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François Hirsch (Traducteur)
EAN : 9782020484954
448 pages
Seuil (03/02/2001)
4.05/5   336 notes
Résumé :
Dans les années 1850, un gamin de quatorze ans part au Texas rejoindre une bande de chasseurs payés pour exterminer les Indiens. Au milieu du désert, la loi n’existe plus. À ce jeu de massacre, seuls survivent ceux qui parviennent à éveiller la plus profonde et la plus intime sauvagerie... Avec cet anti-western basé sur des faits réels, l’auteur nous livre l’un de ses plus grands romans: noir, lyrique et violent.

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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
4,05

sur 336 notes
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BillDOE
  26 août 2021
Un western qui réinvente le genre, qui fait de la mort un art ultime et des hommes, ses artisans les plus savants.
L'enfant a quatorze ans lorsqu'il quitte la ferme familiale du Tennessee pour le Texas . il ne sait ni lire, ni écrire, il ne s'appelle pas non plus car il n'a pas de nom. Il s'enfuit du monde sordide que ses parents lui ont offert pour tenter sa chance ailleurs, assoiffé de haine et de revanche. Sur sa route, il se laisse enrôler dans une armée de mercenaires commandés par le capitaine White, puis il rejoint une bande de chasseurs d'indiens menés par Glanton et le juge Holden…
L'un des héros principaux, Glanton, a réellement existé. Il s'appelait John Joël Glanton et dirigeait une bande de brigands dont le passe-temps principal était de décimer les tribus indiennes.
Ne cherchez pas l'intrigue, il n'y en a pas. Ce n'est pas une histoire, c'est l'Histoire, celle de la conquête des Etats-Unis d'Amérique à travers les pérégrinations d'un groupe d'hommes à peine moins sauvages que les sauvages qu'ils poursuivent, celle d'un pays qui fixe juste ses frontières terrestres alors que celles de la conscience de ses habitants sont loin d'être établies. C'est un éloge à la cruauté sans limite, au sadisme débridé.
Il y a ce que l'auteur raconte, la violence abrupte, froide, imprévisible et sans concession et la façon dont il le raconte, un style sobre, épuré, propre, une écriture riche d'un vocabulaire étendu que rend parfaitement la traduction de François Hirsch. C'est de la très belle ouvrage d'un point de vue littéraire. Ainsi :
« La nuit venue une seule âme se leva par miracle d'entre les corps fraîchement tués et s'éloigna furtivement à la lueur de la lune. le sol sur lequel il était resté tapi était trempé de sang et imprégné de l'urine des bêtes dont la vessie s'était vidée et il allait, souillé et pestilentiel, fétide rejeton de la femelle incarnée de la guerre. »
Il y a dans le roman de Cormac McCarthy cette opposition entre une violence qui ne connaît aucune limite, « Ils trouvèrent les éclaireurs manquant pendus la tête en bas aux branches d'un paloverde noirci par le feu. On leur avait passé dans les tendons d'Achille des coins aiguisés de bois vert et ils pendaient grisâtres et nus au-dessus des cendres refroidies sur lesquelles ils avaient grillés jusqu'à en avoir la tête carbonisée tandis que leur cervelle bouillonnait dans leur crâne et que la vapeur s'échappait en chantant de leurs narines. On leur avait sorti la langue et elle était maintenue par des baguettes taillées en pointe qui la traversait de part en part et ils avaient été amputés de leurs oreilles et leurs torses avaient été ouvert avec des silex si bien que les viscères leur pendaient sur la poitrine. », et une nature sans commune mesure avec les actes barbares perpétrés, une nature vierge, immaculée, poétique, « Ils grimpèrent tout le jour durant par de hautes prairies peuplées d'arbres de Josué et bordées de pics de granit chauves. le soir des groupes d'aigles prirent leur essor et franchirent le col devant eux et sur les terrasses herbeuses se mouvaient les grandes silhouettes pataudes d'ours pareil à des bovins venus paître sur les landes du haut pays. »
L'auteur accentue souvent l'effet dramatique d'une situation par la répétition de la conjonction « et » dans ses phrases, martelant la narration crescendo vers une issue inimaginable, insoutenable, improbable.
« Méridien de sang » est considéré comme le chef d'oeuvre de Cormac McCarthy et c'est une réalité. L'auteur est avec cette oeuvre l'un des piliers de la littérature américaine.
Traduction de François Hirsch.
Editions de l'Olivier, Points, 419 pages.
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Allantvers
  11 octobre 2015
« Méridien de sang » : titre terrible et magnifique. Un méridien c’est une ligne abstraite, mais c’est pourtant bien sur cette ligne sanguinolente que l’Amérique a achevé au mi-temps du 19ème siècle son projet d'expansion territoriale en traçant ses dernières frontières à grand renfort de massacres d’Indiens et de Mexicains, sans oublier les millions de bisons et autres animaux sauvages.
Dans ce road movie sombre, jonché de cadavres et de carcasses et ponctué de scènes d’une violence ahurissante, McCarthy dévoile la face la plus obscure de la conquête de l’ouest dans toute sa brutalité : êtres sans foi ni loi lâchés à loisir dans l’immensité d’une terre de non droit qui tuent pour l’argent autant qu’ils brutalisent à plaisir.
Une conquête des confins bien loin de l’image d’Epinal de pionniers conquérants et glorieux, qui révèle « ce qu'il y a de pire dans le caractère américain : la cupidité et la violence" (Isabel Allende dans « Fille du destin ») et qui, sous la plume tranchante et désenchantée de McCarthy, revêt un caractère désespérant tant il s’attache à démontrer que cette violence est consubstantielle à l’homme. C’est en tout cas ainsi que j’interprète (rien n’est vraiment explicite dans le roman) le personnage du Juge, sorte de démon immortel et surpuissant qui affirme, une ombrelle faite d’os et de peau humaine à la main, que « la guerre est le jeu suprême parce que la guerre est en fin de compte une manifestation forcée de l’unité de l’existence. La guerre, c’est Dieu ».
S’il y a sans doute quelque chose de pénible et d’inhibant dans cette immersion lourde dans la langue au plus près du vivant, âpre, noire et sans concession de McCarthy, c’est aussi une expérience de lecture profondément enrichissante que de tutoyer le niveau d’exigence de vérité de cet auteur intransigeant, à côté duquel par exemple le « Comanche Moon » de Larry McMurtry, un western centré sur la même période, c’est « Oui-Oui défend l’Amérique » : la réalité est, comme toujours, bien plus cruelle que le mythe.
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gonewiththegreen
  14 août 2020
Du sang, de la chique et du mollard...
Résumer ce livre pourrait se contenter des trois substantifs ci dessus.
L'Histoire ? Un jeune orphelin quitte le Kentucky vers l'ouest .On est en 1848, la guerre contre le Mexique vient de s'achever et le moins que l'on puisse dire, c'est que la région n'est pas stable, le ministère de affaires étrangères l'aurait classée rouge, sur.
Après quelques mésaventures, et quelques morts, il s'engage auprès d'une bande d'irréguliers qui passe des contrats avec les gouverneurs pour débarrasser la région des indiens. le scalp est payé cent dollars.
Parmi cette bande, deux personnalités se dégagent : Glanton et le juge.
Roman très dur, où les mots, remarquablement choisis, claquent et tuent.
L'homme y est réduit à l'état bestial et la loi du plus fort est omniprésente. L'espérance de vie du " pied tendre " n'excède pas quatre lignes, épilogue inclus.
Ce n'est pas un roman facile.Le style de l'auteur, ses longues phrases, ses dialogues qui ne commencent pas par un petit tiret comme on apprend à l'école et qui paument le lecteur finissant lascivement son mojito sous un soleil qui brûle même éteint, rien n'est fait pour mettre à l'aise.
Pourtant, c'est une oeuvre inclassable, en tous les cas par moi, on est au delà du western classique même si tous les ingrédients s'y retrouvent.
Cette lecture m'a souvent évoqué Mad Max, sans doute pour le soleil de plomb, l'inhumanité et l' homme primitif qui n'a que survie en tête. pour ses villages dévastés et brulés.
On est tout à fait dans l'esprit du "No country for old men", en tous les cas la version film, du même auteur.
Lecture forte, dérangeante, très violente, inhumaine, immorale. Mais très forte.

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Arakasi
  05 août 2013
Le gamin a quatorze ans, pas de famille et pas d'amis, mais assez de sauvagerie et de rage de vivre pour enflammer l'Amérique tout entière. En 1850, il met pour la première fois les pieds au Texas – terre de sinistre réputation s'il en fut – et rejoint une bande d'exterminateurs d'indiens. En compagnie de ses « chasseurs de scalps » et sous les ordres d'un tueur dément et d'un érudit sanguinaire, le juge, il va s'enfoncer dans la zone désertique qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Là, au milieu des rochers, du vent coupant et des étendus de sable sans fin, la loi n'existe pas. C'est un territoire cauchemardesque où règnent la folie, la haine et la soif de sang. Heureusement pour lui, le gamin ne manque pas de ces douteuses qualités et il est prêt à se battre pied à pied, meurtre après meurtre, pour revenir vivant de ce Tartare terrestre.
Oulala, qu'il est gai ce roman… Sans rire, si vous souhaitez lire des aventures de cowboys généreux et courageux se promenant dans des paysages paradisiaques, mieux vaut passer votre chemin : « Méridien de sang » vous retournera l'estomac plus efficacement qu'une tranche de viande avariée. Mais si vous avez des nerfs solides et voulez découvrir un portrait du Far West sans concession d'une amoralité et d'une noirceur quasi-hypnotiques, tentez donc votre chance ! Vous serez alors happé par un univers à la limite du fantastique, un monde où les villages ne semblent être là que pour être brulés, les hommes pour être massacrés et les rares arbres pour ployer sous le poids des pendus. La violence y est universelle et ne se cantonne pas un camp ou un autre ; peaux-rouges, mexicains et hommes blancs n'y sont que des bêtes à visage humain, tous égaux dans leur brutalité, pour qui l'on peinerait à avoir la moindre trace de sympathie. La lecture sera donc âpre, dure, parfois même pénible – impression renforcée par un style à la fois lyrique et saccadé – mais, la dernière page tournée, vous ne regretterez pas le voyage aussi terrible fut-il. Pas une lecture pour les coeurs trop sensibles, mais une sacrée expérience tout de même.
Alors, un petit tour aux enfers, ça vous tente ?
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Jdo
  28 décembre 2011
Que reste-t-il d'une oeuvre qui nous a bouleversés après que d'autres de plus en
plus nombreuses soient venues se glisser entres elle et nous, déposant leurs propres alluvions, enfonçant leurs racines singulières?
Que remonte-t-il d'elle dès l'instant où on évoque son titre et qui surgit à la surface avant même qu'en apparaissent à nouveau les personnages, leur silhouette et leur destin et la trame des mots et les paysages du texte, comme ces impressions fugaces mais prégnantes qui résistent au réveil, à peine un bruissement, un émoi, une angoisse, mais qui nous semblent alors porteuses d'une réalité bien plus essentielle et intime que celle de ce quotidien tout neuf qui vient s'offrir à nous, qui sont comme un fil par lequel parfois, rarement, on parvient à tirer tout le tissu d'un rêve, mais qui le plus souvent s'effilochent et se délitent dans nos doigts dès qu'on tente de les saisir, laissant le rêve sombrer, englouti par le néant comme le piano d'Ada MacGrath, emportant dans les profondeurs ses secrets qui ne peuvent être autres, on le sait, que des secrets de famille ?
De « Méridien de Sang », ce qui ainsi spontanément me vient c'est la sensation de la couleur rouge. Non pas celle du sang de son titre, mais celle ardente de la lave en fusion qui sourd et siffle d'entre les fractures de l'écorce terrestre, celle du magma originel que ne contient plus des millions d'années de sédimentation.
Le rouge d'un enfer barbare au-delà, ou plutôt en deçà de la loi et de l'ordre que l'homme civilisé venu de la côte Est installe comme un rêve de conquête porté depuis la vieille Europe le long d'une frontière qu'il ne cesse de repousser devant lui et qui est l'histoire, presque toujours la même, que raconte tous les westerns dans leur grande époque, car « Méridien de sang » est aussi un western. Mais dans celui-ci la frontière a désormais cessé de reculer et l'Histoire de la civilisation de s'écrire. Ceux qui la traversent vont en enfer. Au-delà est une terre que nulle carte ne décrit. Un de ces espaces laissés en blanc sur les Atlas dont l'appel exaltait le jeune Marlow avant qu'il ne découvre que c'est au coeur des ténèbres qu'ils s'enfoncent. Même le déferlement avide d'une horde sauvage y trouve infiniment plus sauvage qu'elle. Une sauvagerie primitive, irréductible, sans foi, sans loi, sans ambition ni malice et sans la moindre pitié pour qui la défie.
Une sauvagerie brasillant sur la frange extérieure de l'humanité dont on ne peut revenir qu'ayant de toujours pactisé avec le malin, ce que certainement fit le Juge qu'on imagine l'avoir rencontré encore enfant derrière un chariot en flammes ou une église mormone incendiée dont chaque paroissien aurait été crucifié tête en bas enfoncée dans la cendre, véritable âme damnatrice et visionnaire, bien plus que ne l'est Glanton, leur chef engoncé comme fossilisé dans ses gloires militaires passées, de cette bande de mercenaires éradicateurs d'indiens et collecteurs de scalps qui chevauche enivrée de sa propre décimation, maître érudit auprès duquel seule peut s'apprendre l'horreur, celle-là même expirée dans un dernier souffle par le Colonel Kurtz comme une délivrance du plus haut mal, apprendre à la faire sienne, son intime, le battement de son sang, mais par laquelle cependant nul, pas même celui si peu contaminé encore qu'on l'appelle le Gamin, ne trouvera rémission.
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
BabylonBabyBabylonBaby   20 février 2013
Ils entrèrent dans la ville sous un feu roulant de détritus, conduits comme du bétail à travers les rues pavées dans les clameurs par lesquelles étaient accueillis derrière eux les militaires au sourire de circonstance qui saluaient d'un signe de tête parmi les fleurs et les coupes offertes en poussant les aventuriers en loques sur la place où l'eau giclait dans une fontaine et où les oisifs se prélassaient sur des sièges de porphyre blanc ciselé et plus loin devant le palais du gouverneur et plus loin devant la cathédrale où les vautours étaient tapis le long des entablements poussiéreux et contre les statues du Christ et des apôtres parmi les niches de la façade sculptée, les oiseaux déployant leurs habits noirs dans des postures d'une étrange douceur tandis qu'autour d'eux les scalps desséchés d'Indiens massacrés claquaient au vent suspendus à des cordes, les longues chevelures mates ondulant comme les filaments de certaines espèces maritimes et les cuirs cognant contre les murs.
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remycooperremycooper   24 janvier 2022
Une légion d’horreurs au nombre de plusieurs centaines, à demi nues ou habillées de tenues attiques ou bibliques, ou vêtues de toilettes surgies d’un rêve fébrile, d’une garde-robe de peaux de bêtes et de soyeuses fanfreluches et de morceaux d’uniformes encore marqués du sang de leurs précédents propriétaires, manteaux de dragons transpercés, jaquettes de cavalerie à brandebourgs et passements, l’un en haut-de-forme et un autre avec un parapluie et un autre avec des bas blancs et un voile de mariée taché de sang et quelques-uns coiffés de couvre-chefs de plumes de grue ou de casques de peau brute rehaussés de cornes de taureau ou de bison et un autre arborant une jaquette à queue-de-morue mise devant derrière mais à part cela tout nu et un autre dans l’armure d’un conquistador espagnol, le plastron et les épaulières montrant encore les profondes indentations d’anciens coups de masse d’armes ou de sabre portés dans un autre pays par des hommes dont le squelette n’était que poussière, et beaucoup avec leurs nattes traînant à terre nouées au crin enchevêtré d’autres animaux et les oreilles et la queue de leurs chevaux galonnées de bouts de toile de vive couleur et un autre sur un cheval dont la tête tout entière était peinte au vermillon et tous les visages des cavaliers criards et grotesques grimés comme une compagnie de clowns à cheval, mort hilare, tous hurlant dans une langue barbare et chargeant au galop comme une horde surgie d’un enfer encore plus atroce que la terre sulfureuse du Jugement chrétien, éructant et jappant et enveloppés de fumée comme ces créatures vaporeuses des régions inconnaissables où l’œil s’égare et la lèvre palpite et bave.
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ThyuigThyuig   07 avril 2014
On a du mal à savoir ce qu'on a dans la tête parce qu'on a que sa tête pour le savoir. On peut connaître son cœur mais on le veut pas. Et ça se comprend. Vaut mieux pas trop regarder là-dedans. C'est pas le cœur d'une créature qui suit la voie que Dieu lui a tracée. Tu peux trouver du vice chez la moindre des créatures, mais quand Dieu a créé l'homme le diable était à son côté. Une créature qui peut faire n'importe quoi. Faire une machine. Et une machine pour faire la machine. Et le mal qui peut tourner tout seul pendant mille ans, pas besoin de s'en occuper. Tu le crois ?
J'sais pas.
Faut que tu l'croies.
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AllantversAllantvers   10 octobre 2015
Dans les jours à venir ils allaient traverser une contrée où les roches vous cuisaient la chair des mains et où il n'y avait rien que de la pierre. Ils avançaient en détournant le visage de la paroi rocheuse et de l'air de fournaise qu'elle vous renvoyait, les formes noires et penchées des hommes à cheval gravées sur la pierre avec une austère et inexorable précision comme des formes capables de rompre le pacte avec la chair qui les avait engendrées et de poursuivre seules leur chemin sur la roche nue, sans lien avec le soleil ni avec l'homme ni avec Dieu.
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JeanPierreVJeanPierreV   19 juillet 2016
L'homme est né pour le jeu. Rien d'autre. Tous les enfants savent bien que le jeu est plus noble que le travail. Ils savent aussi que ce qui fait l'intérêt d'un jeu ou sa qualité ce n'est pas le jeu lui-même mais la valeur de l'enjeu. Il faut un enjeu, sinon les jeux de hasard n'ont pas de sens. Les jeux du sport font intervenir l'adresse et la force des adversaires et l'humiliation de la défaite et l'orgueil de la victoire sont en eux-mêmes des enjeux suffisants du fait même qu'ils expriment la valeur intrinsèque des protagonistes et qu'ils donnent leur vraie mesure. Mais jeu de hasard ou de force ou d'adresse tous les jeux aspirent à la dignité de la guerre car alors l'enjeu absorbe en lui le jeu, le joueur, tout. Imaginez deux hommes qui font une partie de cartes sans avoir rien d'autre à parier que leur vie. Qui n'a pas entendu des histoìres comme celle-là ? Une carte retournée. Et pour ce joueur tout l'univers se sera péniblement traîné jusqu'à cet instant qui va lui révéler s'il doit périr de la main de l'autre ou l'autre de la sienne. Quelle justification plus irrécusable pourrait-il y avoir du mérite d'un homme ? Cette élévation du jeu à sa dignité suprême n'admet aucune discussion quant à la notion de destin. Le choix d'un homme plutôt que d'un autre est une préférence absolue et irrévocable et il faudrait être assurément bien stupide pour croire qu'une aussi lourde décision est sans autorité ou sans signification, à votre choix. Dans ces parties qui ont pour enjeu l'annihilation du vaincu les décisions sont tout à fait claire. L'homme qui tient un tel assortiment de cartes dans sa main est du même coup rayé de l'existence. C'est la nature même de la guerre dont l'enjeu est à la fois le jeu et la puissance et la justification. Vue sous cet angle la guerre est la forme la plus vraie de la divination. C'est la confrontation de la volonté d'un homme et de la volonté d'un autre au sein de cette volonté plus vaste qui se trouve contrainte de choisir parce ce qu'elle est ce qui les unit. La guerre est le jeu suprême parce que la guerre est en fin de compte une manifestation forcée de l'unité de l'existence. La guerre c'est Dieu. (P. 313-4)
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Vidéo de Cormac McCarthy
« Toute lecture digne de ce nom se doit d'être absorbante et voluptueuse. Nous devons dévorer le livre que nous faisons, être captivés par lui, arrachés à nous-mêmes, et puis sortir de là l'esprit en feu, incapable de dormir ou de rassembler ses idées, emporté dans un tourbillon d'images animées, comme brassées dans un kaléidoscope. » Cette citation de Robert Louis Stevenson, l'auteur de L'Île au Trésor, est le début d'un texte qui célèbre l'art du roman épique, et que l'on peut retrouver dans une série d'Essais sur l'art de la fiction, passionnante somme de réflexions sur la littérature d'aventures. Un genre dans lequel excelle notre invité du jour, Pierre Lemaitre, que nous avons eu la chance de recevoir à Dialogues à l'occasion de la parution de son roman le Grand Monde. Au fil de notre échange, il nous fait entrer dans son atelier d'écrivain, évoque la façon dont se construisent ses romans, et nous livre même quelques conseils de lectures ! Et pour terminer cet épisode, nous partons à la rencontre de nos libraires, qui nous parlent de quelques romans d'aventures inoubliables à avoir absolument dans sa bibliothèque.
Bibliographie :
- le Grand Monde, de Pierre Lemaitre (éd. Calmann-Lévy) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20145088-le-grand-monde-pierre-lemaitre-calmann-levy
- Les Rougon-Macquart, d'Émile Zola (éd. Gallimard) https://www.librairiedialogues.fr/livre/247912-les-rougon-macquart-1-le-ventre-de-paris-his--emile-zola-gallimard
- Les Buddenbrook, de Thomas Mann (éd. le Livre de poche) https://www.librairiedialogues.fr/livre/288802-les-buddenbrook-le-declin-d-une-famille-le-d--thomas-mann-le-livre-de-poche
- U.S.A., de John Dos Passos (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/15821178-1-usa-42e-parallele-trilogie-u-s-a-i-john-dos-passos-folio
- Blackwater, de Michael Mc Dowell (éd. Monsieur Toussaint Louverture) https://www.librairiedialogues.fr/serie/blackwater/84979/
- Les Misérables, de Victor Hugo (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/11354695-les-miserables-victor-hugo-folio
- Les Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/60125-les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas-gallimard
- Vingt ans après, d'Alexandre Dumas (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/133400-vingt-ans-apres-alexandre-dumas-folio
- le Vicomte de Bragelonne, d'Alexandre Dumas (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/502953-1-le-vicomte-de-bragelonne-alexandre-dumas-folio
- Ce qu'il advint du sauvage blanc, de François Garde (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/4134896-ce-qu-il-advint-du-sauvage-blanc-francois-garde-folio
- Les Cormorans, d'Édouard Jousselin (éd. Rivages) https://www.librairiedialogues.fr/livre/16461698-les-cormorans-edouard-jousselin-rivages
- Méridien de sang, de Cormac McCarthy (éd. de l'Olivier) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18431135-meridien-de-sang-ou-le-rougeoiement-du-soir-dan--cormac-mccarthy-editions-de-l-olivier
- Michel Strogoff, de Jules Verne (éd. le Livre de poche) https://www.librairiedialogues.fr/livre/476214-michel-strogoff-jules-verne-le-livre-de-poche
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