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Cormac McCarthy (Autre)
EAN : 9791041415359
480 pages
Points (16/06/2023)
4.03/5   482 notes
Résumé :
Dans les années 1850, un gamin de quatorze ans part au Texas rejoindre une bande de chasseurs payés pour exterminer les Indiens. Au milieu du désert, la loi n’existe plus. À ce jeu de massacre, seuls survivent ceux qui parviennent à éveiller la plus profonde et la plus intime sauvagerie... Avec cet anti-western basé sur des faits réels, l’auteur nous livre l’un de ses plus grands romans: noir, lyrique et violent.

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Critiques, Analyses et Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
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Un western qui réinvente le genre, qui fait de la mort un art ultime et des hommes, ses artisans les plus savants.
L'enfant a quatorze ans lorsqu'il quitte la ferme familiale du Tennessee pour le Texas . il ne sait ni lire, ni écrire, il ne s'appelle pas non plus car il n'a pas de nom. Il s'enfuit du monde sordide que ses parents lui ont offert pour tenter sa chance ailleurs, assoiffé de haine et de revanche. Sur sa route, il se laisse enrôler dans une armée de mercenaires commandés par le capitaine White, puis il rejoint une bande de chasseurs d'indiens menés par Glanton et le juge Holden…
L'un des héros principaux, Glanton, a réellement existé. Il s'appelait John Joël Glanton et dirigeait une bande de brigands dont le passe-temps principal était de décimer les tribus indiennes.
Ne cherchez pas l'intrigue, il n'y en a pas. Ce n'est pas une histoire, c'est l'Histoire, celle de la conquête des Etats-Unis d'Amérique à travers les pérégrinations d'un groupe d'hommes à peine moins sauvages que les sauvages qu'ils poursuivent, celle d'un pays qui fixe juste ses frontières terrestres alors que celles de la conscience de ses habitants sont loin d'être établies. C'est un éloge à la cruauté sans limite, au sadisme débridé.
Il y a ce que l'auteur raconte, la violence abrupte, froide, imprévisible et sans concession et la façon dont il le raconte, un style sobre, épuré, propre, une écriture riche d'un vocabulaire étendu que rend parfaitement la traduction de François Hirsch. C'est de la très belle ouvrage d'un point de vue littéraire. Ainsi :
« La nuit venue une seule âme se leva par miracle d'entre les corps fraîchement tués et s'éloigna furtivement à la lueur de la lune. le sol sur lequel il était resté tapi était trempé de sang et imprégné de l'urine des bêtes dont la vessie s'était vidée et il allait, souillé et pestilentiel, fétide rejeton de la femelle incarnée de la guerre. »
Il y a dans le roman de Cormac McCarthy cette opposition entre une violence qui ne connaît aucune limite, « Ils trouvèrent les éclaireurs manquant pendus la tête en bas aux branches d'un paloverde noirci par le feu. On leur avait passé dans les tendons d'Achille des coins aiguisés de bois vert et ils pendaient grisâtres et nus au-dessus des cendres refroidies sur lesquelles ils avaient grillés jusqu'à en avoir la tête carbonisée tandis que leur cervelle bouillonnait dans leur crâne et que la vapeur s'échappait en chantant de leurs narines. On leur avait sorti la langue et elle était maintenue par des baguettes taillées en pointe qui la traversait de part en part et ils avaient été amputés de leurs oreilles et leurs torses avaient été ouvert avec des silex si bien que les viscères leur pendaient sur la poitrine. », et une nature sans commune mesure avec les actes barbares perpétrés, une nature vierge, immaculée, poétique, « Ils grimpèrent tout le jour durant par de hautes prairies peuplées d'arbres de Josué et bordées de pics de granit chauves. le soir des groupes d'aigles prirent leur essor et franchirent le col devant eux et sur les terrasses herbeuses se mouvaient les grandes silhouettes pataudes d'ours pareil à des bovins venus paître sur les landes du haut pays. »
L'auteur accentue souvent l'effet dramatique d'une situation par la répétition de la conjonction « et » dans ses phrases, martelant la narration crescendo vers une issue inimaginable, insoutenable, improbable.
« Méridien de sang » est considéré comme le chef d'oeuvre de Cormac McCarthy et c'est une réalité. L'auteur est avec cette oeuvre l'un des piliers de la littérature américaine.
Traduction de François Hirsch.
Editions de l'Olivier, Points, 419 pages.
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Viens. Viens, j't'emmène au bout du monde. Un monde de poussière et de violence. Un monde, dans le Texas des années 1850, où je croise un gamin venu rejoindre une bande de types, juges ou prêtres, des scalpeurs d'indiens, mais pas que... Scalpeurs de mexicains, mais pas que... Scalpeurs de nègres, aussi... Fuir le monde ou se construire un monde, telle est la motivation du p'tit.

Viens. Viens, j't'emmène pour une longue traversée du désert, sous un soleil implacable, avec des hommes implacables. Dans la poussière de ce monde, tu chevauches les ténèbres, à travers des corps en putréfaction, des chevaux et des hommes, et des os blanchis de bisons. Des rivières asséchées et des ravines de sang. Sous le regard de la lune, les loups hurlent une certaine mélopée de leurs vies.

Viens. Viens, j't'emmène au vent, là où les mots s'envolent à l'encontre de l'horizon, bien au delà du soleil couchant. Un monde où la poésie se mêle de morts, de têtes scalpées quand elles ne sont pas tranchées. Là-bas, même les charniers paraissent lyriques. Et sous la beauté de la lune bleue, l'ombre du coyote solitaire se dessinant dans ses courbes, je vis le moment littéraire le plus violent de ma vie. Une violence inouïe que je n'avais jusqu'ici pas le courage d'imaginer, que je ne pouvais même pas envisager tellement cette chevauchée de l'Ouest baigne dans des flots de sang et de poussière. J'ai compris une chose, au delà de toutes mes certitudes : ce pays a soif de sang.
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« Méridien de sang » : titre terrible et magnifique. Un méridien c’est une ligne abstraite, mais c’est pourtant bien sur cette ligne sanguinolente que l’Amérique a achevé au mi-temps du 19ème siècle son projet d'expansion territoriale en traçant ses dernières frontières à grand renfort de massacres d’Indiens et de Mexicains, sans oublier les millions de bisons et autres animaux sauvages.

Dans ce road movie sombre, jonché de cadavres et de carcasses et ponctué de scènes d’une violence ahurissante, McCarthy dévoile la face la plus obscure de la conquête de l’ouest dans toute sa brutalité : êtres sans foi ni loi lâchés à loisir dans l’immensité d’une terre de non droit qui tuent pour l’argent autant qu’ils brutalisent à plaisir.

Une conquête des confins bien loin de l’image d’Epinal de pionniers conquérants et glorieux, qui révèle « ce qu'il y a de pire dans le caractère américain : la cupidité et la violence" (Isabel Allende dans « Fille du destin ») et qui, sous la plume tranchante et désenchantée de McCarthy, revêt un caractère désespérant tant il s’attache à démontrer que cette violence est consubstantielle à l’homme. C’est en tout cas ainsi que j’interprète (rien n’est vraiment explicite dans le roman) le personnage du Juge, sorte de démon immortel et surpuissant qui affirme, une ombrelle faite d’os et de peau humaine à la main, que « la guerre est le jeu suprême parce que la guerre est en fin de compte une manifestation forcée de l’unité de l’existence. La guerre, c’est Dieu ».

S’il y a sans doute quelque chose de pénible et d’inhibant dans cette immersion lourde dans la langue au plus près du vivant, âpre, noire et sans concession de McCarthy, c’est aussi une expérience de lecture profondément enrichissante que de tutoyer le niveau d’exigence de vérité de cet auteur intransigeant, à côté duquel par exemple le « Comanche Moon » de Larry McMurtry, un western centré sur la même période, c’est « Oui-Oui défend l’Amérique » : la réalité est, comme toujours, bien plus cruelle que le mythe.
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Du sang, de la chique et du mollard...
Résumer ce livre pourrait se contenter des trois substantifs ci dessus.
L'Histoire ? Un jeune orphelin quitte le Kentucky vers l'ouest .On est en 1848, la guerre contre le Mexique vient de s'achever et le moins que l'on puisse dire, c'est que la région n'est pas stable, le ministère de affaires étrangères l'aurait classée rouge, sur.
Après quelques mésaventures, et quelques morts, il s'engage auprès d'une bande d'irréguliers qui passe des contrats avec les gouverneurs pour débarrasser la région des indiens. le scalp est payé cent dollars.
Parmi cette bande, deux personnalités se dégagent : Glanton et le juge.

Roman très dur, où les mots, remarquablement choisis, claquent et tuent.
L'homme y est réduit à l'état bestial et la loi du plus fort est omniprésente. L'espérance de vie du " pied tendre " n'excède pas quatre lignes, épilogue inclus.
Ce n'est pas un roman facile.Le style de l'auteur, ses longues phrases, ses dialogues qui ne commencent pas par un petit tiret comme on apprend à l'école et qui paument le lecteur finissant lascivement son mojito sous un soleil qui brûle même éteint, rien n'est fait pour mettre à l'aise.
Pourtant, c'est une oeuvre inclassable, en tous les cas par moi, on est au delà du western classique même si tous les ingrédients s'y retrouvent.
Cette lecture m'a souvent évoqué Mad Max, sans doute pour le soleil de plomb, l'inhumanité et l' homme primitif qui n'a que survie en tête. pour ses villages dévastés et brulés.
On est tout à fait dans l'esprit du "No country for old men", en tous les cas la version film, du même auteur.
Lecture forte, dérangeante, très violente, inhumaine, immorale. Mais très forte.


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Le gamin a quatorze ans, pas de famille et pas d'amis, mais assez de sauvagerie et de rage de vivre pour enflammer l'Amérique tout entière. En 1850, il met pour la première fois les pieds au Texas – terre de sinistre réputation s'il en fut – et rejoint une bande d'exterminateurs d'indiens. En compagnie de ses « chasseurs de scalps » et sous les ordres d'un tueur dément et d'un érudit sanguinaire, le juge, il va s'enfoncer dans la zone désertique qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Là, au milieu des rochers, du vent coupant et des étendus de sable sans fin, la loi n'existe pas. C'est un territoire cauchemardesque où règnent la folie, la haine et la soif de sang. Heureusement pour lui, le gamin ne manque pas de ces douteuses qualités et il est prêt à se battre pied à pied, meurtre après meurtre, pour revenir vivant de ce Tartare terrestre.

Oulala, qu'il est gai ce roman… Sans rire, si vous souhaitez lire des aventures de cowboys généreux et courageux se promenant dans des paysages paradisiaques, mieux vaut passer votre chemin : « Méridien de sang » vous retournera l'estomac plus efficacement qu'une tranche de viande avariée. Mais si vous avez des nerfs solides et voulez découvrir un portrait du Far West sans concession d'une amoralité et d'une noirceur quasi-hypnotiques, tentez donc votre chance ! Vous serez alors happé par un univers à la limite du fantastique, un monde où les villages ne semblent être là que pour être brulés, les hommes pour être massacrés et les rares arbres pour ployer sous le poids des pendus. La violence y est universelle et ne se cantonne pas un camp ou un autre ; peaux-rouges, mexicains et hommes blancs n'y sont que des bêtes à visage humain, tous égaux dans leur brutalité, pour qui l'on peinerait à avoir la moindre trace de sympathie. La lecture sera donc âpre, dure, parfois même pénible – impression renforcée par un style à la fois lyrique et saccadé – mais, la dernière page tournée, vous ne regretterez pas le voyage aussi terrible fut-il. Pas une lecture pour les coeurs trop sensibles, mais une sacrée expérience tout de même.

Alors, un petit tour aux enfers, ça vous tente ?
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critiques presse (1)
LePoint
16 juin 2023
Premier chef-d'œuvre de Cormac McCarthy, ce roman écrit au scalpel se passe au milieu du XIXe siècle en terre de western, entre le Texas et le Mexique. Son héros, le « Kid », 14 ans à peine, n'a pas de nom ni de psychologie.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
Il marche dans les rues étroites du port. L'air sent le sel et le bois fraîchement scié. La nuit les putains le hèlent du fond de l'obscurité comme des âmes en peine. Une semaine et le voilà reparti, avec dans sa bourse quelques dollars qu'il a gagnés, descendant seul les routes sablonneuses de la nuit du sud, les poings serrés dans les poches de coton de son manteau miteux. Des levées de terre à travers les marais. Des colonies d'aigrettes, cierges blancs parmi les mousses. Le vent a quelque chose de tranchant et les feuilles caracolent le long de la route et s'égaillent dans les champs noirs. Il prend au nord à travers de petites agglomérations et des fermes, il se loue à la journée pour le vivre et le couvert. II voit un parricide pendu à un carrefour dans un hameau et les amis du mort se précipitent pour le tirer par les jambes et l'homme se balance au bout de sa corde tandis que l'urine noircit ses pantalons.
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Il se fraya un chemin jusqu'au comptoir où des hommes aux manches de chemise pincées avec des jarretières tiraient de la bière à la pression ou versaient du whisky. Derrière eux s'affairaient de jeunes garçons qui allaient chercher des caisses de bouteilles et des piles de verres qu'ils rapportaient encore fumants de la souillarde du fond. Le comptoir était recouvert de zinc et il y posa les coudes et fit tourner une pièce d'argent devant lui et la plaqua sur le comptoir.
Maintenant ou jamais, dit le serveur.
Un whisky.
Allons-y pour un whisky. Il posa un verre et déboucha une bouteille et en versa à peu près deux onces et prit la pièce.
Il restait là à regarder son whisky. Ensuite il enleva son chapeau et le mit sur le comptoir et leva le verre et le vida très délibérément et reposa le verre vide. Il s'essuya la bouche et se retourna et appuya les coudes sur le comptoir derrière lui.
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À midi ils traversèrent le fond pierreux de la rivière de Casas Grandes et sur un replat au-dessus du chétif filet d'eau ils passèrent devant un ossuaire là où des soldats mexicains avaient massacré un campement d'Apaches quelques années auparavant, les femmes et les enfants, les os et les crânes éparpillés sur près d'un demi-mile tout au long de la terrasse et les membres minuscules des nourrissons et leurs minces crânes édentés de papier pareils à l'ossature de petits singes sur le lieu de leur mise à mort et de vieux restes de vannerie décomposés et des poteries brisées parmi les graviers. Ils continuèrent. La rivière traçait entre les arbres un corridor couleur de citron vert qui descendait des montagnes dénudées. Á l'ouest se dressait la silhouette déchiquetée du Carcaj et au nord les pics flous et bleus des Animas.
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On distinguait déjà à travers la poussière les motifs peints sur le cuir des poneys, des chevrons et des mains et des soleils levants et des oiseaux et des poissons de toutes formes comme les contours d’une œuvre ancienne à travers le vernis d’une toile et au martèlement des sabots nus se mêlait maintenant le pépiement des quenas, ces flûtes faites avec des ossements humains, et plusieurs hommes de la compagnie avaient commencé à reculer sur leurs montures et d’autres à volter dans la confusion quand surgit un peu plus loin sur le flan droit des poneys une horde fabuleuse de lanciers et d’archers à cheval dont les boucliers couverts d’éclats de miroirs brisés projetaient des milliers de soleils éclatés dans les yeux de leurs ennemis. Une légion d’horreurs au nombre de plusieurs centaines, à demi nues ou habillées de tenus attiques ou bibliques, ou vêtues de toilettes surgies d’un rêve fébrile, d’une garde-robe de peaux de bêtes et de soyeuses fanfreluches et de morceaux d’uniformes encore marqués du sang de leurs précédents propriétaires, manteaux de dragons transpercés, jaquettes de cavalerie à brandebourgs et passements, l’un en haut de forme et un autre avec un parapluie et un autre avec des bas blancs et un voile de mariée taché de sang et quelques-uns coiffés de couvre-chefs de plumes de grue ou de casques de peau brute rehaussés de cornes de taureau ou de bison et un autre arborant une jaquette à queue-de-morue mise devant derrière mais à part cela tout nu et un autre dans l’armure d’un conquistador espagnol, le plastron et les épaulières montrant encore des profondes indentations d’anciens coups de masse ou de sabre portés dans un autre pays par des hommes dont le squelette n’était que poussière, et beaucoup avec leurs nattes traînant à terre nouées au crin enchevêtré d’autres animaux et les oreilles et la queue de leurs chevaux galonnées de bouts de toile de vive couleur et un autre sur un cheval dont la tête toute entière était peinte au vermillon et tous les visages des cavaliers criards et grotesques grimés comme une compagnie de clowns à cheval, mort hilare, tous hurlant dans une langue barbare et chargeant au galop comme une horde surgie d’un enfer encore plus atroce que la terre sulfureuse du Jugement chrétien, éructant et jappant et enveloppés de fumée comme ces créatures vaporeuses des régions inconnaissables où l’œil s’égare et la lèvre palpite et bave.
Oh mon Dieu, dit le sergent.
Une bruissante volée de flèches passa à travers les rangs et des hommes vacillèrent et tombèrent de leurs montures. Les chevaux se cabraient et plongeaient et les hordes mongoles s’élancèrent le long de leurs flancs et tournèrent et chargèrent droit sur eux avec des lances.
Maintenant la compagnie s’était arrêtée et les premiers coups de feu furent tirés et la fumée grisâtre des fusils s’élevait en volutes à travers la poussière tandis que les lanciers ouvraient des brèches dans leurs rangs. Le cheval du gamin s’écroula sous lui avec un long soupir pneumatique. Il avait déjà tiré avec son fusil et maintenant il était assis par terre et fouillait dans sa giberne. Près de lui un homme était assis avec une flèche qui pendait à son cou. Il était légèrement penché en avant comme un homme en prière. Le gamin allait saisir la pointe sanglante de l’hameçon de fer quand il vit que l’homme avait une autre flèche enfoncée jusqu’à l’empenne dans la poitrine et qu’il était mort. C’étaient partout des chevaux renversés et des hommes qui se débattaient et il vit un homme assis qui chargeait son fusil pendant que le sang lui giclait des oreilles et il vit des hommes qui tenaient à la main leurs révolvers démontés et tentaient de mettre en place les barillets chargés qu’ils portaient avec eux et il vit des hommes à genoux basculer et empoigner leur ombre sur le sol et il vit des hommes transpercés d’un coup de lance et saisis par les cheveux et scalpés debout et il vit les chevaux de guerre piétiner les hommes tombés à terre et un petit poney à la face blanche et à l’œil glauque émergea du brouillard et le menaça d’un claquement de ses mâchoires comme un chien et disparut. Parmi les blessés certains semblaient hébétés et incapables de comprendre et d’autres étaient pâles sous les masques de poussière et d’autres étaient souillés ou s’étaient écroulés sur les lances des sauvages. Ceux-ci conduisant maintenant une frise endiablée de chevaux lancés tête en avant avec des yeux révulsés et leurs dents limées et de cavaliers nus avec des gerbes de fleurs serrées entre les mâchoires et revenant dans un piaulement de flûtes d’os sur l’autre flanc des rangs déchiquetés en se laissant glisser le long de leurs montures le talon suspendu à la longe de garrot et leurs petits arcs tendus par-dessous l’encolure allongée des poneys jusqu’au moment où la compagnie fut encerclée et ses rangs coupés en deux puis se redressant comme des mannequins de foire, certains avec des figures de cauchemars peintes sur la poitrine, piétinant les Saxons démontés et les transperçant et les assommant et sautant de leurs montures avec des couteaux et trottant curieusement de-ci de-là sur leurs jambes torses comme des créatures contraintes à d’étranges modes de locomotion et arrachant aux morts leurs vêtements et les saisissant par les cheveux et passant leurs lames autour des crânes des vivants comme des morts et levant bien haut les sanglantes perruques et tailladant et tranchant dans les corps dénudés, déchirant des membres, des têtes, vidant les bizarres torses blancs et brandissant de pleines poignées de viscères, d’organes génitaux, quelques-uns parmi les sauvages tellement imprégnés de matières sanglantes qu’ils semblaient s’y être roulés comme des chiens et d’autres qui se jetaient sur les mourants et les sodomisaient en poussant de grands cris. Alors les chevaux des morts surgirent au galop de la fumée et de la poussière et se mirent à tournoyer dans un martèlement de cuirs et de crinières sauvages avec des yeux blanchis par la peur comme des yeux d’aveugles et quelques-uns étaient hérissés de flèches et quelques-uns transpercés de coups de lance et ils trébuchaient et ils vomissaient du sang tandis qu’ils tournaient à travers le champ de carnage pour disparaître dans un grands bruit de harnais. La poussière séchait les crânes humides et dénudés des hommes scalpés et avec leur frange de cheveux au-dessous de leurs blessures et tonsurés jusqu’à l’os, ils gisaient maintenant dans la poussière saturée de sang pareils à des moines mutilés et nus et c’étaient partout des mourants qui râlaient et déliraient et des chevaux couchés à terre qui hurlaient.
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Ils entrèrent dans la ville sous un feu roulant de détritus, conduits comme du bétail à travers les rues pavées dans les clameurs par lesquelles étaient accueillis derrière eux les militaires au sourire de circonstance qui saluaient d'un signe de tête parmi les fleurs et les coupes offertes en poussant les aventuriers en loques sur la place où l'eau giclait dans une fontaine et où les oisifs se prélassaient sur des sièges de porphyre blanc ciselé et plus loin devant le palais du gouverneur et plus loin devant la cathédrale où les vautours étaient tapis le long des entablements poussiéreux et contre les statues du Christ et des apôtres parmi les niches de la façade sculptée, les oiseaux déployant leurs habits noirs dans des postures d'une étrange douceur tandis qu'autour d'eux les scalps desséchés d'Indiens massacrés claquaient au vent suspendus à des cordes, les longues chevelures mates ondulant comme les filaments de certaines espèces maritimes et les cuirs cognant contre les murs.
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Vidéo de Cormac McCarthy
Manu Larcenet s'est attaqué au d'oeuvre post-apocalyptique de Cormac McCarthy : "La Route". La BD nous plonge dans un monde où chaque arbre a brûlé, où les oiseaux ne volent plus et où les hommes s'entre-dévorent. Un monde sans aucune lueur d'espoir, si ce n'est celle qui unit un père à son fils, poussant un chariot sur une route, cherchant à manger, et des recoins pour dormir.
Laissant cours à sa virtuosité dans le trait, le bédéaste déploie toute une palette de gris colorés. Une BD qui terrasse et angoisse... Une grande réussite !
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