Là où les choses se corsent, c'est sur le rythme et l'histoire elle-même... En effet, ce livre manque du suspens et de la tension que possèdent les page-turners. Disons que je n'etqis pas tenue en haleine, et que l'histoire devient vite assez prévisible. En gros, le schéma massacre- entrée triomphale dans ville mexicaine - beuverie puis re-massacre devient trop récurent..., de même si le début du livre place "le gamin" comme personnage central, l'auteur le délaisse totalement pendant tout le reste du livre avant d'en revenir à lui sur la fin... le lecteur perd souvent ses repères... Ceci dit, j'imagine que ce choix permet d'insister sur "l'effet de groupe" qui exacerbe les pulsions violentes et barbares de ces tueurs de l'ouest américain.

Malgré ces quelques reproches, je pense garder longtemps le souvenir de cette lecture très particulière. J'ai garderais le souvenir d'une chevauchée lyrique et sanglante dans une Amérique sur le point de naître.
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Horizon_du_plomb
  02 octobre 2019
« On voit ce qu'on a envie de voir.
Alors pourquoi est-ce que je le vois plus à présent ? J'ai bigrement envie de le voir. »
Ce roman tient du mirage, celui qui révèle l'intérieur. Ce roman tient de la couronne d'épines, celle qui est saluée par « le vent qui chante avec un bruissement de vipère sauvage ». Un livre, où le rire est plutôt rare, qui ne plaira pas à tous assurément. Dés le départ, l'auteur brouille les cartes de la justice, du bon et du mauvais, et ce deux fois de suite. Inutile donc de plaquer l'étoile en ce monde. Pas la peine non plus de s'attarder à la boue qui enlise, il y en a trop. Seuls restent les mots, soit les souvenirs de ce que furent les êtres, les témoins de ce qui n'est plus un procès mais un acte des lois de la nature.
« Sproule se labourait le cou avec les ongles et balbutiait des paroles hystériques et quand il vit le gamin dressé devant lui qui le regardait il jeta vers lui comme une accusation ses mains ensanglantées puis il se les colla sur les oreilles et poussa un hurlement qu'il semblait que lui-même n'entendrait pas, un cri de révolte à marquer d'une césure la pulsation du monde. Mais le gamin se contenta de cracher dans l'obscurité de l'espace qui les séparait. Les gars comme toi je les connais, dit-il. Dès que t'as mal quelque part ça te fait mal de partout. »
Ce livre, c'est un peu la peinture de Munch, un cri pris entre un ciel en feu et un gouffre que l'on peut à peine deviner.
« Le juge souriait.
Les livres mentent, dit-il.
Dieu ne ment pas.
Non, dit le juge. Il ne ment pas. Et voici ses paroles.
Il montrait un morceau de caillou.
Il parle dans les arbres et les pierres, les ossements des choses. »
« Le Noir restait sur le pas de la porte, ni dedans ni dehors.  »
Parmi ceux qui sont « sous le soleil » (Ec 1:9), le juge est évidemment mythique, endiablé ou prophétique (c'est au choix), et on y reconnait beaucoup l'auteur mais je trouve que le personnage du Noir apporte quelque chose, un plus certain au livre, un traitement hors norme du racisme. L'auteur arrive à la fois à lui associer un coté bestial, brut comme la Kaaba, et un coté sensible, intelligent sans qu'on dérive vers un moralisme tarte à la crème. Il forme presque un contrepoint à lui tout seul aux indiens qui ressemblent plus ici à des spectres vengeurs. Par opposition, le personnage du simplet est un peu facile alors que l'image du bouffon a déjà été surévoquée (comme celle du carnaval d'ailleurs). Les personnages ne sont pas vraiment blasés, mais remplis d'une placidité, de celle créée par un aveuglement de lucidité. La vie est un vieux souffle ridé qui s'affale dans les terres jusqu'au noyau primordial où tout se dissout.
« Des bouts noircis de mèches de chandelles étaient éparpillés dans des mares de suif crasseux sur le sol de pierre et des cordons de salive sèche pendaient aux murs. »
La salive est très souvent expectorée, gaspillée, pend aux murs, comme si la bonne parole n'avait plus vraiment lieu d'être. Paradoxalement, on l'entendra bien des fois cette langue fourchue qui embroche bien la matière.
« Les montagnes aux contours froissés de papier de boucher »
« Dans l'impartiale sévérité de ce terrain tous les phénomènes accédaient à une étrange égalité et il n'était rien, pas une araignée pas un caillou pas un brin d'herbe, qui pût revendiquer la préséance. »
Dans ce livre, même les montagnes sont ramenées à la boucherie. L'auteur nous offre souvent des métaphores originales. C'est l'écriture qui frappe presque plus que le propos. Il y a dans ce bouquin un ancrage que l'on ne trouve pas dans les meilleurs westerns spaghettis (La horde sauvage,…), même panachés de poussière, sans doute parce que son fondement, sa source se trouve dans l'ombre. Pareillement, il n'y a que quelques années d'écart entre ce livre-ci et « Le bison blanc » (1874) mais ces deux westerns sont très différents, voire par certains aspects opposés, tout en présentant beaucoup de thématiques semblables. On pourra aussi dire que l'équilibre des choses et des êtres est mieux respecté ici, formant ainsi une plus fine « granulation de la réalité » qui magnétise par son chant de mots.
« De sorte que les deux partis se séparèrent sur cette plaine nocturne, chacun refaisant le chemin par où l'autre était venu, accomplissant comme il arrive fatalement à tous les voyageurs des permutations sans fin sur les parcours des autres hommes. »
Cette lecture est un piste aux traces qui devient cicatrice, fil de fer recousu dans la chair. Par ses descriptions variées et métaphores originales, l'auteur arrive à renouveler ce paysage de mort, nous emporter dans sa quête fantomatique. Malgré cela, j'ai trouvé que certaines thématiques, images revenaient trop souvent: alchimie, foudres et ciel, gouffres et roches, os et feux, absurde,… Tout cela finit un peu par lasser comme une oeuvre s'érode au temps ou pire comme un matraquage alors qu'on est déjà affalé sur cette terre équanime. J'ai trouvé aussi que certains « effets » vont dans le sens des yeux du lecteur, presque attendus, même s'ils sont bien écrits.
« J'ai pas entendu de voix, dit-il.
Quand elle s'arrêtera, dit Tobin, tu sauras que tu l'as entendue toute ta vie. »
Une lecture qui partage beaucoup avec « Au-dessous du volcan » sauf qu'ici la violence ne gronde pas en sourdine, elle explose plein de fois. Peut-être que j'aurais coté ce livre 4,5 étoiles si je n'avais pas lu deux mois avant « Au-dessous du volcan ». Si je devais conseiller seulement un de ces deux livres, je conseillerais clairement « Au-dessous du volcan » même s'il est plus dur à lire. Peut-être que la seule manière pour un livre d'être vrai c'est de toucher à l'universel et d'ainsi devenir une autre version du Livre.
Si vous vous sentez appelés par ce livre, n'attendez plus avec un caillou dans la bouche pour tromper votre soif. Qui sait, vous finirez peut-être en oreilles noircies ajoutées en plus sur son collier sans fin. L'encrier est un athanor, l'encre est sang et cendre, l'oeuvre est ancre.
« Pour qu'il y ait un rite il faut que le sang soit versé. (…)  Quel étrange hérétique contesterait à la fois le pouvoir et le plaignant ? (…)  Les ours qui dansent, les ours qui ne dansent pas. »
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
BabylonBabyBabylonBaby   20 février 2013
Ils entrèrent dans la ville sous un feu roulant de détritus, conduits comme du bétail à travers les rues pavées dans les clameurs par lesquelles étaient accueillis derrière eux les militaires au sourire de circonstance qui saluaient d'un signe de tête parmi les fleurs et les coupes offertes en poussant les aventuriers en loques sur la place où l'eau giclait dans une fontaine et où les oisifs se prélassaient sur des sièges de porphyre blanc ciselé et plus loin devant le palais du gouverneur et plus loin devant la cathédrale où les vautours étaient tapis le long des entablements poussiéreux et contre les statues du Christ et des apôtres parmi les niches de la façade sculptée, les oiseaux déployant leurs habits noirs dans des postures d'une étrange douceur tandis qu'autour d'eux les scalps desséchés d'Indiens massacrés claquaient au vent suspendus à des cordes, les longues chevelures mates ondulant comme les filaments de certaines espèces maritimes et les cuirs cognant contre les murs.
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Horizon_du_plombHorizon_du_plomb   02 octobre 2019
Alors comment faut-il élever les enfants ?
À un jeune âge, dit le juge, ils devraient être enfermés dans une fosse avec des chiens sauvages. Il faudrait les forcer à choisir entre trois portes avec leur propre flair la seule qui ne cache pas des lions furieux. Il faudrait les faire courir nus dans le désert jusqu’à…
Allons, dit Tobin. C’était une question sérieuse.
Et la réponse l’est aussi, dit le juge. S’il avait été dans le dessein de Dieu d’arrêter la dégénérescence du genre humain, est-ce qu’il ne l’aurait pas déjà fait ? Les loups font eux-mêmes leur sélection, mon ami. Quelle autre créature pourrait le faire ? Comme si l’espèce humaine n’était pas encore plus prédatrice ? C’est le sort de l’univers de fleurir et de s’épanouir et de mourir mais dans les choses humaines il n’y a pas de déclin et le zénith annonce déjà la venue de la nuit. L’esprit de l’homme est épuisé à l’apogée de sa réussite. Son midi est à la fois son crépuscule et le soir de sa journée. Il aime jouer ? Alors, il faut un enjeu. Ce que vous voyez ici, ces ruines que des tribus de sauvages contemplent avec stupeur, est-ce que vous ne croyez pas que ça  recommencera un jour ? Oui. Et encore un autre jour. Avec d’autres hommes, avec d’autres fils.
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ThyuigThyuig   07 avril 2014
On a du mal à savoir ce qu'on a dans la tête parce qu'on a que sa tête pour le savoir. On peut connaître son cœur mais on le veut pas. Et ça se comprend. Vaut mieux pas trop regarder là-dedans. C'est pas le cœur d'une créature qui suit la voie que Dieu lui a tracée. Tu peux trouver du vice chez la moindre des créatures, mais quand Dieu a créé l'homme le diable était à son côté. Une créature qui peut faire n'importe quoi. Faire une machine. Et une machine pour faire la machine. Et le mal qui peut tourner tout seul pendant mille ans, pas besoin de s'en occuper. Tu le crois ?
J'sais pas.
Faut que tu l'croies.
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AllantversAllantvers   10 octobre 2015
Dans les jours à venir ils allaient traverser une contrée où les roches vous cuisaient la chair des mains et où il n'y avait rien que de la pierre. Ils avançaient en détournant le visage de la paroi rocheuse et de l'air de fournaise qu'elle vous renvoyait, les formes noires et penchées des hommes à cheval gravées sur la pierre avec une austère et inexorable précision comme des formes capables de rompre le pacte avec la chair qui les avait engendrées et de poursuivre seules leur chemin sur la roche nue, sans lien avec le soleil ni avec l'homme ni avec Dieu.
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JeanPierreVJeanPierreV   19 juillet 2016
L'homme est né pour le jeu. Rien d'autre. Tous les enfants savent bien que le jeu est plus noble que le travail. Ils savent aussi que ce qui fait l'intérêt d'un jeu ou sa qualité ce n'est pas le jeu lui-même mais la valeur de l'enjeu. Il faut un enjeu, sinon les jeux de hasard n'ont pas de sens. Les jeux du sport font intervenir l'adresse et la force des adversaires et l'humiliation de la défaite et l'orgueil de la victoire sont en eux-mêmes des enjeux suffisants du fait même qu'ils expriment la valeur intrinsèque des protagonistes et qu'ils donnent leur vraie mesure. Mais jeu de hasard ou de force ou d'adresse tous les jeux aspirent à la dignité de la guerre car alors l'enjeu absorbe en lui le jeu, le joueur, tout. Imaginez deux hommes qui font une partie de cartes sans avoir rien d'autre à parier que leur vie. Qui n'a pas entendu des histoìres comme celle-là ? Une carte retournée. Et pour ce joueur tout l'univers se sera péniblement traîné jusqu'à cet instant qui va lui révéler s'il doit périr de la main de l'autre ou l'autre de la sienne. Quelle justification plus irrécusable pourrait-il y avoir du mérite d'un homme ? Cette élévation du jeu à sa dignité suprême n'admet aucune discussion quant à la notion de destin. Le choix d'un homme plutôt que d'un autre est une préférence absolue et irrévocable et il faudrait être assurément bien stupide pour croire qu'une aussi lourde décision est sans autorité ou sans signification, à votre choix. Dans ces parties qui ont pour enjeu l'annihilation du vaincu les décisions sont tout à fait claire. L'homme qui tient un tel assortiment de cartes dans sa main est du même coup rayé de l'existence. C'est la nature même de la guerre dont l'enjeu est à la fois le jeu et la puissance et la justification. Vue sous cet angle la guerre est la forme la plus vraie de la divination. C'est la confrontation de la volonté d'un homme et de la volonté d'un autre au sein de cette volonté plus vaste qui se trouve contrainte de choisir parce ce qu'elle est ce qui les unit. La guerre est le jeu suprême parce que la guerre est en fin de compte une manifestation forcée de l'unité de l'existence. La guerre c'est Dieu. (P. 313-4)
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Videos de Cormac McCarthy (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Cormac McCarthy
Sophie Divry évoque aussi le changement de vie, mais lorsqu?il est contraint et forcé par une catastrophe (à l?échelle personnelle puis planétaire). « Trois fois la fin du monde », publié aux éditions Noir sur Blanc (collection Notabilia), est une brillantissime variation sur les mythes de Robinson Crusoé, de « La Route » (le chef d??uvre de Cormac McCarthy) et sans doute du « Procès » de Franz Kafka.
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