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Anna Gibson (Traducteur)
EAN : 9791039201216
396 pages
Archipoche (17/03/2022)
3.94/5   108 notes
Résumé :
Anna, journaliste, au chevet de sa mère Johanna, égrène leurs souvenirs communs. Ainsi, prend corps la vie de trois générations de femmes, depuis la grand-mère Hanna, et, avec elles, toute l'histoire des terribles contrées nordiques.
Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Lecture très intimiste, avec Hanna et ses filles (Anna, Hannah och Johanna) publié en 1994 de Marianne Fredriksson. L'auteure propose un voyage dans le coeur et le corps des femmes à travers trois générations nous livrant en même temps une chronique sociale, politique et économique de la Suède du 19ème siècle au 20ème siècle.

Trois femmes, trois destins, trois chemins, trois portraits

Hanna, l'aîeule née en 1871, Johanna, sa fille née à l'aube du 20ème siècle et la petite-fille, Anna, fille unique de Johanna, née dans les années 30.

Anna au chevet de sa mère essaie d'extirper les derniers bribes manquantes pour reconstruire l'histoire familiale, son histoire.

Qui était donc cette Hannah, cette grand-mère à la vie si dure, élevée dans la région frontalière du  Dalsland et qui pensait dur comme fer qu'il ne servait à rien de se rebeller, que la vie était ainsi faite et qu'il fallait remercier Dieu et accepter son destin ?

Qui était Ragnar, cet oncle solaire, chéri par toute la famille, qui croquait la vie à pleine dents et qui étrangement ressemble à son amant et à son propre père ?

Anna qui depuis peu essaie de finir son livre, une réflexion sur les liens filiaux, la transmission de mère en fille ...

Quelle pourrait être la part de son aîeule, et donc du passé dans la trajectoire présente de son devenir ?

Un héritage impalpable, semblant indélébile qui l'enferme dans un comportement formaté sans cesse renouvelé.

Une analyse transgénérationnelle qui lui révèle peu à peu la reproduction inconsciente de mêmes schémas, et l'incite à fouiller les zones d'ombre afin de trouver les clés pour comprendre son chemin de vie. Une approche me semble-t-il qui ressemble à la psychogénéalogie prônée par Anne Ancelin Schützenberger (1919-2018).

Cependant les questionnements de l'héroïne restent universels et sont révélateurs d'une société entrant dans la modernité avec ses avancées et ses progrès, modifiant peu à peu le statut de la femme, en marche vers l'émancipation (maîtrise de son corps, de la procréation avec la contraception, liberté sexuelle) et l'accession à une indépendance sociale.

Un roman choral d'une grande féminité.

Des portraits touchants, des portraits de femmes, d'épouses, de mères et de filles à l'analyse psychologique subtile accompagnés d'une chronique sociale.

Je pensais découvrir un auteur mais en fait il s'agit de retrouvailles.

En effet dès les premières pages j'ai reconnu le style tout en finesse de Marianne Fredriksson dont j'avais oublié le nom mais pas mes impressions de lecture d'un autre de ses titres, le pouvoir des mères, qui aborde aussi les mêmes thématiques. Mais dans Hannah et ses filles c'est la transmission transgénérationnelle plus que la transmission intergénérationnelle qui est développée.

Un univers à découvrir

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Hanna et ses filles conte l'histoire de trois générations de femmes : Hanna, Johanna et Anna. Cette dernière tente d'écrire le destin des femmes de sa famille et s'interroge sur le poids que les vies passées ont fait peser sur les différentes générations. Pour que les mots puissent être couchés, il est nécessaire qu'elle affronte les transmissions familiales.

La première partie déroule celle de sa grand-mère, née en 1871. Devenue mère à treize ans, à la suite d'un viol, elle est la cible de l'opprobre villageois jusqu'à ce que sa route croise celle de John, qui accepte son fils comme le sien. Hélas, lui aussi, porte en lui, une douleur très grande. Ils marient leurs souffrances et unissent leurs espoirs. Évidemment, certains gestes heurtent les femmes émancipées que nous sommes devenues, cependant John m'a touchée. Hanna a une existence difficile, elle ne se plaint pas, elle accepte les épreuves que le divin lui impose, avec fatalité. Cette partie qui est la plus longue et qui est celle que j'ai préférée, décrit, avec précision, le quotidien dans les campagnes suédoises et la condition féminine, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Elle est ensuite entrecoupée d'un intermède dans lequel Anna insère des éléments à son sujet. Celui-ci est suivi d'une partie consacrée à sa mère, Johanna, pour qui le silence remplace de plus en plus les mots. Ce silence est, justement, très présent, dans le livre. Les femmes endurent les chagrins, sans les exprimer et sans percevoir qu'ils sont transmis aux générations suivantes. Ils le sont de manière imperceptible, pourtant, ils influencent les choix ; ne serait-ce que celui des époux, qui, par certains aspects, se ressemblent, de même que les mères de ces derniers partagent les mêmes défauts.

Cependant, cette saga montre, essentiellement, l'évolution de la condition féminine et la transformation de la société suédoise. Alors qu'Hanna accepte le rôle que la société lui a attribué, Johanna ne veut pas reproduire les schémas et aspire à son émancipation, tandis qu'Anna, la plus indépendante, puisque née plus tard, s'interroge sur la réalité de sa liberté. Étrangement, la plus moderne est celle qui m'a le moins touchée. Elle maintient ses émotions à distance, pour se protéger, ce qui m'a éloignée d'elle. Aussi, mon ressenti a été inégal. J'ai adoré la première phase, mon intérêt s'est ensuite émoussé, puis s'est réveillé dans la dernière partie. J'ai aimé ce livre, mais pas autant que je l'escomptais. Les attentes que j'en avais ont biaisé mon enthousiasme : j'espérais un livre à l'atmosphère envoûtante, comme dans Mon Antonia. le récit au sujet d'Hanna a comblé cette envie. Malheureusement, cette sensation s'est atténuée au fil des générations, pour se manifester, à nouveau, à la fin.


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Quand j'ai aperçu ce livre sur les étagères dEmmaüs,  déjà le titre, tout simple, m'attirait, ensuite ces trois femmes côte à côte, regardant la rivière, si proches, en pleine confidences ..... Une auteure nordique ? en principe j'aime bien ..... Alors je prends et je le lis assez rapidement après l'achat (vu la quantité de livres dans ma PAL être lu sous 3 mois est tout à fait remarquable)....

Et je n'ai pas été déçue : c'est une histoire de femmes enfin une histoire je devrais plutôt dire 3 histoires de femmes, sur 3 générations. La  narratrice, Anna, cherche à  découvrir qui est cette mère, enfermée dans son silence, dans sa non-mémoire, dans cette maison médicalisée où elle s'éteint tout doucement, loin des siens, de son mari qui lui rend visite mais lui aussi arrive au bout du chemin. Et pour cela il lui faut remonter à sa grand-mère Hannah, si mystérieuse mais le mystère est souvent révélateur de secrets, de non-dits.

J'ai peur de lui, je ne le supporte pas, je le déteste. Ce qui complique les choses c'est que je l'aime.(p26)

A la recherche de ses origines on découvre leurs vies à Hannah, Johanna et Anna : l'évolution de leurs conditions de vie, de maternité, de croyance, d'émancipation. Il y a les douleurs, les morts, les joies dans cette région au climat rude, à la limite de la Norvège. La vie y est dure, pas toujours confortable mais on ne se pose pas de questions..... Les bonheurs sont simples et durables, dans des objets, des rencontres. On découvre au fur et à mesure les règles transmises de l'un à l'autre, parfois sèchement, sans explication, on accepte, on se résigne. On n'est pas forcément heureuse mais pas non plus malheureuse. Il y a aussi le rapport aux hommes, les amitiés, les maisons, la nature. Il y a tout ce qui fait une vie.

Heureuse ? (...) Jamais plus le bonheur, pensa-t-elle, non sans irritation. Jamais plus cette chose exquise, fragile et inquiète. Qui se brise toujours en mille morceaux. On se blesse, on pose un sparadrap, on se dit qu'on guérira. (p304)

Le récit est découpé en 2 parties : une par intervenante : Hannah, puis Johanna et Anna se glisse entre ces parties pour nous relater sa propre condition, sa propre vie et l'écriture du roman.

Il y avait un bonheur muet dans le fait d'être seule.(p303)

J'ai particulièrement été touchée par la dernière partie, Anna Epilogue, qui fait la synthèse du récit et sur son impact sur l'état d'esprit d'Anna. Si juste, si vrai, si simple....

Nous ne comprendrons jamais, pensa-t-elle. Mais les détails, les petites choses nous font signe. (p305)

Une écriture limpide, directe mais pudique sur un siècle de vie de femmes, en Suède, où les sentiments ne sont pas dits mais plus ressentis, où l'on comprendre qu'il est souvent intéressant de savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va ou pour comprendre qui l'on est. L'importance de la transmission entre générations pour pouvoir se construire et comprendre.


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Mais quel livre! L'histoire d'Anna qui se rend au chevet de sa mère, Johanna, la secrète, qui a perdu les mots. Anna tente dans les derniers instants de sa mère de faire la lumière sur les questions en suspens, les parts d'ombre, son histoire, ses racines, de comprendre cette mère. Anna ouvrira aussi la page de sa grand-mère, Hannah. Cette femme un peu dure dont elle ne se souvient que très peu. Anna, comme nous toutes, est la fille de sa mère, elle-même fille de sa propre mère. que nous lègue nos mère et nos grand-mères? quelles traces laissent-elles sur nos propres vies? Tel est le propos central de ce roman, détaillant les vies de ces trois femmes, de façon quasi naturaliste, surtout pour Hannah. Hannah, petite jeune fille de 12 ans, vivant aux confins de la Suède et de la Norvège, région où la vie est tellement dure, est placée comme bonne dans une branche de la famille. Elle se retrouvera fille mère (putain donc, selon les termes de l'époque) suite à un viol. Dans son malheur, elle aura la chance d'être prise pour épouse par Broman, le meunier, qui adoptera son fils illégitime. S'en suivront deux fils et Johanna, qui à son tour, aura Anna.

Ce roman nous livre donc la vie de ces trois femmes, différentes mais reliées par les liens du sang, mais aussi de leur héritage (psychologique ?). C'est passionnant, en immersion, sans concessions (que la vie de l'époque était dure...), dur. Certains propos ou réflexions portent à réfléchir sur la condition des femmes, selon leur époque. C'est fin.

ce roman est un vrai coup de coeur

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Ce roman suédois m'a beaucoup plu.A travers trois générations de femmes: Hanna, la grand-mère , violée à douze ans, vivant de superstitions paysannes, Johanna, la mère et ses mystères et Anna, la fille, qui recherche ses racines au seuil de la mort de Johanna.On a une vision à la fois réaliste et poétique des différentes époques de la Suède, et surtout un cheminement féminin intérieur très intéressant, chacune cherchant sa vérité.

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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation

Elle s'attarda devant l'étagère des poètes, en compagnie d'Ekelöf, Stagnelius, Martinson, Boye… Elle comprit tout à coup qu'elle cherchait une tonalité. Celle de maman. Elle songea que chaque personne possède une tonalité unique, qui n'appartient qu'à elle. Bien entendu, elle ne la trouvera pas tout de suite, pas de cette manière. Et elle n'a pas la prétention de croire qu'elle parviendra à la faire résonner comme autrefois.

Mais si elle prend patience, si elle attend, elle finira peut-être par la découvrir.

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Cette terre n'était pas faite pour les paysans, mais pour les bêtes sauvages et les chasseurs intrépides. Pourtant, un peuple obstiné s'était accroché à ces champs de misère. Ils avaient construit une église et une école, s'étaient mariés, avaient fait des enfants. Trop d'enfants.

Il se souvient des paroles d'August: "Ca a toujours été dur par ici, mais la misère est arrivée seulement quand les gens ont commencé à se reproduire comme des lapins."

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Nous ne comprendrons jamais, pensa-t-elle. Mais les détails, les petites choses nous font signe. (p305)

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En fait, il avait honte de sa mère. J’avais bien vu à son regard au cour du dîner de noces, qu’il était gêné et inquiet de ce que nous pourrions penser d’elle, de ses bavardages, de sa vanité. […] Et j’étais bien placée pour savoir que les hommes qui n’ont pas vaincu leur mère se vengent sur leurs femmes, leurs épouses et leurs filles.

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A présent, dans son bureau de Stockholm, alors qu'elle se souvient de la scène et prend des notes, elle sent monter la colère. Tu aurais dû m'ordonner de fuir loin de cet homme. Puis elle éclate de rire, malgré elle. L'instant d'après, il n'y a qu'un grand vide - d'étonnement ! Car elle vient d'avoir la pensée qu'aurait eue Hanna : c'était le destin.

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